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Cette demande ne fut pas agréée. L'ambassadeur n'obtint pas davantage que l'exportation des chevaux persans fût limitée. L'article 9 rédigé par Landivisiau laissait à cet égard une liberté pleine et entière :
« Les Français, y était-il dit, pourront acheter « des chevaux entiers et des juments dans les « Etats du roi de Perse en tel nombre qui leur « conviendra, et il leur sera permis de les emme- « ner dans leur pays ou dans les Indes après « nêammoins qu'ils auront été passés en revue « devant le grand écuyer , si c'est à Ispahan, ou « devant le gouverneur de la ville ou du pays, si « c'est dans un autre lieu, et à condition encore « que ce ne seront pas des chevaux de récurie du « roi de Perse ni de ses haras, et ils ne pourront « pour ce être contraints de faire le moindre pré- « sent. »
La réputation des chevaux persans que Chardin l avait contribué à établir, avait provoqué cette correction du traité de 1708. La réserve
1. « Les chevaux de Perse, dit Chardin {op. cit., t. 2, p. 366, « sqq.) sont les plus beaux de l'Orient Ils sont plus hauts « que les chevaux de selle anglais, étroits de devant, la tête « petite, les jambes fines et déliées à merveille, fort bien « proportionnés, fort doux, de grand travail, et fort vifs et « légers. Aisés à nourrir, ils servent jusqu'à dix-huit ou vingt « ans. Ils sont fort chers et les beaux valent depuis mille francs « jusqu'à mille écus. Le grand transport qui s'en fait en Tur- « quie, et particulièrement aux Indes, est ce qui les rend si «chers. Ou ne peut en emmener que par permission spéciale « du roi. »
relative aux chevaux provenant des haras royaux était toutefois capitale car, affirmait Chardin, il n'y avait que le roi de Perse qui pût avoir des haras l. Mehemet Riza Beg dut s'en contenter.
Un dernier scrupule arrêtait l'envoyé du grand sophy. Il voyait hien les avantages concédés à la France par les dix articles, mais il en cherchait la contre-partie pour son pays. Landivisiau lui dépeignit le profit que valait à un État l'accroissement du nombre des marchands étrangers dépensant de l'argent l'abaissement du prix des marchandises européennes et l'augmentation de la valeur des produits indigènes. L'ambassadeur riposta, avec assez de justesse, que cela servirait au peuple seulement, et que le roi son maître y perdrait les revenus des douanes et taxes sur les produits français. Sa résistance dura peu cependant. Après avoir conféré avec son mollah et certains de ses officiers, il envoya le soir même (16 juillet) Padéry et l'abbé Gaudereau chez M. de Landivisiau pour notifier son acceptation des articles. Au cours d'une conférence qu'il eut, le lendemain, avec les trois commissaires, il fit
1. « 11 n'y a aussi que le roi qui puisse tenir des haras en € Perse. Les gouverneurs et les intendants des provinces qui « en ont à eux, les tiennent sous son nom. Le roi a de très « grands haras partout en Médie, dans la province de Perse, « et particulièrement proche de l'ancienne Persépolis où sont c les plus beaux chevaux du royaume. Il a aussi des écuries « dans toutes les provinces et dans la plupart des grandes vil- « les. » (Chardin, op. cit , tome 3, p. 367.)
encore ressortir les sacrifices consentis en faveur des Français, puis il jura qu'il adhérait aux dix articles. M. de Landivisiau, charmé de ce succès, pria Son Excellence d'indiquer ce qu'elle désirait par réciprocité. Mehemet Riza Beg répondit : « 1° qu il demandait à Dieu d'accorder à l'em- « pereur de France de longs et heureux jours ; « 2° qu'il priait Sa Majesté d'ordonner que son « ambassadeur, des consuls et négociants se « tinssent prêts à partir avec lui, ayant ordre de « son maître de ne point revenir sans eux ; 3* « qu'il sollicitait, selon la promesse faite par « Michel, l'envoi de vaisseaux pour détruire les « Arabes de Mascate, et que sur ce point Sa « Majesté voulût bien faire une réponse positive <i à l'empereur son maître, tant pour le temps « que pour la manière. »
Le grand mot était lâché au moment opportun : Mascate. Landivisiau fut tout surpris de l'esprit du Persan ; il déclara qu'il transmettrait au marquis de Torcy les demandes de l'ambassadeur. La tactique suivie dès ce moment — puisque le traité préparé n'était pas encore signé — fut de tromper la confiance de Mehemet Riza Beg par de bonnes paroles, de distraire son esprit de Mascate, et lui prouver, par des procédés obligeants, le prix qu'il devait attacher à la conclusion définitive d'un accord purement commercial.
Padéry fut tout d'abord chargé de traduire à Mehemet Riza Beg les avantages que trouverait le sophy dans un traité avec la France. Le roi de Perse acquerrait le droit d'obtenir de Sa Majesté Très Chrétienne des ingénieurs, des fondeurs et autres gens d'artillerie n'existant pas dans son royaume. Il aurait le moyen d'avoir quelques vaisseaux, jouissant de l'avantage d'en acheter en France, sous le bon plaisir de Sa Majesté. Le commerce du golfe Persique ruiné par les fraudes des étrangers et la crainte des corsaires, se rétablirait. L'île de Bahréïn et le port de Congo l où s'effectuait la pêche des perles, seraient à l'abri des attaques des Arabes de Mascate que la terreur de la France tiendrait en respect. Enfin les sujets du roi de Perse bénéficieraient de la protection française dans tous les lieux où Sa Majesté Très Chrétienne entretiendrait des ambassadeurs et des consuls 2.
Ces perspectives étaient certes séduisantes, mais il ne s'agissait là que de profits aléatoires et problématiques. L'abbé Gaudereau s'en rendait compte : aussi pour mieux convaincre Mehemet Riza Beg, se fit-il autoriser à rédiger quelques articles en utilisant les souvenirs de ses conférences avec le grand vizir, en 1699. Son travail
1. Kongoun ou Kaugun, sur la côte du Farsistan. Port assez médiocre.