‹ Une ambassade persane sous Louis XIV, d'après des documents inéditsChapitre 63 sur 133 · A. E. Perse, t. 4, f · texte numérisé non relu

A. E. Perse, t. 4, f

teuil qu'il ne trouvait pas d'expressions pour faire comprendre son admiration. Il n'était cependant resté qu'une journée à Versailles sans profiter de la permission que le roi, alors à Marly, lui avait donnée d'y passer une deuxième après-midi. Le jeu des eaux, en particulier, produisit une grande impression sur son esprit *.

Quelque regrettable que cela soit, il n'existe, ni dans les mémoires du temps, ni dans les gazettes, d'indications plus complètes sur les déplacements de l'ambassadeur persan. Une estampe de chez Guérard 2, rue du Petit-Pont, proche la rue de la Huchette, reproduit bien le cortège de Mehemet Riz a Beg se rendant, le 18 mars, à la manufacture des Gobelins où l'on montra à l'envoyé du sophy « tout ce qu'il y avait de plus beau, ce dont il parut très content », mais aucun autre document ne confirme le fait, pas plus qu'une prétendue visite du château des Tuileries. Il est probable qu'aucun incident ne signala ces déplacements, et qu'on regarda comme inutile d'en publier une relation quelconque. Au surplus Son Excellence n'y trouva pas sans doute beaucoup d'agrément. Elle préférait aux monuments et aux spectacles, fussent-ils ceux de l'Opéra, des plaisirs mieux appropriés à sa mentalité et à ses goûts.

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Le djeryd-bdz et les femmes suffisaient amplement à la distraire.

Gomme tous les Persans, Mehemet Riza Beg et les gens de sa suite se plaisaient à se livrer à des jeux d'adresse : ils n'aimaient pas l'exercice mais ils appréciaient les exercices qui rendent le corps souple et vigoureux. Le tir à l'arc à cheval, le jeu du mail, nécessitaient un matériel spécial et un espace considérable ; l'ambassadeur ne pouvait songer à s'y adonner. Le djeryd-bâz au contraire, pouvait se jouer hors de Perse. A proprement parler, le djeryd était un javelot fait d'une branche de palmier sèche, plus long qu'une pertuisane ' et très pesant. Le jeu consistait à se lancer ce javelot, du haut d'un cheval, de toute la force du bras, et à l'éviter par des galops furieux ou par des mouvements rapides de la monture et du cavalier. On se divisait en deux camps qui se précipitaient l'un contre l'autre à toute bride, lançaient les djeryd et les ramassaient ensuite sans ralentir le train et sans descendre de cheval. L'habileté des Persans était si grande que les accidents graves se produisaient rarement, et leur grâce et leur vigueur si extraordinaires, qu'elles étaient dignes d'admiration. Dès que le bruit se répandit dans Paris que Mehemet Riza Beg jouait au

1. La pertuisane ne dépassait pas d'ordinaire 65 centimètres. Elle était en usage dans les milices bourgeoises et fut l'arme des gens de pied en général du xve au xvme siècle.

Âjeryd-bâz sur les remparts, la foule accourut pour contempler le spectacle. Il en résulta deux incidents désagréables qui causèrent beaucoup d'ennuis au baron de Breteuil.

Étant venu, le mercredi 17 mars, à l'hôtel de la rue de Tournon pour s'informer, après trois jours passés à Versailles, de l'état de l'ambassadeur, Tintroducteur trouva Son Excellence dans un de ses emportements accoutumés. Elle avait, cette fois, le droit d'être courroucée. Elle montra en effet à Breteuil un de ses domestiques qui avait été moulu de coups de bâton et qui avait la moitié d'une joue emportée. Le fait était grave et une enquête s'imposait. L'iatroducteur la commença sur-le-champ ; il apprit ainsi que, deux jours auparavant, ce domestique, en écartant rudement le peuple sur les remparts où les Persans jouaient au djeryd-bâz, avait frappé de son bâton un lieutenant d infanterie, Moligny, qui s'en était plaint sans obtenir justice. Le lendemain ce Persan, allant au marché, rencontra sa victime. L'officier s'était précipité sur lui et, saisissant un bâton dans une boutique voisine, lui en avait administré une correction agrémentée de quelques coups de poing dans la figure. Le valet avait réussi à s'enfuir tout meurtri et, le visage en sang, était accouru se jeter aux pieds de son maître. L'ambassadeur furieux avait aussitôt appelé Saint-Olon: sans rien vouloir écouter, il avait réclamé le châ-

