SUR LES DOCUMENTS EMPLOYÉS
Le document qui a servi de base à notre étude est la correspondance du marquis du Villeneuve avec le Roi et ses ministres. Elle est conservée dans nos dépôts d'archives en deux exemplaires; l'un se trouve au ministère des affaires étrangères, l'autre figure à la Bibliothèque nationale, département des manuscrits, sous les numéros 7177 à 7199 du nouveau fonds français. Dans l'un et l'autre dépôt, la correspondance proprement dite est accompagnée de mémoires, notes, pièces de toute sorte relatives à l'ambassade. Une partie des lettres écrites par Villeneuve en 1737, 1738, 1739 et 1740, a été analysée ou même textuellement rapportée par l'abbé Laugier, dans son Histoire (les négociations pour la paix de Belgrade, Paris, 1768, 2 vol. in-12. Les autres dépêches du marquis, de même que les instructions qui lui ont été adressées pendant toute la durée de sa mission, n'ont fait jusqu'à présent l'objet, à notre connaissance, d'aucune publication.
Les renseignements fournis par cette correspondance ont été contrôlés parmi nous à l'aide des documents suivants :
1° Les correspondances diplomatiques échangées, pendant la même période, entre le cabinet de Versailles et ses agents dans les autres cours, particulièrement à Vienne , Stockholm, Saint-Pétersbourg, Venise et en Pologne.
2" Les dépêches russes que Solovief a publiées ou analysées dans sa grande Histoire de Russie.
Nous avons fait traduire celles de ces pièces qui se rapportent à notre sujet, et nous en citons divers extraits.
3° Les dépèches diplomatiques allemandes, citées par Hammer, dans son Histoire de l'empire ottoman^ et plus récemment par
XIV NOTE SLR Li:S DOCUMEXTS TAIPLOYES.
M. Tupelz, dans son Etude sur la paix de Belgrade {Historische Zcitschrift, nouvelle série, A'^ volume, année 1878). Les dernières sont tirées non-seulement des archives d'Etat de Vienne, mais des archives privées de la famille Kinsky. Elle nous permettent de connaître, sur les négociations de Belgrade, la version autrichienne, après les versions française et russe.
•4» Les lettres inédiles des envoyés de Venise à Constantinople, pendant la période qui s'étend de 1728 à 1747. Cette correspondance est conservée k Venise au couvent des Frari, et fait partie de la collection intitnlée : Senato, sécréta. Elle se compose de lettres écrites au doge par les bailes et ambassadeurs Daniel Dolfin, Angelo Emo, Simon Contarini, Nicolo Erizzo et Francesco Venier. Si, à celte époque, Venise ne jouait plus en Orient qu'un rôle secondaire, ses diplomates n'avaient pas entièrement perdu les qualités d'observation et de flair qui jadis portèrent si haut leur renommée; ils peuvent et doivent être interrogés à titre de témoins. Nous devons à ce sujet de justes remercîments à RIM. Barozzi, B. Cccchelti et Stefani, pour la bonne grâce avec laquelle ils se sont plu à nous faciliter l'accès des archives vénitiennes et à y guider nos recherches.
5° Une correspondance pi'ivée entre le marquis de Villeneuve et son ami M. de Caumont. Les lettres du marquis, écrites au cours de sa mission, renferment quelques détails sur son caractère et laissent voir l'homme sous le diplomate; elles font allusion aussi aux événements politiques, sur un ton de familiarité et de confidence qu'excluait naturellement la correspondance officielle. Elles sont en la possession de M. Schefer, membre de l'Institut, administrateur de l'Ecole des langues orientales, qui a bien voulu nous les faire connaître. Nous devons également à l'inépuisable obligeance de M. Schefer, servie par une compétence sans rivale, la communication d'autres manuscrits relatifs à notre sujet, entre autres le recueil des mémoires adressés à la cour de France parle comte de Bonneval.
Sur ce personnage curieux, les correspondances de Bruxelles , de la Haye, de Vienne et de Venise, aux affaires étrangères, ainsi que le fonds Mémoires et documentSj nous ont fourni d'abondantes indications.
NOTE SUR LES DOCl'MEIVTS EMPLOYES. XI'
Pour apprécier dans son ensemble le caractère et les traditions de notre ancienne politique d'Orient, nous avons étudié, aux archives du quai d'Orsay, la correspondance de Constantinople depuis le début du règne de Louis XIV jusqu'en 1728. Dans le même dépôt, les recueils intitulés Affaires ecclésiastiques et missions du Levant contiennent l'bistorique de notre droit de protection sur les catholiques de Turquie. Quant à la question commerciale, d'une si haute importance aux yeux de notre ancien gouvernement, la source d'informations la plus précieuse se compose de la correspondance de la chambre du commerce de Marseille avec le secrétaire d'État de la marine. Cette riche collection est divisée ; les lettres et instructions du ministre sont à Marseille, aux archives de la chambre de commerce, dont l'inventaire complet a paru récemment; les réponses de la chambre sont aux affaires étrangères, où elles constituent un fonds spécial. Nos archives diplomatiques possèdent en outre une longue série de mémoires et papiers relatifs au commerce oriental. Enfin le département de la marine, où nous avons trouvé un accueil non moins empressé qu'aux affaires étrangères, a mis à noire disposition la correspondance des divers secrétaires d'Etat de la marine avec nos ambassadeurs à Constantinople, ainsi qu'un nombre considérable de documents de toute nature.
Les ouvrages sur l'Orient publiés aux dix-septième et dix-huitième siècles en France et à l'étranger forment à eux seuls une imposante bibliothèque. Ils sont de valeur inégale, et il n'en est guère qui ne doive être soumis à une critique attentive. Noire désir est que, parmi ceux d'une importance réelle, aucun n'ait échappé à nos recherches. Nous avons fait appel en même temps aux mémoires généraux sur l'époque, ainsi qu'aux nombreuses et importantes publications qui ont renouvelé de nos jours l'histoire politique du dernier siècle '.
' Diverses parties de notre élude ont paru dans la Bévue de Finance, n" du 15 novembre 1880, dans les Aiivales de l'Ecole libre des sciences politiques, no du 15 juillet 1886, et dans les publications du cercle Saiut- Simon, n" 1, le Pacha Bonneial, 1885.