‹ Une ambassade française en Orient sous Louis XV;Chapitre 9 sur 61 · LA FRA\CE EM OHIEXT · texte numérisé non relu

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plus encore que la lictoire. ' Nuit et jour mon cheval est " sellé, écrivait Soliman à François I", et mon sabre est ceint '. » Sous les faibles monarques qui suivirent, le zèle guerrier des musulmans se refroidit, leurs expéditions prirent un caractère plus intéressé ; ils laissèrent l'Europe organiser contre eux sa résistance et leur infliger d'irréparables désastres. Instruits par ces revers, prudents par nécessité, ils se prirent alors à réfléchir sur le ca)'actère égoïste de notre politique, commencèrent à s'en plaindre, et on les entendit à plusieurs reprises, lorsque nos ambassadeurs les pressaient d'agir, réclamer un traité d'alliance qui leur eût garanti notre fidélité '. La persistance de la France à éliulerces demandes les fortifia dans leurs doutes et ne contribua pas peu à leur immobilité en plusieurs circonstances décisives. Notre entente avec eux tendait ainsi à devenir pour l'Allemagne moins un péril réel qu'un épouvantail; à ce titre, elle avait encore son utilité. S'exagérant le pouvoir de la France à Constantinople, nos rivaux ne doutaient point qu'elle ne disposcàt de la Turquie et ne fit mouvoir à son gré cette vaste machine de guerre. Le fantôme d'une double agression, toujours présent à leurs yeux, troublait leur repos et paralysait leurs intentions hostiles. Ainsi se vérifiait cette parole d'un Français du seizième siècle, parlant de nos rapports avec le Grand Seigneur : « On peut plus attendre de l'ombre de « son amitié que des effets qui s'en pourraient ensuivre '. »

Aboutissant à des résultats moins directs, l'action politique de la France à Constantinople s'était élargie ; elle embrassait

' Ch.irrikre, t. I*"^, p. 118,

■^ Archives des affaires étranijères : Turquie, 1676, 1699.

■■* Correspondance de MM. de Cnstillon et de Marillac, publiée par M. KALi.EK,avec la collaboration de M.M. Louis 1<'arges et Germain Lkhèvre- PoxTALis, Paris, Alcan, 1885, p. 270.

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uu plus grand nombre d'ol)jcls el influait sur le sort d'une partie de l'Europe. Au nord du Danube subsistait un certain nombre de nationalités opprimées ou chancelantes; c'étaient la Hongrie, la Transylvanie, plus loin la Pologne, sans compter les Cosaques de l'Ukraine et les Tartares de la Tauride. Les trois premiers de ces États avaient longtemps servi de barrière à l'Europe contre les invasions musulmanes et soutenu vaillamment le choc des janissaires; puis le péril qui les menaçait s'était déplacé. Tandis que le flot de l'Islam atteignait les bornes qu'il ne devait point dépasser, l'Autriche s'avançait vers l'Orient et y poussait rapidement ses progrès. Encore toute germanique, la monarchie des Habsbourg représentait l'Allemagne militaire et conquérante; loin de laisser aux Etats qu'elle agrégeait à son empire une autonomie relative, elle leur imposait ses mœurs, sa langue, son administration, et les incorporait de vive force à la grande race dont elle se faisait le champion; ses conquêtes marquaient la revanche des migrations slaves et magyares qui jadis avaient refoulé et comprimé l'Allemagne. Au dix-septième siècle, l'Empereur ne se contentait plus de régner sur la Hongrie, il voulait l'asservir, la violentait dans ses croyances, lui retirait ses antiques libertés; il prétendait réduire en province la principauté de Transylvanie, exploitait les divisions des différentes races qui habitent la vallée du Danube et les excitait à se combattre, espérant faire succéder à ce conflit de nations valeureuses et indisciplinées, à ce tumulte de peuples, la paix d'un universel esclavage. Enfin il s'arrogeait dans les affaires de Pologne un droit d'intervention de plus en plus despotique. Dans le même temps, la Russie se mettait en marche vers l'Occident; comme elle rencontrait sur son passage quelques-uns des Etats que l'Autriche

