‹ Une ambassade française en Orient sous Louis XV;Chapitre 38 sur 61 · U\E HKVOLUTIO.V A C ON ST A\ TI\ OP LE · texte numérisé non relu

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Derrière lui les principaux officiers du palais porlaieiit sou <,Mnîeterre, ses turbans de rechange, Taiguière pour ses ablutions. Tout avait été calculé pour évoquer rimage de la guerre. Les fins coursiers des écuries impériales, conduits en main, portaient à la selle le bouclier et la lance; la population efféminée du Sérail s'était parée d'armes de luxe, inutiles et précieuses. Les eunuques blancs et noirs défilèrent au son d'une musique guerrière, en cotte de mailles et le casque en tête : seulement, au témoignage des Européens qui assistèrent à cette pompe, ils ressemblaient plutôt " à des » femmes déguisées pour courir le bal qu'à des hommes allant 1 en guerre' » . Le mufti, les ulémas, les chefs des Ordres religieux étaient en armes ; les icoglaus formaient une troupe " d'un air galant et martial * , De légères écharpes de soie s'enroulaient autour de leurs cuirasses damasquinées; leurs armes étaient des carabines incrustées d'or, de nacre, de corail, ou des flèches dorées dans des carquois de velours. Dès que chacun eut rempli son rôle et que cette armée de parade eut atteint le camp dressé près du village de Kadikeui, elle se dispersa : les chefs se répandirent dans les palais voisins, allèrent goûter le frais sous les ombrages du Bosphore ; les soldats furent renvoyés peu à peu dans la ville, et les valets d'armée restèrent commis à la garde du camp.

Plusieurs semaines s'écoulèrent ainsi; les négociations avec Thamas-Kouli-Khan continuaient. Cependant le peuple commençait à percer les projets pacifiques du Sérail, et sa patience .se lassait; il s'irritait surtout de payer des impôts excessifs pour

' Pièce intiluléc : Ordre et marche du Grand Seicpieur de Constantinople à Scutari, aux arctiivcs des alfaires clrangères. Turquie, M\Q. Md.

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une gucne qiio Ton ne faisait pas. Les janissaires revenus du camp entretenaient cette colère par leurs récits. La plupart d'entre eux exerçaient dans la \ille quelque métier; à la fois soldats et artisans , ils se confondaient avec la populace ou plutôt en formaient eux-mêmes une grande partie, partageaient ses passions et dirigeaient ses mouvements. L'absence du gouvernement, demeuré tout entier sur la rive d'Asie, semblait alors faciliter une sédition et inviter les mécontents à se saisir de la capitale abandonnée.

A Conslantinople, le Bazar forme une ville distincte au cœur de la cité, ville étrange, où les rues ne sont que des galeries^ couvertes, étroites, innombrables, s'encbevêtrant en tous sens, et où tombe du haut des voûtes un jour mystérieux ; là, toutes les richesses de l'Orient étincellent dans de sordides réduits, et les marchands turcs, gravement établis à l'entrée de leurs échoppes, regardent s'agiter devant eux une foule bruyante, inquiète, prête à tout, qui semble formée du rebut de vingt races. Xul lieu n'est plus propice cà l'éclosiou et au développement d'une émeute. Dans la matinée du 28 septembre, à l'heure où le Bazar s'emplissait de vie et de mouvement, on vit passer dans ses galeriesetses carrefours une troupe tumultueuse: elle était composée d'hommes de la lie du peuple et de quelques soldats; ils criaient que tous les vrais musulmans eussent à les suivre. En tête marchait un ancien levanti (c'était le nom qu'on donnait aux soldats de la marine), maintenant vendeur d'habits et janissaire, Padrona Kalil; ses principaux lieutenants étaient Muslu, qui vendait des fruits sur le port, et Ali le marchand de café. Ils entrèrent dans le bazar des étoffes, prirent un lambeau de soie dont ils se firent uu drapeau ; lo bazardes armes, l'antique Bezesfain, leur offrait uu arsenal

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riclie et varié; ils lo pillcicnl et s'armèrent. Comme personne n'apparaissait pour les réprimer, beaucoup de monde se joignit à eux; tout à l'heure ils n'étaient que cinquante, les voici cinq ou six cents. Les boutiques se ferment, le Bazar est à eux. L'émeute en déborde bientôt et roule jusqu'à la place de l'Atmeïdau, l'ancien hippodrome des Césars byzantins; là, elle trouve une place d'armes naturelle, s'y établit et s'y organise militairement, renforcée par de nombreux groupes de janissaires qui accourent de tous les quartiers.

