‹ Une ambassade française en Orient sous Louis XV;Chapitre 3 sur 61 · VIII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VIII AVANT-PROPOS

grande impératrice d'achever sou œuvre et de consommer ses ambitieux desseins. Elle mourut à la veille d'une expédition décisive contre Constantinople, et, de nos jours, les Russes n'ont pu reprendre leur politique traditionnelle qu'en la modifiant. Par suite d'un lent travail, sous l'influence d'idées nées au loin et insensiblement propagées, les nationalités chrétiennes que le Turc avait subjuguées, sans les supprimer, ont repris conscience d'elles-mêmes; elles sont remontées à leurs origines, ont réappris leur histoire, et, encore sous le joug, ont recommencé à penser, c'est-à-dire à vivre. Du Danube à la mer Egée, nous avons assisté à une levée de races que l'on croyait assoupies pour jamais et à une étrange résurrection de peuples. Lorsque la Russie reparut dans ces parages, elle se trouva en présence de groupes nationaux déjà formés et dut les accepter pour auxiliaires ; elle se trouva amenée ainsi à lutter et à vaincre moins pour elle que pour eux, à poursuivre leur délivrance plutôt que son propre agrandissement. Au dix-huitième siècle, dans leurs confuses aspirations, ces peuples ne demandaient qu'un maître chrétien. S'ils eussent été soustraits à la domination ottomane, ils se fussent laissé docilement absorber par les deux puissantes monarchies voisines : la prolongation de leur servitude prépara leur complet affranchissement. Qu'en 1738 la Moldavie et la Valachie eussent été réduites en provinces moscovites, nous n'eussions pas assisté de nos jours au

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