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•combattait de son cùlê, les doux puissances devaient s unir contre ces adversaires communs, jusqu'à ce que, dans leur mouvement conver,']cnt , elles vinssent à se heurter et que leur rivalité naquit de ce contact. Par opposition à la li'juedes deux empires, la France témoignait d'une vive sollicitude pour les uationalilés on détresse de rEuro|)e orientale ; alin de prévenir leur ruine ou d'aider à leur résurrection, elle s'avisa de les mettre sous la protection du Turc, plus pressé désormais d'assurer ses frontières que de les étendre; elle tranforma à leur égard cet ancien tyran en défenseur attitré et leur donna pour support la masse compacte de ses Etats. Depuis lors, chaque fois qu'un prince ou qu'un peuple s'insurgeait contre l'Autriche ou la Russie, elle le mettait en relation avec la Porte et lui procurait l'appui des bandes ottomanes ; elle assista de la sorte Tckeli, Ilakoczy, Charles XII, la Hongrie expirante, la Transylvanie rebelle au joug, la Suède au lendemain de Pullava.

C'était surtout à titre d'intermédiaire entre la Turquie et la Pologne que la diplomatie française faisait preuve d'une sagacité pénétrante et d'une activité sans relâche. Louis XIV avait pressenti le sort que réservaient à la république slave ses propres discordes et les convoitises de ses voisins; dès le début de son règnie, il annonçait le démembrement qui devait se consommer un siècle plus tard et exprimait la crainte «que l'Empereur, le Moscovite et l'électeur de Brandebourg « ne partageassent entre eux les Etals de la couronne de « Pologne' " . Il regrettait de voir les Polonais, avec ce défaut il'esprit politique qui précipita leurs désastres, s'acharner à

' Mir.xET, Xégociatlons rehttices à la succession d'Espagne, I. II, p. ''56.

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des liillos stériles contre les Infidèles, au lieu de réserver leur courage pour de plus utiles emplois. A plusieurs reprises, il les avertit, leur remontra que leur ardeur belliqueuse se trompait d'objet; puis, lorsque leurs divisions eurent attiré sur eux une quadruple invasion et que leur territoire, disputé entre les Suédois, les Saxons et les Russes, fut demeuré la proie des derniers, il se servit de la Turquie pour déterminer et hâter leur délivrance. Par le traité du Prutli, signé en 171 I , le Tsar s'était engagé envers le sultan à ne plus intervenir dans les troubles de la Pologne. Xotre ambassadeur persuada au Divan de tenir la main avec un soin rigoureux à l'exécution de cette promesse, de laisser la Russie sous la menace d'une reprise d'hostilités tant que ses garnisons n'auraient point évacué les bords de la Vistule, et, dans un traité nouveau, conclu en 1712, de faire reproduire en termes plus explicites la clause libératrice ' . L'un des derniers actes de Louis XIV fut ainsi de constituer le Turc gardien et protecteur de la liberté polonaise. Grâce aux suggestions de notre diplomatie, la présence des Osmanlis en Europe devenait pour certains peuples chrétiens un gage de repos et une garantie d'indépendance.

Chez les musulmans eux-mêmes, dans leur empire, la France s'était érigée en représentant des intérêts de la foi. A l'origine, un seul droit nous avait été reconnu formellement en cette matière, celui de protéger les Lieux Saints et leurs gar-

> E. ScHLVLEH, Peter tlie Great, Londres, 1884, t. II, p. 250, 251.

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diens. Après récliec dos croisades, lorsque les chevaliers eurent quitté la Palestine, les religieux demeurèrent; l'Ordre institué pour prier auprès duSaiut Sépulcre devint sou unique défenseur et, pareil à ces détachements ([u'une armée en retraite ahaudonne parfois derrière elle et qui savent se maintenir au milieu des masses profondes de l'ennemi, continua de tenir garnison chrétienne autour des sanctuaires de Jérusalem. Lorsque la France reparut en amie dans l'Orient soumis aux Turcs, elle retrouva les moines fidèles à leur consigne et s'elforça de leur assurer une existence moins précaire. En 160i, la faculté pour eux de conserver la partie des Lieux Saints dont ils étaient restés possesseurs fut inscrite dans nos capitulations, accordée en l'honneur du Roi et placée sous sa garantie. Cependant, d'autres Ordres s'étaient glissés dans les ports ouverts à notre commerce ; la France obtenait qu'ils y fussent tolérés, en alléguant la nécessité de pourvoir aux besoins spirituels de ses consuls et de ses marchands. Louis XIV fit admettre solennellement par les Turcs l'existence de ces missions; dans les capitulations renouvelées en 1673, le Grand Seigueur s'exprimait de la sorte : < Que les évèques et autres religieux de secte latine, « qui sont sujets de la France, soient dans tous les lieux de " notre empire comme ils étaient auparavant et y fassent leurs i' fonctions ' . »

Tel que les Turcs l'interprétèrent, ce texte contenait à la fois une reconnaissance et une restriction. Confirmant l'existence des établissements déjà créés, il ne nous autorisait point à en fonder de nouveaux ; permettant aux missionnaires

' Texte publié à la suite du Mémoire du comte de Saint-Vriest, p. 471.

