LE COUVENT DU SINAI
(.a journée du lendemain fui une des plus mauvaises que nous eussions encore supposées : le chemin était couveri de ca Houx amoncelés et arrondis qui formaient un lit mobile sur lequel les pieds îles dromadaires glissaient a iliaque pas. Nous entrions dans les gorges voisines du Sinaï, et la chaleur s'augmentait i uc ie de la réperenssitth du soleil sur les montagne* nues au pied desquelles nous passions. Jamais la h lie n'avait été si vivement de iréé; aussi, a peine arrivés, nous jciâmes-nous sous noire leu e. l'our la première lois, les A'a'ies, de leur côté, delaclicivnl la couverlure de leurs dromadaires pour dresser des abris, dont leurs longues lances fdrmaiehl les supports, i. es chameaux eux infimes, ces Infatigables coureurs du désert, paraissaient ressentir la (1111*6 influence de celte Journée, lis allongeaient languivaniment le cou et creiisaicni le sable avec leurs nasea k pour chercher au dessous de la première eduche une fialclu ur qui manqi ail a la surface Cependant, tj;ielt|nc besoin que nous eussions de rr|iOS, la halle lui coiiile. Il ful-
laii par ir de bonne hei re pour arriver avânl la nui i afin de choisir la place du campen enl. Nous rentrâmes dans le doin a des serpens, des lézaids ei autres reptiles.
Il ii y avait pas un souffle d'air, la chaleur eiail étouffante,
IMPRESSIONS DE VOYAGE. — QUINZE JOURS AU SlNAI.
les heures paraissaient éternelles, tés questions sur la distance a parcourir él lîehi toujours éludées par la fameuse réponse ■ - ( 'est là, accompagnée iiii geste correspondant La langue s'attachait au palais, él 1rs rayons du soleil, «pie ri'ôûs avions en face, nous huilaient le visage. Ce fut ee moment que Bécliara choisit pour donner à son cliant mie éiendne ci un ér'.al que nous ne lui avions pas connus jusqu'alors. Il parail.au reste. (|ae celle température infernale poussait les Arabes à la gaîlé, car un chœur général accueillit sort premier coilplel il se renouvela religieusi nieni a Ions les amies. Je ne connais r en de fatigant comme la liôiine musique lorsqu'on est de mauvaise humeur; on comprend do c combien le charivari que nous entendions devait tii'agacér les nerfs. C'est tout au plus si, avec la soif, la fatigué et la chaeur que j'éjirôuvais, j'aurais pu dans une bonne salle 'es Il ili-ns, éoui er le duo de la Sonnànlula ou la cavaiinede. bon Juan Que l'oit juge donc ce que c'était qde d'eniendre. juché a quinze pieds de h iileur sur une selle de buis, et avec le trot du chameau, un solo de Bécliara et un chœur de Bédouins. Cependant j'étais trop poli pour imposer sil me aux mélomanes, qui paraissaient d'ailleurs trouver leur concert si agréable que c'eûl été conscience de les détromper. Je profilai d'une pause potir demander à Rérhara la traduction des vers qu'il chaulait J espérais qu'en m'expliquant le sujet il oublierait la chanson. - Voila, me repondit-il en décrivant avec le bras un demi cerclé qui embrassait toute la contrée que nous avions devant i ous, voilà notre pays; n. lire tribu est la; nous allons revoir noire famille, nos f mniés el iiûs frères. Puis il reprît son chant de sa'ut a la patrie, et à chaque refrain répété par les Arabes,
