‹ Une année `a FlorenceChapitre 134 sur 148 · NAVIGATION SDR LE NIL · texte numérisé non relu

NAVIGATION SDR LE NIL

Les maisons de Roselte sont en briques, plusieurs ont quatre ou cinq étages; les arcades du bas sont supportées par des colonnes de granil rose, de dimensions variées, qui proviennent toutes des ruines de l'ancienne Alexandrie. Le Nil, qui passe au pied de la ville, où il forme un port commode, est encaissé dans de larges et belles rizières, dont la eoulenr d'un vert tendre contraste gracieusement avec les masses sombres des noirs sycomores et les palmiers élancés qui se perdent à l'horizon.

L'agent consulaire français, monsieur Camps, nous reçut avec empressement, et nous présenta à sa femme et à sa tille. Nous trouvâmes auprès de ces dames un compatriote nommé monsieur Amon ; c'était un artiste vétérinaire, élève de l'École d'Alfort et engagé depuis cinq ou six ans au service du pacha d'Egypte ; il s'était marié ù Rosette et avait épousé une jeune tille cophte. Les Cophtes, comme on le sait, sont chrétiens, de sorte que celte union n'engageait en rien sa conscience religieuse; cependant il y avait eu quelque peu d'étrangeté dans la manière dont elle s'était accomplie. Lorsque monsieur Amon avait élé bien décidé à prendre femme, il s'était informé s'il y avait dans le pays quelque jeune lilleà marier. La personne à qui il s'était adressé, et qui faisait la commission en ce genre, s'était alors mise en quête, et deux ou trois jours après était revenue avec une réponse satisfaisante. Elle avait découvert une Cophte jeune, jolie et âgée de quatorze ans. Monsieur Amon demanda à la voir. Comme cette demande était contre tous les usages, on lui répondit que la chose était impossible ; mais qu'au reste il pouvait interroger, et qu'on répondrait fidèlement à toutes ses questions, même à celles qui, au premier abord, paraîtraient les plus Indiscrètes. Il paraît que les renseignemens furent parfaitement favorables à la future, car le lendemain une dot convenab'e fut offerte aux parens et acceptée par eux. En conséquence, le jour fut pris pour la cérémonie, et, au moment lixé, monsieur Amon d'un côté, et les parens de la future de l'autre, se réunirent chez le cadi. La somme fut comptée, la jeune l'nle servit de quittance, et l'époux emmena son épouse. Ce ne fut que chez lui qu'il enleva le voile. On lui avait tenu parole sur loua les points et monsieur Amon se Illicite encore aujourd'hui de ce mariage à la Colin- Maillard.

( ii p mlani que l'on ne croie pas qu'il en est toujours ainsi. Il arrive parfois de cruels déBappolnlemens Dans ce cas, le mari trempé renvoie tout bonnement l'épouse chez ses pai ns, en lui donnant une se onde dot de la même valeur que l.i première. Il eonserve.encore ce droit lorsque la déception est purement morale, et qu'au bout d'un certain temps les

deux conjoints s'aperçoivent que leurs cal 'artères ne peuvent sympathiser. Alors les mariés redeviennent libres, et,

le lendemain de ce divorce par consentement mutuel, il leur cm loisible île convoler en deuxième, troisième et quatrième

lioi rs.

Monsieur Amon nnns donnai! ces détails en nous menant voir, imrs de Rosette, la mosquée d'Abou Mandour, qui s'élève RU bord du Ml. Cri édifice, tout orien al, et placé au milieu d'un paysage charmant, s'avance dans le fleuve, en

OBl'V. COMl'I.. — X.

laissant un étroit passage enlre sa base et l'autre rive, couverte de petites maisons entourées de rizières. Un dôme en forme ne cœur renversé, surmonté d'un croissant, domine les murailles blanches et festonnées ; un medeneh d'une rare élégance élève à l'un des angles ses galeries aux parapets découpés comme une dentelle, tandis que la partie opposée semble soutenir une masse énorme de sable disposée en monticule sur la déclivité de la montagne; tout autour s'élancent d'un seul jet de hauts palmiers, dont quelques-uns traversent, en le couronnant comme d'une aigrette, le dôme plat ei sombre d'un large sycomore.