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l'exercice de leur ministère ecclésiastique auprès de uos nationaux, il leur refusait toute autre allrihution. Mais le zèle religieux du Roi n'adnietlait point qu'aucune borne lui fût posée et fît de la concession obtenue le point de départ de nouveaux progrès. Les moines durent s'enhardir, sortir de l'ombre du drapeau français, s'engager dans les parties centrales de l'empire. Déjà, sous Louis XIII, l'Ordre qui avait eu l'honnenr de fournir un confident à Richelieu et qui devait à la protection du Père Joseph un crédit particulier, avait poussé eu Orient d'aventureuses expéditions. Sous Louis XIV, les Jésuites prennent la direction du mouvement; le Roi leur témoigne une faveur particulière, les institue « ses chapelains « dans les pays du Levant ' ^ et obtient de la Porte un iirman qui leur accorde une liberté d'action illimitée ^ Eu même temps un grand nombre de congrégations italiennes sont venues s'adjoindre aux nôtres et lutter à leurs côtés; la France étend à ces nouveaux venus le bénéfice de sa protection. Une féconde émulation s'empare des missionnaires; leurs stations se multiplient ; ils atteignent les contrées les plus reculées. Souples et habiles, ils se présentent modestement, parlent aux populations dans leur langue, s'insinuent auprès des pachas, les guérissent dans leurs maladies, fondent des hôpitaux, ouvrent des écoles et, d'abord tolérés à grand'peine, se font bientôt accepter et rechercher. On les voit se répandre peu à peu dans toutes les provinces, soutenus par notre protection qui ne les quitte point, agit sans cesse en leur faveur, obtient pour leurs établissements, à défaut d'une licence générale, des permissions individuelles,

• Lettres patentes de mars 167V.

- .-\rcliivcs des affaires étrangères : Turquie, 1684-1685.

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les «juide et les soulieut dans leur pa(ili(|iie iinasion '.

Un mémoire officiel, rédigé pendant la première moitié du dix-huitiéme siècle, nous donne le dénombrement de l'armée des missionnaires et nous fait passer la revue de cette vaillante milice *. Elle comprenait deux corps principaux, fournis par les Franciscains et les Jésuites français. Le premier de ces Ordres avait divisé l'Orient eu trois parties, correspondant aux trois grandes circonscriptions ou provinces qu'il avait établies en France. Chacune des ces dernières possédait ainsi une succursale d'outre-mer. La province de Paris s'était réservé Constautinople, Smyrne, la Grèce et les îles; celle de Tours fournissait au recrutement des missions d'Alep, de Chypre, d'Egypte, de Mésopotamie et de Perse ; celle de Bretagne se chargeait de peupler les couvents de Syrie et de Palestine. Les Jésuites possédaient deux établissements principaux, l'un à Constautinople, l'autre à Antoura, en Syrie; chacun d'eux servait de quartier général à une troupe de religieux qui s'était dispersée dans les contrées environnantes. Soumis à l'autorité des supérieurs de leur Ordre, qui eux-mêmes résidaient dans le royaume, les Franciscains et les Jésuites dépendaient exclusivement de la France. Les congrégations italiennes relevaient de la Propagande de Rome ; toutefois notre gouvernement se réservait sur leurs actes un droit de contrôle et, en échange de sa protection, exigeait leur obéissance.

La surveillance des missions, ainsi que l'un de nos ministres en faisait l'aveu, " donnait plus d'occupation à

' Arcliives des affaires étrangères, cartons intitulés : Affaires religieiisex et missions du Lecaiit. Lettres édifiantes , publiées dans le i'rtn//<f'o« littéraire, Paris, 18.38, t. i^'", p. 26 à 287.

- Mémoire adre.ssé au ministère par le marquis de Villeneuve, 10 janivicr 1730. Archives des affaires étrangères : Turquie.

