A. E. Perse, t. 2, f° 207. Le P. Antoine de Beauvollier
de plus, la sympathie du roi pour la compagnie de Jésus. Jaloux de ces témoignages réitérés de protection, les Carmes déchaussés sollicitèrent également (1696) un appui auprès du sophy ' et ces recours réitérés à l'intervention de la France en grandirent le renom auprès des Persans.
Le terrain était en somme assez bien préparé quand, au début de 1703, le marseillais Billon de Gansevilles parut à Ispahan, envoyé par la compagnie des Indes. Sans mission officielle, autorisé seulement, disait-il, par le gouvernement royal à promettre au chah Hussein, l'appui de la France pour s'emparer de Mascate, Billon de Cansevilles demandait, en échange, le rétablissement et l'extension des privilèges accordés, en 1671, à ses compatriotes et à la compagnie. Les intrigues des Anglais et des Hollandais qui avaient déjà vu avec jalousie l'immixtion française dans les questions religieuses, firent néanmoins échouer les efforts de Billon de Gansevilles. Ce personnage obtint seulement une « instruction » du roi de Perse dans laquelle Hussein se plaignait de n'avoir pas été félicité par Louis XIV, après son avènement (1694), priait Billon d'aller le dire à Paris et de réclamer l'envoi à la cour d'Ispahan d'un ambassadeur de France. Il promettait d'ailleurs
(1657-1708) arriva en Chine en 1699 et mourut, en vue des côtes du Portugal, à bord du navire qui le ramenait. 1. A. E. Perse, t. 2, f° 211.
d'agréer les requêtes relatives aux marchands français quand il aurait reçu le représentant de Sa Majesté Très Chrétienne *.
Pour répondre au désir qui lui était ainsi exprimé et sur les instances de ses secrétaires d'Etat, Louis XIV décida alors de faire partir un envoyé pour la Perse. J.-B. Fabre, frère d'un ancien directeur de la compagnie de la Méditerranée, fut désigné pour cette mission et chargé d'examiner « les moyens d'introduire en Perse « les marchandises des manufactures du royaume « et de lever les obstacles qui peuvent s'y oppo- « ser, pour entrer, s'il est possible, en concur- « rence avec le commerce qu'y font les Anglais « et les Hollandais. » Les aventures de Fabre, celles de la dame Marie Petit qui l'accompagna et qui ne craignit pas de se présenter au chah, à Ispahan, après la mort de son ami survenue à Erivan, ont été joliment contées 2. La mission n'eut, en tout cas, aucun résultat pratique, tandis que celle confiée à Louis Michel, deuxième secrétaire de l'ambassade à Gonstantinople, dès la nouvelle du malheureux sort de J.-B. Fabre, devait aboutir à la conclusion d'un traité, en bonne et due forme, signé à Ispahan en septembre 1708 3. Michel avait été invité à demander