Les vrais croyans disent que c'est le saint derviche Abou- Mandour qui soutient avec ses épaules les mon agnes de*able qui semblent prêtes a engloutir la mosquée et à combler le Nil.

Un spectacle curieux pour des Européens nous attendait en rentrant à Rosette : sur les marches et à l'ombre d'une mosquée, un santon absolument nu était indolemment couché; il attendait, dans ce costume et dans cette posilion qui lui étaient habituels, que les dévoles du quartier lui apportassent sa nourriture ; lorsque, parmi ses pourvoyeuses, il en distinguait par hasard une qui lui plaisait, il l'honorait à l'instant de ses caresses, que celle ci tenait toujours à honneur de recevoir. Ce spectacle étrange ne choquait personne, et l'on citait, comme d'une susceptibilité tout à fait exagérée, un honnête musulman qui, quelques jours auparavant, avait jeté son manteau sur un groupe qui rappelaitpar trop celui du cynique Craies et de sa femme Hipparchie.

Monsieur Camps et monsieur Amon nous avaient offert tous deux l'hospitalité; mais, de peur de les gêner, nous n'acceptâmes point, et nous allâmes nous établir dans une ancienne maison de capucins, édifice vaste et délabré, où il ne restait plus qu'un moine de cet ordre, ruine vivante au milieu de ces ruines mortes. Le pauvre vieillard avait mangé, comme les soldais d'Ulysse, les fruits du lotos qui font perdre la mémoire; depuis'vingt ans, aucun bruit du monde, qui l'avait oublié, n'était parvenu jusqu'à lui, et il rendait à l'Europe indifférence pour indifférence. Ses mœurs régulières, son vêlement ample, coupé à la manière orientale, lui avaient attiré la considération des Arabes; j'oubliais sa barbe, qui n'y avait pas peu contribué.

Nous allâmes passer la soirée chez un des amis de monsieur Amon, estimable Turc qui avait sacrifié le précepte le plus connu du Coran à son amour pour le vin. L'appartement où il nous reçut était simple, comme presque tous les salons orientaux ; selon les habitudes de l'ameublement, un grand divan régnait tout autour; un jet d'eau, placé au milieu, retombait d'une belle fontaine de marbre blanc dans un bassin octogone; quelques fleurs rares et brillantes, toutes couvertes de perles liquides, comme si la rosée du matin vint de s'abaisser sur elles, étaient disposées avec goùl autour de ce bassin . et donnaient un aspect joyeux et charmant â «et immense salon. Le Turc nous y reçut au milieu de ses amis, nous lit prendre place dans le cercle, et nous présenta la .pipe et le café. Une demi-heure après on nous servit une limonade préparée par ses femmes ; cela ne réchauffa que médiocrement la conversation, qui était des plus languis santés, car il fallait que l'on traduisît ce que nous disions et ce que l'on nous répondait. Il n'y a pas de dialogue, si spirituel qu'il soit, qui tienne à cette épreuve : aussi ce travail d'esprit finit par tellement ennuyer interlocuteurs et in terprèles, que nous nous levâmes d'un commun aceord et nous retirâmes. Le Turc, de son côté, il faut lui rendre celle justice, ne fil aucun effort pour nous retenir.

Le lendemain, nous vîmes arriver d'Alexandrie monsieur Taylor, le commandant Bellanger, et M. Eydoux, le chirurgien.major. Ce dernier était wnu moins par curiosité que par un sentiment philanthropiques qui lui lit auprès de nous le plus grand honneur. Il avait entendu parler d'une manière effrayante des ophihalmies d'Égypie, el il exposait ses veux pour sauver les nôtres.