Les quelques officiers de marque demeurés à Coustantinople, au lieu de charger les mutins à la tète des troupes restées fidèles, viennent les haranguer; ils sont éconduits et maltraités. Le gouverneur de la ville, gendre du grand vizir, apprit la révolte dans ses jardins du Bosphore, où il soignait ses tulipes et ses œillets' ; il passa le canal et s'enfuit àSculari. Les rebelles restèrent maitres du terrain sans avoir eu à combattre; c'étaient maintenant des corps nombreux, c'était une armée qui campait à l'xAt-meïdau. Les janissaires insurgés y avaient apporté de leurs casernes les marmites qui servaient de signe de ralliement à chaque compagnie, et par ce moyen attiré à eux la milice presque entière. Déjà leurs détachements occupaient les principales places ou parcouraient la ville, en criant aux chrétiens de s'enfermer chez eux et qu'on ne leur ferait point de mal; du reste, peu de désordre, nul excès; les soldats conservaient et maintenaient la discipline dans la révolte même; < tout au plus, dit Villeneuve, y eut-il ^< quelques boutiques de Juifs pillées*. »

' Hammkr, p. 427.

* Villeneuve à Chauvelin, 12oc(obro 17.30.

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PendanI la mii(, le siilfan, le grand vizir, les ministres, la cour, repassèrent le IJosphore et rentrèrent au Sérail, Tout espoir de salut n'avait pas disparu ; le palais pouvait soutenir un siège; le corps des canouniers, qui gardait Tarseual, et les troupes de la marine étaient restés dans le devoir. Au lieu de se servir de ces éléments de résistance, le gouvernement d'Ahmed acheva de se perdre par sa lâcheté. Il préféra entrer en négociation avec les rebelles ; pendant vingt-quatre heures, le Sérail et l'At-meïdan traitèrent de puissance à puissance. Padrona et les principaux insurgés demandèrent qu'on leur livrât cinq victimes désignées, d'abord Ibrahim, celui qu'on regardait comme le premier auteur de la décadence et de l'abaissement de l'empire, puis sou gendre, son secrétaire, le reis-elTendi et le mufti. Le sultan fît répondre qu'il réfléchirait à ces propositions; il offrit ensuite de renvoyer et d'exiler les cinq ministres; les rebelles exigeaient leur supplice. Ces honteux débats achevèrent de jeter le découragement parmi les partisans d'un régime qui s'abandonnait; les corps qui ne s'étaient pas encore prononcés firent défection. La révolte était désormais maîtresse de la ville entière et de son flot grondant battait les murs du Sérail.

Les portes du palais s'ouvrirent : on planta près de l'entrée l'étendard vert du Prophète, et un crieur promit au nom du sultan vingt-cinq piastres à qui viendrait se ranger sous la bannière sacrée. Personne n'approcha : la haine du gouvernement éloignait les uns, la peur de Padrona et de ses adhérents retenait les autres. Les portes du Sérail s'ouvrirent pour la seconde fois; il en sortit un chariot traîné par des Jîuffles et portant le corps d'Ibrahim avec ceux des cinq ministres condamnés par le peuple. Au moment où Ahmed

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<juil(ail Sciilari, la sullane Kadidjé iui avait clil : " Souvieiis- « toi de garder auprès de toi tous tes ministres, afin de te sauver " toi-même en les sacrifiant'. " Ahmed s'était conformé à cet avis; il avait fait étrangler ses premiers et ses plus fidèles serviteurs, et espérait au prix de ce sang racheter sa couronne. Le peuple éprouva d'abord une joie féroce; il s'acharna sur les cadavres, les attacha à des gibets, les traîna par les rues, puis les abandonna aux chiens qui errent dans Constantinople par bandes affamées. Tout à coup, il s'avisa que sa vengeance n'était pas complète; il avait réclamé ses ennemis vivants, afin de les torturer longuement, et on les lui remettait morts. Quelques-uns s'écrièrent qu'on les avait trompés, qu'Ibrahim était sauvé et que le cadavre livré pour le sien était celui d'un matelot, connu pour sa ressemblance avec le grand vizir. La faiblesse du gouvernement n'avait fait qu'enhardir les rebelles, au lieu de les satisfaire; ils firent dire au sultan qu'ils ne le voulaient plus pour maître et qu'il eût à abdiquer en faveur de son neveu Mahmoud : c'était le fils de l'ancien sultan Mustapha II, détrôné lui-même par Ahmed; il languissait depuis vingt-trois ans dans le Sérail, suspect et prisonnier.

