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LA VILLE DES CALIFES

Dn soir, pendant que nous étions en train de dîner, nous entendîmes un grand bruit d'hommes el de dromadaires; nous mimes le nez à la fenêtre de noire salle à manger, qui donnail sur une cour intérieure, et nous aperçûmes monsieur Taylor. Parti la veille au malin d'Alexandrie, il avait traversé avec la rapidité des courriers arabes les quarante-cinq lieues de désert qui séparent celle ville du Caire.

Sa négociation éiaii terminée; eependani elle avait souffert plus de difficultés qu'on ne l'avait cru d'abord. Quelque diligence qu'il eût faite, quelque silence qu'il eut gardé, le projet avait transpiré; l'Angleterre avait pris les devanssurla Fronce, el les deux aiguilles que venait chercher monsieur Taylor avaient été promises à Is Grande-Bretagne; quanl a Méhémet-All, il avait le plus grand désir de satisfaire les deux nations, el il ne demandait pas mieux que de les mettre d'accord. Ce fui en celte occasion que le précédent voyage de monsieur Tavlor il l'éluda qu'il avait faite lui-même el sur les lieux des inonuinens antiques lui furent d'une grande utilité; il connaissait l'Egypte depuis is^s, el lil observer que, l'affaire datant de celte époque, la priorité appartenait

à sa demande Puis. | r loul c Hier, il offrit de donner

:i lUngleierre, au lieu des deux obélisques de Louqsor, l'obéllsque de < larnaeh.qui est plus grand : quelques dlffli ullés

s'élevèrent encore, mais ou ajouta deux sphinx comme appoint, el les deux obélisques de Louqsor ni l'aiguille d'Alexandrie furent rtéllnltlvemenl accordes a la France, Mme leur Taylor arrivai! donc louj joyeux d avoir terminé Mil dé Irail vivement continuer le voyage:

IMPRESSIONS DE VOYAGE. — QUINZE JOURS AU SINAI

aussi le départ, sur sa proposition, fut-il fixé à l'unanimité pour le lendemain au soir.

Dès le matin de ce grand jour, nous nous rendîmes avec nos Arabes chez le vice-consul de France, monsieur Dantan, pour taire nos conventions en présence d'un témoin : d'abord on lixa le nombre des bêtes et des gens ; puis on aborda la question principale : il s'agissait de savoir ce que Ton paierait aux uns et autres pour le voyage, qui, aller et retour, devait durer un peu plus d'un mois.

Les discussions sont les triomphes des Arabes ■ tins, entêtés, insaisissables, toujours ils glissent entre vos raisonnemens, qu'ils font semblant de ne pas comprendre, ou qu'ils combattent avec des argumens auxquels votre ignorance des lieux et des mœurs vous empêche de rien opposer; craignant toujours de demander trop peu, ils exagèrent leurs prétentions, alin que, lorsqu'ils ont diminué quelque chose, en ayant l'air d'avoir l'ait un sacrifice, ils soient encore rétribués au double, de la valeur. Ce qu'ils opposèrent surtout à nos rabais fui celte raison, que a péninsule du mont Sinaï était parcourue par trois tribus différentes, el qu'il y avait une convention entre elles pour que celle qui accompagnerai! les voyageurs ne lût pas inquiétée par les autres; il en résultait, selon eux, que, celte neutralité ne s'obtenant qu'à prix d'argent, la somme qu'ils nous demandaient, toute considérable qu'elle nous paraissait, était de fait on ne peut plus raisonnable, puisque, lorsqu'ils auraient prélevé sur celte somme la part due aux deux autres iriluis. ce qui resterait à nos conducteurs suffirait à peine à défrayer les hommes et les chameaux. C'était, comme on le voit, un de ces argumens tenaces el obscurs auxquels il n'y a rien à répondre; aussi passâmes-nous à peu pi es par tout ce qu'ils voulurent, ei la seule concession que nous obtînmes fut qu'ils se nourriraient pendant le voyage, el que leur cuisine ne nous regarderait en aucune manière; quant aux dromadaires; ils étaient à noire charge.

