Ibid.,P
3. Les recherches effectuées à Avignon par M.Duhamel, archiviste du département de Vaucluse, dans les diverses archives dont il a la garde, ainsi qu'à la bibliothèque de la ville, n'ont malheureusement donné aucun résultat.
i. A. E. Perse, t. 3, f°336.
pliment de M. le vice-légat ' qui n'avait pour but, en se prêtant à cet acte de courtoisie, que de donner au roi des marques de son attention respectueuse pour ce qu'il croyait être agréable à Sa Majesté.
A Orange, Son Excellence fut visitée par les messieurs et les dames de la ville à qui elle offrit du. thé et du café et qu'elle pria de danser. Le 30 décembre, elle entrait à Montélimar. Saint- Olon y avait envoyé à l'avance un fourrier pour préparer le logement de l'ambassade, et après quelques recherches, malgré l'absence de la propriétaire, la maison de la marquise de Rousset fut choisie. Cette noble dame devait regretter l'honneur d'avoir hébergé le Persan, carde grands dégâts furent commis par la foule qui avait envahi les appartements afin de contempler Mehemet Riza Reg. Ce personnage daigna accepter vingt livres de nougat blanc, mais un très désagréable incident le rendit plutôt antipathique à la population. Une jeune Montilienne s'étant avancée trop près de lui, apparemment pour admirer ses diamants, reçut un coup de pied. Le frère de la victime risposta par un coup de canne sur la tête d'un valet qui tomba en poussant des cris « perçants ». Aussitôt l'ambassadeur et ses gens mirent
1. Le vice-légat gouvernait, au nom du pape, la province ecclésiastique d'Avignon. Cette situation dura jusqu'à la réunion d'Avignon à la France (1790),
le sabre à la main, chargèrent la foule qui encombrait la maison et blessèrent assez grièvement deux Montiliens l. Il y eut une mêlée générale et seule l'intervention des soldats sauva les Orientaux des manifestations frappantes de l'indignation publique.
MehemetBiza Beg coucha à Loriol le 31 décembre. Le 1er janvier, il arrivait à Valence. Prévenue depuis le 4 décembre, par le gouverneur de la ville, du prochain passage de l'envoyé du chah de Perse et en possession de Tordre royal du 12 novembre qui ordonnait aux magistrats municipaux, maires ou consuls de rendre à Son Excellence les honneurs auxquels elle avait droit, l'assemblée des notables de Valence avait déjà pris certaines dispositions et fait consulter Saint- Olon à Loriol 2. La garnison se trouva sous les armes jusqu'à la maison de M. de Bayane 3, où l'ambassadeur fut logé. La résidence de l'intendant à laquelle on avait tout d'abord pensé pour y installer le Persan, n'avait pas en effet été jugée assez propre. Cent soldats montèrent la garde à
1. Archives de Montélimar et baron de Gostou, Histoire de Montélimar. Montélimar 1886, t. III, p. 342.
Journal de Montélimar du 5 mai 1853, article de M. Riondel. A. E. Perse, t. 3, f° 328-334.
2. Registre des délibérations de la ville de Valence. BB. ZO.
3. Compte consulaire de Ms Joachim Chorier, du 25 avril 1714 au 21 mai 1716 (Archives de Valence GG. 51).
Documents communiqués par M. Lacroix, archiviste départemental.
la porte de l'hôtel de M. de Bayane et cette attention fut aussi appréciée par Mehemet Riza Beg que le présent de la ville consistant en dix-huit livres de confitures et quatorze livres de bougies de table fines, et la harangue dont il fut salué au nom des consuls.
De Valence à Vienne par Saint- Vallier, et de Vienne à Lyon, le trajet s'effectua sans incident particulier. A Lyon, au contraire, où Saint-Olon amena l'ambassadeur le 4 janvier, selon ses prévisions, Mehemet Riza Beg signala son passage par de nouvelles bizarreries *.
Il commença, tout d'abord, par se plaindre avec aigreur de ce que la municipalité ne l'eût pas reçu officiellement et, pour manifester sa mauvaise humeur, il refusa de voir l'intendant. Lorsqu'il fut un peu calmé, après deux jours de bouderie, il parcourut la ville à cheval, suivi de ses gens, regardant fièrement et avec mépris toutes les personnes qui le saluaient. Entré en fumant
1. Almanach delà ville de Lyon pour 1716, petit in-4° intitulé : Le grand Calendrier nouveau pour Tan bissextil 1716 dans lequel la bourgeoisie lyonnoise sera informée des jours de garde, de patrouilles et de parades; des entrées et vacances des cours du consulat, do la conservation, de la police et autres cours judiciaires, ainsi que des assemblées et cérémonies publiques de Messieurs de ville. Ensembb de plusieurs Epocques remarquables et evencmens curieux. Augmenté de plusieurs particularitez qui n'ont point parues dans les calendriers precedens. Se vend six sols.
(A Lyon chez L. Langlois, rue du petit soulier, au point du Jour.)