Ahmed accepta la décision des rebelles comme l'arrêt du destin; il commençait d'ailleurs à lire sur tous les visages le découragement ou la trahison. Les émissaires qu'il avait envoyés à l'At-meïdan retournaient auprès de lui eu ambassadeurs hautains de l'insurrection. « Ton règne est fini, lui dirent-ils brutalement, tes sujets ne te veulent plus pour maître. ^ — -< Que ne m'a-t-on prévenu plus tôt? 5) répon-

' Hammer. p. 427.

dit-il simplemcnf, puis il se rendit à la prison de Mahmoud, l'en fil sortir et y prit sa place, après lui avoir donné ces conseils que les souverains prodiguent volontiers à leurs héritiers et qui ne sont souvent que l'expression amère du regret des fautes commises. On admit dans le palais les chefs des révoltés, afin qu'ils pussent rendre hommage au souverain qu'ils venaient de mettre sur le trône et constater l'accomplissement de leurs volontés. Quelques jours plus tard, Mahmoud se rendait avec pompe à la mosquée d'Eyoub, pour y ceindre le sabre dOlhman. On put observer ses traits réguliers et nobles, l'airdedouceur dont était empreint son visage. Malheureusement son corps était chétif et son aspect timide. Tiré de l'obscurité d'une prison et transporté tout à coup au milieu des splendeurs du rang suprême, il semblait éprouver une impression d'éblouissement. Padrona et Ali marchaient devant lui, à pied et les jambes nues, mais jetaient de l'argent au peuple; toute l'attention se portait sur eux, et l'inauguration solennelle du nouveau règne semblait leur propre triomphe '.

Constantinople vit alors se renouveler les scènes dont un siècle auparavant Xaples avait été le théâtre : elle eut son Masaniello. Quand le sultan avait voulu récompenser Padrona par un titre de pacha, le rebelle avait refusé : il ne méritait point cet honneur, disait-il, ne sachant pas lire; puis il avait ajouté : « Je n'ignore point comment je dois finir : ceux qui

' \illeneuve an Roi, 7 octobre 1730; Villeneuve à Chaiivelin, 12 octobre, loir aussi, aux archives (les affaires étrangères, Turquie, 1730, diverses lettres ronceniant la révolution. Cf. AIigxot, t. IV, p. 323 et suiv. Hammer, p. 425 à 4'j2. Xous avons consulté en outre un manuscrit appartenant à -M. ScHEFER, et contenant le récit complet des événements de Constantinople en 1730. Suivant nous, cet ouvrage doit être attribuée un agent politique du nom de Bohn , confldent de Boxxeval, mêlé depuis aux affaires d'Orient et sur lequel nous aurons à revenir.

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t ont élevé un empereur ne meurent pas dans leur lit. > C'était une allusion à la défiance qu'inspire aux souverains celui (jui a brisé un trône, même pour élever le leur, et au prix dont ils payent ordinairement ses services. Néanmoins Padrona disposait de la seule force restée debout, le peuple eu armes et les milices soulevées. Prévoyant une lin tragique etpromplc, il voulut au moins goûter à l'autorité suprême, s'assurer un règne d'un instant et s'étourdir par l'ivresse du pouvoir. Il empêcha les insurgés de se disperser, les maintint eu armes, organisés en troupe sous ses ordres, retranchés dans l'At-meïdan, et de cette citadelle de la révolte fit le véritable siège du gouvernement.

De là, les chefs populaires envoyaient des ordres aux ministres que le sultan avait choisis, distribuaient les charges, récompensaient, proscrivaient. Padrona ne se montrait plus qu'environné d'une garde de trente hommes: il entrait au Divan le cimeterre au côté et y dictait ses volontés. Un pacha ayant osé lui résister, il le fît sabrer sous ses yeux; il forçait celui qu'il avait fait aga des janissaires , c'est-à-dire chef suprême de cette milice, à se prosterner devant lui et à baiser le bas de sa robe. Les dignités furent mises au pillage, les prérogatives impériales usurpées; les maîtres improvisés de l'empire se donnèrent la satisfaction de faire un khan des Tartares et un prince de Moldavie. Dans les premiers temps de la sédition, un boucher de Constantinople avait prêté à Padrona un cheval et quelques piastres : Padrona, le rencontrant peu de jours après la victoire, lui offrit en payement le gouvernement de la Moldavie et l'envoya chercher au palais un firman d'investiture. Pour maintenir son ascendant sur la foule, il flattait ses goûts et déchaînait ses passions. Les instincts de

désordre et de destruction qui coin eut au fond de toute populace, contenus d'abord, coniniençaienl à se donner carrière. Les monuments qui rappelaient le régime déchu furent l'objet de mutilations stupides. On décréta la démolition de la ville qui avait vu naître Ibrahim; les maisons des autres ministres mis à mort furent rasées. Deux cents kiosques élégants, qui paraient la vallée des Eaux -Douces d'Europe, s'écroulèrent dans les flammes.