Le marché terminé, monsieur Dantan, qui y avait assisté, nous prévint de ne pas attacher une confiance absolue aux relations amicales de la tribu d Oualeb-Saïde avec les autres peuplades; seulement c'était une tribu brave et Adèle, qui, le cas échéant, nous aiderait à nous défendre. Monsieur Dantan nous invita en conséquence à ne pas oublier parmi nos effets les armes, et parmi nos provisions le plomb et la poudre.

Nos Arabes, qui suivaient avec une grande attention le discours de monsieur Dantan, et qui, trop loin pour entendre, épiaient sou reflet sui nos physionomies, s'apei curent que, quel qu'il fût, il n'était pas à leur avantage. Leur première idée fut que nous nous repentions du marché que nous venions de conclure, el que nous cherchions un moyen de le rompre; aussitôt l'un d'eux, que l'on appelait Bëchara, et qui parlait un peu le français, vint à nous, et, comme s'il ne s'apercevait pas qu'il mois interrompit, il nous invita à venir voir les dromadaires. Il m'avait pris, sans s'en douter, par mon endroit sensible. Je suivie dune Bécbara, qui me conduisit dans la cour el s'arrêta en face de nos bêtes, en me priant de considérer qu'il y avait dromadaires et dromadaires , que ceux dont mots allions faire l'essai étaient de véritables haghitu, légers comme des gazelles, forts comme des lions, dociles comme des agneaux ; que chacun d'eux avait sa généalogie aussi t n règle que celle des chevaux arabes les plus nobles el les plus anciens, et que nous pourrions marcher derrière eux, au désert, sans voir la iraee de leurs pas

sur le sable, tant leur course était rapide el légère.

Ceiie assertion il faut l'avouer, semblait entièrement coufiiméc par la simple inspection îles malheureuses bête!* qui étaienl i objel de cel éloge ; elles étaient d'une maigreur phénoménale : leur peau, qui semb ait avoir appartenu jadis a un animal deux fois gros comme eux, couvrait de ses plis

hallaus une espèce lie carcasse d'acier, dont ou pouvait exa

miner ions les ressorts. D'un autre côté, leur physi unie

était douce el hniine, et l'anui au de f< r pas é enlr, leurs narines me paraissait devoir remplacer avantageusement la brida: de sorte qu'a part leur taille démesurée, je n'avais

aucun motif sérieux de me plaindre. Au reste, je commen-

çais à me prendre de pitié pour ces futurs compagnons Je notre voyage : leur sobriété tant vantée était écrite sur tout leur corps; mais tout naturellement cette pitié me mena à un doute sur la santé continue de ces malheureux animaux. Alors les Arabes se récrièrent en chœur, et Mohammed se mit de la pariie. Tout ce qui m'inspirait une crainte était pour eux un motif de sécurité, tout ce qui me semblait un défaut était exalté par mes interlocuteurs comme une perfection. Je vis que je n'aurais jamais le dessus, el je renfermai mes réflexions en moi-même; seulement il me semblait que je n'avais jamais vu de dromadaires d'une taille aussi gigantesque.

Le baron Taylor et Mayer vinrent me rejoindre : il deveuait urgent d'acheter des provisions; nous remîmes au soir la conclusion du marché, el nous nous fîmes donner par les Arabes la liste des objets nécessaires. Si peu considérable que fut celle liste, elle nous forçait, par sa diversité, à courir tous les bazars du Caire, attendu la spécialité de chaque marchand et de chaque quartier, qui n'empiète jamais sur la S|iéi ialilé du marchand et du quartier voisin.

Voici la liste de ces objets-, elle donnera une idée de la simplicité des mœurs de la vie nomade, qui a réduit les besoins des voyageurs aux plus strictes nécessités de la vie :

Des outres pour mettre de l'eau ;

Des gargoulettes de cuir pour suspendre a la selle, alin de boire en courant sans faire arrêter la caravane pour ouvrir les outres;

Du riz pour trois personnes, aller et retour; on nous dit bien que nous en trouverions au Sinaï, mais nous préférâmes prendre nos précautions au Caire;

De la farine pour le pain ;

Des levés pour les dromadaires;

Des dalles : c'est le fruit qui se conserve le mieux dans de pareils voyages;

