MOURAD. — LES PYRAMIDES
Le i" juillet 1798, Bonaparte touclia la terre d'Egypte1, près du fort du Marabout, à quelque distance (l'Alexandrie
Voici quoi elail l'eiat politique de l'Egypte lorsqu 'arriva cet événement. Ce court exposé nous amènera naturellement aux causes de l'expédition, dont il est indispensable que nous rapportions les principaux événemens, tant ils ont laissé de traces dans les lieux que nous allons parcourir:
La Porte n'avait plus qu'une autorité fictive en Egypte ; son pacha. Seid-Ahou-lïeker. était plutôt captif dans la citadelle du Caire que commandant de la ville; la puissance réelle était aux deux beys Mourad et Ibrahim, le premier; omir-elhadj, ou prince des pèlerins; le second, cheik-el-belad, ou prince du pays.
Il y avait vingt-huit ans (pie ces deux hommes, si opposés l'Oii a l'autre, se partageaient l'Egypte, connue un lion et comme un ligre se partagent une proie : — comme un lion et c intme un tigre, l'un enlevait bien par force et l'autre par
i i e qui 'Ique lambeau de ce iblie pays ii son allie, mais pimais la querelle n'était longue. > u\ ru iv-emons île joie (pic pOUSSàlëllt les autres hovs li nriOtitS de leurs dlSBeilâiO s. ils
revenaient a leurs Intérêts véritables, ci faisaient face ensemble au danger eoi n. i i e fols Hs avaleni essayé, — eë
conseil politique avait étedotitié par liualiim. - dese faite
i laitre par la Porte ottbmane, et par conséquent ils
avaient député un de leurs ildêles au grand-sBigiteo dés i lr vaux, des armes el des étoffes, en signe de tribut »o- • lions, voyant qu ou avait donné 9 leur agent le litre de » <•/. ' <■/ . c'ést-à dire & ■ lieutenant du suit, m en Egypte, si ■ son retour, leur avant raconté les offre." qui lui 1 1 i pour les espionner , Ils craignirent qu'un auiie envoyé moins loyal ne leur rapporiai un |our, en m hange de i pn en -. quelqi id quel-
que poison subtil • ils cessérddl donc do ménager la Porte, et le premier: ne d'indépendance qu'Us donnèrent fui de ne plus lui nnovrr de tribut. Dés lors il yeul entre cet deux hommes un pacte de rapl t de in que pion ne fui plu
eapab'e de rompre. 1. i.ililiu. par rsil Ol
i,oiiieusi-s. Mourad, par 6es expéd nid jour ol Bes
Violences publiques, 11 dur : llirabi'ii, pour « n -
tasser son butin dans ses caves; Mourad, pour le jeter à poignées à ses mamelouks, pour couvrir ses femmes de perles, ses chevaux de broderies et ses armes de diamans. Maîtres de l'Egypte, ces deux hommes l'affamaient à leur gré ; puis ils ouvraient aux bazars leurs magasins qui regorgeaient de riz el de maïs. Ces extorsions amenèrent des révoltes, et les révoltes des contributions; c'était toujours ce que voulaient Mourad et Ihrahim. et ces contributions, réparties avec un sentiment de justice tout arabe, tombèrent également sur les Egyptiens et les étrangers. Les négocians français furent taxés; le consul se plaignit au directoire, et le directoire prit prétexte de cette plainte pour envoyer une armée française en Egypte : celte armée venait ostensiblement pour venger les avanies faites a la nation, et réellement pour ruiner le commerce de Londres avec. Alexandrie, et mettre une garde a Suez, que Bonaparte avait déjà désigné comme le futur relais de l'Inde.
Quand les deux hommes extraordinaires qui commandaient au Caire apprirent le débarquement de l'armée française à Alexandrie, leur double caractère, comme toujours, se révéla à cette nouvelle : Ibrahim éclata en reproches contre Mourad, qu'il accusa d'avoir attiré ces éirangers; Mourad sauta sur son cheval de bataille parcourant les rues du ' aire avec ses mamelouks, ordonna lui-même aux muezzins d'annoncer la nouvelle, et dit « que c'était bien, et que s'il avait attiré les Français en figypte, il saurait les en chasser. »
fiés lors, pour Mourad, il n'y eut plus ni repos ni trêve; celte belle organisaiion sauvage s'exalta, et il marcha, avec ce qu'il put ramasser à la hâte de mamelouks, au-devant de ces nouveaux venus, dont on disait tant de merveilles - une flottille de djermes, de cangés, de chaloupes-canonnières, descendait le Nil en même temps que lui; quanta Ibrahim, il resta au Caire pour emprisonner les négocians français et piller leurs magasins.
Ce fut à Rhamanieh que Bonaparte apprit que les mamelouks s'avançaient à sa rencontre. Le général Desaix qui, depuis Alexandrie, formait I avant-garde, écrivait, le 14, du village de Miuieli Salamé, qu'un détachement de douze à quatorze cents chevaux manœuvrait a trois lieues de distance, et que cent cinquante mamelouks s'étaient présentés le matin aux avant-postes. Bonaparte avait pris le chemin que nous avions suivi Bdus-mêflieS; accompagné comme Mourad «l'une flottille qui remontait le fleuve, et que lui amenait de lînselte leelief de division Perréc : c'était le chemin le plus difficile et le plus dangereux, mais c'était le plus court; Bonaparte l'avait choisi. Mourad, de son coté, lui avait épargné la moitié de la route par (erre et par eau eu lui envoyant son avantgarde : les premières troupes de l'Orient et de l'Occident se trouvaient eu face.
