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Couplets adressés à M. l'Ambassadeur delà Porte

Air de la Croisée.

Seigneur, vous voyez tout Paris Applaudir à votre ambassade ; On sait que les Turcs nos amis N'ont point entrée dans la croisade.

Pour prix d'un excès de bonté Et d'une tendresse aussi forte Dieu veuille que la liberté Gagne bientôt la Porte 2. {bis)

Nos Directeurs vous ont, ici, Exprimé leur douce allégresse.

Ils seraient bien reçus aussi Par le souverain de la Grèce.

1 A. E. Turquie, t. 196, f°s 283 sqq.

2 On entend bien qu'il ne s'agit ici que de Porte ottomane. Paris, par Peltier, 1797, in-S^ n» CXXVI du 10 août.

Ils savent que chez son vizir.

Ils seraient traités de la sorte

Et qu'on aurait bien du plaisir

A les voir à la Porte (bis).

5. — Traduction de la lettre de créance d'Esséid Ali Effendi, du corps des Cogiaghians du Divan impérial, honoré de la charge de Contrôleur des finances, ambassadeur de la Sublime Porte près la République Française.

Fro>tispice du diplôme :

Par la série non interrompue des grâces infinies de l'Être Suprême qui a posé les fondements de l'ordre de l'univers et qui a assigné à tous les peuples le mode de leur existence, bénie soit son essence divine qui se dérobe à rintelligence du savant le plus éclairé.

Par l'influence miraculeuse de celui qui est assis sur le trône le plus élevé de la prophétie, l'ami de léternel, l'intercesseur puissant du jour du jugement dernier, notre glorieux prophète et seigneur Mouhammed, l'élu de Dieu sur qui comme lui, sa famille et les apôtres de sa mission, soient répandus les saluts les plus purs et les plus parfaits. Par la communion des âmes bienheureuses de ses disciples et des Khalifes orthodoxes, puissent-elles jouir à jamais des complaisances divines.

Enfin par le mérite des saints qui se sont distin-

gués dans la voie du salut, ainsique de tous les prédestinés :

Ici est le paraphe du Grand Seigneur portant en chiffre :

L'Empereur Sultan SÉLIM, fils du Sultan MOUSTAPHA, toujours Victorieux.

Moi qui suis le serviteur et le commandant des lieux et des cités les plus nobles et les plus révérés, points de direction du monde et sanctuaires sublimes vers lesquels se tournent les regards de tous les peuples, la Mecque la majestueuse, Médine la lumineuse, le Temple sacré de Salomon, et Jérusalem la Sainte; moi le Khalife souverain d'une infinité de provinces, de villes, de châteaux, de forteresses, situés dans l'Anatolie et la Roumélie, sur la mer Blanche et le Pont-Euxin, dans l'ïïygiar et l'Iraque, objets de la jalousie des autres rois; le Sultan fils de Sultan, l'Empereur SéHm Khan, fils du Sultan Moustapha Khan, fils du Sultan Ahmed Khan.

Aux chefs distingués parmi les grands qui professent la croyance de Jésus, les soutiens des magnats de la religion du Messie, les arbitres des affaires de toutes les nations chrétiennes, revêtus des marques d'honneur et de considération, comblés de gloire et de dignités, nos très honorés et très sincères amis de la Répubfique Française, que leurs fins soient heureuses et que dieu les dirige dans la voie du salut éternel.

A la réception de ce noble diplôme impérial, vous soit notoire que les liens qui unissent notre Sublime Porte à la République Française ne sont pas susceptibles d'être relâchés par la main destructive du temps; que le miroir de notre union ne sera jamais terni par le souffle impur de l'envie ; que les lois de la bonne harmonie qui sont si religieusement observées de part et d'autre, s'afl'ermissent de jour en jour sur des bases plus solides encore ; que depuis longtemps Notre intention impériale est surtout d'établir des relations commerciales qui sont les fruits naturels des traités et de faciliter aux individus des deux puissances, dans leurs Etats respectifs, des communications libres et avantageuses en assurant partout leur tranquillité, et qu'en conséquence, soit pour vous faire connaître Nos vues sur ce dernier objet et les mettre en exécution, soit pour étendre les rapports existants de manière à consolider et à augmenter, entre les deux puissances, l'estime, l'amitié et la bonne correspondance qu'elles se sont vouées l'une à l'autre, Nous avons fait choix d'un des Gogiaghians de Notre Divan impérial, serviteur distingué de Notre Sublime Porte, qui a fait ses preuves d'intelligence, de droiture et de fidélité dans les affaires importantes de Notre empire qui ont été confiées à sa capacité et à ses talents, l'objet de l'émulation des personnages constitués en dignité, la réunion des perfections et des vertus, doué de toutes les faveurs divines, Esséid Ali, dont