1 ambassadeur du Uoi auprès de la Porte que toutes les autres « aflairesdont il était chargé ' » . En effet, les moines apportaient en Turquie, avec un zèle parfois intempestif, l'esprit de rivalité qui leur est habituel; en présence des Infldèles, devant l'ennemi, ils se jalousaient et se faisaient la guerre. Quelquesuns même, se considérant au Levant comme en pays conquis, y adoptaient les mœurs et les allures du soldat en campagne. Mais à côté de ces défaillances, rares chez nos religieux français, que de sublimes exemples de courage et d'abnégation! Dans les derniers siècles, la peste sévissait en permanence sur les bords de la Méditerranée et ne faisait qu'y déplacer ses ravages. A chaque apparition du fléau, tandis que les principaux habitants fuient ou s'isolent, les Pères latins se mêlent à la partie la plus éprouvée de la population, se prodiguent, soignent et consolent les malades, imposent par leur calme et relèvent les cœurs. Dès que la peste atteint Constantiuople, l'un d'eux fait ses adieux à ses compagnons ; il se rend au bagne, lieu de douleur où s'entassent les captifs chrétiens et où l'épidémie se développe avec une effrayante rapidité; il s'y établit à demeure, s'y confine pour de longs mois, se retranche du nombre des vivants, s'enferme avec la mort*. Les missionnaires bravaient aussi le danger des climats insalubres, la fatigue des longues marches, le fanatisme des populations. Plus courageux que les explorateurs, plus actifs que les marchands, parce qu'un mobile supérieur les poussait, ils persévéraient avec une infatigable constance dans l'œuvre commandée et se dévouaient sans réserve à la conquête des âmes.

' Mémoire concernant les missions du Levant et destiné à la cour de Rome. Archives des affaires étrangères : Turquie, 1731. ■^ Lettres éditantes, t. I^"", p. 31.

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Dans leur ardeur de propagande, ils ne s'attaquaient guère aux mahoniêtans. Il n'ignoraient point (|ue ceux-ci abandonnent rarement une croyance qui les persuade de leur supériorité sur le reste de l'humanité et s'identifie avec leur orgueil. Le Saint-Siège nourrissait si peu d'illusions à cet égard qu'il avait interdit à ses prêtres de tenter la foi originelle des Turcs'. La conservation des catholiques d'Orient dans la pureté de leur croyance et surtout la conversion des schismatiques, tel était le double but proposé aux efforts des missionnaires. Les églises d'Orient, séparées pour la plupart du siège apostolique, avaient toujours refusé de se prêter à une réunion générale; au dix-septième siècle, avec le concours et sous l'inspiration de la France, Rome s'efforça de les regagner en détail.

Chaque recrue opérée par les prêtres latins grossissait aussitôt le nombre de nos clients. En effet, bien que la Porte ne nous eût point reconnu un droit positif d'ingérence dans ses rapports avec ses propres sujets, nos agents ne manquaient jamais de s'employer et d'intercéder en faveur des catholiques; aussi ceux-ci venaient-ils à eux, se serrant à leurs côtés, les choisissant pour guides et pour chefs. D'ailleurs, en affirmant leur réunion à l'Eglise romaine, sans se réclamer du nom de la France, ils se fussent exposés à un péril réel. Incapables de distinguer le pouvoir sur les consciences de la domination temporelle, les Turcs considéraient que tout sujet du Grand Seigneur, en reconnaissant comme chef de sa foi celui qu'il appelaient « le grand mufti de Rome », se dérobait à l'autorité de son souverain légitime pour se placer sous celle d'un maître étranger; par suite, ils se sentaient disposés à

» ExGKLHARDT, Icc Tuiquïe ct U Tunùinat, Paris, Golillon, 1883, t. II, p. 85.

voir en lui im rebelle et un traître. Pour les catholiques, lesoûl moyen d'éviter une dangereuse suspicion était de se déclarer simplement chrétien à la manière des Français; c'est le parti qu'ils adoptaient dans toutes les circonstances. En |()*Ji, l'ile de Chio, où vivaient sept mille d'entre eux, fut tour à tour enlevée par les Vénitiens et reprise par les Turcs. Après leur victoire, les généraux du sultan reprochèrent aux catholiques de l'île d'avoir servi à l'ennemi de guides^ et d'auxiliaires; ils en firent arrêter un grand nombre et les soumirent à un rigoureux interrogatoire, qui porta sur leur culte et leurs tendances. Par bonheur, notre consul de Smyrne et nos missionnaires avaient fait la leçon aux accusés. Pressés, tourmentés de questions, ceux-ci se bornèrent à répondre qu'ils priaient et adoraient Dieu comme le roi de France. Devant ce nom révéré, l'ardeur persécutrice des Turcs se contint. L'interrogatoire fut suspendu, les catholiques recouvrèrent leur liberté : " Je me fierai toujours plus, disait l'un des beys, « à ceux qui croient comme les Français qu'à ceux qui ci croient comme les Moscovites '. »

