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LE CAIRE

Le lendemain, au point du jour, on leva l'ancre, et nous appn chaînes rapidement des pvramides, qui, de leur côlé, semblaient venir au devant de nous et s'incliner sur n. s iétes. Au bas de la chaîne lihyqu ■, nue et stérile, à travers les vap urs sablonneuses qui épaississaient l'atmosphère, nous commencions a apercevoir les tours ei les dûmes des mosquees. surmontés de leurs etojssans de bronze. Peu à peu ce 1 1 le ni. chasse devant nous par le vent du nord, qui poussai! nolie barque, s'éleva en luxant au-dessus du grand (aiie, et nous découvrit les hautes dentelures de la ville, dont la base était encore cachée par les rives exhaussé, s du fleuve, Nous avancions à grands pas, et Bpus étions déjà presque a la hauteur des pyiami les de Cliv/e. Plus loin, et sur la même rive, se balançait gracieusement a forêt de pal mi. i s qui s'eleve sur l'emplacement on tut autrefois Mempliis, et longe le rivage ou se promenait la fille de Pharaon lorsqu'elle sauva Moi c 'les ,,ui\, cl au-dessus de ces palmiers, dans une brume, lion pas de brouillard?, m lis de sable, nous

distinguions ies s neis rou-.-'nies djss pyramides de Sak-

kara, ces vieilles aïeules des pviaa.nlcs de pbvzp. I n moment nous einisi'inirs plusieurs bateaux chaigcs d'esclaves : l'un d'eux contenait des fe.mnjes. Aussitôt qn • le patron les vil, il planta un couteau dans le grand mil et jeta du .sel dans le l'eu : cette double Opi i.iliou a^ail pour but de ueulialisrr le mauvais mil. la conjuration liil cflîcice : ni|C

après is i éh.iiquàiuc s s;ni-s accident a âcbpubù,

sur la nve droite du Nil, du i s nioiiiia. à quelque distance, l.i le.iiou de campagne du |>a ha; c'. lait une charmante habita nui, eqtOUree de l'i.iii iieur cl de verdure.

là

ŒUVRES COMPLETES D'ALEXANDRE DUMAS

Nous retrouvâmes 11 les ânes et les âniers, les uns plus beaux el plus grands que ceux d'Alexandrie, les autres plus empressés et plus biiailleurs eneore, s'il est possible, (pie leurs confrères du bord de la mer. Celle fois, instruits par l'expérience, nous nous gardâmes bien de faire les difficiles, el, prenant une délicieuse allée de sycomores dont le dôme sombre interr'epiait les rayons du soleil, nous nous mîmes en mesure de franchir rapidement la lieue qui nous resiait encore à faire.

Toute la différence que le débarquement avait produite dans noire manière de voyager ét.iit qu'au lieu de remonter le Nil en bateau, nous suivions sa rive à âne. Au resie, comme nous nous éi ions élevés d'une tient iine de pieds, l'hoiizon était plus étendu, nous voyions en face de nous l'île de Roudab, base, du monument où l'on conserve le nilomèlre, instrument destiné à mesurer la bailleur des inondations du Nil : des lignes tracées indiquent les années où la crue du fleuve, atteignant un niveau inaccoutumé, amena des époques d'une ferliiilé mémorable. C'est là que, chaque année, les cheiks des mosquées donnent, en publiant l'élévation des eaux, la mesure des réjouissances auxquelles on peut se livrer, ou, en musulman-; résignés, annoncent la slérililé prochaine, le jeûne et la famine auxquels la crue insuflisanie du fleuve condamne les habitans de ses rives. Alors nous avions à notre droite les pyramides de Ghyzé, que nous découvrions de leur cime à leur base, ainsi que le monticule formé par le grand sphinx qui les garde depuis trois mille ans, et qui tourne vers la tombe des Pharaons son visage de granit, mutilé par les soldats de Cambyse. Enfin notre vue s'étendait, à gauche, sur le champ de bataille d'Héliopolis, illustré par Kléber, et dont l'immense solitude, qui s'élend à perb de vue, n'est animée que par un seul sycomore qui verdit au milieu du sable ardent du désert. Nos guides nous le firent remarquer, car une tradition arabe rapporte que ce fut sous cet arbre que se reposa Marie lorsque, fuyant le courroux d'Hérode, Joseph, dit saint Mathieu, prit de nuit le petit enfant et sa mère et se retira en Egypte. C'est donc, selon les Mahométans eux-mêmes, à l'abri qu'il prêta à la mère du Christ que cet arbre sacré doit sa longévité miraculeuse et sa verdure éternelle.

Cependant nous étions arrivés à Boulacq, espèce de faubourg du Caire, sentinelle de la ville chargée de garder le port. Nous n'avions plus qu'une demi-lieue ù faire ; nous jetâmes un coup d'oeil sur la rade animée par une mullitu le dérangés el de djermes, qui apportent en remontant le Nil le? récolles de ses jardins, ou en le descendant les fruits p'js savoureux delà Haute-Egypte, que ne peut mûrir le soleil trop pâle du Delta. Dans le village, la population, par son nombre el son activité, dénotait l'approche d'une grande ville ; je montrai les murailles à Mohammed : il comprit mon désir. — El Masr, s'éeria-t-il : el, lançant son âne au galop, il nous invita du geste à le suivie. Nous ne nous finies pas répéter l'invitation, el nos moutures, qui semaient qu'elles retournaient chez elles, secondèrent de leur mieux notre impatience. Bientôt nous aperçûmes le Caire parfaitement isolé, dans un océan de sable, dont les vagues brûlantes viennent balire sans cesse ses flancs de granit, où elles Uniraient par faire brèche, si, deux fois l'an, le Nil, poissant auxiliaire, ne délivrait momentanément la ville de cet incommode assiégeant A mesure que nous approchions, nous distinguions '"s teintes alternées des édifices el les dessins éiégans des coupoles, puis, au-dessus des dénis coloriées qui couronnent les remparts, s'élanc.iii pareils aux pièces d'un immense jeu d écheCB, les meitenebl de trois Cents musquées; enfin, nous atteignîmes la porte de la Victoire, la plus bille des soixanteoii7' qui enlourenl le Caire, el par laquelle lionaparte entra le lendemain de la bataille des Pyramides, le

20 Juillet IT98.

A peine entré dans la ville, monsieur Taylor, qui savait l'incoiivéïiieni de M pioiiienei' :m C.iiie comme nu provincial arrivant ;i Paris, eulila au galop une des mes qui se

pré email â nous : forcé nous fut de le suivre, de peur de nous perdre-, effectivement nous voyions que nos babils a

l'européenne attiraient sur nous l'attention d'une manière

peu favorable : il y a des momens où l'on devine le danger sans le voir, par instinct et comme par pressentiment l.'unilonne des officiers de marine suriout préoccupait singulièrement les serviteurs du prophète. Nous redoublâmes dune de vilesse, coudoyant Turcs el Arabes, qui passaient avec leurs brillans costumes devant nos yeux éb ouis, et nous criaient : yamin ou chemal, c'est-a-dire, à droite ou à gauche, selon que cette manœuvre leur paraissait nécessaire dé noire part, pour ne pas les déranger dans la lii;ne droiie et invariable qu'ils suivaient gravement soit à pied, soii a cheval. Enfin, après une de ces courses comme on en l'ail en songe, au milieu d'êtres inconnus el fanUsifques, à travers les rues étroites el tortueuses que monsieur Taylor nous faisait prendre, parce que c'élaii le chemin le plus court, nous arrivâmes au milieu du quartier franc, cl nous descendîmes a la porte d'une auberge italienne.