la gloire soit éternelle, et l'ayant expédié vers vous en qualité de Notre ambassadeur, après avoir ajouté à ses dignités la charge de Basch Muhassébé, (Contrôleur de Nos finances), une des premières places de Notre glorieux Gouvernement, Nous lui avons remis cette gracieuse lettre qu'il est chargé de vous remettre.

S'il plaît au Très-Haut, à la réception de ce diplôme impérial, quoiqu'il soit superflu d'expliquer que Notre plus ardent désir est ainsi que le vôtre de voir consolider à perpétuité, par des moyens réciproquement avantageux, cette amitié et cette estime qui subsistent entre les deux peuples et qui ne peuvent être sujettes nia altération ni à décroissement, cependant, pendant la résidence de Notre susdit ambassadeur auprès de vous, lorsque vous connaîtrez les propositions amicales qu'en vertu de sa mission il a reçu ordre de vous faire de la part de Notre Majesté impériale, propositions relatives non seulement à l'exécution des articles des traités, mais tendantes encore à resserrer de plus en plus les liens de la bonne correspondance, objet qui lui a été spécialement recommandé, Nous sommes pleinement convaincu que vous vous empresserez de les accueillir d'une manière convenable à la dignité des deux puissances, persuadés que les avantages inappréciables d'une union qui fait le bonheur mutuel des deux empires, ne pourront que s'accroître de jour en jour par la continuité de vos soins à obser-

ver les devoirs de ramitié et à raffermir les bases de la bonne harmonie.

Et tandis que vous aurez pour Notre ambassadeur destiné à résider auprès de vous les bons procédés et les ég-ards dus à sa haute mission, conformes à la dignité de Notre Sublime Porte et relatifs aux règles de l'amitié qui se sont toujours observées à i'envi de part et d'autre, il serait superflu de vous assurer qu'avec l'aide du Très-Haut, des avantages incalculables seront de jour en jour le fruit de celte conduite amicale et que, dans Nos Etats bien gardés, les négociants et les voyageurs français seront, comme ils l'ont toujours été, favorablement accueillis et efficacement protégés.

Salut sur celui qui suit la voie droite.

Traduit par moi, secrétaire interprète delà République Française pour les langues orientales, à Paris, le 4 thermidor an V* (22 juillet 1797).

Signé : Yë.ntdre.

. — Extrait du discours prononcé au Conseil des Cinq Cents, le 22 germinal an VI (11 avril 1799), par le citoyen Eschasscriaux aîné au nom de la Commission chargée d^examiner l'ouvrage présenté au Conseil par le citoyen Wastrom, relatif à rétablissement de Sierra-Leone, Boulama, et à la

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colonisation en général, et de quelle utilité peut être cet établissement pour le commerce français.

... C'est en portant ses regards sur la carte géographique , c'est en parcourant la position, les liaisons, les communications que lui ont données les traités récents, en suivant vers le midi le mouvement de régénération que son génie et sa révolution ont imprimé à cette partie du monde, que la République française verra les lieux oij elle doit porter ses nouveaux établissements. S'il était un pays connu par son antique fertilité, habité par quelques peuplades à demi civilisées ; un pays que l'industrie pût rendre à une saine température, à la culture des productions les plus précieuses ; un pays qui ne fût séparé des nouveaux domaines de la France que par une mer étroite, où les Français pussent aller aisément parle nouveau chemin qu'ils viennent de se frayer sur les terres de leurs alliés, où les dépenses d'un premier établissement seraient faibles et ses succès certains : c'est là que la politique et la nature invitent la République à fonder une colonie.