Le choc fut rude : djermes. cangés et chaloupes se heurtèrent proue à proue, lianes a lianes; mamelouks el Fiançais se joignirent a la pointe de la baïonnette,' au tranebant da sabre Cette milice, couverte d'or, rapide comme le veut, dévoiantr eoinnie la flamme, chargeait jusque sur nos carrés, dont elle hachait les canons de fns'ls avec ses sabres de Damas; puis, lorsque le feu partait de ces carrés comme d'un volcan, elle se déroulait pareille a une écharpe d'acier, d'or et de soie, visitait au galop lousces angles de fer, donl chaque face lui envoyait sa volée, el. lorsqu'elle voyait loule brèche impossible, elle fuyait .enfin comme une longue ligne d'oiseaux effarouchés, laissant autour de nos bataillons une i eiolure, mouvante encore, d'hommes el île chevaux mutiles,
et elle allait se reformer plus loin 'pdqr revenir tenter une nouvelle charge, Inutile el meurtrière comme l'anjre.
Au milieu de la journée ils se lallirrcnl une lois encore ;
mais, ail H le reveiiirsnr nous, ils prirent la roule du dé
sert el disparurent a l'horizon dans un tourbillon de sabla; ils allaient porter a Mourad la nouvelle de sa première defaite.
Cal engagement avait eu lieu juste 6 l'endroit du Nil où ndus avions rencontré les bas-fonds.
i e fui a Gyzeh que Mourad apprit l'éohea de Cbebreisst il
i lait doue bien viai. les chiens d'inlidrlrs | t;iienl en chaso du liOlt I Le même jour, de. DlfiSMgeri lurent envoyés au
IMPRESSIONS DE VOTAGB. — QUINZE JOURS AU SINAI
Sa id , au Fayoiliii, au désert, partout : boy-, clieiks, mamelouks, tout était convoqué contre l'ennemi commun, chacun devait venir avec son cheval et ses armes. Trois jours après, Mourad avait autour de lui six mille cavaliers.
Toute cette troupe, accourue au cri de guerre, vint camper en désordre sur la rive du Nil, en vue du Caire et des pyramides, entre le village d'Embabeh, où elle appuyait sa droite, et Gyzeh, la résidence favorite de Motirad, où elle étendait sa gauche. Quant à celui-ci, il avait fait planter sa tente auprès d'un sycomore gigantesque, dont l'ombre couvrait cinquante cavaliers. C'est dans cette position, qu'après avoir mis un peu d'ordre dans sa milice, il attendit l'armée française avec la même impatience qu'elle avait de le joindre.
Quant à Ibrahim, il avait rassemblé ses femmes, ses trésors, ses chevaux, et se tenait prêt à fuir dans la Haute- Égypte.
De son côté, Bonaparte fut informé au village d'Omedinar que les mamelouks l'attendaient en face du Caire. La ville était le prix de la bataille. Il fit visiter les armes.
Le 23, au lever du jour, Desaix, qui marchait toujours à l'avant-garde, aperçut un parti de cinq cents mamelouks envoyés en reconnaissance, et qui se replièrent sans cesser d'être en vue. A quatre heures du matin, Mourad entendit de grandes acclamations ; c'était l'armée tout entière qui saluait les pyramides.
A six heures, les deux armées se trouvèrent en présence.
Que l'on se figure le champ de bataille : c'était le même que Cambyse, l'autre conquérant; qui venait de l'autre bout du monde, avait choisi pour écraser les Égyptiens. Deux mille quatre cents ans s'étaient écoulés ; le Nil, les pyramides étaient toujours : là seulement le sphinx de granit, que les Perses mutilèrent au visage, n'avait plus que sa tête gigantesque hors du sable. Le colosse dont parle Hérodote était couche. Mempbis avait disparu, le Caire avait surgi. Tous ces souvenirs distincts et présens à l'esprit des chefs français planaient vaguement au-dessus de la tète des soldats, comme ces oiseaux inconnus qui passaient autrefois au-dessus des batailles et présageaient la victoire.
Quant à l'emplacement, c'est une vaste plaine sablée, comme il en faut à des manœuvres de cavalerie. Un village, nommé Cekir, s'élève au milieu, un petit ruisseau la limite un peu en avant de Gy.eh. Mourad et toute sa cavalerie étaient adossés au Nil, ayant le Caire derrière eux.
Bonaparte voulait non-seulement vaincre les mamelouks, mais encore lés exterminer. I! développa son armée en demicercle, formant de chaque division des cârreâ gigantesques au centre desquels' était placée l'artillerie. Desaix, toujours habitué à marcher en avant, commandait le premier carré, plan' entre Embabeh et Gyzeh ; puis venaient la division Régnier, ia division K. élief, commandée par Diigua; puis la division Menuu, commandée par \ ial ; enfin, formant l'extrême gaiichè, appuyée au Nil et la plus rapprochée d'Embabeh, la division du général Bon.
Tous ces carrés devaient se mettre éri mouvement, marcher en se ra|>|>r<>< 'liant sur Einbabeh, et, Villages, chevaux, mamelouks, retraneliemens, tout jeter dans le Nil.