Noire premier soin fut de faire demander un tailleur; no- Ire aubergiste nous en procura un aussitôt : c'était un Turc pur sang. Il nous fil choisir des étoffes, puis, tirant de la poche de son pantalon un fil auquel pendait un plomb, il sus. pendit ce plomb de manière à ce qu'il se trouvât au niveau de mon coude-pied, appuya le fil sur mon épaule, lut le degré qui était marqué sur le fil, en fit autant à chacun de nous et sortit: la mesure élait prise.

Cette opération achevée, nous songeâmes à une autre non moins urgente : la préoccupaiion des grands souvenirs qui se présentaient â notre esprit, l'aspect grandiose t'u paysage, le désir immodéré d'arriver au Caire, nous avaient fait oublier le déjeuner; mais a peine fûmes-nous dans nos chambres, où le défaut de vêtement nous consignait jusqu'au soir, que noire estomac réclama d'une manière pressante la double ration qui lui était due. La chose était trop juste pour que nous ne nous empressassions pas de le satisfaire. Nous rappelâmes notre hôte, tous enchaînés de trouver à qui parler sans interprète, et nous lui commandâmes a dîner. Une demi-heure après, un couvert à l'européenne se dressait dans noire chambre ; j'avoue que ce ne fut pas une médiocre satisfaction pour moi que de m'asseoir chrétiennement à une table. Cependant noire préoccupation gastronomique ne nous fit pas oublier Mohammed; nous l'appelâmes par la fenêtre de la cour, et, sur notre invitation, il prit place par terre près de nous.

Si nous l'avions amusé au commencement de notre voyage, lorsqu'il nous avait fallu remplacer par nos doigts seulement la cuillère, la fourchetie et le couteau, c'était nous, à elle heure, qui triomphions; le pauvre diable élait tout ébahi de nous voir jongler aussi adroitement avec des instrumens qui lui étaient inconnus. Il n'essaya pas moins de nous i m ï ter ; mais, après s'être piqué les lèvres et les gencives deux ou trois l'ois, il revint au système naturel, et destitua cuillère, fourchette el couteau. La somptuosité de notre repas n'avait pas non plus médiocrement étonné sa frugalité arabe; mais, sur ce deuxième point, il fut plus accommodant que sur le premier : il mangea de tout et trouva tout parfaitement bon.

Le soir venu, nous profilâmes de l'obscurité pour parcourir les rues qui conduisaient au consulat de France. Le viceconsul, enchanté de voir des compairiotes, voulut nous donner une petite fêle : une demi-douzaine de musiciens du pays arrivèrent, s'accroupirent en rond en face du divan sur lequel nous étions assis, accordèrent leurs insli'unicns avec, un sérieux imperturbable, et commencèrent â jouer des airs nationaux interrompus par des chants. Il faut avoir entendu la musique turque ou arabe pour se faire une niée du degré où peut être porté le charivari ; le nôtre élait des plus complets, et sans la précaution que les musiciens avaient prise de nous bloquer, je crois (pie mes souvenirs des Bouffes l'emportanl sur ma politesse naturelle, j'aurais pris la fuite à la quatrième mesure Après deux heures des plus atroces

que l'aie passées de ma vie, les exécutana se levèrent enfin, toujours graves el roldes, mature la mauvaise plaisanterie

ipi ils venaient de nous faire, el sortirent. I.c vice-amiral nous (lit iilorsque pour nous rendre les honneurs qui nous étalent dus, ils nOUS avaient joué leurs airs les plus graves,

IMPRESSIONS DE VOYAGE. — QUINZE JOURS AU SINAI

mais qu'une autre fois nous entendrions des cavalines plus vives el plus gaies.

Nous revînmes à l'hôtel, conduits par un kaffa, qui marchait devant nous en nous éclairant avec une lanterne de papier collé sur une spirale en fil de 1er ; le^ rues éiaieut parfaitement désertes, nous rentrâmes sans rencontrer âme qui vive, et nous nous couchâmes dans des lits : c'était la première fois depuis Alexandrie.

Cependant, quelque supériorité qu'eussent les couchettes sur les divans, et les matelas sur les tapis, j'avais les nerfs si prodigieusement agacés par la musique infernale dont nous avions élé régalés, que je ne pus dormir. Bientôt une cause étrangère et physique vint se joindre à l'irritation nerveuse qui me tenait éveillé : je sentis sauter et courir sur mon lit des animaux que je ne pouvais distinguer dans l'obscurité, el qui, malgré ma promptitude à les poursuivre de la main, aussitôt que je les sentais peser sur quelque partie de mon corps, m'échappaient avec une adresse et une sagacité qui dénonçaient de leur part une grande pratique de ce genre d'exercice ; pendant un moment de repos, où je me tenais à l'affût, j'entendis Mayer, coaché à l'autre bout de la chambre, faire la même chasse. Dès lors il n'y eut plus de doute, c'était une attaque en règle et combinée; nous nous ralliâmes aussitôt par la parole, et nous étant informés mutuellement de la situation critique dans laquelle nous nous trouvions, nous nous appuyâmes aux dossiers de nos lits pour n'être point surpris par derrière, et nous commençâmes une défense en règle. Mais le geste et la parole étaient impuissans ; comme le mamelouck,

Qui charge, combat, fuit, et revient fuir encore.

nos ennemis étaient insaisissables; je pris le parti de faire, ma chandelle éteinte à la main, une sortie jusque dans l'antichambre, où brûlait une lampe, et je rentrai immédiatement avec de la lumière. Celle fois, si nous n'avions pas pu toucher nos antagonistes, nous punies au moins Us voir: c'étaient d'énormes rats, \ieux et gras comme des patriarches; à l'aspect de la chandelle allumée, ils opérèrent leur retraite dans le plus grand désordre et avec des cris d'effroi, par-de~sous la porte, qui joignait le plancher à quatre pouces près Nous niius ingéniâmes alors à qui mieux mieux pour leur fermer celle issue; après plusieurs moyens proposés sans résultats acceptables, je vis que l'heure était venue d'un grand dévouement, el nouveau Curtius, je sacrifiai ma redingote que je roulai comme un bourrelet, el avec laquelle je calfeutrai la porte. A peine recouchés et la lumière éteinte, le siège recommença; mais celte fois les issues étaient bouchées, et nous nous endormîmes dans la certitude que ma tactique avait réussi.

J'avais mis, le soir, une redingote sous la porte, le lendemain j'en retirai une vesie ronde, irrégulièrement rongée : les pans avaient disparu; c'étaient les dépouilles opimes.

Ce délicit dans ma loiletle, joint à l'impossibilité de sortir sans avanie du quartier franc, où il n'y a rien de bien curieux a voir, me retint â l'hôtel. Je profilai de ce joui' de quarantaine pour jeter sur le papier quelques reflexions architecturales, résultat des anciennes éludes que j'avais faites avec monsieur Taylor dans le Nord, et des nouvelles que je venais de commencer avec lui en Orient.