La désigner par cette description, c'est nommer l'Egypte, c'est nommer cette terre, l'envie des anciens conquérants, où Alexandre, celui de tous dont le génie et la justice aient le plus absous et légitimé la conquête, avait formé le projet de placer le siège de son empire et le centre du commerce de l'univers. Voilà un projet digne des

Français, une colonie qui ne coûterait point de sang, qui enrichirait non seulement la République, mais qui, en fertilisant une nouvellepartie dumonde, donnerait un nouvel essor aux arts, à l'activité, aux spéculations des peuples commerçants de l'Europe. Cette colonie assurerait une plus grande utilité, une nouvelle force aux îles françaises adriatiques, comme elle ferait de ces îles un boulevard pour la protéger et la défendre. En rendant la République maîtresse du commerce de la Méditerranée et des ports de la mer Rouge, elle opposerait une barrière à l'avidité de ses ennemis sur le commerce du Levant. En devenant l'entrepôt de toutes les marchandises de l'Inde qui viennent par le golfe Persique et traversent l'Arabie, elle unirait le commerce de l'Orient à celui de l'Occident et rendrait ainsi aux petites îles et aux ports de la Méditerranée cette activité dont elle jouissait lorsqu'elle était le centre du commerce et de la navigation du monde. La fin de ce siècle, si vaste en conceptions hardies et en événements favorables à l'humanité, verrait s'élever enfin une colonie, non pas fondée sur des principes d'esclavage et de tyrannie, mais sur des principes de liberté, d'humanité, sur des liens vraiment sociaux, sur des besoins et des convenances réciproques.

. Ce n'est pas seulement sous les rapports de ses intérêts commerciaux qu'il serait glorieux de fonder une colonie en Egypte. Là deux grands projets

attendent peut-être le génie des Français pour être enfin réalisés : l'un est la jonction de la Méditerranée à la mer Rouge par l'isthme de Suez, une des idées les plus vastes qui aient été conçues par les anciens, mais qu'ils n'osèrent jamais exécuter; l'autre est la reconfection de ce canal qui, au temps de Sésostris, portait aux bouches du Nil les marchandises des Indes transportées par le golfe Arabique. La naissance de la plupart des établissements modernes a été marquée par la dépopulation et le ravage ; c'est par des bienfaits que les Français auraient la gloire de signaler la fondation de la nouvelle colonie.

Quelle plus belle entreprise pour une nation qui a déjà donné la liberté à l'Europe, affranchi l'Amérique, de régénérer en tous sens une terre qui fut la première le foyer de la civilisation, lorsque la barbarie couvrait le reste de l'univers, et de reporter à leur antique berceau les sciences, l'industrie etles arts, de jeter dans les siècles les fondements d'une nouvelle Thèbes ou d'une autre Memphis.

Le Gouvernement, en réfléchissant sur ce qui est utile à la nation, sentira qu'il est de l'intérêt de la République de songer de bonne heure à se fixer dans celte partie du monde. Si elle ne s'en empare, d'autres puissances saisiront le moment de s'en rendre maîtresses...

L'insatiable avidité de pouvoir et de richesses qui a rendu les Anglais maîtres d'une partie de

l'Amérique, de l'Afrique et de l'Inde, leur fait convoiter aussi depuis longtemps les îles de l'archipel européen ; ils ont déjà fait sur ces îles des tentatives opiniâtres, pour avoir par elles, et par Gibraltar, le commerce du Levant et de la Méditerranée. La République doit prévenir et déconcerter leur ambition en se hâtant de prendre dans cette partie essentielle une position formidable. Si l'Angleterre parvenait à y dominer, elle régnerait en tyran sur le commerce du Midi et des Indes. Les nouvelles possessions que nous avons acquises par les traités seraient pour la France des stations inutiles et dispendieuses, et nous serions condamnés par notre imprévoyance à être les tristes spectateurs de la prospérité de notre plus grande ennemie \..

