LES DF. IJITS DIX A M B .\ S S A 1) E L U
nage, des corps luiiiiains, nus, lialetanls ; ou les recueillait à bord, on les sauvait ; c'étaient des esclaves chrétiens, échappés du bagne à la laveur de l'incendie. Dix-huit cents bombes furent lancées, et sept cent quatre-vingts maisons s'écroulèrent. Tripoli était presque détruit, mais ses habitants ne s'avouaient pas vaincus. Ils avaient emporté dans le désert leurs objets précieux, leurs meubles, jusqu'aux portes et aux fenêtres de leurs maisons, puis ils firent dire à M. de Grandpré qu'ils écriraient au roi de France pour se plaindre du traitement de ses officiers. Comme notre provision de bombes lirait à sa fin, comme d'autre part les vaisseaux ne portaient point de troupes qu'ils pussent mettre à terre, comme enfin le vent s'élevait et menaçait de rendre notre situation critique devant une côte hérissée de récifs, force fut à l'escadre de rapporter en France la réponse hautaine des corsaires.
La France reconnut une fois de plus l'inutilité des bombardements non suivis de descente, et songea à des mesures plus efficaces. L'hiver de 1 728 à J 729 se passa en préparatifs pour un nouvel armement, plus formidable que le précédent; une animation extraordinaire régnait dans l'arsenal de Toulon; on y réunissait les moyens d'occuper temporairement Tripoli et de combler l'entrée de son port; ou voulait en finir avec ses pirates en les murant dans leur repaire. L'exécution devait commencer au printemps, lorsqu'un nouvel obstacle surgit, c'était l'opposition de la Porte à nos desseins. De tout temps Constantinople avait vu avec déplaisir les entreprises dirigées par lachrétienté contre les Barbaresques. Toutefois sa politique en ces circonstances reposait sur une distinction; impuissante à maintenir elle-même ses vassaux dans le devoir et à réprimer leurs déprédations, elle reconnaissait aux autres puissances le
droit d'user contre eux de représailles à la mer, tolérait même les bombardements, mais n'admettait pas qu'aucune nation s'établit sur un point du littoral africain ou même en détériorât d'une manière permanente les villes et les ports; « ces ou- " vrages, disait-elle, appartiennent au Grand Seigneur» . Jadis, lorsque Louis XIV s'était saisi pour quelques semaines de la petite ville deDjidjclli, en Algérie, la Turquie l'avait menacé d'une rupture complète, et le grand roi n'avait point renouvelé sa tentative. S'inspirant de ce précédent, la Porte s'émut dès qu'elle apprit nos projets contre Tripoli, et le marquis de Villeneuve dut subir à ce sujet les aigres remontrances du capitan-pacha, chargé de faire respecter sur mer l'autorité du sultan. Ce qu'il fallait craindre, ce n'était point un secours public du faible gouvernement de la Turquie aux habitants de Tripoli, mais plutôt une assistance indirecte qui prolongerait leur résistance, un mécontentement qui se traduirait par de nouveaux coups portés à notre influence, peut-être aussi une explosion du fanaiisme populaire contre nos marchands et nos religieux. Déjà, en voyant les navires de Tripoli poursuivis par nos croisières jusque dans l'Archipel, la population des ports se soulevait, s'empressait de porter aide à nos ennemis et mettait en péril la vie de nos consuls.
Si Villeneuve avait souhaité pour ses débuts quelque affaire épineuse qui mît à l'essai ses talents diplomatiques, son vœu se trouvait pleinement accompli. Il lui fallait résoudre le problème délicat de calmer les iuquiétiules de la Porte, en maintenant intact pour la France le droit de châtier les Barbaresques par les moyens qu'elle choisirait. Il tint aux Turcs un langage à la fois conciliant et ferme ; sans contester la suzeraineté du sultan sur les habitants de Tripoli, il les présentait