Comme rien ne nous retenait à Abou-Mandour, et que nous avions hâte de voirlrCaire, le lendemain, 0 mai, nous nolisâmes une djeime de la plus grande dimension; celle

ŒUVRliS COMPLETES D'ALKXANDRB DUMAS.

que nous choisîmes pouvait avoir quarante pieds de long, et porlait deux voiles lalines et triangulaires d'une effroyable grandeur. Au moment du départ, et quand tout fut préparé, il se trouva que le vent était contraire : nous primes patience en allant au bain.

Comme à Alexandrie, c'était le plus vaste et le plus beau monument de la ville ; comme a Alexandrie, je repassai par les épreuves de la vapeur condensée et de l'eau bouillante; mais soit que mes poumons se fussent dilatés à respirer du subie, soit que ma peau se fût endurcie aux rayons du soleil égypt en, je n'éprouvai plus aucune souffrance : l'opération du massage elle même se passa à ma plus grande satisfaction, et je pris sans effort, entre les mains de mon baigneur, des positions qui auraient fait honneur à Mazurier et à Auriol.

Le 7 mai au malin on vint nous réveiller en nous annonçant que le veut avait changé : c'était une bonne nouvelle à nous apprendre. Nous commencions a ne pas nous amuser d'une maui re fougueuse à Abou-Mandour, et, quelle que fut maintenant ma sympathie pour le bain, je ne pouvais cependant pas renouer à l'élément qui m'est naturel ; il en résul'a que nous nous mimes en route avec une vive satisfaction Le jour éla't magnifique : le vent soufflait comme s'il eilt éié à nos ordres, ei nos mariniers, en exécutant leur manœuvre, chantaient pour se donner du courage ei pour opérer en mesure. Nous nous finies traduire deux de ces chansons : la première était composée de quelques versets à la louange de Dieu; la seconde était un assemblage de sentence^ et de réflexions philosophiques cousues les unes aux autres, et dont la plus saillante nous parut être celle-ci : « La terre n'est rien, et tout est misère dans ce monde. «

Comme nous étions en ga'té et que ces vérités nous parurent trop sérieuses pour noire disposition d'esprit, nous i! vitâmes nos Arabes à nous chanter quelque chose de plus jovial. Il- allèrent aussitôt cher lier les deux inslrumens nécessaires à l'accompagnement : l'un était une sorte de pipeau rappelant la flûte antique; l'autre, un simple tambour dont la caisse en terre cniie s'évasait par le liant ; la parlie la plus développée était recouverte d'une peau très tine que l'on lit tendre en rapprochant du feu. Alors commença un charivari qui absorba tellement notre ailcniion par sa sauvage é.lrangeté, que nous ne pensâmes point à demander le sens des paroles, tout occupés que nous étions a tâcher de démêler, ai milieu de ce sabbat, ui e phrase musicale quel. Jiieniùt noire curiosité l'ut distraite de la poésie ci uV : ..n i i . iiipagnement par un gros Turc, a turban ver/, descendant tic Mahomet qui, excité' par celte, mélodie, se le^a lciilemenl, m' b ilanca alternativement el eu carence sur chacune de ses jambes, puis enfin, pfenanj son parli, se mil décidément à

exécuter tice danse j >[•£ et. lascive,. Quand il eut, lini,

nous lui adressâmes des complimens sur le plaisir inattendu qu'il nuits avait pror.u ré ; il nous répondit d'un air dégagé que c'était ainsi que les aimé- .•- dansaient sur les places publiques du Caire : beiireusetnenl, en noire qualile de Parisiens, nous u'aw'i; s pas graude foi dans les prospectus "et nous prenions U: s icii pour ce qu'il valait.

La tournée S« passa au milieu de ces récréations rç qii'-s cl choio-tapliique,. rendant huile notre navigation, le Ml non- a\ai' olleri gracieusement ses deux li\es bordées

de chaque n'iié d'une ut me i veilleuse ; le | n,r, le soleil

,b n sa lapideineul, et ses iletniet s rayons éclairèrent de leur chaude leinle un charmant village b>ut i ■uiironué de palmiers.