Afenemet Riza. £ eg ambassadeur de Perse. M Son £ntree a. Paris le jf Fev. £t eut audience du, Roy, le ip a, Ves^sailles, d'où, il revint- a. t'hotel des ambassadeurs oit il est actuellement; Une Jort qu'a cheval escorte' de toute Sa. maison., il va. plusieurs /vis la. Semaine Sur le boulevard faire J on ôccncice qu'ils appellent 7L,agaïe ils ne la font au a prés leurj prières, leurj ôrcercice dure depuis j. heure* jus ou'a S. ils xfe lancent de Kfros bâtons les uns aux autres idemême qu'ils font leurs Javelots en guerre ilâsttonioitrjacco.mott.qne'de Sonoorte Ptt>f N

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LES PLAISIRS DE L'AMBASSADEUR Le djeryd bâz.

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timent immédiat du coupable, déclarant en termes violents que, puisqu'on maltraitait ainsi ses gens, ni leur vie ni la sienne n'étaieut en sûreté, et qu'il ne sortirait plus de l'hôtel avant d'avoir eu satisfaction. De fait, il avait renvoyé sur l'heure les chevaux qu'il avait commandés pour une promenade et qui l'attendaient à la porte. Pour le calmer, Saint-Olon avait aussitôt prescrit des recherches au commissaire du quartier, Meynier, et l'agresseur avait été alors découvert. Les choses en étaient là quand l'introducteur arriva à l'hôtel de la rue de Tournon. Mehemet Riza Beg lui renouvela ses plaintes et exigea que Moligny comparût devant lui et fût abandonné à sa miséricorde. Il promettait son pardon si Breteuil luimême lui amenait le coupable. Le frère de ce dernier, comédien de son métier, attendait avec angoisse chez Saint-Olon les résultats de l'entretien. Le baron de Breteuil lui donna plusieurs fois sa parole que rien de fâcheux n'arriverait à l'officier, et cette assurance fut d'autant plus nécessaire qu'on avait terrifié le comédien avec la colère de Son Excellence. Afin de prévenir une nouvelle algarade, 1 introducteur fit inviter les domestiques persans à s'abstenir de toute démonstration de vengeance, puis il vint chercher à la porte de la rue le lieutenant « plus tremblant que la feuille » , et le conduisit devant l'ambassadeur. Mehemet Riza Beg, s'adressant alors au malheureux, lui

déclara avec emphase que dans son pays on lui couperait les mains et qu'il devrait ordonner ce supplice : par égard pour l'introducteur, il lui accordait son pardon. « Pour empêcher que ce « Moligny mourût de peur en passant à travers « tous les satellites de l'ambassadeur, je dus l'ac- « compagner encore jusqu'à la rue. Bien lui en « prit que j'eusse apaisé si promptement Mehe- « met Riza Beg, car sur la lettre que Saint-Olon « avait écrite à la Cour l, pour rendre compte de « l'incident, il vint un ordre de faire mettre en « prison Moligny et de l'y laisser tant que lam- « bassadeur voudrait. » Le commissaire Meynier et M. d'Argenson ayant été saisis, l'affaire était devenue du ressort du comte de Pontchartrain. Ce fut donc ce secrétaire d'Etat que Breteuil informa, le soir, de l'arrangement intervenu.

Le roi approuva tout ce qu'il avait fait en cette occasion. La condescendance de Sa Majesté visà-vis de l'envoyé persan avait cependant des bornes. Dans la lettre * — arrivée trop tard — que le marquis de Torcy avait adressée à Saint-Olon, il était dit en effet : « Faites savoir à M. Fam- « bassadeur que le tort a été de la part de son « domestique et que c'est un pur effet de la con- « sidération que le roi a pour son caractère et

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