Du niich-mich : on se rappelle cette pâte d'abricot sécbée au soleil, qu'on roule comme des pièces d'étoffe, dont nous avons parlé à propos des bazars de comestibles, et qui se vend à l'aune; c'est une provision commode à emporter en ce qu'elle ne lient pas plus de place qu'un porte-niauleau, et que, bouillie dans de l'eau, elle fait d'excellente marmelade ;

Du tabac pour cadeaux destinés tant a notre escorte qu'aux Arabes que nous pourrions rencontrer;

Du bois pour faire la cuisine;

Du café pour combattre les transpirations dont nous étions menacés;

Du sucre pour donner au couvent;

Une lenie pour nous abriler contre l'ardeur du soleil et conire la fraîcheur des nuits;

Enfla des vases en fer pour préparer nos alimens, les vases en terre étant incapables de résister dix minutes au trot des dromadaires.

Ce dernier article me ramena a mon idée fixe; parmi les qualités des haghins, Béchara avait oublié de me vanter ce lin! formidable; el il me sembla, si peu flatteuse que l'iU la comparaison, que nous étions destinés à jouer le rôle des pots de terre.

Cependant, comme il s'agissait de parcourir une douzaine de bazars en deux ou trots heures, je m'empressai d'agir ; nous neurones à la station la plus proche, el nous enfourchâmes ces estimables quadrupèdes qui nous avaient déjà rendu tant de services, el que j'appréciais davantage encore au DtOmenl de me séparer d'eux el de faire connaissance auc nos nouveaux véhicules: puis nous lions mimes en course. A mesure que nous achetions, Mohammed acheminait las marchandises v< rs le quartier-général : n trois heures nous avions lini toutes nos | mpletles. ,1'onbliais de dire que nous avions |oinl a la liste de nos provisions de la bougie, alin de DOUTOir dessiner el écrire après le soleil coin lie.

Nous quil.iin. s aussi babouches el mareoufs, el nous les

remplaçâmes Immédiatement par de longues hottes rouges travaillées a Maroc, el qui soin souples el collante i commo

des bas île soie : notre h'ic lut abritée, outre le lurban, pur un mouchoir à raies jaunes el rouges I I donl les deux bouts,

OEUVRES COMPLETES D'ALEXANDRE DUMAS

pendans de chaque côté de notre figure, qu'ils couvraient de leur ombre, étaient ornés de glands de soie entourés de filigranes d'argent ; enfin, accoutrés de la sorte, nous rentrâmes au quartier franc pour présider à l'emballage de toutes nos emplettes, épuisés de fatigue, mais décidés à partir le soir même.