Nous nous retirâmes à l'arriére de la djenne; nos iiin'elolS .y avaient construit, unelcnle, OU plulot une i .preed'ari In- de pont eu toile, soutenue par de, roseaux flexibles e| arrondis : nous y élendimes nos lapis, sur lesquels non . ne limes qu'Ull ' omme.

Lorsipie nous nous réveillâmes, le pflyWge a\an h

aspect que la veille; seulement, à mesure que nous remontions le ib-uve le . villages devenaient moins considérable* el

nombreux. La paume se passa au icilicu des mêmes

mens) mol le et rendant de Mahomet nous parut

moins facélieux que la veille, nous nous familiarisions avec le grotesque.

Le lendemain les chants étaient commencés que nous dormions encore ; nous crûmes, en ouvrant les yeux, que c'était une sérénade que nous donnait notre équipage; point, le vent était devenu contraire, ce qui forçait les matelots â travailler rudement pour vaincre le courant. Le patron de la barque chantait de toute sa force une litanie, à tous les versets de laquelle les Arabes répondaient : Eleyson. A chaque refrain nous avions reculé de cinquante pas !

Comme le patron jugea qu'à ce train-là nous serions retournés à Abou-Viandour la nuit suivante, ou le lendemain malin au plus lard, il donna l'ordre d'amarrer près d'un village devant lequel nous passions à reculons. A peine la barque fut-elle fixée, que je sautai à terre et me dirigeai vers la maison la plus proche; j'y obtins à grand'peine un peu de lait dans une jatte; nous nous abritâmes derrière une muraille de terre pour échapper aux tourbillons de poussière ardente que le vent soulevait, et nous nous mîmes à déjeuner

Une abominable snntone s'approcha de nous dans un costume exactement pareil à celui de son confrère de Damanhour : si l'homme nous avait paru médiocrement gracieux, la vieille nous parut atroce. A mesure qu'elle s'avançait, une crainle affreuse s'emparait de mon esprit, c'est qu'il ne lui prît envie, en notre qualité d'étranger, de nous honorer de ses caresses; je me bâtai de communiquer celle idée a la société, qui en frissonna de tout son corps. Heureusement nous en fûmes quittes pour la peur : la vieille se contenta de nous demander l'aumône; nous nous bâtâmes de lui donner du pain, des dattes et que'ques pièces de a onnaie. Moyennant cette rançon, elle s'éloigna de nous, et nous laissa achever notre repas. Deux heures après, le vent s'étant abaissé, nous nous remîmes en voyage.

Nous avancions lentement : à l'inconvénient du vent contraire avait succédé celui des bas-fonds, et quoique nous tirassions à peine trois pieds d'eau, nous touchions parfois le sable. Nous fîmes ainsi deux ou trois lieues en quatre ou cinq heures, et avec une grande fatigue. Vers le soir, nous vîmes lentement s'élever, sur un horizon rongeâlre, trois monts symétriques dont les contours se dentelaient sur le ciel : c'étaient les pyramides ! les pyramides, qui grandissaient à vue d'œil, tandis qu'à noire gauche les premiers mamelons de la chaîne libyque encaissaient le Nil dans ses lianes de granit.

Nous restâmes, immobiles; nos yeux ne pouvaient se détacher de ces constructions gigantesques, auxquelles se rattachaient un souvenir antique si grand el un souvenir moderne si glorieux! lai aussi le moderne Cambyse avait eu SSfl champ de bataille, où nous pouvions, comme Hérodote avait vu les cadavres des Perses el dès Egyptiens, retrouver ii liiitrc tour le- ossemens de nos pères1 A mesure que le soleil descendait, son reflet montait sur les flancs des pyramides, doni la hase se cou vrai I d'ombre; bientôt le sommet seul élineela comme un coin rougi -, puis un dernier rayon sembla Dofter à l'exiréniité du sommet aigu, pareil à la flamme qui brûle à la pointe d'un phare. Kniin celle flamme elle-même se détacha, comme si elle fût remontée au ciel pour allumer les étoiles, qui, un instant après, commencèrent à briller.

