‹ Une ambassade persane sous Louis XIV, d'après des documents inéditsChapitre 22 sur 133 · A. E. Perse, t. 3, f · texte numérisé non relu

A. E. Perse, t. 3, f

« des entrées dans toutes les villes de son pas- « sage. Vous remarquez, en même temps, que sa « suite grossissant chaque jour, la dépense devient « aussi plus considérable tant pour le traitement « que pour les voitures.

« A l'égard du premier point, vous ferez con- « naître à l'ambassadeur de Perse qu'il serait « contre l'usage de lui donner des gardes, que « loin que ce fût une distinction pour lui, ce « serait donner lieu de croire qu'on se défierait « de ses intentions et qu'on le regarderait plutôt « comme un prisonnier que comme un ministre « revêtu d'un caractère public. Vous pouvez « même lui citer l'exemple de ce qui se passe à « cet égard dans les seules occasions où la guerre « étant déclarée à quelques puissances, l'on donne « des gardes à leurs ambassadeurs auprès de Sa « Majesté pour les conduire jusque sur la frontière, « et pour les empêcher d'entretenir des relations « ou de prendre des connaissances contraires au « service du roi. Qu'ainsi on ne pourrait lu « accorder ce qu'il demande sur ce point sans « agir contre la dignité de son caractère, et qu'il « aurait lui-même intérêt de s'y opposer si on le « lui proposait. Lorsqu'il sera instruit de l'usage « et des raisons qui portent à lui refuser cette « demande, il ne doit pas insister pour l'obtenir « car il aurait lieu de regarder cette escorte « comme un efïet de défiance au lieu qu'on le

« traite comme un ami pour qui l'on ne veut rien « avoir de caché, en supprimant une garde con- « traignante et en lui laissant une entière liberté « de converser avec qui bon lui semblera et de « voir sans embarras ce qu'il croira digne de sa « curiosité.

« Quant à la seconde prétention, ce serait bles- « ser le respect dû au roi que de la soutenir, car « il est contre toutes les règles que les ministres « publics fassent des entrées dans aucun autre « lieu que dans celui où Sa Majesté réside et cet « usage est fondé sur la raison. Ainsi vous ne « devez pas permettre qu'il y soit contrevenu, « mais il est de votre sagesse, connaissant le ca- « ractère des Orientaux qui reviennent difficile- « ment lorsqu'une fois ils se sont persuadés qu'on « les veut contredire, d'agir auprès de cet am- « bassadeur par les voies d'insinuation et sans « aigreur ni sans impatience, ainsi que vous « savez qu'il convient de se conduire avec des « gens qui ne reviennent de leurs préjugés et de « leurs entêtements que lorsqu'ils voient que « l'humeur ni la vivacité n'ont point de part à la « conduite que l'on tient avec eux.

« L'article qui regarde la dépense du traite- « ment de cet ambassadeur mérite d'autant plus « d'attention que sa suite étant déjà nombreuse « peut encore le devenir davantage, et qu'il n'est « pas possible de lui prescrire des bornes à cet

« égard. Il est cependant d'autant plus nécessaire « de fixer cette dépense qu'il paraît que cet ambas- « sadeur ne compte pas quitter la France de quelle que temps. Tâchez donc de lui faire insinuer « de se charger lui-même de sa dépense et de « celle de sa suite moyennant l'argent qu'on lui « donnerait par jour. Je crois que dans le fond il « aimerait mieux ce parti que celui d'être défrayé, « parce qu'il espérerait quelque profit pour lui « en retranchant son nombreux cortège. Mais que « peut-être que par honneur il refusera la propo- « sition si elle est faite par vous. Ainsi chargez- « en l'abbé Richard ou tel autre que vous juge- « rez capable de la faire goûter à l'ambassadeur. « M. Arnoul écrit à M. le comte de Pontchar- « train que cet ambassadeur a dépensé 300 livres, « par jour depuis qu'il est à Marseille. On pour- « rait lui donner à l'avenir les mêmes 300 livres, « même 400 par jour, s'il était nécessaire, et « quoique cette somme soit forte, le roi n'y per- « drait pas.

« Vous aurez reçu peu de jours après que « votre lettre a été écrite une remise de 6000 livres « payables à votre ordre à Marseille. Cette somme « servira pour les premières dépenses du voyage, « et M.Desmarets l fera remettre incessamment de

1. Desmarets (Nicolas, marquis de Maillebois) 1648-1721. Neveu de Colbert, il devint maître des requêtes en 1678 et intendant des finances en 1683. Tombé en disgrâce à la mort

DE MARSEILLE A CHARENTON Jj

« nouveaux fonds à Lyon pour sa continuation. « Et à l'égard des avances qui ont été faites « jusqu'à présent par M. Arnoul pour l'entretien « de l'ambassadeur de Perse et de sa suite, il y « sera pourvu d'ailleurs l. »

Un conseil fut tenu par Saint-Olon, Dipy, Richard et Morel dès la réception de ces instructions. Une lettre collective fut ensuite adressée au secrétaire d'Etat des Affaires étrangères pour lui déclarer qu'on ne pouvait plus songer à interdire à l'ambassadeur les entrées publiques parce qu'il en avait pris l'habitude depuis Marseille et qu'avec un homme aussi entêté, aussi emporté, aussi féroce, il fallait craindre qu'il préférât s'en retourner en Perse \ Les instructions de Torcy restèrent donc lettre morte.

Il n'existe aucune relation du séjour de Mehemet Riza Beg à Avignon 3, on sait seulement par Saint-Olon 4 que l'ambassadeur refusa le com-

de Colbert, et exilé dans sa terre de Ma^llebois, il rentra en faveur en 1703. Directeur général des finances de 1703 à 1708, il remplaça ChamilLart à cette époque comme contrôleur général et s'employa à trouver des ressources pour soutenir la guerre de la succession d'Espagne. Le régent le congédia dès la disparition de Louis XIV.

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