Au milieu de ces violences, il est à remarquer que pas un seul des chrétiens établis à Constantinople, et dont la majeure partie se composait de Français ou de protégés de la France, ne fut molesté dans sa personne ni dans ses biens. Si notre qualité de chrétiens amenait les vrais croyants à nous confondre dans un égal mépris avec nos coreligionnaires, leur fanatisme admettait pourtant une distinction entre les infidèles. La dernière révolution n'avait pas été chez eux le résultat d'une aveugle fureur; en la faisant, ils avaient obéi à une pensée bien arrêtée et que Villeneuve avait démêlée dès le début du mouvement avec sagacité, celle d'obliger la Porte à terminer promptement son différend avec la Perse par une action militaire énergique ou une paix honorable, puis à rompre avec l'Autriche et la Russie. « Les Turcs apprennent en naissant, « écrivait Villeneuve, qu'ils doivent haïr les Allemands et les i- Moscovites, et c'est à quoi se réduisent toutes leurs connais- " sauces '. » Les pertes infligées à l'empire par les deux puissances du Nord et consacrées par les derniers traités avaient fait à l'orgueil musulman une profonde blessure; si le gouvernement d'Ahmed les avait oubliées, le peuple en conservait

' Villeneuve au marquis Monli, 11 mai 1731.

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ramer souvenir; la polilique de soumission envers les cours de Vienne el de Pélershoiirg, inaugurée par Ibrahim, n'avait jamais cessé de lui paraîlre une trahison envers la patrie et la religion, toujours confondues à ses yeux, et son indignation avait saisi pour éclater la première occasion favorable. Maîtres du pouvoir, les janissaires ne parlaient plus de poursuivre les hostilités contre Thamas-Kouli-Khan, mais d'emmener le sultan à Andrinople pour le conduire contre les Impériaux et les Moscovites. Dans la lutte qu'ils méditaient, ils sentaient instinctivement le besoin d'un secours étranger. La France étant l'ennemie des Allemands, ils prenaient confiance en elle et la considéraient comme leur alliée désignée. Aussi, dans leurs excès mêmes, nous témoignaient-ils à leur manière le désir de rétablir avec nous de meilleures relations et de réparer les injustices dont les Français avaient souffert sous le précédent régime ; ils pillèrent les maisons des gouverneurs de Péra et de Galata, jetèrent par les fenêtres les meubles précieux, l'or et l'argent, puis invitèrent les Francs à venir les ramasser pour se payer des sommes qu'où leur avait extorquées par des levées arbitraires '. En présence de tels ordres, Villeneuve signalait à son gouvernement, pour le cas où le Roi se déciderait à reprendre la lutte contre la maison d'Autriche, la facilité d'obtenir une diversion des Turcs, sous la forme d'une irruption en masse qui pourrait tout au moins étonner et déconcerter notre ennemi; jamais, suivant lui, les circonstances n'avaient été plus favorables pour faire servir l'islamisme à nos desseins et détourner sur nos adversaires ce torrent soulevé ".

' MiGNOT, t. IV, p. 335.

- Villeneuve ù Cliauielin, 12 oclobre 1730.

Avant que le ministère du Roi eût eu le temps de prendre parti sur cette situation, un personnage nouveau était apparu sur la scène mouvante et compliquée de l'Orient. Lu mois après la révolte, le successeur du ca pi tan-pacha supplicié débarquait à Constantinople. Bien qu'absent, il avait été désigné au choix du souverain par la clameur générale. Djanum-Khodja était célèbre dans le Levant tout entier Ml fut le dernier à rappeler les grands corsaires d'autrefois, les Barberousse, les Dragut. Comme eux, il avait été pirate avant de devenir amiral des flottes du Grand Seigneur. Comme eux, il était follement intrépide, aventureux, tout à la fois cruel et magnifique, féroce et parfois généreux, avide de sang, d'or et de voluptés. Lui aussi faisait la guerre comme il avait fait la course, apparaissait à l'improviste au milieu des escadres surprises et des villes eu feu, puis s'enfuyait avec son butin et ses prisonniers ; il rêvait enfin de finir comme Barberousse , c'est-à-dire de ravir une principauté pour son compte et de mourir sur un trône. En 1730, il avait soixante-dix ans et se vantait d'en avoir passé cinquante à la mer. Tous les marins de la Méditerranée connaissaient ses traits; les uns l'avaient distingué dans la bataille, au milieu de la fumée, dominant du haut de son navire à demi brisé la mer sanglante; les autres l'avaient vu dans ses tournées triomphales à travers l'Archipel, tranquille sur sa galère dorée , son bâton de commandement incrusté d'ivoire à la main, entouré de ses galiondjis ou mate-