Mais Mourad 11'elail pas humilie à attendre derrière quel- (lues bulles île sable. A peine les carrés eurriil-ils pris p'ai t\ 1 1 il*- les mamelouks sortirent de leurs rtlrànchemens en masses inégales, sans choisir, sans calculer, et se ruêrèrit sur carrés qu'ils Irouvèrehl le plus près d'eux : c'étaient les divisions Dèsâix ei Régnier.
Arrivés à purléi' île fusil, les assaillons se dlvlsêreri! en
>u aines ; la première nian bail tête baisse, - ur l'angle*
dé là division Régnier, la econde sur l'angle droit de
la ifivisiuti Desaix. Les carrés U s lalssi béni approcher à dix
pas, puis Ils éclâlërerit. Chevaux ei cavaliers se troilvêrenl
arrêté - pu' mu' muraille île flammé. I c ■ deux pïcmiei
leloukl 101 il i i la ICrre tremblait suas
le reste de la 1 1 lonne ehipoi lé par i A i pa celle muraille il deféu he i ouvatll m ni' vdlilaril
..ii ;hbl ml ljù'11 elail. lolilt la
'■'tiré Ue-nier, dnnl le teu .1 bout | anl !
sur la il h qui - Iroirtanl alors ;
deux tempêtes d'hommes qui tourbillonnaient autour d'ePe, leur présenta le bout des baïonneltes de Son premier rang, tandis que les deux autres s'enflammaient, et que ses angles, ens'ouvrant, laissaient passer les boulets qui demandaient à leur tour à se mêler a cette sanglante fête.
Il y eut un moment où les deux divisions se trouvèrent complètement entourées, et où lous les moyens furent mis en œuvre pour ouvrir ces carrés impassibles et morlels. Les mamelouks chargeaient jusqu'à dix pas, recevaient le double feu de la fusillade et de l'artillerie; puis, retournant leurs chevaux qui s'effrayaient à la vue des baïonnettes, il les forçaient d'avancer à reculons, les faisaient cabrer et se. renversaientaveceux, tandis que les cavaliers démon tés se traînaient sur leurs genoux, rampaient comme des serpens, et allaient couper les jarrets de nos soldats. Il en fut ainsi pendant trois quarts d'heure que celle horrible mêlée dura. Nos soldats, à celle manière de se battre, ne reconnaissaient plus des hommes, ils croyaient avoir affaire à des fantômes, à des spectres, à des démons passant au milieu de la fumée et de la llamme sur des chevaux fantastiques comme eux Enfin, mamelouks acharnés, cris d'hommes, hennissemens des chevaux, flamme et fumée, tout s'évanouit. Il ne resta entre ces deux divisions qu'un champ de bataille sanglant, jonché de morts, de mourans, hérissé d'armes et d'étendards, se plaignant et remuant encore comme une houle mal calmée.
Sur ces entrefaites, Bonaparte avait expédié le signal de l'attaque générale. Les divisions Bon, Menou et Via!, reçurent l'ordre de. détacher les première et troisième compagnies de chaque bataillon, et de les former en colonnes, tandis que les deuxième et quatrième, gardant là même position, resserreraient seulement les carrés, qui, de celte manière, s'avanceraient pour soutenir l'attaque ne présentant plus que trois hommes de hauteur.
Cependant celle colonne de mamelouks , dispersée, évanouie, s'était dirigée vers le petit village d'EI-Bekir, où elle comptai! se reformer; mais une circonstance bizarre faisait qu'il était en ce moment au pouvoir des Français.
Le-; divisions Desaix et Régnier étaient, comme nous l'avons dît; arrivées les premières à leurs postes, et s'étaient placées entre le Nil et El-Bckir ; quelques soldats eurent l'idée que ce petit village pnuvait contenir de l'eau el des vivres, ei demandèrent au général la permission de s'y rendre. Cette supposition n'était pas impossible ; d'ailleurs il élait bon d'éclairer un point couvert, d'où l'ehnemi pouvait déboucher à l'improviste. Desaix ordonna donc ;ï quatre cumpagnies île grenadiers et de carabiniers, à une compagnie d'artillerie du 4e régiment et à un détachement de sapeurs, d'occuper le village squs les ordres des chefs de. baiailton Dorsenne el Paige , et d'enlever les vivres qui s'y trouveraient. Nos fourrageurs ne s'étaient pas trompés dans leurs prévisions, et ils éiaien! à l'œuvre lorsqu'ils entendirent péliifèr la fusillade, et gronder au-dessus d'elle les roulennns du canon.
Au premier bruit de l'attaque, le commandant Dorsenne, |l ut que le renfort qu'il porterai! aux deux divisions serait de peu d'importance, craignant d'ailleurs d'être enveloppé avec ses six compagnies, les avait dispersées derrière les iiiiiis des enclos, ibius les maisons el sur les terrasses. Les mamelouks arrivèrent droit sur le village, comme une vblée de perdrix ijul S'àbai; mais à peine la léle de la colonne fut-elle entrée dans la rue, .aie les maisons, les ,11ilos les (errasses pétillèrcnl à leur tour. Cependant les mamelouks ne réculèrenl pas; la colonne, comme un immense serpent, se déroula au galop dans la rue, ressorti! par l'ev H'émilc opposée, lollle miiiileeii toute sanglante, cl s'en allai l'or, ant un dethi-cércle immense, pisser Sur les rivés du petit fleuve el reparaitreà la droite île la division Desaix.
