‹ Une ambassade française en Orient sous Louis XV;Chapitre 40 sur 61 · UM15 RÉVOLLTIOM A C 0\ ST AN TIX OPLE. HO · texte numérisé non relu

UM15 RÉVOLLTIOM A C 0\ ST AN TIX OPLE. HO

tombé. Tandis que celui-ci s'acheminait, à travers l'Asie Mineure, vers le lieu de son exil, un messager le rejoignit et lui porta les condoléances de l'ambassadeur. Ce témoignage de sympathie, rendu à l'homme et non plus au ministre, toucha profondément Osman. " Les Français seuls, dit-il, sont sus- « ceptibles de ces sentiments généreux d'amitié, qui se sou- « tiennent malgré les revers de fortune', i

En restant fidèle à l'adversité, Villeneuve ne suivait pas exclusivement les mouvements de sou cœur; persuadé que dans un Etat où tout dépeud des volontés mobiles d'un despote, disgrâces et faveurs n'ont que la durée d'un caprice, il doutait que Topal-Osmau eût rempli jusqu'au bout sa glorieuse carrière, et c'est en vue de l'avenir qu'il s'assurait de plus eu plus des droits à son amitié. Déjà il avait agi de la sorte avec Djanum-Khodja, et sa générosité s'était trouvée prévoyance. Accusé de viser toujours à une souveraineté africaine, le capitan-pacha avait été dépouillé de sa charge avant le grand vizir et brusquement embarqué sur un bâtiment qui devait le conduire en exil. Il paraît même qu'ordre avait été donné de l'étrangler pendant la traversée; l'exécution allait s'accomplir à l'instant où le navire doubla la pointe du Sérail pour gagner la haute mer, mais Djanum, ayant aperçu le sultan dans ses jardins, l'interpella d'une voix forte, lui rappela son âge et ses services, et obtint la vie grâce à cette audacieuse présence d'esprit. Il fut jeté de nouveau sur cette terre de Crète qui jadis lui avait servi de prison, et où il revenait proscrit et sans ressource. Instruit de son infortune , Villeneuve lui fit aussitôt passer quelques secours. Ce présent

' Villeneuve à Cliauueiin, 3 avril 1732.

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le trouva déjà sorti de disgrâce, nommé gouverneur de l'île dans laquelle il avait été relégué; il refusa l'argent, mais n'en remercia pas moins l'ambassadeur par des lettres pleines d'effusion, puis, revenu bientôt à Constantinople et rétabli dans sa charge, continua de servir utilement nos intérêts. Néanmoins, il ne recouvra jamais l'influence dont il avait joui durant quelques mois et ne remplit point la place laissée vide à la tète de l'empire.

Après l'éloignement de Topal-Osman, l'impulsion qu'il avait donnée à son pays se ralentit. Tout projet d'action contre les deux cours impériales fut écarté ; la fortune de Bonneval subit un temps d'arrêt, et, loin d'aspirer à de nouvelles dignités, il dut se renfermer dans le commandement spécial qui lui avait été attribué. Cette nouvelle défaillance chez les Turcsn'impliquait pourtant point de leur part un changement de politique. Le système de Topal-Osman, qui avait été celui des principaux hommes d'Etat de sa race, survécut à sa faveur, et Mahmoud demeura fidèle toute sa vie aux principes que lui avait inculqués son ministre. Il ne se méprenait point sur le danger que lui faisait courir l'union de l'Autriche et de la Russie, croyait fermement que, parmi les puissances, la France seule lui portait un intérêt sincère, prêtait volontiers l'oreille à nos avis, mais s'efforçait plutôt de détourner que d'affronter l'assaut de ses adversaires. Son nouveau vizir, Ali, fils d'un renégat d'origine italienne, était un homme fin et doux, se plaisant dans les détours d'une diplomatie subtile, sachant faire la guerre, mais la considérant comme un parti extrême et dangereux. Il écoutait Villeneuve avec faveur, recherchait ses avis, en reconnaissait la justesse, mais se décidait difficilement à les suivre s'ils lui

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recommandaient quelque parti de vigueur; les autres membres du Divan partageaient à la fois ses sympathies et sa circonspection. Par une fâcheuse rencontre, c'est à l'instant où ce gouvernement bien intcnlionné, mais timide, s'installait à Constantinople qu'éclatait la crise depuis longtemps prévue et destinée à embraser l'Europe. Le 1" février 1733, Auguste II mourait; la vacance du trône électif de Pologne mettait de toutes parts les ambitions en éveil et suscitait d'âpres compétitions, prêtes à se transformer en luttes déclarées. Pour la première fois, la France se voyait amenée à prendre une part directe aux querelles du Nord et de l'Orient, et le concours de la Porte lui devenait indispensable. Pour l'obtenir, elle aurait désormais à stimuler l'ardeur des Ottomans au lieu de se borner à la diriger, et c'est seulement à force d'énergie qu'elle pourrait, entraînant la Turquie à sa suite, s'assurer l'emploi de cet instrument reconquis, mais encore difficile à manier.

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