L'architecture arabe présente, au premier abord, un caractère d'éirangeté individuelle qui la ferait regarder, ainsi que certaines plantes indigènes poussées sur le sol, comme appartenant essentiellement a la terre, et sans analogue audelà d'un certain rayon oriental. Cependant, si mystérieusement que celte fille ingrate s'abrite sous sa coupole d'or, ceigne sa tête Je verseis, écrits dans une langue inconnue, qui lui serrent le front comme les bandelettes hiéroglyphiques d'une momie égyptii nue et enveloppe sa (aille de son manteau de marbre aux mille couleurs, une fois que l'œil de

l'archéologue, familial isé avec l'éblouissante richesse de sou

ornen enlaljon, descend des détails particuliers au plan général, une fois qu'on a enlevé la première couche, une fois enfin que le sujet est écorché, onrec ait aux muscles, aux

organes, la famille antique, l'origine commune, la source fraternelle, où le Nord el l'Orient, le christianisme et le mahoinetisme, ont élé chercher ce qui leur manquait à chacun en propre, c'est à-dire la main qui devrait Iracerleplan des mosquées du Caire et des basiliques de Venise.

Car voilà en quelques mois l'histoire comp'ète de l'architecture. Née avec la civilisation antique de l'Inde, elle commença par creuser des cavernes avant d'élever des palais; elle eut des temples monolithes avant d'avoir des calhédrales aériennes; puis, peu ù peu, ce qui était dessous monta à la surface, et ce jour-là apparut à la lumière l'art des grandes nations et des grandes époques.

L'architecture indienne traversa-t-e!le la mer Rouge pour passer en Ethiopie? c'est ce que l'on ignore. L'Egyptienne fui-elle sa sœur ou seulement sa fille? on ne sait. Seulement elle partit de Méroé, grave et puissante comme une aïeule ; elle bâtit Philœ, Éléphanline, Thèbes et Tentyra, puis s'arrêta regardant les remparts des Memphis s'élever sous les mains d'hommes étrangers, qui remontaient le Nil, qu'elle descendait. C'est la seconde époque. C'est l'époque du progrès qui précède l'époque de l'art ; c'est l'époque où l'on élève, par des moyens dynamiques inconnus de nos jours, des masses gigantesques sur des fûts monolithes ; c'est l'époque où l'architrave d'un seul bloc, se rejoignant sur le centre du chapiteau, forme la voûte carrée plate et massive; c'est l'époque enfin où tous les monumens, quelle que soit leur destination, auront l'air d'avoir été bâtis pour des géans, car le mol grandeur' est l'idée dominante de celle époque, et il est écrit de Babylone à Palanqué, et d'Éléphantine aux murs de Sparte, non pas avec des pierres, mais avec des rochers.

La Grèce succède à l'Egypte : la fille gracieuse et coquette à la mère silencieuse et voilée; l'art ù l'idéalité, le beau à la grandeur. Alors naissent des mots inconnus, la pureté, la proportion, i'é'égance : Athènes, Corinlhe, Alexandrie, éparpillent un peuple joyeux de nymphes sous quatre ordres de colonnes; la construction reste slaiionnaire, l'ornememation s'eleve ù son apogée.

Fuis vient Home la laborieuse, avec son monde de laboureurs et de soldats, pour qui le granit, le porphyre el le marbre soin rares, à cause de la dépense qu'en ont faite ses ainées, et qui ne possède que son travertin 11 faut que les petits matériaux succèdent aux grands; mais la science vient au secours do la pauvreté, et elle invente la voùie semi-circulaire. I.e plein cintre forme dès lors le prim ipal caractère de l'art romain, car il rapplique â tout, à ses temples, * ses aqueducs, à ses arcs de triomphe; seulement, aux extrémités et sur les limites de son empire, il rellèle les pays qui l'avoisinent. A Petra, il creuse des palais monolithes comme dans l'Inde; â Persépolis, il remplace le chapiteau toscan ou corinthien par la tète des éléphans de Darius ou des chevaux de Xerxès.

Tout à coup cette immense Babel est interrompue; l'Orient pousse le nord sur le couchant, el tous deux viennent rouler ensemble â travers le vieux monde, qu'ils enveloppent comme un serpent, qu'ils inondent comme une mer, qu'ils dévoient comme un incendie. Rome, la reine du monde, prépare a la hâte son arche sainte, qui aborde à Byiance avec la semence de chaque art, comme Noë aborde au mont Araral avec le germe de chaque race.

Cependant, non-scu'enient un inonde a succédé à un autre mais, au milieu de ce cataclysme, une voix du ciei s'est fait entendre, une idée nouvelle a élé formulée, un symbole inconnu a respleudi; il faut des monumens qui représentent celle idée, une hase pour élever ce svmboe; les barbares

I ncni les yeux versByzance, el ils reconnaissent la croix

sur la coupole de Sainte-Sophie ; le symbole el le monument sont réunis, l'idée chrétienne est complète.

Mais, si la foi est partout, là est l'art, là est la lumière; c'est li que le chrétien doit aller chercher ses artistes, et l'Arabe ses architectes; car l'Arabe est ignorant, barbare et fervent comme le chrétien. Byramee est donc la source commune; ses li'-. appelés a la reedilicalion du inonde, viennent, descendans dégénérés de leurs pères, avec leurs souvenirs antiques et leur Inhabileté présente; ils essaient, ils talon-

CEUVKES COMPLhTLS D'ALEXANDRE DUMAS.

nent, ils copient; dans celle première période, la basilique du Cnrisl et la mosquée de Mahomet sont sœurs, et ce n'esl que lorsque les exigences de l'Évangile et du Coran ont parlé assez liaut pour que les pierres, le granit et le marbre leur obéissent, que les deux lilles de la même mère se séparent pour ne plus se rapprocher.

Alors les deux pensées en travail réunissent aulour de leur symbole visible tout ce qui peut le compléter.; la basilique prend d'abord la forme de la croix grecque, puis bientôt celle de la croix latine, qui est la croix du Christ; elle élève un clocher auprès de son porche pour y montrer de son doigt de pierre le ciel a. ceux que ses cloches appellent; elle bâtit douze chapelles m mémoire de ses douze apôlres; elle incline le coeur à droite, parce que Jésus a incliné la tête sur l'épaule droite en mourant, et elle perce dans ce chœur trois fenêtres, parce que Dieu est triple, et que toute lumière vient de Dieu. Maintenant viennent les vitraux aux mille couleurs, qui, brisant les rayons du jour, feront à toute heure un crépuscule pour la méditation et la prière; maintenant vienne l'orgue, cette grande voix des cathédrales, qui parle toutes les langues, depuis celle de la vengeance jusqu'à celle de la miséricorde, et la pensée chrétienne tout entière sera arrivée à son plus haut degré de perfection dans la cathédrale gothique du quinzième siècle.