les dr adaires, comme s'ils eussent eu aussi des frères,
des femmes él une famille, bondissaient de joie ainsi que les col ines de l'Ecriture. Cette j légressë générale fm enfin interrompue par l'Arabe qui marchait en tête. Il jeta un > ri et étendit sa lance vers l'horizon Nosyvnxse portèrent ilaus la direction indiquée, et nous apen, fines un point noir ù l'au'ie eitréttiilé de la vallée. Tonaleh lit un signe, et Ara ballah se lai ça au grand galop de son dromadabé, qui l'eiriporia avec nue si merveilleuse rapidii3 *{u"il diminua rapidement et parut, au bout de dix minutes, un second point dé la même dimension «pie celui qui l'avait alii é. Bientôt nous I?s vimes grandir eii réAënàiil vers nolis. Comme iiè noire coté nous al ions au devant d'eux, nous ne tardâmes' point a nous trouver en présence. I.e nouvel arrivant était un Arabe delà tribu qui, v naut d'Obéid, dans le Coidolan, avâil langé la rivière Blanche, que l'on ooit être une des sources du Nil, traversé la Nubie, suivi les bords de la mer Rdllge, el qui. avant dé se rendre au I àlré, où il allait chargé d une mis imi i|iii i ùt fait honneur à un philanthrope européen, av. lit voulu revoir sa famille, qu'il avait qui liée depuis ni £buit mois. La veille il était parti du camp ite Toualel), et le niaiin il avait fait Dallé dans l'endroit où nous devions nous armer le soir. Lorsque j fus au courant de ces diffère ifs ilélails. je pensai que e ne po .vais pas mieux in'a.lesser qu'au voyageur pour les ren-eigi.emens que je d, sir n- ob tenir, et ipi il pouvait me les donner plus précis que personne ; en coiisequrii c je m approchai Ite lui, el appela!)! à mon aide tout mou rep' ri- ire arabe, qui coniiiicucail à pi en dre une certaine extension, je I ii demandai:
— Y a l-il loin d'ici à la liai e?
— Dieu le sait, me rep unlil il.
Je vis que j'avais affaire à lin falâlislé, el ie résolus de revenir a liiini but par mu' circonlocution adroite.
— Combien' de temps as-tu mis, couiiiwai-jc, pour venir delà IciP
— Celui que Dieu a voulu.
Je ne me lins pis pour battu, et je repris :
— Arriverons nous avant la nuit/
— Si nleti e permet,
— Mai-eiilin. m'écriai -je Impatienté, arriverons-nous d'ici ù une heure?
Ce le f..i> sa figure commença a se contracter dans un sourire d'éiniiui nieul, connue si ce que je vu us de lui dire éiaii muii-iiiieux éllinpiaiicable. Mais bii ntùi se reptocliaûl
ce mouvement de dqitiç qui pouvait blesser l'omnipotence il'Alla ■■, son visage reprit toute sa gravite, ei il répondit avec l'expression de u lie foi qui transporte les montagnes:
— Dieu eM grand.
— Eh! qui diable en doute? m'écriai-je hors de moi. Mais ce n'esi pas de cela qu'il s'agit. Voyons, écoute-moi bien : je le demandpsi le lieu du campement est éloigné ou non?
Ah rs il étendit le bras droit dans la dln elihn v. rs laquelle nous marchions et nie fit la réponse sacramentelle :
— Ii est la.
O'tie fois je m'aperçus enfin que je tournais dans un cerele vicieux, el, le trouvant suffisamment éieiidu comme cela, je résolus de ne pis l'élargir par de nouvelles questions. Quanta l'Arabe, enchanté d'avoir rétrouvé des camarades, il revint avec nous, remettant au lendemain de continuer sa route. Trois heures après, nous arriva es.