7. — Manifeste de la Sublime Porte ottomane relatif à la guerre contre la République Française-.

Toutes les cours de l'Europe savent que l'union et la bonne intelligence qui de temps immémorial régnèrent entre la Sublime Porte et la Cour de France n'ont jamais été interrompues par aucune inimitié ni rupture et que, sans avoir éprouvé jusqu'à présent aucune altération, la Sublime Porte n'a

^ Journal des Débats et Lois du Corps législatif, n° 345, A. E. Turquie, Supplément, t. 23.

cessé de remplir exactement toutes les conditions des traités et de donner des témoignages d'amitié et d'attachement à la France et de se montrer dans toutes les occasions son amie sincère.

Il y a six ans, au commencement de la Révolution française, la plupart des Cours de l'Europe se sont liées entre elles par des traités et ont formé des alliances contre la France. Quoique la conduite de ceux qui s'étaient emparés en France des rênes du gouvernement fût irrégulière, la Sublime Porte, uniquement en faveur de l'ancienne amitié qui existait entre elle et la nation française, préféra de rester neutre; plusieurs fois elle fut invitée par les Cours alliées d'accéder à leur alliance et de rompre ses liaisons avec la France. Alors les circonstances de la France inspiraient de jour en jour plus d'horreur; l'approche de Paris de l'armée des puissances alliées, la conquête que les armes de l'Empereur avaient faite des places fortes de Valenciennes, Condé, Le Quesnoy, que l'on peut regarder comme la clef de la France du côté du Nord, la prise de possession par les Anglais du port de Toulon, Tunique arsenal de la France dans la Méditerranée, et des vaisseaux de guerre qui s'y trouvaient, les rassemblements considérables de royalistes dans les provinces, rendaient certainement l'état de la France très faible et la réduisaient, sous toutes sortes de rapports, aune détresse et aune extrémité évidentes. Quoique la Porte alors eût pu s'allier

avec les autres puissances, ne consultant cependant que sa droiture et son équité qui sont connues de toutes les nations, elle ne se permit jamais de dévier de son système de neutralité, et si, dans le temps que la France était resserrée par terre et par mer et éprouvait les horreurs de la famine, la Sublime Porte avait rompu tout à fait ses liaisons avec elle, il est certain que son état de détresse aurait tellement aug-menté que la nation française se serait portée aux plus grands désordres et même au désespoir.

La Sublime Porte non seulement n'a pas rompu alors ses liaisons avec la France, mais tout le monde sait qu'au contraire elle l'a comblée de faveurs qui ont donné lieu aux protestations des autres Cours. Il ne faut jeter qu'un léger coup d'œil sur les événements de la guerre et sur les circonstances qui les ont accompagnés pour voir combien la France a retiré d'avantages de la neutralité dans laquelle la Sublime Porte s'est tenue pendant ce temps. La France, sans doute pour répondre à tous les témoignages de la générosité de la Sublime Porte, aurait dû persévérer dans son amitié pour cette Cour; mais, à la faveur du feu de la révolte qui embrasait la France depuis quelques années, les personnes qui avaient usurpé l'autorité et qui voulaient la retenir entre leurs mains, se procuraient partout (les agents intermédiaires. Ils sacrifiaient l'intérêt ])ublic à leurs intérêts particuliers et ne balançaient

pas, pour consolider leur pouvoir, à porter dans les Etals policés les mêmes désordres et les mêmes troubles qui régnaient en France, à détruire toutes les religions, à dévaster les villes et les Etats et à piller tous les biens de leurs habitants avec l'intention de séduire et tromper les gens simples, et borner et réduire l'espèce humaine à Fétat de bêtes féroces. Ils offraient aux peuples, avec la perfidie la plus raffinée, leur liberté dont le nom seul est le renversement de tous les principes de civilisation. Ils employaient indistinctement tous les moyens pour ébranler et révolter les sujets de toutes les puissances voisines ou éloignées, amies ou ennemies, et pour les exciter à se soulever contre leurs souverains légitimes. Les ambassadeurs de France résidant près la Sublime Porte, employant d'un côté auprès d'elle la même ruse et la même astuce qu'ils ont montrées partout, lui donnaient des marques d'amitié et cherchaient par toutes sortes de moyens trompeurs à la séduire et à l'engager à se déclarer contre les autres Cours, ses amies. D'un autre côté les commandants et les généraux des troupes françaises en Italie, dans l'intention perfide de corrompre les généraux de Sa Hautesse, ne cessaient d'envoyer dans la Roumélie, en Morée et dans les îles de l'Archipel, des émissaires connus par leur caractère de fausseté et de perfidie et de répandre partoutdes écrits incendiaires qui portaient à la révolte. Gela est si vrai que tout le monde