Dans les dernières années du règne de Louis XIV, l'intérêt que la France témoignait aux catholiques prit un caractère étroit et intolérant. Au début de nos relations avec la Porte, la Frauce était apparue eu Orient comme le refuge du christianisme tout entier. Xos rois reconnaissaient alors l'utilité d'une politique large; ils écrivaient au Grand Seigneur avec un égal empressement en faveur du patriarche grec de Constanliuople et des évoques latins de l'Archipel*. Au siècle sui-

• Lettres édifiantes, t. I'''", p. 37.

^V^oir le recueil de pièces sur l'ambassade de M. de Gerniigny publié à la s^iilc de l'ouvrage intitulé : F Illustre Orbandale, Lyon, 1662, p. 1 à 122.

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vaut, à mesure que s'éleva la graudeur de la France, son prcsfige s' accrut d'abord aux yeux de toutes les populations oppriméesd'Oricnt, sans distinction de culte. Parmiles rayas, s'il en était alors qui conservassent la conscience d'eux-mêmes et l'espoir dans l'avenir, ils se tournaient vers notre nation et voyaient en elle la libératrice attendue; leur iniagination nous attribuait le rôle que la Russie a su depuis revendiquer avec éclat. A cette époque, lorsqu'un prêtre grec, arménien ou slave, rêvait l'émancipation de sa race, il confiait ses projets à la France et lui en réservait l'exécution ; dans un livre résumant de nombreuses aspirations , la Turquie chrétienne se plaçait sous la protection de Louis le Grand, des propbéties annonçaient sa venue, le patriarche des Arméniens le saluait du titre de nouveau Constantin, et les (îrecs, comme les catholiques, s'attendaient à voir un jour briller sur l'autel de Sainte- Sophie la croix latine, plantée par la main du fils aîné de l'Fglise '. Les missionnaires contribuèrent quelque temps à fortifier cette universelle confiance en nous; ^ ils publiaient " incessamment, dit l'un deux, la puissance de notre invincible " monarque, seule capable de délivrer les pauvres chrétiens « de l'état misérable où ils sont réduits ^ » . Malheureusement leur zèle envahissant ne tarda pas à dépasser la mesure et souleva contre eux le clergé schismatique. Sous leur influence, notre politique s'abandonna alors à des mouvements agressifs contre les dissidents, usa de procédés despotiques ou tra-

' Voyez spécialement à ce sujet l'article publié par M. L. Dhapevrox AolU^Va lieiue des Deux Mondes à» i" novembre 1876 et inlitulé : Un projet de conquête de l'empire ottoman an seizième et au dix septième siècle.

* Letlre écrite à Colbert le 0 avril 1070 par le l'ère de Saixt-Aicxax, custode de la mission des Capucins de Tonraine. Archives des affaires étrangères : Affaires religieuses et missions du Levant.

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cassiers et attira sur les catholiques de cruelles représailles. Ces luttes, si elles exaltèrent la ferveur de nos amis, limitèrent leur nombre et nous firent d'irréconciliables ennemis. Louis XIV s'était flatté de ramener à l'unité romaine toutes les églises d'Orient; il les laissa dans un état profond de trouble et de division. Néanmoins les résultats de son règne, au point de vue religieux, demeuraient considérables. .Votre droit de protection officielle sur les ecclésiastiques venus d'Occident avait été proclamé ; notre patronage officieux sur nos coreligionnaires indigènes s'était affirmé; le nombre de ces derniers s'était accru, et nos liens avec eux s'étaient resserrés; plus que jamais, toutes les ft'actions catholiques de la population relevaient moralement de la France et, au sein même des Etats du Grand Seigneur, nous faisaient un empire. Enfin le développement des missions nous procurait un dernier et précieux avantage. Dans toutes les contrées où ils s'étaient glissés, les moines étaient devenus pour nous d'utiles agents d'informations. Par leur moyen, le gouvernement se renseignait sur les ressources du pays, sur la possibilité d'y introduire un trafic et d'y créer des établissements. Partout les missiounaires se faisaient les éclaireurs du commerce, lui frayaient des voies nouvelles, précédaient nos marchands, nos consuls, et servaient d'avant-garde à la France.

En matière de commerce, l'Orient nous reniait tous les services d'un empire colonial, sans en présenter les inconvénients. Le but que poursuivaient les États, à cette époque de

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