EH ce moinenl imis les carrés s'avançaient enl'crinanl Unibabeti dans leur cercle de fer : tout à coup II ligné du béj
s'enllaiiima a son tour; Ireiilr-sepl pièces d'artillerie eroisèn ut leurs réseaux de feu sur la plaine. La flottille boi ilil sur le Nil, see r par le iitiiI île ses bmabarbes ; et Mouiail, »
la léle de trois mille cavaliers, s'élança de son côté pour voir s'il pourrai! ihordrc enfin à tes lains infernaux : mais la
ŒUVRES COMPLÈTES D'ALEXANDRE DUMAS
colonne qui avait donné la première le reconnut, et, de son côté aussi, elle revint contre ses premiers et ses mortels ennemis.
Ce dut être une chose merveilleuse à voir, pour l'œil d'aigle qui planait au-dessus de ce champ de bataille, que ces six mille cavaliers, les premiers du monde, montés sur des chevaux dont les pieds ne laissaient pas de traces sur le sable, tournant comme une meute autour de ces carrés immobiles et enflammés, les étreignant de leurs replis, les enveloppant de leurs nœuds, cherchant à les étouffer quand ils ne pouvaient les ouvrir, se dispersant, se reformant pour se disperser encore, en changeant de face, comme des vagues qui battent un rivage ; puis revenant sur une seule ligne, et, pareils à un serpent gigantesque dont on voyait parfois la tête conduite par l'infatigable Mourad, se dresser jusqu'audessus des carrés. Tout à coup les batteries des retranchemens changèrent de direction ; les mamelouks entendirent tonner contre eux leurs canons, et se virent enlevés par leurs propres boulets : leur flottille prit feu et sauta. Tandis que Mourad et ses cavaliers usaient leurs dents et leurs griffes de lions contre nos carrés, les trois colonnes d'attaque s'étaient emparées des retranchemens, et Marmont, commandant la plaine, foudroyait des hauteurs d'Embabeh les mamelouks acharnés contre nous.
Alors Bonaparte ordonna une dernière manœuvre, et tout fut fini : les carrés s'ouvrirent, se développèrent, se joignirent et se soudèrent comme les tronçons d'une chaîne; Mourad et ses mamelouks se trouvèrent pris entre leurs propres retranchemens et toute la ligne de bataille française. Mourad vit que la bataille était perdue; il rallia ce qui lui restait d'hommes, et, entre celte double ligne de feux, au galop aérien de ses chevaux, tète baissée, il s'élança dans l'ouverture que la division Desaix laissait entre elle et le Nil, passa comme un tourbillon, s'enfonça dans le village de Gyzeh, et reparu! un instant après au-dessus, se retirant vers la Haule- Égypie avec deux ou trois cents cavaliers, restes de sa puissance.
Quant à Ibrahim, il n'avait point pris part au combat, qu'il avait regardé de l'autre rive du Nil ; à peine vil-il la journée perdue qu'il rentra dans le Caire.
Mourad avait laissé trois mille hommes sur le champ de de bataille, quarante pièces d'artillerie, quarante chameaux chargés, ses tentes, ses chevaux, ses esclaves : on abondonua celte plaine, toute couverte d'or, de cachemires et de soie, aux soldats vainqueurs, qui tirent un butin immense; car tous ces mamelouks étaient couverts de leurs plus lielles armures, et portaient sur eux tout ce qu'ils possédaient en bijoux, en or et en argent.
Bonaparte coucha le même soir a Gyzeh, dans la maison de plaisance de Mourad.
Pendant la nuit, Ibrahim se dirigea sur Belheis, capitale de la province de Charkieh, emmenant avec lui Scid-Abou- Beker, le représentant du grand seigneur.
Le lendemain, dans la journée, des négocians fiançais vinrent au quartier général et annoncèrent celle nouvelle à Bonaparte. Celui ci résolut île prendre possession du Caire le soir même, ci envoya l'adjudant-général Beau vais au général Bon, a Embabeh, pour lui ordonner île détacher, avec les compagnies de grenadiers de la 52» brig.ide, le général Dupuy, investi du commandement du 'aire. Dupuy rassembla les dus qui devaient l'accompagner, commença iinnu'iiiatemenl si's opérations de passage, ei s'apprêta tranquillement a aller avec deux cents hommes occuper une ville de
trois cent mille âmes; ses instructions portaient de profiler de la nuit pour pénétrer jusqu'au quartier franc et s'y retrancher: sur les huit heures du soir, le passage du Nil s'opéra d'Embabeh a Doulauq.
La mu élail dose lorsque la petite troupe arriva dans les
murs du Caire Elle trouva les portes fermées, mais sans
gardes pour les défendre; les Français n'eurent qu'a les
i er, elles cédèrent el s'ouvrirent, laissant apercevoir
une ville sombre et muette: on eût cru entier dans les tombeaux de califes.
Le général Dupuy ordonna que le lambour battit, aiin que
ceux qui marchaient à la queue de la colonne ne s'égarassent point au milieu de ces rues lorlueuses et inhospitalières. L'ordre fut accompli, et ce hruit nocturne et inusité, loin de tirer les Arabes de leur léthargie, leur inspira encore une terreur plus profonde.
Cependant, trouver le quartier franc au milieu d'une ville inconnue où, le jour, on a peine à se diriger sans guide, n'était pas chose facile pour nos soldats ; aussi s'égarètentils. non pas individuellement, mais en masse. A une heure du matin, el après une marche de trois heures sur le sol inégal et rocailleux des rues du Caire, le général Dupuy, fatigué, fit faire halte, et ordonna d'enfoncer les portes d'une grande maison en face de laquelle on était arrivé ; le hasard voulut qu'elle appartînt à un chef de mamelouks qui avait suivi Mourad et qu'elle fut inhabitée. Les Français y entrèrent, s'y élablirent en attendant le jour, et, après avoir disposé des sentinelles, s'y ^endormirent aussi tranquillement que s'ils eussent été au milieu de Paris, au quartier Popincourt ou dans la caserne de Babylone.
