‹ Une ambassade française en Orient sous Louis XV;Chapitre 30 sur 61 · LES D KBITS DIX AMBASSADEUR · texte numérisé non relu

LES D KBITS DIX AMBASSADEUR

« feront à l'avonir tonte l'exactitude possible pour empêcher « leurs sujets d'y contrevenir". » Les envoyés allèrent ensuite saluer la Reine, visitèrent^ le château et les jardins, reçurent des présents, puis le soir même prirent " le coche d'Auxcrre " , pour retourner à Marseille et de là dans leur pays.

Le succès de la France était complet, et Villeneuve pouvait en revendiquer une part importante. Il avait contribué au résultat obtenu en écartant une intervention turque, et en isolant la Régence pour nous la mieux livrer. Dès que le rétablissement de la paix avec Tripoli eut été rendu public, la Porte, délivrée de la crainte de voir les Français s'installer en maîtres dans une contrée qui faisait partie nominale de son empire, laissa tomber l'affaire ; elle ne releva pas les conditions humiliantes imposées à ses vassaux et mit une fois de plus en application le premier principe de sa politique, le respect du fait accompli. Toutefois, la résignation chez elle n'excluait pas la rancune; son ressentiment contre nous couva dès lors sourdement et n'attendait qu'une occasion pour éclater. Elle lui fut fournie par un incident sans gravité apparente, tel qu'il s'en produisait périodiquement dans les ports de Turquie, mais auquel le mauvais vouloir de la Porte devait donner des proportions excessives; le sang-froid et l'habileté de l'ambassadeur allaient être mis à une seconde et plus rude épreuve.

En parcourant aujourd'hui les mers du Levant, sillonnées en sûreté par de pacifi([ues navires, il est difficile de se figurer les périls incessants et multiples aux([uels le navigateur y était exposé, dans un passé peu éloigné. Soit qu'il longeât la côte sinueuse de la Morée ou que, traversant l'.Archipel, il se guidât

' Relaliori citée.

avec précaution au milieu du dédale des îles, derrière chaque promontoire, au fond de chaque repli du rivage, il craignait de découvrir un corsaire en embuscade; tout navire aperçu à l'horizon lui était suspect : en approchant, il pouvait se révéler ennemi. Si le navigateur était chrétien, il craignait de voir paraître tout à coup sur le pont du navire qui se dirigeait vers lui les costumes bariolés des pirates algériens, aux nicàts leurs llammes éclatantes; s'il était grec ou musulman, il redoutait l'apparition de la croix rouge do Malte. Echappait-il aux corsaires qui exerçaient leur métier ouvertement et par commission de leur gouvernement, il lui fallait craindre les simples écumeurs de mer. Eufin, s'il était poussé vers la côte par la tempête, il risquait de tomber aux mains de populations qui regardaient son vaisseau comme de bonne prise et le retenaient esclave. Dans ces parages inhospitaliers, le commerce ne trouvait d'autres prolecteurs que les consuls de France. Représentants officiels de la chrétienté, ils devaient leur appui non-seulement à nos bâtiments, mais à ceux de toutes les nations qui trafiquaient sous la bannière blanche ; c'était leur fonction que de les avertir du danger, de les aider à l'éviter, de prévenir les effets de la complicité des populations avec les pirates barbaresques, d'éloigner adroitement les corsaires chrétiens des côtes où résidaient nos nationaux, sans se laisser soupçonner de relations avec les ennemis jurés de l'islamisme. Difficile en toutes circonstances, leur rôle devenait périlleux, dès que le gouvernement de Constantinople, au lieu de les seconder, ne leur témoignait qu'indifférence ou mauvais vouloir.

En 1720, le consul de France à Milo, Castagnier, avait recueilli, après un naufrage, le capitaine d'un vaisseau génois qui

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