• Sur Djanuni, uoir principalement un manuscrit de la Bibliothèque nationale, intitulé : s Etat présent du royaume de Tunis avec ses relations avec la France de 1701 à 1752, et composé d'après les documents recueillis dans nos consulats de Barbarie. Supplément français, n» 2036.

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lots vêtus avec une barbare magnificence, une veste de velours brodée d'or jetée sur leur torse nu et tatoué. Il avait été trois fois capitan-pacha. Parmi ses exploits, on citait sa retraite de Corfou, alors qu'avec quelques vaisseaux il avait percé les escadres combinées de l'Empereur et de Venise, et sauvé par cette victorieuse trouée ce qui restait de la flotte des Ottomans. Enfin, lorsqu'il reparut à Conslantinople après la révolution, il revenait d'une dernière et fabuleuse odyssée.

Le gouvernement d'Alimed, craignant son ardeur, l'avait disgracié et relégué à Candie, sans pouvoir le réduire à l'inaction. Profitant du passage d'une galère turque, il débaucha l'équipage et enleva le navire à son propre fils, qui en était le commandant ; il nolise alors deux bâtiments de transport, embarque sur sa flottille une troupe d'hommes qui s'est attachée à sa fortune, y met aussi ses esclaves, ses immenses trésors, « même une jeune beauté qu'il a enlevée de « Candie ' " , puis, à la tète de cette expédition, part à la conquête d'un royaume. Son but était de surprendre Tripoli ou Tunis et de s'y établir en'maître. Il parait devant Tripoli, où il a su se créer des intelligences, cherche du regard sur la côte les signaux qui doivent lui dire d'approcher, ne les voit point paraître et s'éloigne. Une tempête le jette sur la côte de Tunis; il en profite pour tenter une descente et cherche à s'emparer de la Régence. Repoussé par les habitants, il se retire à Alger. Le dey, après l'avoir d'abord accueilli avec méfiance, lui donne l'hospitalité à Bone; il s'y enferme dans un palais avec sa maîtresse et ses esclaves, oublie tout pour quelque temps, s'abandonne dans les plaisirs. Cependant reuchautement se

' Manuscrit cité à la page précé(le:i(e.

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rompt, et le vieux corsaire se ranime; un impérieux besoin d'action le ressaisit; il est pris delà nostalgie des aventures. Il prépare un projet pour s'emparer de Tunis avec le secours des chevaliers de Malte. Tout était prêt pour l'exécution, lorsqu'il apprend la révolution de Constantinople et sa nouvelle faveur.

Il monte sur un navire avec la Candiote, ce qui lui reste de ses trésors et douze esclaves. Comme il avait relâché dans la rade de la Goulette et s'était rendu à terre, la jeune femme forme avec un esclave épris d'elle le projet de s'enfuir ; tous deux enlèvent le vaisseau et l'argent; ils sont bientôt à Palerme, où ils se marièrent et vécurent depuis « dans un état ce fort honnête' », s'il faut en croire une relation contemporaine. Djanum tempête d'abord; il veut poursuivre les fugitifs, puis entend raison et se résigne à reprendre son chemin vers Constantinople.

Il y arrive seul, dénué de tout, et révèle aussitôt sa présence par un coup de vigueur qui le met au premier rang. Le sultan détestait Padrona et ses complices, mais tremblait devant eux, comme tous les ministres. Personne n'osait faire entendre au prince des conseils virils, si ce n'est le nouveau khan des Tartares, Caplan-Gliiraï, créature des rebelles qui se retournait contre eux. Djanum se joignit à lui pour supplier Mahmoud de se débarrasser de ses tyrans ; il le détermina à secouer le joug. Le sultan ourdit avec le capitau-pacha et le prince tartare une conspiration contre ses propres sujets. Dans hi matinée du 25 novembre, Padrona arrivait au Sérail comme à l'ordinaire, accompagné de Muslu et de vingt-sept de ses prin-

1 Manuscrit cité.

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