Le premier aspect des localités nous promettait du moins une couche mnel euse : le sablé, d'une couleur rougeâire, élait d'une finesse et d'une propreté rxirénVs: pas un cail ou, pas un coquillage ne tachait sa surface unilorme. Malheureusement ces qualiiés remarquables avaient éié appréciées par des botes dont nous n'avions guère envie de partag r la couu'ie : on ne pouvait faire un pas sans rencontrer des vestiges de lézards et de. serpens, el ces traces se croisaient si nombreuses qu'on eût dit qu'on avait étendu sur la plaine un (ilet à mailles irrégiïliéiés. La nuit nous surprit sans que nous eussions pu trouver un terrain vierge : alors force nous lut de choisirait hasard e' de nous en rapporièr a la Providence. Nos Arabes piaillèrent notre tenie, nous y étendîmes nos tapis, an ris me d'en recouvrir quelque trou de lézard ou de serpent, ce qui est la chance la plus dangereuse, car le reptile, soit en essayant de sortir d sou gite soit en voulant y rentrer, attaque ordinairement l'obstacle, quel qu'il soil, qui lui en ferme l 'orifice.
Le souper fui triste; la journée avait été, comme nous l'avons dit, une des plus rudes que nous eussions encore supportées. Je n'avais pas grande confiance dans le repos de la nuit; je résolus, au reste, pour n'avoir rien à me re, ro lier, de lair une dernière palro lil'e autour de noire lente, t-l j'étais beupé lie ce soin, le corps a demi courbé et les yeux fixés sur le sable, lorsque Bécliara, qui me voyait eirer ça là comme une Ame en peiné, pensa iii'il était de son devoir de me distraire de rhà préoccupation el vint me rejoindre. Je lui demandai s'il nous fal ait juger de celle pairie qu'ij avait saluée avec des chants si mélodieux par 'e prospectus qu'elle nous offrait des là préiiii re nuit. Réebara me répondit quej'ap ireeierais le le> demain par moi-même le mérite de son payS; et, réponda'ni à lin question par une autre ques'ion, il me demanda si la France valait la presqu'île du Siuaï Jamais in eridga ion ne pouvait venir plus à son lieu pour aller reveiller jusqu'au fond de mon cœur les attaché; mens de la lei re n.iiale, si puissaiis el si religieux surtout sur le sol étra ger J'appelai alors à mon aide tous les souveuiis de la France, dont chaque partie s'offrait a ma méilioire entourée d'une poésie que je 11'avais pas remarquée Piir les lieux, el qui lii'apparaissail maint 'liant que j'en éiais éloigné Jr lui racontai la Norman lie avec ses liâmes fa'aises son Océan immense el orageux, M ses ca hedrales gp- Ibiques; la Ii etagne. vieille pairie des druides, avec ses forèis de chêne, ses dolmens de granit cl ses ballades populaires; le Midi, dont, les Romains avaient fait la province cliêj ie, tant ils l'avaient juge digne il être considéré a l'égaj de I Italie, el où i s ont 'ais-é ces gigantesques u omimeus qui rivalisent avec ceux de Rome; eiiliu le Diupliiné, aux
montagnes alpestres él aux val. ces d' erâude, avec la tra7
diiinii poétique de ses sepi merveilles él les arés-eti-ciei éhlouissans de ses cascades, don I je n'avais jamais plus regretté qu'en ce eoiiieiu le murmure bai ninnb ux el la fraîcheur délicieuse. Bécbira écoulait ce rcrit avec nii air oj doute • | u ■ adail croissant ; enfin il ne phi coiiieuii sou ëidiij ueiiiciit. el je vis qu'il était convaincu qu'eu ma qualité de peintre je m éiais fortement livie aux iapi ices de mou imanilialion dans ( es lalileaiix que je venais de lui liaeer Je lui détuaudài dune ce nu il trouvait ifëxtraoï'dinàlrë et d in-
OEUVRES COMPLUTES D'ALEXANDRE DUMAS
croyable dans mon récit; alors il se recueillit en lui-même, puis, après un instant de silence : « — Ecoute, » me répondit-il.
— Allah créa la (erre carrée. et couverte de pierres. Ce premier point achevé, il descendit avec les anges, se p'aça, comme tu le sais, sur la cime du Sinai, qui est le centre du monde, traça un grand cercle dont la circonférence louchait aux quatre côtés du carré. Alors il ordonna à ses anges de jeter toutes les pierres dans les angles qui correspondaient aux quatre points cardinaux. Les anges obéirent, et quand le cercle fut déblayé, il le donna aux Arabes, qui sont ses enfans bien-aimés; puis il appela les quatre angles la France, l'Italie, l'Angleterre et la Russie. Tu vois bien que la France ne peut pas être telle que lu la dis.