connaît la lettre de Bonaparte aux Maniottes et les autres écrits que son génie fourbe et trompeur a répandus partout. Toutes ;les fois que la Sublime Porte s'est plaint au Directoire français de cette conduite de ses généraux, il a toujours répondu qu'il désapprouvait hautement ces procédés contraires à l'amitié, qu'il les réprimerait désormais et que son intention était de fortifier, de plus en plus, les liens de l'ancienne amitié qui unissait la France à la Sublime Porte. D'après ces réponses officielles la Porte aurait dû s'attendre à ce que les généraux français se fussent désistés de tout procédé perfide, mais on a eu des preuves qu'ils n'ont absolument point changé de conduite et qu'ils sont devenus plus téméraires et plus séditieux qu'auparavant. Quoique la Sublime Porte ait compris dès lors que les réponses du Directoire étaient marquées au coin de la fausseté et de la duplicité et que les procédés criminels de ses employés étaient conformes aux instructions dont ils étaient porteurs, et que par conséquent les plaintes qu'elle pourrait adresser désormais au Directoire seraient inutiles, néanmoins dans l'espoir que le Directoire changerait de système et qu'il renoncerait à la vile passion de troubler l'ordre et l'harmonie du monde entier, ou que les Français, ne pouvant plus supporter les maux dont les accablaient depuis le commencement de la Révolution l'ambition et l'intérêt de quelques individus, changeraient la face des atTaires

en France, la Sublime Porte, pour que des inimitiés secrètes ne dégénérassent pas en des hostilités ouvertes, ne voulut pas altérer sa conduite envers les Français et préféra le parti du silence et de la modération.

Le Directoire français, dans le commencement de la guerre avec les autres Cours, avait déclaré qu'il n'était pas dans Tintenlion d'étendre ses possessions et qu'il rendrait, à la paix, les pays qui pourraient entrer sous sa domination, mais non seulement il ne s'est pas contenté de joindre à la France de vastes pays arrachés aux puissances alliées, il a su profiter des changemeuts de dispositions survenus entre elles et, mettant à part toute considération, il a mis en évidence ses projets secrets sous prétexte et dans la seule vue de faire le mal, il a envahi des Républiques et d'autres États libres et indépendants qui, comme la Sublime Porte, avaient adopté le système de neutralité.

Il a attaqué les pays qu'il a trouvés dépourvus de moyens de défense et après les avoir soumis par la force à ses volontés, ne rencontrant plus aucun obstacle, il a enfin déchiré le voile de l'honneur et de la honte. Pour faire connaître à toutes les nations qu'il ne reconnaissait plus ni foi publique, ni traités, et qu'il ne faisait point de différence de l'amitié à l'inimitié, il a fait envahir inopinément et prendre à force armée, comme auraient fait des corsaires, au mépris du droit des nations, et par une conduite

contraire à toutes les lois respectées par tous les peuples, de laquelle il n'y a eu jusqu'à présent aucun exemple, l'Egypte, province la plus pré-cieuse de l'Empire ottoman, duquel la France n'a reçu que des témoignages d'amitié.