Nous trouvâmes la besogne à peu près faite; les Arabes sont les emballeurs les plus expédilifs que je connaisse : tout était roulé, sanglé et ficelé quand nous arrivâmes, et déjà deux des quatre dromadaires destinés au bagage étaient chargés. Alors monsieur Msara, voyant que le reste de l'opération s'accomplirait parfaitement sans nous, puisque la première partie avait si bien réussi en notre absence, nous donna le conseil de profiler du temps qui nous restait pour aller demander des lettres de recommandation au couvent grec du Caire, qui est une succursale du mont Sinaï. L'avis nous parut bon, et nous nous mîmes en route pour le suivre; mais nous trouvâmes, au bout de trois ou quatre rues, le chemin barré par une procession nuptiale: la mariée, montée sur un âne, était hermétiquement enfermée dans une grande pièce de soie; quatre eunuques portaient un dais audessus de sa tête, et une quantité de femmes voilées comme elle la suivaient en faisant entendre un certain gloussement particulier aux femmes arabes, qui consiste dans un frôlement de la langue contre le palais, et qui est, dans cette occasion, comme dans toutes les occasions heureuses, l'expression de leur joie. Cette mélodie formait les entractes d'une musique plus barbare encore ; quand elle cessait, une douzaine de chanteurs récitaient, en s 'accompagnant des inslrumens déjà décrits, des chansons plus qu'anacréontiques, que des jongleurs et des paillasses se chargeaient de traduire par les gestes les plus expressifs a ceux qui, comme nous, avaient le malheur de ne pas entendre la langue. Tout ce cortège, déjà considérable par lui-même, était suivi par une telle foule, qu'en nous haussant sur nos étriers nous n'en pouvions apercevoir la fin. Nous calculâmes, au train dont il s'avançait, qu'il nous faudrait bien attendre une heure; c'était trop de temps perdu : nous nous en remimes à Dieu du soin de nous annoncer, et nous rebroussâmes chemin. Nous trouvâmes nos Arabes prêts et nos dromadaires chargés : il ne nous restait plus qu'à conclure le marché; cette conclusion consistait, de notre côté, en des arrhes à donner, et du côté de nos Arabes, dans la livraison des otages qu'ils devaient laisser au consulat pour répondre de nous. Ces otages, dont la tête devait tourner au même vent que les nôtres, étaient deux guerriers de la tribu avec leurs montures. Nous finies observer que nous étions trois, et qu'il fallait au moins trois Arabes pour nous représenter; mais notre chef fil observer que deux de nous étaient représentés par les deux guerriers, et le troisième par les deux dromadaires. Bonne ou mauvaise, il fallut nous contenter de celle réponse; seulement l'équivalent était peu flatteur pour notre amour-propre. L'humiliation avalée, monsieur Dantan, monsieur Msara et monsieur Dessap, qui avaient voulu assister à notre départ, nous donnèrent l'accolade d'adieu ; puis on alluma des torches, et l'on nous amena des chevaux dont nous devions nous servir pendant la première halte, car on craignait que le peu d haliiiinli que nous avions du trot de nos nouvelles montures ne causât quelque accident au milieu des rues étroites et tortueuses de la ville. Celte précaution, qui venait de Mohammed, me le fit prendre en véritable amitié; enfin, à neuf heures du soir, nos Arabes montèrent sur leurs dromadaires, et nous sur DOS chevaux ; puis nous sortîmes majestueusement île l'hôtel, éclairés par les torches de nos guides qui marchaient devant nous, et nous traversâmes le Caire à la grande admiration de se, habilaiis, que la splendeur et l'étrangetédu spectacle tiraient de leurs maisons, malgré leur Insouciant e ordinaire.

Nous sortîmes par la porte de la \ ictoire, la plus proche du quartier liane; puis nous tournâmes à droite, en longeant les murs de lu ville, et, après une heurede marche, nous nous

trouvâmes auprès d'une autre cité, elle des nions, plus belle, pins riche, pins monumentale que, celle des vlvans, nécropole des califes, ou le, lieutenans de Salah-Eddin et les des*

cendans du mamelouk Bey-Bars reposent dans des tombeaux de marbre et de porphyre, côte à côte avec la plus riche et la plus haute aristocratie du Caire; nous avions réservé cette exploration pour notre première halte, et l'heure ne pouvait être mieux choisie pour visiter les tombeaux.

Aussi nous laissâmes nos Arabes dresser la tente et s'occuper du campement, nous prîmes quatre porteurs de torches, et nous nous acheminâmes à pied vers la ville funèbre, que nous voyions devant nous comme une niasse noire au milieu de laquelle nous ne pouvions distinguer aucune forme ni aucun contour.

Au bout de deux cents pas nos flambeaux se reflétèrent sur la muraille d'un vaste et riche monument, dont la base, éclairée par une lueur tremb'ante, laissait voir les versets du Coran, qui l'entourent comme des bandelettes sacrées, tandis que la lumière, se dégradant à mesure qu'elle s'élevait, interrompue lotit à coup parles corniches et les angles saillans qui projetaient leurs ombres, se perdait avant d'arriver au sommet des madenehs, dont le croissant doré brillait comme un astre dans le ciel.

Nous frappâmes à la porte du monument; à ce bruit inusité à une pareille heure, les éperviers, qui dormaient abrités dans les arabesques de pierres, se réveillèrent et prirent leur vol en jetant de grands cris. De longs huilemens leur répondirent, et pendant un instant nous crûmes que les chiens et les oiseaux de proie étaient les seuls habitans de la nécropole; mais bientôt nous entendîmes des pas humains : nos Arabes échangèrent quelques paroles avec celui qui s'avançait; enfin la porte s'ouvrit, et l'hôte des morts parut sur le seuil de cesplendide sépulcre.

C'était un vieillard d'une sobriété de paroles toute musulmane : lorsqu'il sut le motif qui nous amenait, il nous fit signe d'entrer, nous indiqua les diverses parties de l'édifice, puis nous ramena au caveau mortuaire, dont les murs étaient enrichis de fleurs en mosaïque du plus élégant travail ; le sarcophage était de granit parfaitement conservé.