Chez le musulman, au contraire, où tout doit s'adresser à la matière et rien à l'àme,oii la récompense des vrais croyans, après le plaisir dans ce monde, sera la volupté du paradis, le monument religieux prend un tout autre caractère. Sou premier soin est d'ouvrir la voûte au sourire éternel de son ciel : il fait jaillir, sous le prétexte de ses ablutions, des fontaines d'argent liquide dont le murmure seul rafraîchit ; il les entoure d'arbres touffus et odoriférans, sous l'ombrage desquels il appel e ses rossignols et ses poêles, ne réservant qu'un espace étroit et carré, où reposera le corps du saint musulman abrité par un dôme enrichi d'ingénieuses arabesques, et près duquel s'élèvera le madeheh, tour a plusieurs étages, d'où le muezzin appellera trois fois par jour les fidèles a la prière, en leur rappelant les maximes fondamentales de leur foi. Puis après l'influencé religieuse viendra l'influence locale. L'art mahométan, quoique (ils de Byzance, ne passera pas impunément si près de Persépolis et de Delhy ; ses arcs, élargis à leur centre, se refermeront à leur base avec une grâce persane, et l'Inde lui fournira des combinaisons légères et déliées avec lesquelles il recouvrira si s murs d'une dentelle de pierre Alors, à son tour, la pensée mahomélane sera complète et se résumera dans sa mosquée, ainsi que la pensée chrétienne en sa cathédrale.

Au reste, les architectes des deux pensées Sril eu cela de commun que, chacun de sou coté, ils ont détruit pour nuis Iruire. Tous ont rebâti leur nouveau monde avec les débris de l'ancien, Ils ont trouvé le squelette étendu sur lesable, et ils lui ont volé sesossemens les plus forts, ses merveilles les plus éléganles : aux chrétiens le Parlhénon, le Çojysée le temple de Jupiter Stator, la maison dorée de Néron, les thermes de Caraealla, les ampli théâtres de Titus; aux Arabes les pyramides, 'I bébés, Memphis, le temple de Sa|omoh,

li , obélisques de Carnac et les colon ; de Sérapis. El cela

par cette volonté immuable qui ne dermet pas que rien se crée de nouveau, mais qui veut que (oui s'enchaîne, cl qui, par cet enchaînement, a donné aux hommes l explication de

1 eOThjlé.

r. m un tous ces architecte > el ces fai eurs de villes, ce fui

Mitiied-Kbii-T.iylomi, doui le père élail le chef de la garde

califes à Bagdad, quj fonda le Vieu: Caire C conquê-

i.ini nomade l'appela Postal ou la lei le, ei ■■ fil bâtir la mos-

\\ tée de Tayloun, Le Falimile Djouliaar s empara, eu 909, de

Ce eainpeiiii ni de piene:,, Iraça IYmplacrmcnl de 1.1 IIOUVI Ile

ville, et l'appela Mars-el-Kakirah, la victorieuse, mi eommencement du douzième siècle, Salah-Ëddin, lieutenant de Nour-Eddin, conquit l'Egypte, el enveloppa la Victorieuse danf sa conquête. Ce fut sous lui que < laracou >n, son en pi ■

lame, in bâtir i.i < it;i.i.-iu- el les murailles d'enceinte,; Quel ques ami. es plua lard, lieybar, le chef des mamelouks, poi gntrda le vislr et régna a sa place; enfin ses descehdans

possédèrent ifariqiiilieméht le Caire jusqu'à ee qu'en t.ï!7 Sélim fit de l'Egypte une province turque. Ce fut pétidânl le cours de ces differens règne, qlle, làtidis q'ii'é tombait la ville d'Ahmed-Ebd-Ta\loiin, celle de tijcuha'ar vil successimeut s'élever ses splcndides éditiccs.

Le Caire, qui occupe, une immense, étendue de terrain, et dont la population s'élève à trois cent mille ijnies, esl divisé eu plusieurs quartiers, connue les villes européennes du moyen-âge. : le quartier des Arabes, des Grecs, des Juifs el des chrétiens ; seulement chaque quartier esl séparé par des portes auxquelcs veillent la nuit des gardes. Nous étions, comme nous l'avons dit, dans le quartier des chrétiens, qu'on appelle le quartier franc, et dont il est dangereux de sortir avec son cosiume à l'européenne, danger auquel le lecteur doit celte longue discussion archéologique et chronologique, dont nous lui demandons humblement excuse, mais que nous avons crue nécessaire une fois pour toutes dans un ouvrage de ce genre.

Le lendemain, à l'heure dite, noire marchand d'habils arriva. C'est encore à celte exactitude que je fus forcé, comme sur beaucoup d'autres choses, de reconnaître la supériorité du tailleur turc sur le tailleur français. Quelques compatriotes, attirés par la curiosité de l'opération, étaient venus pour assister à noire métamorphose. Le tailleur avait amené a\ee lui un barbier, entre les mains ou plutôt entre les jambes duquel il nous fallut passer avant d'arriver à lui. La cérémonie commença par moi ;. monsieur Taylor, qui avait à traiter de sa mission, s'était rendu chez le consul, et nous avait laissés aux soins de notre toilelle.

Le barbier se plaça sur une chaise el me lit asseoira terre. Puis, il tira de sa ceinture un petit instrument de fer que je reconnus pour un rasoir en le lui votant frotlprsurla paume de la main. L'idée que celte espèce de scie allait me courir sur là tête me fit dresser les cheveux, mais presque aussitôt je nié trouvai le front pris cuire, les gefibltx de mon adversaire, comme dans un élau, et je compris que ce qu'il y avait de mieux ii faire était de ne pas bouger. En effet, je sentis courir successivement sur toutes les parties de mon crâne ce petit morceau de fer si méprisé, avec une douceur, une adresse et un velouté qui m'alh renl à l'âme. Au bout de cinq minutes, le barbier desserra les jambes, je relevai le front, j'entendis lotit lémiindè rire; je me regardai dans une glace, j'étais coniplëtemeni rasé, et sur tout le crâne il ne me restai! île ma liirveli iv qu'é cette charmante leii.ie bleuâtre qui décoré le menton ;i la suite dés barbés bien faies. J'étais stupéfait de celle promptitude ; puis je ne m'étais jamais vu ainsi, el j'avais quelque peine à me reconnaître. Je cherchai, àii dessus de la bosse de la lin osophie . la mèche par laquelle l'auge Gabriel enlève les musulmans1 au ciel, elle n'y était même pas. Je crus que j'avais le droit de la réclamer; mais, au premier mol que j'en dis , le barbier me répondit que ' i l ornement n'était adopté que par une sécté dissidente, peu vénérée parmi les autres a cause de l'irrégularité de ses moeurs, Je l'arrêtai au milieu de si phrase en I assurant que j'avais à cœur de n'appartenir qu'à une secte parfaitement pure, attendu que niés moeurs avalent ioujditis éié, en Europe, l'objet de l'admiration générale. Ce point accordé, je passai sans regret entre les mains du tailleur, qui commença par mettre sur ma lêle rase une calotte blanche, sur cette calolle blanche un (arboiich roi gfe, cl sur le tarbouch un chile roulé, qui me transformait presqde en vrai croyant. On me passa ensuite nia robe cl mon abbaye'; la taille, comme la ii te, fui eri-éfe ;>wf un cllalë. el dans ce châle, auquel je

m pendis (1ère ht un sabre, je passai un poignard, des

crayons, dii papier él de la me de psilii. Dans cet accoutfëiii. m, qui ue me taisait pas un pli sur le corps, mou tailleur ira que je pouvais me présenter p. ut. un Je d'en Ils aucun ;. [j|c , i atlJ Hili ■ je avi c la plus grande impatience, el Comme un acteur qui \a entier dn i ne, qud le h.,.,. ii iç imcut, (Je toes compagnons ftll o|)éré. Il leur fallut, ii leiii lour, subir sous nies yeux l'opéra Mie J'avais subie sous les leurs; cl décidément, ce nélall point ellcorô tridi qui avais la plus urolé dé li te Enllri, la toiletté achevée, nous

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descendîmes l'escalier, nous franchîmes le seuil de la porie cl nous débutâmes.