Telle fut le premier acte de la prise de possession du Caire ; le même jour Bonaparte fit, avec tout son état-major, son entrée dans la capitale de l'Egypte.
Nous restâmes deux ans maîtres du Caire et de tout le Delta.
SOLEYMAN-EL-IIALEBY.
Ces souvenirs, en notre qualité de Français, furent les premiers auxquels nous rendîmes hommage; el lorsque notre curiosité fut apaisée par l'excursion que j'ai racontée, nous allâmes visiter la place Erbekieh : c'est sur une des terrasses de cette place qu fut assassiné Kléber.
Le siège qu'avait souienu le i aire après sa seconde révolte avait élé très désastreux pour la vile; beaucoup de rues avaient été brûlées, el un plus grand nombre endommagées et mises hors d'élal d'être habitées; celle du généra) Kleber eiait au nombre de ces dernières. Kléber s'éait relire momentanément a Gyzeh. dans la maison de plaisance de Mourad, et de là il venait au Caire pour diriger les opérations et les travaux. Le 25 prairial de l'an vin, il se promenait sur une galerie dominant la place, et donnait à un archiiecle, monsieur Protain, ses instructions dernières, lorsqu'un jeune Arabe s'élança d'un puits a roues pi es duquel ils passaient, et, avant que le général eût eu le temps de se meure en défense, le frappa de quatre coups de poignard, dont l'un pénétra dans l'oreillette droite du cœur Monsieur Prolàin essaya de défendre son i ompagnon avec une canne qu'il tenait à la main, mais il fut frappé à son tour de, six blessures, et s'évanouit : lorsqu'il revint à lui, l'assassin avait disparu ; et Kléber, debout encore mais sans force et sans voix, s'appuyaii contre la balustrade. Alors monsieur Protain alla a lui, lui représenta l'imprudence qu'il y avait a sortir sans escorte; mais Kléber étendit doucement la main vers lui : — Mon ami, lui dit-il, ce n esi pas le moment de me donner des conseils; je me sens bien mal... et il tomba mort.
Le même jour; les maréchaux-de-logis Perrin el Robert trouvèrent dans le jardin des bains français attenant à celui de l'clal-major, un jeune Arabe caché entre de petites murailles à moitié démolies el en quelques endroits lâchées de sang; il ses pieds un poignard élail enterré dans le sable, cl
le sable collé a sa lame était ensanglanté, <>i Arabe était un
humilie au teint brun, aux veux vils, petll de taille el grêle
de formes. Amené devant la commission militaire assemblée pour le juger, il déclara se nommer Soleyman el-Halehy, natif de la Syrie, âgé de. viugl-qualre ans, écrivain de profes-
IMPRESSIONS DE VOYAGE. — QUINZE JOURS AU SINAI
sion, établi à Alep ; quant au reste, il se renferma dans une dénégation absolue.
L'accusé persistant dans ses dénégations, dit le procèsvcrhal, le général a ordonné qu'il reçût la bastonnade suivant l'usage du pays; elle lui a été infligée aussitôt, jusqu'à ce qu'il ail déclaré être prêt à dire la vérité. Ramené devant le conseil, nous reproduisons textuellement les demandes qui lui ont éié adressées et les réponses qu'il a faites.
Inierrogé depuis quand il est au Caire,
Répond qu'il y e>t depuis trente et un jours, et qu'il est venu de Gaza en six jours sur un dromadaire.
Interrogé pourquoi il y est venu,
Répond qu'il y est venu pour assassiner le général en chef.
Interrogé par qui il a été envoyé pour commettre ledit assassinat,
Répond qu'il aéléenvoyé par i'agba des janissaires; qu'au retour de l'Egypte les troupes musulmanes ont demandé à Alep quelqu'un qui put assassiner le général en cbef ; qu'on a promis de l'argent et des grades militaires, et qu'il s'est présenté pour cet objet.
Interrogé quelles sont les personnes auxquelles il a été adressé en Egypte, s'il a fait part à quelqu'un de son projet, et ce qu'il a fait depuis son arrivée au Caire,
Répond qu'il n'a été adressé à personne et qu'il est allé s'établir à la grande mosquée.
En face de pareils aveux, le jugement ne se fit pas attendre : Soleyman, convaincu d'avoir assassiné le général en chef Kléber, fut condamné à avoir la main droite brûlée, à être empalé, à expirer sur le pal, et à y rester jusqu'à ce que son cadavre fût dévoré par les oiseaux de proie.
Cette exécution eut lieu au retour du convoi funéraire du général Kléber, sur la butte du fort de l'Institut, en présence de l'armée en deuil et des habitans effrayés : car, habitués à la justice des pachas et des beys, où toute une ville répond du crime d'un homme, ils ne pouvaient croire que le châtiment s'arrêterait au coupable. Au reste, Soleyman fut bien le digne assassin arabe, qui se croit l'homme de la fatalité et marche au supplice sans ostentation et sans crainte, calme et ferme comme un martyr. Arrivé au lieu du supplice, on le dépouilla de la veste qui lui couvrait la poitrine, et l'on étendit son poignet au-dessus du brasier. Le supplice durait depuis cinq minutes à peu prés sans qu'il eût poussé une plainte, lorsqu'un charbon ardent sauta du brasier et retomba sur son bras a l'endroit de la saignée; alors toute sa fermeté disparut pour un moment : il se débattit et demanda qu'on lui ôtàtcc charbon. L'exécuteur lui fit observer alors qu'il était bien étonnant qu'un homme qui, comme lui, avait montré tant de courage quand sa main tout entière se consumait, poussât des plainies pour unes* petite brûlure.