Au premier avis que la Sublime Porte eut de l'intention de la France d'attaquer l'Egypte, le sieur Ruffîn, Chargé d'affaires de cette nation près de la Sublime Porte, fut aussitôt appelé à une conférence et fut questionné officiellement sur cet objet. Il répondit qu'il n'avait aucune connaissance des projets du Directoire, mais que son opinion particulière était que si la France entreprenait réellement cette guerre, ce ne serait probablement que pour se venger des Beys et pour porter préjudice au commerce des Anglais dans l'Inde. Il lui fut répliqué que, siles Français attaquaient l'Egypte sous ce prétexte et par quelque motif que ce fût, la Sublime Porte regarderait cette démarche comme une déclaration de guerre; que la paix et l'amitié qui existaient depuis longtemps entre les deux États seraient légalement et politiquement changées en inimitié et hostilités, et que, comme la Sublime Porte ne pourrait jamais se désister d'un pouce de terrain de sa province d'Egypte, la nation musulmane se lèverait tout entière pour délivrer ces saints lieux; que, si les Beys d'Egypte méritaient quelque punition elle devrait leur être infligée par la Sublime Porte dont ils dépendent, et que l'ingérence de la France

dans cette affaire serait tout à fait contraire aux droits des nations; que la Cour d'Angleterre étant l'amie très intime de la Sublime Porte, elle ne pouvait nullement consentir que les armées françaises passassent par ses États pour porter préjudice au commerce des Anglais, qu'en conséquence, quand bien même le débarquement des Français en Egypte n'aurait pour but que ce projet, il donnerait lieu à une déclaration de guerre; qu'il devait en être bien persuadé et s'empresser d'en informer le Directoire.

La Sublime Porte, non contente d'avoir eu cette explication avec le susdit Chargé d'affaires, avait expédié à son ambassadeur à Paris, AliEffendi, des dépêches conçues dans le même sens et lui avait ordonné de demander à ce sujet une réponse officielle au Directoire. Avant que les lettres du sieur Ruffin au Directoire et celles de la Sublime Porte à son ambassadeur eussent pu parvenir à Paris, le sieur Ruffin remit des lettres d'une date antérieure dans lesquelles le Directoire lui annonçait qu'il était vrai que Bonaparte eût ordre de se rendre en Egypte, mais que cette expédition avait pour but de punir les Beys d'Egypte, de retirer des avantages commerciaux et de faire du tort à la Cour d'Angleterre ; qu'on avait destiné un ambassadeur pour l'arrangement de cette affaire et pour venir représenter à la Sublime Porte les différents rapports avantageux que cette expédition offrait à ses inté-

rets, mais que, si la Sublime Porte osait pour cette affaire déclarer la guerre à la République Française, elle se verrait aussitôt attaquée par les deux Cours impériales. Le susdit Chargé d'affaires remit copie officiellement de ces lettres pleines de futilités.

L'ambassadeur de la Sublime Porte Ali Effendi, d'après les ordres qu'il avait reçus, vit le ministre des Affaires étrangères, Talleyrand Périgord, lui fit connaître le précis des lettres qu'il venait de recevoir de la Sublime Porte et lui demanda de lui donner sur leur contenu une réponse officielle et catégorique.

Ali Effendi, dans sa réponse, informa la Sublime Porte que ce ministre, empruntant le langage de la fourberie et oubliant sans doute ce qu'il avait déjà écrit au sieur Ruffin, nia absolument l'expédition des Français pour l'Egypte, qu'il n'eut pas honte d'ajouter que la commission de Bonaparte n'avait pour objet que la conquête de Tile de Malte ; que la destruction de l'ordre de Malte était un événement avantageux pour tous les musulmans et qu'il devait exciter la reconnaissance de la Sublime Porte ; et qu'enfin on n'avait pas d'autre intention, en France, que de conserver et fortifier de plus en plus l'amitié qui depuis si longtemps unissait la France à la Sublime Porte.

La réponse de ce ministre étant tout à fait contradictoire avec les informations que le susdit Chargé

d'affaires a données à la Sublime Porte, il est évident que l'intention perfide et astucieuse du Directoire a été de détruire et de tromper la Sublime Porte et que n'ayant pu à cette époque être informé du tout de l'expédition d'Egypte, il a voulu gagner du temps jusqu'à ce qu'il pût en recevoir des nouvelles certaines. Cette conduite extraordinaire du Directoire français n'est-elle pas une preuve évidente qu'aveuglé par son orgueil et sa vanité, il a oublié tous les principes reconnus et respectés par toutes les Cours et qu'on ne peut ajouter foi à aucune de ses paroles?