J'étais assez embarrassé, de ma personne : mon front était alourdi par mon turban; les plis de ma robe et de mon manteau embarrassaient ma marche ; mes babouches et mes pieds, encore mal habitués l'un à l'autre, éprouvaient de fréquentes solutions de continuité. Mohammed marchait sur nos flancs, marquant le pas avec les mois : Doucement, doucement. Enfin lorsque la pétulance française fut un peu calmée, qu un peu plus de lenteur cadencée nous eut permis d'observer le balancement du corps nécessaire pour donner la grâce arabe à notre allure, tout alla pour le mieux. En somme, ce costume, parfaitement approprié au climat, est infiniment plus commode que le noue, en ce qu'il ne serre que la* laille et laisse tomes les articulations parfaitement libres. Quant au turban il forme autour de la tête une espèce de muraille a l'aide de laquelle celle ci transpire à son aise, sans que le reste du corps ail à s'en inquiéter , ce qui ne laisse pas que d'être fort satisfaisant.

Une demi-heure passée à nous mahométaniser, nous commençâmes nos investigations Notre première visite fui pour le palais du pacha ; le chemin qui y conduit aait rempli de fragmens d'un goût exquis, à la contemplation desquels il fallait que Mohammed nous arrachât a toute minute. P.ien ne peut donner une idée de la finesse et de l'ingéniosité de l'ornemenlatinn arabe ; c'est qu'aussi partout le Caire est grand par ses détails comme par sou ensemble, lorsqu'il laisse seulement apercevoir le bout d'une rue ou le coin dune mosquée, comme lorsqu'il découvre dans une vue générale ses trois cents madenehs, ses soixante-douze portes, sa ceinture de mm ailles, ses tombeaux des califes, ses pyramides, son Nil et son désert.

Nous iraversaines rapidement des bazars somptueux et des rues couvertes de lentes ; puis nous arrivâmes a la mosquée géante du sultan Hassan, séparée par une place de la citadelle, vers la,uelie est tournée sa principale façade. Nous prîmes le chemin escarpé qui conduit au Divan de Joseph, près duquel était un fameux puits que monsieur Taylor nous avait désigné. C'est un edilice quadrangula'ne destiné a fournir de l'eau à la citadelle, et dont la profondeur est, dit-on, égale à celle du lleuve : il est creuse dans le roc, et l'on y descend par des demies, qu éclairent d'abord des jours ménagés dans la cage du milieu; mais, arrivé U une certaine profondeur, il est indispensable d'allumer des flambeaux.

Quant a la mosquée connue sous le nom du Divan de Joseph, elle est soutenue sur des colonnes monolithes d'un marbre admirable, qui supportent au-dessus de leurs chapiteaux corinthiens des arcs un peu rentrans, dont le contour est orné de lettres arabes indiquant des versets particuliers du Coran. En continuant de gravir, on arrive a la plate-forme; c'est sur ce point culminant (pie s'eléve le palais du pacha, amas de pierres, de colonnes en bois et de peintures italienne» d'un goût détestable; le tout fort mal approprié aux exigences du 'limai.

<:,■ fol Caraooush, capitaine el premier ministre de Sallak- Ivldiu, qui) comme nous l'avons dit lit bâtir lu citadelle, creuser le puits et tracer les murall es de la nouvelle rille;

un souvenir est-il des plus populaires, cl, cuinine il

, ,,,ii | ,«-i 1 1 el bossu, an dâ sou nom a une espéra polichinelle, qui jouit de la plus grande liberté dans les rues

du G tire, ou il dél en geste el ea paroles les obscénités

les plus prodigieuses, La célébrité de leur nom a valu chez nous quelque chose de pareil a messieurs deJtarlborDugn et

de La l'.dlsse.

Nous étions accompagnés dans notre excursion par monsieur Msara, Interprète du consulat, ancien drdgman des mamelon ks de la /aide, que nous avions, eu arrivant, trouvé

eiMi.h : re notai; il joignait a celle antique recommandation une industrie nouvelle, cel e du commerce des antiquités . il possédait, en oiilre. une loule d'anecdotes qui le rendre i t li erone des plus Intératsans. Ge fui lui qui nous

expliqua le magnifique panorama que nous avloi i BOUS les yeux du point élevé où nous étions parvenus. La citadelle domine tout ie Caire. Eu lo rnanl la laceâ

l'orient et le dos au fleuve, on a à sa droite le midi, à sa gauche le nord, et l'on embrasse un demi-cercle immense ; sur les ailes , à nos pieds, s'élevaient les tonv eaux des califes, ville morte, silencieuse et inhabitée, mais debout comme une ville vivante : c'est la Nécropolis des géans Chaque sépulcre est grand comme une mosquée, et chaque monument a son gardien, muet comme le sépulcre. Nous irons la visiter plus lard avec, des flambeaux, évoquer ses spectres eteffra'yer ses oiseaux de. proie, qui, tout le jour, se. tiennent sur les flèches qui la surmontent, et la nuit rentrent dar.s les tombeaux, comme pour dire aux âmes des califes que e'esj à leur tour de sortir. Derrière celte ville monumentale et mortuaire passe la chaîne du Mocatlan , rocher à pic et aride, qui renvoie jusqu'au Caire les rayons ardens du soleil.

En faisant volte-face, on a sous ses pieds la ville vivante au lieu de la ville morte , en plongeant dans les rues emmêlées et tortueuses, au fond desquelles on voit circuler leuiement et gravement quelques Arabes a pied, vêtus de leur magnifique msallah, ou quelques Turs à âne; puis des eneon.bieniens d'où parteni des cris de chameaux et de marchands, et qui sont des bazars; un loit de coupoles qui semblent des boucliers de géans, une forél de madenehs pareils à des mâts ou a des palmiers, à gauche, le Vieux Caire ou la tente de Tavloun ; à droite Boulaeq. le déserl, Heliopolis; en lace, au delà de la ville, le Nil avec, son de de Boudai), et sur son autre rive le champ de bataille d'Embahch; au delà, le désert ; au sud ouest Gyzeh, lesphinx, les pyramides, une forêt d palmiers immenses, où dert le colosse et où fut Memphis; au-dessus ->e leurs cimes, des pyramides encore; puis le désert, le désert a tousses bornons: un océan de sable, immense comme l'océan véritable, avec son flux e! son reflux; ses raravan- s qui le fendent comme des flattes; ses dromadaires qui le sillonnent comme des barques; son simoun qui l'agile comme un ouragan.