Notre cnihousiasnie tenait delà folie, nous battions des mains el nous applaudissions à cette décoration magnifique Non s appelâmes le patron pour lui demander de ne pas avancer d'un pas pendant la nuit, aliu que nous ne perdissions rien, le lendemain, du paysage grandiose qui allait se

dérouler devant nous, cela tomba à merveille : il venait, de

son cédé, nous dire que la difficulté de la navigation exigeait que nous jetassions l'ancre. Nous restâmes encore longtemps sur le puni, regardant du cédé îles p\ ramilles, quoique l'obs- < mile ne nous permit plus de les distinguer ; puis nous nous retirâmes dans notre lente pour en parler encore, ne pouvaui plus les voir.

I e lendemain, je nfevcillai le premier el m'élonnai, quoiqu'il fil urainl jour, nue loui le monde dormit encore. J'é-

IMPRESSIONS DE VOYAGE. — QUINZE JOURS AL" SINAI

prouvais un malaise pareil à un cauchemar •. je réveillai mes compagnons; le mailaise avait aiteint lout le, monde; nous sortîmes de noue unie : l'air était lourd et suffocant, le soleil s'élevait triste et blafard derrière un rideau de sable ardent enlevé par le veut du désert Nous nous sentîmes oppressés comme lorsqu'on descend dans une atmosphère trop épaisse; l'air que nous respirions brûlait notre poitrine. Me comprenant rien à ce phénomène, nous regardâmes autour de nous : nos matelots et notre patron étaient assis immobilts sur le pont de la djerme, enveloppés de leurs manteaux, dont un des plis, en leur couvrant la bouche, leur donnait l'apparence de ces figures dantesques dessinées par Flaxman: leurs yeux seuls semblaient vivans; ils étaient fixés sur l'horizon, qu'ils interrogeaient ave' anxiété. Notre arrivée sur le pont ne parut nullement les distraire de leur préoccupation ; nous leur adressâmes la parole, mais ils restèrent muets: enfin je m'enquis près du patron lui-même de la cause de cet abattement ; alors il étendit la main vers l'horizon, et sans découvrir sa bouche :

— Le kramsin. dit-il.

Ce mot fut à peine prononcé que nous reconnûmes en effet tous les signes de ce vent désastreux si fort redouté des Arahes. Les palmiers, mus par des souffles capricieux, se balançaient dans des directions différentes, de sorte qu'on eût cru nue des rourans se croisaient dans le ciel ; le sable soulevé fouettait notre visage, et chaque grain nous brûlait comme une étincelle sortie d'une fournaise. Les oiseaux, inquie's. quittaient les régions élevées et rasaient la terre pour l'interroger sur le mal qui la tourmentait; des nuées d'éperviers aux ailes longues et étroites loin liaient avec des cris aigus, puis lout à coup s'abattaient sur la cime des mimosas, d'où ils s'élançaient de nouveau vers le ciel, rapides et perpendiculaires comme des flèches, car ils sentaient les arbres frissonner eux-mêmes, comme si les objets inanimés avaient partagé la terreur des êtres vivans. Aucun de ces symptômes visibles pour nous n'échappait à nos Arabes; nais, dans leurs yeux impassibles et fixes, et sur leur physionomie impénétrable, il était impossible de distinguer s'ils étaient propices ou inquiétans.

Comme, a une forte oppression près, le kramsin ne paraissait pas devoir amener de malheurs bien terribles, nous descendîmes à terre avec nos fusils, et nous nous mimes en quête d'oiseaux a longues i atles: bous longeâmes les bords du fleuve, comme de veri .. is de la plaine Saint-

Denis, habitués à suivre le canal: ?■■ dément la contrée était plus giboyeuse. Nous tuâmes quelques hérons et une quantité d'alouettes et de tourterelles.