D'après ce qu'on a vu jusqu'à présent des procédés arbitraires et prépotents du Directoire, il n'a d'autre intention que celle de troubler l'ordre et l'harmonie du monde entier et de désunir les liens qui resserrent entre eux les peuples et les nations. Suivant sa convenance, tantôt il emploie des machinations secrètes et fait jouer des ressorts cachés, tantôt en employant ouvertement le fer et le feu, il renverse les Constitutions des Etats, il établit, comme il l'a fait en Italie, beaucoup de petites Républiques dont la France veut être la République mère, et il est évident qu'il s'arroge partout le droit de régler à son gré les affaires publiques.

L'Egypte étant la porte des deux villes sacrées de Médine et de la Mecque, cette affaire est pour les musulmans de la plus grande importance et suivant les déclarations que la Sublime Porte a déjà faites

àce sujet, comme il a été dit ci-dessus, tant au Chargé d'affaires susdit qu'au Directoire parle canal de son ambassadeur Ali Effendi, l'attaque injuste et inopinée et les hostilités de la France devant être, suivant les lois de la justice, repoussées par la force, plein de confiance dans la miséricorde et les secours du Très-Haut, on a pris en conséquence tous les moyens pour repousser par terre et par mer les hostilités, et, pour vaincre et écraser les ennemis, il a été décidé qu'il est du devoir religieux de tout musulman d'aller à la guerre contre la France.

D'après ces dispositions, le sieur Ruffin et les autres employés de la légation française ont été envoyés au château des Sept-Tours où ils resteront en otage jusqu'au retour ici d'Ali Effendi et de ceux qui sont avec lui à Paris, et tous les consuls et négociants établis à Gonstantinople et autres Échelles du Levant, ainsi que leurs marchandises, ont été pareillement arrêtés et séquestrés, pour répondre du sort qu'auront en Egypte les marchands dépendant de la Sublime Porte qui y ont été arrêtés sans avoir été prisonniers de guerre, jusqu'à ce qu'ils aient été mis en liberté et qu'ils aient obtenu la restitution de leurs marchandises, de leurs bâtiments, et qu'on ait relâché les vaisseaux de guerre delà Sublime Porte et les équipages qui y sont embarqués.

Il est certain que la sûreté et le repos de ses États ne fait pas un devoir seulement à la Sublime Porte

de s'armer contre ceux qui ont élevé en France l'étendard de la sédition et de la révolte, presque toutes les puissances européennes y ont le même intérêt. Elle espère que, dans cette circonstance, toutes les Cours amies s'intéresseront à la Sublime Porte, feront des vœux pour elle et s'empresseront de lui donner des marques certaines de leur amitié et de lui offrir leurs secours.

Le 1" RébiAkhir 1213.

Le 9 septembre 1798.

8. — Articles préliminaires présentés tout d'abord par l'ambassadeur turc au cours des négociations pour la paix entre la Sublime Porte et la République Française.

Article premier La province entière de l'Egypte sera immédiatement évacuée par l'armée française et absolument restituée à la Sublime Porte sans aucune compensation ni condition que ce soit, ou par rapport au commerce, ou sous d'autre rapport quelconque.

Article 2 La République Française reconnaît la constitution de la République des Sept-IIes unies et accepte l'arrangement pris à l'égard de cette République et des autres pays ex- Vénitiens situés sur le continent.

Article 3

Il sera pris des arrangements définitifs entre la Sublime Porte et la République Française, avec justice et équité, par rapport aux biens et effets des sujets respectifs confisqués ou séquestrés pendant la guerre, de part et d'autre.

(Variante.) — Lorsque la paix définitive entre la Sublime Porte etlaRépublique Française serasignée, les plénipotentiaires respectifs prendront des arrangements définitifs pour les biens et effets confisqués ou séquestrés de part et d'autre.