C'est sur la plate-forme où nous étions que le pacha (lEuyp'elil mitrailler, en 1818. je crois, loule celle vieille milice de mamelouks qu'il avait l'ail appeler cornue pour une fêle : elle était venue, ainsi que d'habitude, revêtue de ses plus beaux costumes, armée de ses plus belles armes, portant avec elle toutes ses richesses, A. un signal donni par le pacha, la mort éclata de tous cotes; les bouches des canons croisèrent leur flamme et leur fer, et chevaux el hommes roulèrent dans le sang. Alors loule cette Iroupe éperdue se dispersa, heurtant du front les murailles avec des cris mgen es île vengeance el de fureur, se mêlant en tourbillons, se divisant en groupes, s'eparpillanl comme les feuilles que le vent chasseuse réunissant tout à coup et revenant dans un dernier effort briser le poitrail de ses chevaux aux embouchures grondantes des canons; puis reparlant pareils à des volées d'oiseaux effarouchés poursuivis dans leur course par la pluie de bronze qui les suivait. Plusieurs alors se précipitèrent du sommet de la citadelle, el s'ahiuièrcnt eux et jeurs montures 1 cependant, parmi ceux-ci, deux se relevèrent ; chevaux et cavaliers, étourdis, frémirent un instant connue des Statues équestres donl un tremblement de terre gecoue la base; puis les deux cavaliers et les deux chevaux repartirent avec la rapidité de l'éclair, traversèrent la porte de la vile, qui n'élait pas fermée et se trouvèrent hors du Caire. Us se dirigèrent aussitôt vêts la ville des califes, traversèrent 14 cite silencieuse, qui retentit comme une calu- (oiilbe, puis arrivèrent au pied de la chaine du îMocallan, au moment OÙ une troupe de cavalerie de la garde du pacha soitail de la ville pour les poursuivre; l'un prit le chemin

é i.i-Aiirb. l'autre s'eBfbnça dans la montagne: l'escorte se

partagea el les poursuivit.

Ce l'ut quelque chose de merveilleux que cette course de. vie et de mort el que ces chevaUJ du désert lâchés h travers

la montagne, bondissant par-dessus les rochers, franchissant les loiTcns. côtoyant les précipices, Trois lois le cheval d'un des mamelouks tomba, a boni de son haleine cl presque I 11 I n dÈ : a vie ; trois lois, en eulendanl le galap qui p. poursuivait, il se releva et reprit sa course: enfin il

S'abattit pour ne plus se relever. I nomme abus donna un

ioui bani exemple de réciproque fid< lité ; au lieu de se laisser

glisser de quelque rocher dans quelque gorge et de gagner des pics inaccessibles aux chevaux, il s'assit auprès de son cour ier, la bride au bras, et il aiiendit ; alors les soldats le tuèrent sans qu'il proférât une plainte, sans qu'il poussât un soupir. Quanta l'autre mamelouck, plus heureux que son camarade, il traversa El-Arich, gagna le disert, et devint gouverneur de Jérusalem, où nous l'avons vu, seul et dernier débris de ce corps redoutable qui, trente ans auparavant, rivalisait de courage avec l'élite de noire jeune armée.

Ce que nous remarquâmes surtout dans cette première course, c'est la quantité d'oreilles et de nez qui manquaient aux visages que nous rencontrions, et qui donnaient aux braves gens mutilés de cetie façon l'aspect le plus fantastique. J'interrogeai Mohammed sur cet étrange phénomène; il me répondit que ces honorables invalides étaient tout bonnement des pratiques du tribunal correctionnel du Caire. Cela demandait une explication : monsieur Msara, toujours officieux et causeur, nous la donna à l'instant.

Au Caire, pays primitif et qui n'a pas encore eu le temps d'arriver à notre civilisation, il n'y a pas une armée de mouchards pour surveiller l'armée des voleurs; d'ailleurs les plus minutieuses recherches, la surveillance la plus exacte, seraient facilement déçues. Le surveillé franchit les murs du Caire, et il est dans le désert. Or la justice a horreur du sable comme de l'eau ; toute mer l'épouvante : il fallait remédier ù cet inconvénient. Les cadis, que cela regardait particulièrement, cherchèrent dans leur tête et trouvèrent un moyen ingénieux de distinguer les voleurs des honnêtes gens.

Quand un vol a été commis et que le voleur est pris, ce qui arrive quelquefois, le cadi fait venir l'accusé, l'interroge, dresse sa procédure, et quand sa conviction est établie, ce qui est vile fait, il prend d'une main l'oreille du voleur, de l'autre un rasoir, et passe adroitement l'instrument entre sa main et la tde du prévenu ; assez habituellement le résultat de celle nianœu\re est, que le morceau lui reste entre les doigts, et que le prévenu s'en va délerré d'une oreille.

On comprend combien un pareil procède simplifie l'action de la police Si un voleur déjà repris de justice commet un second vol, il n'y a pas de dénégation possible, à moins que l'oreille n'ait repoussé, ce qui est rare; alors on coupe l'autre, en vertu de cei axiome de droit: Aon bis in idem. Si le voleur est incorrigible et qu'il retombe une troisième lois dans la même faute, le cadi s'en prend alors au milieu du visage et coupe le nez comme il a coupé les oreilles: c'esj alors aux bourgeois du Caire de se tenir pour avertis quand ils voient s'approcher d'eux une tète qui manque de quelques-uns de ses accessoires; car les propriétaires ont le ridicule de tant les regretter, qu'ils les cherchent dans toutes les poches qu'ils trouvent sur leur route. Au reste, si vous sentez au Caire une main uans votre poche, lirez votre poignard, coupez-la et allez vous-en avec; s'il > a des bagues aux doigts, tai'i mieux pour vous : vous pouvez être tranquille, le propiiétairene la réclamera pas.

Monsieur Msara finissait de nous donner celle explication, lorsque nous vîmes le cadi en exercice. Le cadi -oit le malin, sans prévenir où il doit se rendre; il prend son vol à travers la ville, et, suivi de ses exécuteurs, s'abat sur le premier bazar qu'il rencontre : la, il s'assied au hasard dans une boutique, véritte les pools, les mesures et les marchandises, écoute la clameur publique, Interroge le marchand pi is eu contravention ; puis sans avocat, sans juge et surtout suis relard, prononce l'arrêt, applique le ehâtiment, et se remet en quête d un nouveau délinquant. Les peines changent alors de caractère : on ne peut pas, maigre la ressemblance, irai. 1er les marchands comme les voleurs, cela eu. rait la confiance au commerce: aussi les condamnations sont elles ordinairement, les plus douces, la confiscation ; les modi la fermeture des boutiques ; el le - Bévéres l'exposition. Cette exposition se r>ll d'une manière toute particulière: on adosse le patient contre sa boutique, on lui fait lever les talons de manière que tout le poids de son corps porte sur la p . i des pieds, puis on lui clo ic l'orcl le contre s.i porte ou contre sou volet, ce i|ui lui donne l'air de faire des poin-

tes à la manière d'EIssler ou de la Brugnoli ; ce supplice ingénieux dure deux, quatre ou six heures. Il est inutile de dire que le patient peut l'abréger en pratiquant une déchirure, mais cela arrive rarement; les marchands turcs tiennent à leur honneur, et pour rien au monde ils ne voudraient ressembler a un voleur par l'absence du plus petit morceau d'oreille.