DE MARSEILLE A GHARENTON 79
dans l'église Saint-Jean, il ne s'y intéressa qu'à l'horloge qu'on fit sonner trois fois pour le satisfaire, et il voulut entendre les cloches. On eut même grand'peirie à l'empêcher de monter au clocher en lui représentant qu'il risquerait de se rompre le cou dans l'escalier trop étroit et trop raide. En dépit des instances qui furent faites auprès de lui, il interdit l'entrée de ses appartements à tous les hommes, même à ceux de qualité, et il n'agréa que les visites des dames. Mmo la présidente Charrier eut le bonheur de lui plaire et comme elle lui faisait demander combien il avait de femmes, il répondit qu'il n'en possédait que douze mais qu'il se serait contenté d'une seule s'il en eût trouvé une aussi belle et aussi agréable qu'elle. Cette galanterie fut accompagnée d'une bourse à la persane et là se bornèrent ses libéralités à Lyon1.
Le départ était fixé au 8. Mais l'ambassadeur ayant feint une maladie, on dut retarder la suite du voyage. Excédé des intrigues de l'abbé Richard, Saint-Olon le laissa prendre les devants pour porter au marquis de Torcy une lettre où le Persan donnait une sorte de satisfecit étrange pour les procédés dont il avait été l'objet a.
A Versailles, d'ailleurs on commençait à perdre patience.
1. Journal historique des matières du £emjos,mars, avril 1715.
« J'ai reçu le 1er janvier, mandait le marquis « de Torcy à Saint-Olon, les lettres que vous avez « pris la peine de m'écrire le 22 et le 24 de ce « mois, et je vois dans Tune et dans l'autre la con- « tinuation de vos peines et de vos embarras pour « la conduite de l'ambassadeur de Perse. Ce que « je vois de plus fâcheux c'est que la dépense est « excessive, et que, quoi qu'il en coûte au roi, vous «< ne pouvez parvenir à contenter cet ambassa- « deur. Il faut cependant mettre une règle à cette « dépense et ne pas s'arrêter aux plaintes mal « fondées de ce ministre. Il faut faire les choses « honorablement comme il convient à la grandeur « du roi et à la considération que Sa Majesté a « pour le prince qui envoie son ambassadeur, « mais certainement le roi de Perse ne prétend « pas donner la loi en France, et il doit être con- « tent quand son ambassadeur y sera traité plus « favorablement et plus libéralement que les « ministres de France ne l'ont été en Perse.
« Le roi de Perse n'a point fait nourrir ceux « qui ont été dans ses États : il leur a fait seu- « lement donner soixante écus par jour pour eux « et pour toute leur suite. L'ambassadeur de « Perse n'aura qu'à se louer de la magnificence « du roi lorsqu'il lui fera payer trois et même « quatre cents livres par jour pour lui et pour sa « suite. Faites-lui donc entendre que c'est l'in- « tention de Sa Majesté et vraisemblablement il
« doit être content puisqu'il vous a déjà demandé « à faire sa dépense.
« Tâchez de faire en sorte que sur cette somme « il se charge des voitures... Si vous êtes obligé « de les payer, faites en sorte de les retrancher « sur la somme de quatre cents livres par jour. « N'oubliez rien pour ménager l'argent du roi « qui se prodigue, et dont la profusion est très « inutile dans cette occasion.
« Quant à la suite de l'ambassadeur, réglez-la « suivant le mémoire que je vous envoie : il con- « tient une liste qu'il a donnée lui-même de ses « domestiques à M. desAlleurs. Reconnaissez donc « bien exactement s'il a véritablement avec lui « ceux qui sont compris dans cette liste : char- <i gez-vous, en ce cas, de les amener mais nul autre « avec eux. Dites fermement que vous en avez « les ordres du roi, qu'il y va de votre tête de « ne pas les exécuter.
« Les escortes sont inutiles dans le royaume : « la suite de l'ambassadeur est assez nombreuse « pour ne pas craindre les voleurs. Renvoyez « donc tout ce qui a l'air de gardes ou de trou- « pes et marchez comme des voyageurs. Si l'am- « bassadeur se plaint, laissez-le dire. Répondez « seulement que chaque pays a ses coutumes, que « vous avez les ordres du roi, et que c'est à vous « à répondre à Sa Majesté de votre conduite. « Quelque emporté que cet homme puisse être,
« il faudra bien qu'il se rende à vos décisions. « Lorsque vous n'aurez pu parvenir à lui faire « entendre raison, ne l'irritez pas par de vaines « contestations souvent inutiles, mais exécutez « malgré ses plaintes ce qui sera conforme à ce « que je vous écris et vous verrez qu'au bout de « quelques jours vous le rendrez souple et docile.
« Enfin, Monsieur, joignez aux honnêtetés beau - « coup de fermeté sans rudesse mais décisive, et « songez qu'il faut amener ici cet homme le plus « tôt qu'il vous sera possible, et que ces longs « retardements ne conviennent ni à la dignité ni « au service du roi.
« Au reste, je ne vous indique pas le moyen « dont vous devez vous servir pour faire enten- « dre raison à l'ambassadeur parce que je sup- « pose que vous devez le savoir mieux que per- « sonne depuis le temps que vous êtes auprès « de lui, et par la pratique que vous avez de ces « sortes de gens l. »
Le marquis de Torcy en parlait à son aise. Il n'entendait, à Versailles, ni les imprécations ni la voix de taureau de Mehemet Riza Beg ; il ne souffrait pas des accès de fureur de cet envoyé à demi civilisé et, tout imprégné de la majestueuse ordonnance de la Cour de France, il ne pouvait soupçonner que le renom de Sa Majesté, la dignité