LA FRAXCE EX ORIEXT AU COMMEXCEME.VT DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
Au début du dix-huitième siècle, notre pays possédait en Orient une influence qui résultait d'une politique traditionnelle et formait l'un des ressorts de sa puissance. Il en retirait Jrois avantages principaux, répondant au triple moyen qu'il employait pour maintenir et propager son crédit dans les p.iys du Levant. Par ses relations avec la Porte, la France obtenait que les armées ottomanes fussent employées à prévenir, détourner ou amortir le choc de ses propres adversaires ; la protection qu'elle accordait aux catholiques de Turquie ajoutait à sou prestige aux yeux de la chrétienté tout entière; enfin le commerce qu'elle avoit établi avec les Etals du sultan figurait parmi les éléments nécessaires de sa prospérité.
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Lorsque François I % vaincu à Pavie cl prisonnier, avait vu' son épée hrisce et la fleur de sa chevalerie tombée, il avait douté de toute assistance chrétienne et s'était donné au Turc; cette inspiration du désespoir devint le point de départ d'un système. Pendant deux siècles, l'accord avec la Porte se prolongea, et s'il ne fut point permanent, s'il subit à plusieurs reprises l'épreuve de \iolé^ices et d'outrages réciproques, il se reforma chaque fois que les circonstances en démontrèrent l'utilité. Au seizième siècle, dès que la France prévoyait une attafjue ou méditait une prise d'armes, un émissaire partait à la recherche du Grand Seigneur, toujours occupé à préparer ou à exécuter de lointaines expéditions. On signalait le passage du Français à Venise et à Raguse; s'il échappait aux agents espagnols embusqués sur sou passage, aux tempêtes de l'Adriatique, à la férocité des populations bosniaques et albanaises, il rejoignait le potentat musulman dans sa capitale ou dans son camp, ji Constantinople, sur les bords du Danube ou dans les défilés de l'Asie llineure. Il lui expliquait alors de vive voix les projets de sa cour. Le sultan faisait son profit de ces informations et dressait en conséquence son plan de campagne; tantôt il poussait en Hongrie ses bandes dévastatrices ; tantôt sa flotte s'avançait dans la Méditerranée à la rencontre des vaisseaux du Roi et s'aventurait eu leur compagnie jusqu'aux côtes de Provence, où François I" lui assignait Toulon comme quartier d'hiver, après avoir chassé les habitants de leur ville pour y installer l'Infidèle'. Ce concert de mesures entre deux adversaires redoutables tint en échec Charles-Quint et Philippe II, sauva la France d'invasions
• Ch ARRIÈRE, Négociations de la Fi'ance clans le Levant, dans la collection des Documents inédits sur l'histoire de France, t. I", p. 567 à 674i