— Ce n'est pas la douleur qui m'arrache des cris, dit Soleyman, c'est mon droit que je réclame. Ce charbon -là n'est pas dans nv>n jugement.
Lorsque le poignet eut été brûlé, l'exécuteur fit monter Soleyman au minaret de la mosquée voisine, et l'empala sur une flèche de la coupole; il resta ainsi quatre heures et demie sans mourir, disant des versets du Coran et ne s'interrompant que pour demander à boire. Eniin le muezzin eut pitié de lui, il lui monta un verre d'eau : Soleyman le but et expira; puis le cadavre resta la un mois à peu prés, pendant lequel les oiseaux de proie accomplirent la dernière partie du Jugement.
Le squelette de ce malheureux a été rapporté en France en même temps que le cadavre de sa victime. Il est déposé dans les hftiimens attenant) au Jardin du Roi, dans la première salle d'anaiomie, a gain lie de la porte d'entrée ; c'est celui d'un bommede cinq pieds deux poui 1 1 '■> peu près. Les os
(lu poignet droil IOOI lirùies.el l'un y VOll encore ks effets du feu; le pal. de son cùle, avait brise deux vertèbres dorsales :
elles uni remplacées par den vertèbres en bols, qui imitent les vertèbres nainreiles au poim qu'il faut une grande atlentlon pour les distinguer îles véritables.
Nous résolûmes d'étendre nos courses le lendemain jusqu'aux pyramides, en passant par le champ de bataille et en
revenant par Gyzeh. Au point du jour, on nous amena des ânes de premier ordre, avec lesquels, en moins de dix minutes, nous fûmes à Boulacq; nous y passâmes le Nil, et nous nous trouvâmes immédiatement sur le champ de bataille où trente deux ans auparavant s'était décidée cette dernière querelle de l'Orient et de l'Occident. L'investigation fut courte; des bauieurs d'Embabeh nous le découvrîmes entièrement. Au reste, tout est là pour le souvenir et la pensée, rien pour la description.
Nous prîmes, à vol d'oiseau, notre course vers les pyramides ; bientôt nous fûmes forcés de marcher au pas : nos montures enfonçaient jusqu'aux genoux dans le sable ; de sorte que nous mîmes près de cinq heures à atteindre la première, qu'il nous semblait, en débarquant, pouvoir toucher en allongeant le bras.
La plus grande des pyramides, celle sur laquelle on monle de préférence, repose sur une base de six cent quatre-vingtdix-neuf pieds delong, et paraît, d'en bas, légèrement échancrée à son sommet. Formée de pierres superposées, dont les assises vont en rentrant, elle présente un escalier gigantesque, dont chaque marche a quatre pieds de haut et dix pouces de large. L'ascension, au premier abord, nous parut, sinon impossible, du moins médiocrement commode à exécuter ; mais Mohammed s'attaqua à un angle, enjamba la première assise, attrapa la seconde, et, nous faisant signe de le suivre, continua son chemin comme s'il nous invitait à la chose la plus simple. Quelque médiocre que fût le plaisir d'une montée de quatre cent vingt et un pieds sous un soleil ardent, et avec la réflexion de la pierre contre laquelle nous grimpions comme des lézards, nous n'en eûmes pas moins honte de rester en arrière. Quant à Mayer, habitué à courir sur les bastingages et les vergues de son bâtiment, il triomphait à son tour et sautait d'assise en assise comme une chèvre en gaîté. Enfin après vingt minutes de travail laborieux, après nous être suffisamment retourné les ongles et ecorché les genoux, nous arrivâmes au sommet, d'où il nous fallut penser presque aussitôt à redescendre, sous peine de voir fondre immédiatement le peu dégraisse que le soleil d'Egypte nous avait laissée sur les os. Cependant j'eus le temps d'embrasser à mon aise tout le paysage. En tournant le dos au Caire, j'avais à ma gauche l'immense forêt de palmiers qui recouvre Memphis: au delà de cette forêt, les pyramides de Sakkara; au-delà des pyramides de Sakkara, le désert; en face de moi, le désert; à ma droite, le désert, c'est à dire une vaste plaine couleur de feu, et qui ne présente, d'espace en espace, pour tout accident de terrain, que quelques monticules mobiles formés par le sable et que le vent amasse et nivelle tour à tour; du côté opposé, l'Egypte, c'est-à-dire le Nil coulant au fond de sa vallée d'émeraude; puis le Caire, cité vivante, entre Fostat et les tombeaux des califes, ses deux sœurs mortes; au delà des tombeaux des califes, la chaîne stérile du Mocattan qui ferme l'horizon comme une muraille de granit.
Je me promenai un instant sur la plate-forme, qui me parut avoir trente à trente-cinq pieds de longueur; ouelques pierres énormes restées debout semblent les pics déchirés d'une crête de montagnes. Ces rochers sont couverts de noms, parmi lesquels étaient encore visibles ceux d'une partie des généraux de l'expédition; à côte de ces noms illustres je trouvai ceux de Charles Nodier et de Chateaubriand, que monsieur Taylor avait écrits dans un précédent voyage.