Je m'arrêtai devant un de ces malheureux qui venait d'être cloué à l'instant même; j'allais m 'apitoyer sur son sort, lorsque Mohammed me dit que c'était un habitué, el que si je regardais ses oreilles de près, je les trouverais comme des écumoires. Cela changea complètement mes dispositions â son ég^rd ; il en avait encore pour sept quarts d heure : c'était beaucoup plus qu'il ne m'en fallait pour faire son portrait. J'invitai le reste de la société à continuer son chemin accompagnée de monsieur Msara, et à me laisser Mohammed, avec qui je me tirerais d'affaire; mais mon fidèle Mayer ne voulut pas m'abandonner. Nous restâmes donc tous les trois : les autres continuèrent leur route.

Le tableau était tout composé. Le boulanger, cloué par l'oreille, se tenait debout, raide et tout d'une pièce, sur l'extrémité des gros orteils, et près de lui, assis sur le seuil, le garde chargé de l'exécution fumait une chibouque dont la charge paraissait avoir été calculée sur le temps du supplice. Autour des deux personnages, un demi-cercle de curieux s'élargissait ou se rétrécissait, selon que de nouveaux venus arrivaient, ou que d'anciens arrivés s'en allaient. Nous primes place sur une des ailes, et je commençai mon travail.

Au bout de dix minutes, le boulanger, voyant qu'il n'y avait aucune pitié â attendre du public, parmi lequel d'ailleurs il reconnaissait peut-être quelques-unes de ses pratiques, se hasarda d'adresser la parole a son gardien :

— Frère, lui dit-il, une loi de notre saint prophète est que les hommes doivent s'entr'aider.

Le gardien ne parut avoir rien ù objecter contre ce précepte, et continua tranquillement de fumer sa pipe.

— Frère, reprit le patient, m'as-tu entendu'

Le gardien ne donna d'autre signe d'adhésion qu'une large bouffée de fumée qui monta au nez de son voisin.

— Frère, ajouta celui-ci, l'un de nous deux pour rail aider l'autre et êire agréable à Mahomet.

Les bouffées de fumée se succédaient avec une régularité dé-espéraute pour le m lheureux qui demandait autre chose.

— Frère, continua t-il d'une voix dolente, mets une pierre sous mes talons et je le donnerai une piastre, — silence ahsolu, — deux piastres, — pause, — trois piastres, — fumée, — quatre piastres.

— Dix piastres (l),dit le gardien.

L'oreille et la bourse du boulanger se livrèrent un combat qui se refléta sur sa physionomie', enfin la uouleur l'emporta, et les dix piastres tombèrent aux pieds du gardien, qui les ramassa, les compta les unes après les autres, les mit dans sa bourse, posa sa chibouque contre le mur, se leva, alla chercher un caillou gros comme un œuf de mésange, et le plaça délicatement sous les pieds de son voisin.

— Frère, dit le patient, je ne sens rien sous mes pieds.

— Il y a cependant une pi rre, dit le gardien en reprenant sa place et sa chibouque et en se mettants fumer; seulement je l'ai choisie proportionnée à la somme. Donne-moi un taiari (cinq trancs), et je le mettrai sous les pieds une pierre si belle et si bien appropriée à ta situation que lu regretteras dans le. paradis la place que tu avais a la porte de la boutique.

Le résultat de tout cela fut que le gardien eut ses cinq lianes et le boulanger sa pierre. Je ne sais pas, au reste, comment la séance se termina, mou dessein ayant clé achevé au boni d'une demi heure.

Comme la chaleur commençai I à étrefailganle, et que notre tournée était loin d'être achevée, Mohammed lit un signe,

et deux ânes inagnitiquenieul caparaçonnes nous furent amenés. C'étaient bien les bêtes les plus pétulantes que nous

(i) Il en) bien entendu que Is piastre dont nous parlon» est toujours la piastre égyptienne, qui \ uni o ou 7 bob de France.

IMPRESSIONS DE VOYAGE. — QUINZE JOURS AU SINAI

eussions encore rencontrées; mais nous sortions pour dessiner et non pour gagner le prix de Chantilly. Nous les forçâmes donc de marcher à notre allure, ce qui ne fut pas chose facile, surtout pour Mayer, qui, en sa qualité d'officier de marine, n'avait pas le moindre, gofït pour l'équitation. Mohammed nous assura qu'avant l'arrivée des Français au Caire jamais on n'avait vu un Ane galoper ; mais les pacifiques quadrupèdes n'eurent pas plutôt tàté des moyens ingénieux qu'employaient les nouveaux venus, tels que la pointe de la baïonnette ou les mèches d'amadou allumées sous la queue, qu'ils adoptèrent ce galop éternel qui s'est perpétué de génération en génération. Cependant Mohammed prétendait qu'en général ils avaient l'intelligence de sentir ù quelle race appartenait leur cavalier. En effet, j'ai vu des animaux, que je reconnaissais pour avoir eu toutes les peines du monde à les dompter la veille, marcher tranquillement sous la conduite d'un grave Turc, ou trotter convenablement entre les jambes d'un marchand cophte; quant à ceux que j'ai vus à la solde des voyageurs français, c'étaient toujours de véritables Buc^phales.

Nous visitâmes successivement plusieurs bazars: chaque bazar est presque toujours affecté à un seul genre de marchandises, comme chaque commerçant à un seul genre de commerce, et chaque esclave à un seul genre de service. Nous commençâmes par le bazar des comestibles : il y avait d'abord, et surtout, du riz, qui est la denrée la plus facile à transporter et la principale nourriture de la population ; puis de la pâte d'abricot roulée comme des tapis, et dont chaque pièce avait de vingt-cinq ù trente pieds de longueur sur trois ou quatre de large; cette pâle se vend à l'aune, ce qui dérange un peu les idées de confitures que nous avons en Occident ; puis des dattes choisies, puis des dattes trop mûres et des dattes trop vertes, pilées ensemble et agglomérées en cube* qui pèsent de cent à cent cinquante livres : c'est, avec le riz. la principale nourriture du peuple; seulement l'un est considéré comme dîner et l'autre comme dessert : celte paie, au reste, lui esi vendue a vil prix.

Les bazars de costumes sonl riches . les châles des Indes y sont en grande quantité; leur prix m'a paru colé à peu près â la moitié de ce qu'ils coulent en France. Le bazar des armes est somptueux ; les armes blanches surtout sont magnifiques, mais rares cl recherchées Presque jamais on n'y trouve ni poignards ni sabres tout munies; il faut acheter la lame, la faire emmancher chez un arinuner. la porter ensuite chez le vainier pour qu'il y fasse un fourreau, puis chez l'argentier pnur qu'il la garnisse, puis chez le passementier pour qu'il y suspende les cordons, puis enfin chez le vérificateur pour qu'il y applique le poinçon. Quelques lames sont d'un prix exorbitant; elles valent jusqu'à 2,000,2,300 et 5,000 francs.