Ve a le soir, un cri de rappel suivi de chants nous ramena vers la rangé, où nous trouvâmes noljve équipage oaus lâjtir bdaiion; nous étions a la fin du kramsin, et nos matelots sautaient de joie et se trempaient la ligure et les liras dans le >il pour se rafraîchir. ('.< Lie manière de se baigner à 1Y11nne rentrait dans ma spécialité : aussi je ne voulus pas -■ terminal sans que j'en prisse ma part. En un tour de main je me mis c santon, et, pre aut

non élan de la eangé, je piquai par-dessua le bord une tète a la hus-ardr. qui deiioiiçiil du premier coup son caleçon rouge. Lorsq 1e c revins nui l'eau, je vis tout l'équipé

■ me regarder avec la plus grande attention, je .-avais qu'il n y avait de crocodiles dans le Ml qu'au dessus (la la premiers cataracte; du sorti que. ne concevant aucune crainte, t* ne pus m'expliquer furent de la galerie que d'une manière tout a lait flatteuse pour mon am in M«u agiiiié et mon adresse en redoublèrent.; tout ce que le la natation contient, depuis la simple brasse jusqu'il U double culb te, fut exécute' avec un succès croissani tous bs yeux de mes spectateurs basane • J'en

la plaie lie raille, lorsque tOUl a coup je icçus à la cuisse

droite une espèce de décharge électrique si violente que Je me sentis tonte la moitié du corps paralysé ; je ne retournai aussitôt sur le ventre pouc nager vei s la rangé ; mais je vis a l'instant que |e ne pourrais sans aide regagnai le bâtiment. Moitié riant, moitié buvant, je demandai la perche, tendant le bras droit hors de I Cm ci css.ivjnl de nie .soute-

nir avec le bras gauche : quant à la jambe droite, elle était sans aucune connaissance et refusait tout mouvement. Heureusement Mohammed, comme s'il eût prévu l'accident qui venait de m' arriver, se tenait sur le bord de la djerme avec une corde qu'il me lança; j'en attrapai un bout, il me tira par l'autre, et j'abordai le bâtiment d'une manière beaucoup triomphante que je îe l'avais quitté. Cependant, à 1 insouciance presque goguenarde avec laquelle nos Arabes m'entourèrent, je jugeai que l'aventure n'avait rien de bien ipquiétanl ; je ne désirai pas moins en connaître la cause, na fût-ce que ppur m'en garantir désormais. Mohammed m'apprit qu'outre une foule de poissons fort agréables au goût et fort curieux à étudier, on trouvait dans le Nil une espèce d • torpiile dont la vertu électrique était si bien, connue de nos Arabes que, redoutant la sensation douloureuse que j'avais éprouvée, ils s'i 'aient contentés, comme je l'avais vu, de Si' laver avec précaution la ligure et les mains dans le fleuve. Ce qui me parut le plus clair dans tout ceci, c'est que, si l'électricité leur était desagréable pour eux-mêmes, ils ne répugnaient pas il étudier ses effets sur l'Européen ; au reste, l'explication n'était pas terminée que la douleur avait cessé, ma jambe et mon bras avaient repris leur service accoutumé.

Le vent était tout a fait tombé. Nous pensâmes à dîner du produit de notre chasse, ce que nous finies à bord de la djerme pour nous soustraire plus certainement à la visite de quelque nouvelle santone , puis nous allâmes visiter nos, tapis, de peur qu'il ne prit à quelque scorpion l'envie de renouveler la facétie de la torpille, ce qui aurait été infiniment moins drôle; aussi, cette fois, ce furent nos Arabes qui nous invitèrent à prendre celte précaution. Ce soin accompli, nous nous endormîmes dans le gracieux espoir de voir le lendemain le Caire, dont nous n'étions plus éloignés que de sept ou huit lieues.

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