De là je ramenai les yeux au-dessous de nous, et Je vis nos ânes et nos âniersgros comme des scarabées et des fourmis; j'essayai de leur jeter une pierre, mais, avec quelque force que je la lançasse, elle tomba le long des flancs de la pyramide, et ce ne fut qu'en bondissant d'assise en assise qu'elle arriva enfin à terre.
Ce dernier exercice m'avait fait songer à la desrente ; et, il faut le dire, la chose au premier abord me parut bien autrement difficile que la montée : chaque bord de marche, attendu la disproportion de la hauteur avec la largeur, eaehe les bords ipii le suiveiii, de sorte qu'il semble qu'il n'y a
d'autre moyen de regagner le soi que de s asseoir sur cette pente Inclinée en se laissant couler sur le derrière. Heureu-
(.i:UVRi:S COMPLÈTES D'ALE^ANpp DUMAS.
sèment qu'on réfléphjj ï) deux l'ois avaul de risquer ui'C pareille glissade ; d'ailleurs, une lois descendu sur la première marche, on ypil la seconde, e.l ijinçj de suile. Cependanl, je le répèle, la roule n'est pas <ommode, et les personnes qui sont sujettes au vertige ferpnt bien de se priver de l'ascension.
Arrivé an bas, je loin bai sur le sable ; je mourais de chaud et de soif: je ne m'en élajs pas aperçu pendant lotit le loups du voyage, tant j'étais occupé du besoin de veiller sur toute ma personne. Mohanmied me fil alors un long discours sur la nécessité de ne boire çu'à petites gorgées ; je lui arrachai la bouteille des mains et l'avalai d'un seul trait. Mais je n'eus pas plutôt cessé d'avoir soif qu'il se trouva que j'avais faim, peureusement que chacun de nous avoua franchement qu'il se trouvait dans les mêmes disposions, de sorie que le déiemier fut décrété a l'unanimilé. On fi! venir l'âne aux provisions, et nous reconnûmes avec, satisfaction qu'il ne lui était arrivé aucun accident.
Nous finies le tour de la pyramide pour trouver un peu d'ombie. Malheureusement le soleil était ;'i son zénilh, de sorte qu'il ruisselai: également sur les quatre pans de la tombe de Chéops. Nous tournâmes tout autour sans trouver une place où l'on pfu demeurer [dus de cinq minutes immobile sans devenir fou. Alors nos Arab s nous montrèrent, au liers de la pyramide, du côté du nord, l'enlrée par laquelle on pénèlre dans le monument. Celle gueule sombre, que le colosse ouvrait comme pour respirer, nous parut si pleine d'ombre et de fraîcheur, que, tout fatigués que nous fussions, nous nous remî|iies en roule, et que nous l'atteignîmes en moins de cinq minutes. Nous y trouvâmes l'emplacement d'une salle à manger, sinon très commode, du moins très fraîche; c'était tout ce que nous demandions.
Le repas fini, nous fîmes monter des torches, afin de visiter, puisque nous nous y trouvions tout portés, l'intérieur de la pyramide. On pénèlre dans ce monument par un corridor carré, qui offre une ouverlure d'un mètre en tout sens, à peu prés, et qui descend dans l'intérieur par une inclinaison de 45 degrés. A mesure qu'on s'éloigne de l'entrée, on sent la chaleur diminuer; mais à l'atmosphère épaissie par la fumée des torches il se mêle une poussière impalpable soulevée par les pas des visiteurs, qui rend l'air 1res fatigant à respirer. Enfin on arrive à deux chambres, que l'on appelle, l'une la chambre du roi, l'autre (elle de la leine; dans la première est un sarcophage de granit dont le couvercle est brisé, la seconde est vide.
Nous sortîmes des chambres de Leurs Majestés, où il n'y a rien à voir absolument que les murs, pour aller saluer Son Altesse le sphinx ; il est de. quelques centaines de pas plus lires du iNil que les pyramides : c'est le chien gigantesque qui garde ce troupeau de granil. Avec l'aide de mes Arabes, je parvins à liji monter sur le dos et du dos sur la tète ; ce qui n'est pa- encore mi inédiocre travail. Mayi r m'y suivit immédiatement. Je me laissai glisser aussitôt sur les épau les du colosse et de ses épaule., a terre, et je me mis à le r pendant une Mayor, d oout sur son oreille, lui ser- \.iii de plumet : cela me donna tout naturellement mon
éch 'Ile de |iro|io; 'ii.n
l'n .de la g*. unie pyianiide, il y en a une autre plus petite, dont la cime est parfaitement conservée et se termine en pointe , on la gravit i.irnwiil, cl le premier qui monta dessus, nous diieni no Arabe,. es| un tambour lî ;ais qui,
poursuivi par des mamelouks, ne trouva rien de mieux que (l'escalader celle ininaille, ou ses eiineu r ne piunaieal le poursuivre. Airivé ■> l'exlremiie la plu:, i li \, ,\ jj , m i si, v, pour appeler a SOII aii|,-. de II .(lire le lappe! Je I" loue le \a< amie qu'il ht fut entendu a un l( ,, i|,]o:ide,
ci le général Régnier envoya deux cou ;u, lies
miieiit h-, maiiniei,!.. eu imie. et di plpqu/ 1. ,i l'a jégé, qui ile.-i i i.dil de SB pyramide avec le, honiiei.i :, de la
Xoll , liiilo.ii, liame . uns aile:, el nous leMlllm S pai C,\/.' h,
lion p'.s pour voir la maison de |i I > i e de \lourad, je ne
mo; pa H i il en rc le aiieiin veslige, mai., polir \i lier ] el)l ui (h ppnl i or|diclins.
