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Il faut donc attribuer en grande partie à cet état d'esprit des Persans l'ignorance complète et presque grossière où ils étaient des autres nations du monde, ignorance que soupçonnait le baron de Breteuil, d'après l'exemple de l'ambassadeur. Qu'importaient à Son Excellence le gouvernement et les mœurs des Français quand les ministres de son maître, et le chah lui-même, n'étaient pas plus informés de ce qui se passait en Europe que dans la lune ? A quoi bon déranger ses habitudes pour satisfaire une vaine curiosité et acquérir des connaissances parfaitement indifférentes à la Cour de Perse ? Ne valait-il pas mieux, n'était-il pas plus sage, de fumer nonchalamment sa pipe, de méditer le Coran, et de faire des achats d'objets ou d'étoffe pour s'attacher, au retour, la faveur des puissants ? En dépit de cette philosophie et de cette humeur, Mehemet Riza Beg est cependant sorti parfois de l'hôtel de la ruede Tournon. Il s'y est décidé par politesse et par caprice, pour son plaisir personnel, mais les occasions de le rencontrer dans les rues de Paris ont été plutôt rares. Ses promenades et ses distractions ont parfois causé tant de désordre ou d'ennuis qu'on ne saurait regretter, en vérité pour ceux qui l'accompagnaient, une indifférence peut-être méprisante et en tout cas peu gênante.
Après l'audience à Versailles, aucune raison n'existait plus de maintenir au Persan quarante
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chevaux des écuries royales : on continuait par faveur exceptionnelle à le loger dans l'hôtel des ambassadeurs, mais il convenait de limiter les dépenses extraordinaires. Par égard pour Son Excellence, on mit toutefois à sa disposition un carrosse à six chevaux, plus deux autres pour la suite. Mehemet Riza Beg fut indigné de cette décision. 11 se répandit en plaintes, en récriminations, et jura qu'il ne bougerait pas, plutôt que d'aller en carrosse. La patience de Saint-Olon et de Breteuil ne put vaincre son entêtement, et Ton dut se résigner, pour rétablir le calme rue de Tournon, à louer une quinzaine de chevaux de selle. Avec les cinq bétes qu'il avait achetées à Marseille — aux frais du roi naturellement — l'ambassadeur disposait encore d'une cavalerie imposante. A diverses reprises, Morel essaya de la réduire ou tout au moins de ne pas l'accroître . Il y réussit à peine malgré tous les subterfuges. Les chevaux restaient à l'écurie, soit, mais ils y étaient. Dès que Son Excellence sortait, elle entendait être escortée de son porte-étendard, de son porte-pipe, de ses fusiliers, et accompagnée de quatre chevaux conduits à la main par des valets de pied et harnachés à la persane. Le spectacle était très convenable pendant le carnaval, constate Breteuil, mais plus tard il devint ridicule. Qu'il allât aux bains du sieur du Buisson (jusqu'au jour où ceux de l'hôtel furent in-
stalles), à l'Opéra où il se rendit quelquefois, le cérémonial restait identique. La présence des gens de la suite n'était pas, d'ailleurs, sans inconvénients. Le lundi gras, par exemple, à l'Opéra, un des fusiliers refusa de déposer son arme à la porte. Dans sa résistance aux injonctions qu'on lui adressait à cet effet, il jeta à terre la perruque et le chapeau d'un sergent des gardes. Ce dernier, respectueux de la consigne lui prescrivant de ne pas irriter ou frapper les Persans, se borna à se baisser pour ramasser son chapeau. Au même moment, le fusilier tira sournoisement un couteau de sa poche et il en eût blessé le soldat si l'on n'eût arrêté son bras déjà levé. L'affaire fit grand bruit. Louis XIV en fut informé, dès le lendemain, par M. de Conta des, major des gardes françaises, et donna l'ordre au baron de Breteuil d'aller parler fermement à Mehemet Riza Beg pour que l'incident ne se reproduisît pas. L'introducteur qui connaissait le personnage et redoutait la mort pour le coupable, s'assura du pardon de l'ambassadeur avant de lui présenter les observations de Sa Majesté. Des instructions sévères furent données à ses gens par Son Excellence pour prévenir désormais tout désordre. On verra par la suite comment elles furent respectées...
Parmi les distractions offertes à l'ambassadeur figurèrent une visite à Vincennes, à l'hôtel
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des Invalides et aux danseurs de corde de la foire Saint-Germain. Mehemet Riza Beg parut satisfait de Fliôtel des Invalides l, où il fut pendant deux heures, le 2 mars, et il manifesta le désir d'y retourner, ayant été charmé de la magnificence et du bon ordre de ce palais. Le Louvre l'intéressa médiocrement. Quant à l'Opéra, la durée du spectacle lui parut y être excessive en dépit du confortable des aménagements exécutés à son intention et notamment de la construction d'un pavillon, richement tapissé et assez élevé, d'où il contempla la scène, assis à la mode persane et fumant sa pipe.
Un petit nombre d'excursions dans les environs lui permit, au mois de juillet, de se faire une idée des jolis sites qui entourent Paris. Il accepta ainsi une invitation de la princesse deContiàlssy *, et alla au palais du duc d'Orléans à Saint-Gloud. Mais la mauvaise humeur le prit au cours de cette promenade, et il quitta Saint-Gloud, après y avoir dîné, et sans examiner les appartements et les jardins. A Versailles, au contraire, où il n'avait point voulu retourner pendant cinq mois après l'audience, il marqua de l'intérêt et une vive satisfaction. On en eut la preuve par le désir qu'il manifesta d'avoir les estampes représentant les jardins, et il déclara lui-même au baron de Bre-