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dinaire des courtisans. Allant de son appartement au trône, une des plus belles perles de la couronne se détacha de son habit. La chercher était chose vraiment impossible, car les assistants étaient serrés les uns contre les autres. Il fallut un hasard miraculeux pour que cette perle qui avait roulé, on ne sait où ni comment, se trouvât, après avoir fait bien du chemin, sous les pieds du marquis de Lange 1. Ce seigneur prit enfin la peine de la ramasser sans se douter qu'il découvrait un trésor. Cette bonne fortune lui servit : il devait peu de jours après, et d'une façon assez singulière, rendre la perle au roi, avec un placet, qu'il présenta à Sa Majesté comme « la perle des placets ». Louis XIV s'étant fait expliquer l'énigme et heureux de n'avoir pas perdu un joyau auquel il tenait, accorda, dit-on, sur le champ, au marquis de Lange tout ce qui lui était demandé .
1. Guillaume, marquis de Lange, était originaire du Nivernais. Il descendait d'André de Lange, général de l'armée de Scanderberg, roi d'Albanie, qui fut tué en 1304 en combattant les Turcs, et de Jean de Lange, grand bailli de Malte, que le pape autorisa à se marier. Le père de Guillaume de Langefut tué à la bataille de Ramillies (1706) et sa mère, née Marie de la Grange, était sœur du cardinal d'Arquie, père de la reine douairière de Pologne. Le héros de l'aventure était donc cousin issu de germains des princes de Pologne et de Télectrice de Bavière. Il avait été fait prisonnier à la bataille de Steinkerque (1692), avait eu la main gauche emportée d'un coup de canon à Nervvinden (1693), et avait reçu un coup d'épée dans le corps au combat de Leusse.
D'autres inconvénients résultèrent de la bousculade. Mehemet Riza Beg ne put faire ses saluts aux places indiquées par le roi, et le cérémonial, si minutieusement réglé, en subit des atteintes affligeantes pour les courtisans esclaves de l'étiquette. Une partie de la suite fut ainsi séparée de son maitre et ne réussit pas à le rejoindre auprès du trône.
Son Excellence persane fut de même empêchée de bien apercevoir Louis XIV dès la porte du salon souvrant sur la galerie, mais le coup d'œil était néanmoins si imposant que son esprit devait en garder une impression profonde.
Sur un trône somptueux élevé de huit marches, adossé au salon contigu à l'appartement de la reine défunte *, et sous un dais à fond d'argent relevé en broderie d'or, le roi était assis, la tête couverte. Malgré le poids des années qui se faisait déjà lourdement sentir, dit Breteuil, il avait une mine haute et majestueuse. D'après Saint-Simon, au contraire, il paraissait fort cassé, maigri, avait très méchant visage et montrait
1. Marie-Thérèse avait habité peu de temps cet appartement. Elle y était morte le 30 juillet 1683. L'appartement de la reine comprenait alors le salon de marbre, l'antichambre « du grand couvert », le grand cabinet où se faisaient les présentations, et la chambre à coucher. Un salon et deux cabinets avaient été détruits pour la construction de la galerie des Glaces. On parvient aujourd'hui dans l'appartement par l'escalier dit de la reine, construit en 1684, et qui est resté le grand escalier d'honneur depuis la démolition de l'escalier des ambassadeurs dans l'autre aile du château.
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toute la faiblesse d'un âge plus avancé que le sien. Son habit était d'étoffe noir et or, drap ou brocard (les contemporains ne peuvent s'accorder sur ce détail), avec les boutons de diamants, boutonnières garnies de diamants. La croix de l'ordre *, portée par-dessus l'habit était elle-même de diamants, et celles qui se trouvaient brodées sur le manteau royal et sur le justaucorps se composaient de perles relevées de pierreries. La parure de Sa Majesté fut estimée 12.500.000 livres : elle écrasait littéralement le vieux monarque qui put à peine la supporter pendant la durée de la cérémonie.
A la droite de Louis XIV se trouvait le dauphin a, alors âgé de cinq ans et quatre jours, et habillé d'une étoffe pareille à celle du vêtement du roi, avec une profusion de diamants et pierreries. La duchesse de Ventadour 3 se tenait en
1. L'ordre du Saint-Esprit fut créé par Henri III les 31 décembre 1578 et 1er janvier 1579, en l'honneur de son élévation à la dignité de roi de Pologne et de son avènement au trône de France. Le ruban était bleu. Au centre de la croix, à huit pointes, pommettée, émaillée de blanc et cantonnée de quatre fleurs de lys d'or, était brodé le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe. Le roi était le grand-maître de l'ordre.
2. Il succéda à son arrière grand-père, le 1er septembre 1715.
3. Ventadour (Charlotte-Éléonore-Madeleine de la Mothe Houdancourt, duchesse de), 1652-1744. Elle avait épousé en 1671 Louis Charles de Levis, duc de Ventadour, pair de France. Elle et sa mère, née Louise de Prie, ont élevé vingt-deux princes et princesses de la maison royale, dont Louis XV et Ferdinand V, roi d'Espagne. La duchesse de Ventadour porta sur ses genoux Louis XV au lit de justice qui se tint au Parlement deux jours après la mort de Louis XIV.
lisière. Les autres princes du sang et les bâtards s'étaient groupés selon leur rang autour de Sa Majesté. Le duc d'Orléans l occupait à gauche la première place. Il avait revêtu un habit de velours bleu avec des boutons de diamants et des doubles boutonnières brodées de pierreries. Entre toutes les boutonnières on voyait une fleur de diamants. Quant aux parements, ils semblaient une mosaïque de diamants et de pierreries. Cet ajustement, dit Saint-Simon, remporta « le prix de la parure et du bon goût ». Le duc du Maine a, moins fastueux, s'était contenté d'une garniture de perles et de diamants prêtée par le roi qui en avait offert une de pierres de couleur au comte de Toulouse 3. Quant au duc de Chartres *, au duc
1. Philippe, duc d'Orléans, fils de Philippe d'Orléans et d'Elisabeth Charlotte de Bavière, dite « Madame ». Il exerça la régence, avec pouvoir absou et la garde de Louis XV du 2 septembre 1715 au 22 février 1723.