On : m qu'eu I ■ ■ ■ i o a iimplaré les poule.,, qui, avec
l.i meilleure volonté de la leire et le plus Eranrt dévouement du monde ne peu. cul guère couver qu'une quinzaine d'oeufs â la fois, par des fours chauffés a la vapeur dans lesquels on fui éclore des milliers de poussins Celte intéressante institution est cpnduiie par un diree.ieur, qui non-seulement opère pour son compte, mais encore prend en incubation tous les o^ufs qu'on lui apporte, et qu'il se charge de faire venir à bien, moyennant une légère rétribution. Le dortoir dans lequel il place ses pensionnaires encoqnés est une longpe eal-rie, dans laquelle on voit, de chaque côté, une série de cellules à double étage, qui communiquent entre elles puune ouverture pratiquée au milieu, e| destinée a porter la chaleur qu'envoie un foyer souterrain toujours chauffé à un degré calculé. La bouche de ces cellules donne sur la galerie; elle reste fermée les dix ou douze premiers jours, puis on l'ouvre chaque jour un peu plus longtemps : enfin le vingtième jour les poulets sont à terme.
Nous arrivâmes juste comme une fournée, était en mal d'enfant, de sorte que l'accouchement se fil en notre présence. L'opération est des plus simples : on casse les œufs comme pour taire une omelette; on éeosse les poussins comme des 'èves, puis on les jette les uns sur les autres dans le four où ils ont été chauffés, sans plus de précaution que des pierres sur un las. Le premier acte d'existence qu'accomplit toute celle couvée est de piauler a qui mieux mieux, et le second de. chercher sa nourriture : mais ceci est une ambition assez malheureuse , attendu que le maître de l'établissement s'est chargé' de les faire éclore, mais non pas de les nourrir. Au reste, il peuvent vivre trois jours ainsi, de chaleur sans douté; au boni duquel temps, s'ils ne sont pas réclamés par leurs propriétaires, ils appartiennent au couveur, qui les envoie au marché cl. les y fait vendre sans les engraisser autrement.
Nous rentrâmes au Caire en passant par l'île de Roudah, où est bâti le nilomètre.
Cet instrument, qui sert à mesurer la hauteur de la crue du Nil, n'est autre chose qu'une colonne de dix-huit coudées, y compris son chapiteau, et sur laquelle on marque, chaque année, le niveau du fleuve à sa plus grande élévation. Ce mekias, fort endommagé' lois de l'occupation du Caire par l'armée française, fut restauré par 'es ordres du général Menou et sous la direction du citoyen Chabrol, ingénieur des pouls cl (haussés s. Les réparations finies, on construisit un portique à l'entrée du monument, et sous son péristyle, an-dessus île la porte, on scella une table de marbre blanc sur laquelle on grava, en français et en langue arabe, l'inscription suivanle :
ait nom nu diec clément et MiséRir.onniEOX ,
L'an IX de la république fraîche et 12} 5 de l'hégire, t renia i . . I Èg; pte ppnquise par Bonaparte, Mcnou, le général
eu élu I', il répare le [lias. Le Nil rfpond'ait, dans ses basses
croix il Unis coudées dix doigts de la colonne, le 10e jour après
le solstice de l'an vm.
Il n commencé à croître au Caire le 10? jour après ce même solstice.
Il s'était élevé de deux coudées Irois doi-ls au-dessus du fut de I i e,,!,.i:no, |p lo"e jpur npivs ce solslie,,.
. - . rr a décroître le 1 1 i ' jour apiès ce solstice.
Toutes les terres ont é|4 inondée . nèjte cnii extraordinaire de quatorze coudées dix-sept clqigts' fail espérer une année très abondante ' !}•
Le soir même, en rentrant au Caire, monsieur l'.ydon-;, U> doeteiir du Lancier, qui nom avait jiccompa' n s dans le 1ml pliilanHinipiquo de nous traiter des oplilhalmirs, se sentit
allciiil lui-i, élue de celle, malauie. iMierocur Msara i i
dunn.i a ISSitôl le conseil d'eiuoyer clureln r monsieur De
sap, médecin français de Besançon, qui est démené au G lire depui ; l'expédition française, cl qui a acquis une grande expérience dans les allccliics des yeux llonl il s'est spécule niflllt occupé. Nous nous empressâmes il< suivie ; . r * i « avis,
(l) l.e llll de la ei,l, nue eg| d,- , e e' l|dl I : I cuiidé" e I de de rinquanle quille e, m niii'l 1 1 :, ; i Ile e divi e en viii;;l-qnali 0
doigt».
IMPRESSIONS DE VOYAGE. — QUINZE JOURS AU SINAI
et nous vîmes, une heure après, entrer un magnifique vieillard, vêtu à l'orientale, et portant sa barbe clans une main : c'était notre compatriote.
Les Arabes, qui mesurent la science a la longueur de la barbe, ont pour lui la plus hante vénération. Hâtons nous de dire qu'il la mérite, et que, chez lui, l'enseigne ne pi omet pas plus qu'elle ne tient.