Cependant nous ne voulions pas nous en tenir à une seule tombe, nous dîmes au vieillard notre intention; il nous fit signe qu'il était à nos ordres: nous sortîmes du monument, et nous descendîmes dans la rue. Là nous retrouvâmes les éperviers, qui, aussitôt qu'ils revirent nos lumières, se prirent à pousser de nouveaux cris, et à tournoyer si près de nos torches, qu'ils se mêlaient à la fumée; en même temps des centaines de chiens errans, qui le jour vont demander leur vie dans les rues du Caire, et qui le soir viennent chercher un asile dans les tombes, nous entourèrent et nous suivirent en hurlant. Eveillés à ces cris et à ces huilemens, qui prolestaient contre la vie et la lumière, si insolites à cet endroit et à cette heure, des Arabes-Bédouins, de celte race indomptée qui se croirait prisonnière si les portes d'une ville se fermaient sur elle et la séparaient du désert même pendant leur sommeil, se dressaient enveloppés de leurs Donnions sur les degrés des mosquées ou les enfoncemens des sépulcres, et semblaient, dans leurs blancs suaires, les ombres courroucées de ceux dont nous venions troubler le repos.

Nous arrivâmes, au milieu de ce cortège sinistre et de ces apparitions funèbres, dans un lieu retiré où l'on nous montra les tombeaux des Djezam, branche de la tribu arabe de Cohlan, qui s'établit en Egypte lors de la conquête musulmane. Deux inonnmens s'élevaient somptueusement au-dessus des autres; c'étaient les tombeaux de deux hommes célèbres par leur hospitalité et leur munificence: l'un, que l'on nommait Tharif, avait journellement à sa table mille convives, que sis esclaves placés aux différentes portes de la ville lui amenaient; l'autre, qui s'appelait Muhenna, à défaut d'autres combustibles brûla un jour, pour apprêtera manger à des voyageurs qui s'étaient arrêtés sous sa tente, un riche butin qu'il venait de faire sur ses ennemis. On avait rendu à leur cadavre cette magnifique hospitalité qu'ils avaient exercée pendant leur vie, et ils reposaient dans des tombeaux splendides et vastes comme des palais.

En sortant de ces nionumcns, nous en visitâmes un dernier qui nous sembla le plus ancien de tous ceux que nous

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avions vus; les murs étaient lézardés dans toule leur étendue, et ouverts même en plusieurs endroits. Au-dessus d'une de ces fentes, Mohammed nous lit remarquer, tracée par un poëte persan, celte phrase, qui nous parut passablement obscure: « Chaque crevasse de cet antique édifice est une bouche enlr'ouverle qui rit de la pompe passagère des demeures royales. »

Nous avions passé deux heures à peu près au milieu de la cité des morts, et nous eu avions visité les plus beaux édifices; il était temps de rejoindre nos Arabes : nous nous acheminâmes donc vers le premier tombeau que nous avions visité, toujours escorté de nos éperviers, accompagnés de nos chiens et côtoyés par nos fantômes; cependant, comme si ce cortège fantastique était, par une puissance supérieure, retenu dans sa ville funèbre il s'arrêta à la porte qui donnait sur la plaine des vivans. Nous en prîmes congé sans regret pour revenir à notre tente. Quelque temps encore nous entendîmes les cris des éperviers et le hurlement des chiens; mais, rassurés par le silence et par la nuit, les uns retrouvèrent leurs aires de marbre, et les autres leurs niches de granit : de sorte qu'au bout de quelque temps toute rumeur mourut et qu'aucun bruit ne troubla plus l'écho de la cité mortuaire, que nous avions pour un moment tirée de son sommeil éternel.

A notre retour, nous trouvâmes nos Arabes assis en rond autour d'un feu qu'ils avaient allumé, et se racontant des histoires. Derrière eux leurs chameaux, couchés et confondus avec le sable, dont ils ont la couleur, formaient un second cercle plus étendu : notre tente était dressée à l'écart ; c'était le moment de jeter un coup d'œil en masse sur cette troupe qui devait nous accompagner, et en détail sur ces hommes ù qui nous avions confié notre vie.

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