2. Maine (Louis-Auguste de Bourbon, duc du), fils légitimé de Louis XIV et de Mme de Montespan, né en 1670, marié à Anne Louise de Bourbon, petite-fille du grand Gondé, mort en 1736. Déclaré habile à succéder au défaut des princes du sang (édit royal de 1714), chargé de la tutelle du dauphin (1715); mais le duc d'Orléans lui enleva ses prérogatives et par arrêt du parlement (août 1717) le réduisit au titre et au rang de pair de France.
3. Toulouse (Louis-Alexandre de Bourbon, comte de), troisième fils légitimé de Louis XIV et de Mme de Montespan, né en 1678, mort en 1737. Il reçut dès l'âge de cinq ans le titre d'amiral de France et joua un rôle pendant la guerre de la succession d'Espagne. Il épousa en 1723 la marquise de Gondrin (M'16 de Noailies).
4. Chartres (Louis, duc de), fils unique du régent et de Ma° de Blois, né en 1703, mort en 1752 Membre du conseil de régence (1718), du conseil d'État (1719). colonel général de
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de Bourbon, au comte de Charolais *, au prince de Gonti % au prince de Dombes *, au comte d'Eu4, leurs vêtements présentaient un réel caractère de magnificence.
Le fauteuil royal décoré d'ornements de bois doré et terminés par une couronne, avait un dossier trop élevé pour que les grands officiers de la chambre de Sa Majesté pussent se placer derrière. Les quatre premiers gentilshommes, les ducs de Tresmes, d'Aumont 5, de la Trémoïlle 6, de Mortemart \ se trouvèrent donc en arrière des princes sur le trône, avec les marquis de Souvré 8 et
l'infanterie française (1721). Marié en 1724 avec une princesse de Bade.
1. Gharolais (Charles, comte de), frère du duc de Bourbon, né en 1700, mort en 1760.
2. Conti (Louis-Armand II, prince de), né en 1695, mort en 1727, fut nommé par Louis XIV un des chefs du conseil de régence- Son père avait été élu roi de Pologne en 1697 mais Auguste II, électeur de Saxe, avait occupé son trône avant son arrivée.
3. Dombes (Louis- Auguste de Bourbon, prince de) né en 1700, mort en 1754. Fils du duc du Maine et de MIle de Condé.
4. Eu (Louis-Charles de Bourbon, comte d'), frère du prince de Dombes, né en 1701, mort en 1775.
5. Aumont (Louis, duc d'), 1691-1723. En 1665 le marquisat d'Isle en Champagne avait été érigé en duché-pairie.
6. Trémoïlle (Charles-Louis-Bretagne, prince de Tarente et de Talmont, duc de Thouars et de la), 1683-1719, premier gentilhomme de la chambre du roi depuis la mort de son père (1709).
7. Mortemart (Louis, duc de), 1681-1746, fut lieutenant-général. Son arrière-grand-père, Gabriel de Bochechouart, marquis de Mortemart, était le père de Mme de Montespan.
8. Souvré (Louis-Nicolas Le Tellier, marquis de), 1667-1725, maître de camp de cavalerie, maître de la garde-robe du roi (1689). Lieutenant général au gouvernement de Navarre et Béarn, la même année. Chevalier des ordres (1724).
de Maillebois1, maîtres de la garde-robe. Le duc de Bouillon ', grand -chambellan, et le duc de la Rochefoucauld \ grand-maître de la garderobe, n'assistèrent pas à l'audience.
Des deux côtés du trône, aux angles de la plateforme, il y avait deux espèces de tambours ou de balcons; Madame % avec les dames de sa suite, se tenait debout dans celui de droite, tandis que la duchesse d'Orléans 5 occupait l'autre. La duchesse de Berry 6, en robe noire avec hermine,
1. Maillebois (Jean-Baptiste-François Desmarets, marquis de), fils du contrôleur général Desmarets et petit-neveu de Golbert, 1682-1762. Lieutenant général (1733), il soumit la Corse (1739) ; maréchal de France (1741), il fit une campagne malheureuse en Italie en 1745-46.
2. Bouillon (Godefroy-Maurice de la Tour, duc d'Albert et de Château-Thierry et), 1641-1721, il fut mis en possession du duché de Bouillon par le roi en 1668, et de la charge de grandchambellan de France en 1658. Il avait épousé en 1652 Marie- Anne Mancini, nièce de Mazarin.
3. La Rochefoucauld (François, duc de), 1663-1728, prêta serment entre les mains du roi pour ses charges de grand-veneur de France et de grand-maître de la garde-robe, en survivance de son père, le 20 novembre 1679; colonel du régiment de Navarre, se distingua à Fleurus (1690), Steinkerque (1692), Nerwinden (1693) où il eut le pied cassé : il en resta estropié. Maréchal de camp (1696), prêta serment comme duc et pair le 2 septembre 1715, chevalier des ordres (1724). Il avait épousé la fille aînée de Louvois en 1679.