Article 4 Les traités qui existaient avant la guerre entre la Sublime Porte ottomane et la République Française seront renouvelés dans tout leur contenu '.

9. — Préliminaires de paix entre la République Française et la Sublime Porte ottomane signés à Paris le 17 vendémiaire |H^ ^^ ^' ^ octobre 1801 -.

Le Premier Consul de la République Française, au nom du Peuple Français, et la Sublime Porte

1 A. E. Turquie, Supplément, t. 23, f^ 90.

2 A. E. Turquie, Supplément, t. 23. Publié, dans le Recueil des traités de la France, par de Clercq. Paris, I860-I888, 16 vol.

ottomane voulant mettre fin à la guerre qui divise les deux Etats et rétablir les anciens rapports qui les unissaient, ont nommé, dans cette vue, pour ministres plénipotentiaires, savoir :

Le Premier Consul de la République Française, au nom du Peuple Français, le citoyen Charles-Maurice Talleyrand, ministre des Relations extérieures.

Et la Sublime Porte ottomane, son ci-devant Basch Muhassébé et ambassadeur, Esséid Ali Effendi.

Lesquels, aprèsavoiréchangéleurspleinspouvoirs, sont convenus des articles préliminaires suivants :

Article premier

Il y aura paix et amitié entre la Sublime Porte ottomane et la République Française. En conséquence de quoi les hostilités cesseront entre les deux puissances à dater de l'échange des ratifications des présents articles pré! iminaires ; immédiatement après lequel échange la province entière de FÉgypte sera évacuée parFarmée française et restituée àla Sublime Porte ottomane dont le territoire et les possessions sont maintenus dans leur intégrité, tels qu'ils étaient avant la guerre actuelle.

Il est entendu qu'après l'évacuation, les concessions qui pourraient être faites en Egypte aux autres puissances, de la part de la Sublime Porte, seront communes aux Français.

gr. in-8o, t. I, p. 473-474, avec une variante sans importance à l'article 2 in fine.

Article 2 La République Française reconnaît la constitution de la République des Sept-Iles unies et des pays ex- Yénitiens situés sur le continent. Elle garantit le maintien de cette constitution. La Sublime Porte ottomane reconnaît et accepte à cet effet la garantie delà République Française et celle de la Russie.

Article 3 Il sera pris des arrangements définitifs entre la République Française et la Sublime Porte ottomane relativement aux biens et effets des citoyens et sujets respectifs confisqués ou séquestrés pendant la guerre. Les agents politiques ou commerciaux, et les prisonniers de guerre de tout grade, seront mis en liberté immédiatement après la ratification des présents articles préliminaires.

Article 4

Les traités qui existaient avant la présente guerre entre la France et la Sablinie Porte ottomane sont renouvelés en entier. En conséquence de ce renouvellement, la République Française jouit dans toute l'étendue des États de Sa Hautesse des droits de commerce et de navigation dont elle jouissait autrefois et de ceux dont pourront jouir à l'avenir les nations les plus favorisées.

Les ratifications seront échangées à Paris dans l'espace de quatre-vingts jours.

Fait à Paris le dix-sept vendémiaire an dix de la République Française ou le premier du mois Djemazi-ul-Akhir, mil deux cent seize de l'Égire.

Signé : Ch. Mau. Talleyrand (et à côté se trouve la signature d'Esséid Ali Effendi en caractères turcs).

Préliminaires de Londres du l*'' octobre 1801.

Article 5.

L'Egypte sera restituée à la Sublime Porte, dont les territoires et possessions seront maintenus dans leur intégrité, tels qu'ils étaient avant la guerre actuelle.

Article 8.

La République des Sept- Iles sera reconnue par la République Française.

Préliminaires de Paris du 9 octobre 1801.

Article premier.

la province entière

de l'Egypte sera évacuée par l'armée française et restituée à la Sublime Porte, dont le territoire et les possessions seront maintenus dans leur intégrité, tels qu'ils étaient avant la guerre actuelle

Article 2.

La République Française reconnaît la constituti n de la République des Sepv-Iles unies et des pays ex- Vénitiens situés sur le continent.

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