Pour faciliter les achats, les Juifs parcourent les bazars, et proposent de changer l'or et l'argent, ou de prêter des fonds aux personnes connues qui auraient besoin d'une somme plus forte que pelle qu'elles auraient apportée : on les reconnaît, au premier coup d'ieil, a lems costumes noirs, les lois soinpiuaircs du Caire leur interdisant toute autre couleur.

Pour terminer la journée, nous allâmes au bazar des femmes Le bâtiment qui les renferme est divisé en misérables cours carrées, contre les murs desquelles sont appliquées des cages ; au milieu de chaque cour passe une cloison qui la sépare en deux le premier élage est occupé par des appartenions un peu plus confortables réservés aux esclaves de prix.

NOUS entrâmes dans les cours, et nous trouvâmes la marchandise que nous voulions visiier parfaitement nue, afin que nous pussions d'abord apprécier sa qualité, puis ensuite assortie par couleur, par nation et par âge; il y avait des Juives aux traits graves, au nez droit, aux yeux longs et noirs; des Arabes à la teinte basanée, avec des anneaux d'oraux jambes et aux bras; des Nubiennes avec leurs cheveux nattes en tresses, d'une finesse extrême et qui se partagent sur le milieu de le tôle pour retomber a droite et a gauche. Parmi celles-ci, qui toutes étaient noires, il y avait

OEUV. COVU>L. — X.

cependant deux classes et deux tarifs! c'est que quelquesunes appartenaient à une race qui a le privilège, quelle que soit la chaleur, de conserver une peau froide comme celle d'une couleuvre, ce qui est d'un prix inappréciable pour le maître, dans ce climat ardent, où tout ce qui respire passe dix heures par jour â chercher la fraîcheur. Enfin il y avait de jeunes Grecques, enlevées à Scio, à Naxos et à Milo, et parmi celles-ci une jeune enfant ravissante de grâce et de beauté, dont je demandai le prix, et que l'on me fit trois cents francs.

Toutes ces esclaves sont toujours joyeuses en apparence, car, horriblement nourries par leurs marchands, battues à la moindre faute qu'elles commettent, ou plutôt au moindre caprice de leurs maîtres, aucune condition n'est pire pour elles que celle de rester en magasin. Aussi n'y a-l-il pas de mines, de sourires, de promesses muettes et lascives que ces malheureuses ne fassent aux acheteurs qui les visitent. Les marchands les traitent absolument comme du bétail ; il n'y a pas de cheval au maiché sur lequel la curiosité de l'amateur puisse s'exercer d'une manière plus naïve et plus étendue que sur ces malheureuses créatures. Au reste, sous ce climat de feu, une femme n'est plus jeune à vingt ans.

Dans ces derniers bazars on retrouve encore les Juifs ; mais là ils vendent des costumes. Comme la livraison se fait au moment même de l'achat, et que la marchandise est complètement nue, l'acheteur ne peut l'emmener sans la revêtir au moins d'une couverture.

Il y a aux environs de chaque bazar de magnifiques fontaines : ce sont de beaux et somptueux monumens presque toujours isolés, et dont un grillage en bronze ferme les couvertures. A chaque fenêtre un bol en cuivre est suspendu par une chaîne; on passe le bras à travers le grillage, on puise de l'eau, on boit, et on laisse retomber le bol, qu'attend presque toujours une autre bouche altérée. Il y a éternellement, près de chaque fontaine, une douzaine d'Arabes assis : ils tournent autour du monument avec le soleil ; de sorte qu'ils ont toujours les deux choses les plus précieuses dans ce climat, de l'eau et de l'ombre.

Nous sortions du bazar si préoccupés de ce que nous venions de voir, que nous laissions nos ânes maîtres de nous conduire, lorsque nous nous trouvâmes, en prenant une rue qui conduisait au quartier franc, marcher au devant d'une troupe de femmes qui allait au bain; elles étaient tomes montées sur des mub s, couvertes de manies de soie blanche, et s'avançaient conduites par un eunuque aux armes du pacha. Chacun se rangeait sur le chen in qu'elles allaient parcourir, les hommes se jetant le visage contre terre, ou se collant la figure le long des murailles, de sorte qu il n'y avait que Mayer et moi au milieu de la rue. Mohammed, qui vit le danger, saisit aussitôt mon âne pari- licol, et le tira dans un rentrant de maison, criant à Mayer:— A gauche 1 à gauche I seigneur Français! ù gauche I Mais le conseil, à ce qu'il parait, était plus facile a donner qu'à suivre] Mayer, en sa qualité de marin, n'entendait (pie lorsqu'on lui parlait p r tribord et bâbord : aussi, de peur de commettre une lauic, tira -t il les deux côiés de la bride en même temps ; de sorte que son âne s'arrêta court, comme celui de Balaam. En rc moment il se trouvait face à lace avec l'eunuque; celui-ci, habitué à écarter tous les obstai les d'un signe, leva son bâton et en frappa la léle de l'âne. L'âne se cabra, Mayer perdit les arçons, et manqua tomber ; mais, se rattrapant moitié au pommeau de la selle, moitié au cou de la bête, il répit son aplomb et, marchant à son tour ù l'eunuque, qui ne pensait à rien, il retendit à terre du plus beau coup de poing que jamais face d'eunuque ait reçu : puis, eu véritable Pari sien, il lira sa carte, qu'il avait fait passer de la poche do son gilet dans celle de son abbaye ; afin que si l'eunuque n'était pas content, il sût où le trouver. Mais celui-ci, effrayé d'un traitement auquel il était si peu habitué, se releva sur les deux genoux ; cl voyant que Mayer lui présentait un papier, il le baisa humblement. Mayer, satisfait de cette démonstration, opéia enfin la manœuvre indiquée par Mohammed, cl, prenant a gauche, vint nous rejoindre, tandis que

IS

ŒUVRES COMPLETES D'ALEXANDRE DUMAS

]e cortège, un inslant arrêté, continuait sa route vers le bain.

A peine Mayer nous eut-il rejoints, que Mohammed, sans dire un seul mot, saisit de chaque main la bride de nos ânes, et, prenant le galop, nous entraîna dans un millier de petites rues au bout desquelles nous entrâmes toujours courant dans la cour du consulat de, France. La nous demandâmes enfin a notre interprète la raison de cette eomse muette et forcenée; mais il ne nous répondit pas autre chose que ces mots : Dis au consul dis au consul.

En effet, c'était le plus court pour savoir à quoi nous en unir; nous moulâmes chez le vice consul pour lui dire ce qui s'était passé; il nous écouta avec terreur, puis, le récit achevé :

— Allons, dit il, tout a fini pour le mieux; mais si l'eunuque vous avait l'ait poignarder sur la place, je n'aurais pas même osé redemander vos cadavres.

Ce qui nous avait sauvés, c'est que l'imbécile, en se sentant châtié de la sorte, avait pensé que nous ne pouvions être que deux grands personnages; et avait pris la carte de Mayer pour notre lirman.

Nous restâmes cachés au consulat jusqu'au soir, et, lorsque la nuit fut venue, on nous lit directement reconduire à notre quartier.

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