Je respectai le sentiment qui avait dicté la réponse deBéchara, quelque désobligeante qu'elle fût pour moi, et je m'abstins de répondre. Seulement il me parut curieux que ce fût justement dans l'Arabie Pélrée qu'ait pris naissance une pareille tradition. Quant a Béchara, il me crut vaincu, et, en ennemi généreux, il respecta ma défaile.
Nous nous rapprochâmes alors du cercle des Arabes, car je n'avais aucune envie de dormir. Le nouveau venu que nous avions rencontré dans la journée faisait les frais de la conversation^! Béchara, parmi les droits de l'hospitalité, lui avait cédé celui de la parole. Il racontait une longue histoire à laquelle je ne compris rien dans le moment, mais que Béchara me raconla ensuite.
Malek, c'était le nom de l'Arabe, se trouvait au Caire lorsqu'un voyageur anglais demanda un guide qui pût remonter le Nil avec lui et le conduire jusqu'aux bords de la rivière Blanche. Il s'offrit, quoique au-delà de Philoé il ne sûl pas davantage le chemin que celui qu'il te chargeait de piloter. Mais l'Arabe ne doule de rien, car au bout de la science humaine sa foi place toujours la puissance de Dieu. En effet, arrivé ù l'É.hiopie, il avoua franchement au voyageur qu'il croyait prudent a lui de s'adjoindre quelques naturels du pays. L'Anglais vit facPemenl que Malek avait trop présumé de ses connaissances géographiques; mais, comme dans tout le voyage il s'était montré guide complaisant et serviteur fidèle, il le garda pour lui servir d'intermédiaire auprès de ses nouveaux compagnons. Malek accompagna ainsi l'Européen jusqu'aux montagnes de la Lune. La ce dernier désira continuer son voyage a travers l'Abyssinie; mais Malek n'avait fait marché que pour le conduire jusqu'aux bords du Bahr-el-Abiad, ou la rivière Blanche, et il exprima à l'Anglais son désir de retourner vers sa tribu. La chose était trop juste pour donner maiière à contestation. Le voyageur paya le double de ce qu'il avait promis, et donna congé à Malek, qui acheta un chameau et revint à la manière des Arabes, ne suivant aucune route, et se guidant d'après les étoiles du ciel. Il atteignit ainsi le Cordofan, qu'il traversa dans toute sa longueur, tantôt bivouaquant avec son dromadaire, et manquant comme lui d'eau et de nourriture, tanlôt demandant l'hospitalité fi quelques pauvres cabanes de nègres, dans lesquelles il ne restait toujours, à son grand élonnemenl, que des vieillards déjà près de la tombe ou des enfans touchant encore ;iu berceau. Sur les frontières septentrionales de Cet état, et à deux journées d'Obeid, sa capitale, si l'on peui donner ce nom a un amas de mauvaises bulles, il reçut l'hospitalité dans une cabane habitée, connue de coutume, par un vieux nègre et par un enfant. L'enfant el le vieillard pleuraient, l'un redemandant sa mère, l'autre sa Bile. Le vieux nègre avait alors reconnu Malek pour un Arabe de la Basse-Egypie, et lui avait raconté son histoire. De Bon récit il ressort quelques détails, qui ne manqueront pasd'intérêl peut-être, sur les populations de l'intérieur de l'Afrique, si Inconnues avant noue époque.
Tous les ans le Nil déborde et ferlilise l'Egypte, et quoique Dieu ait fait ce miracle pour un peuple loui entier, c'est le pacba seul qui en profile. Les moissons de ses rives fertiles sont a lui, depuis Damieiie Jusqu'à Eléphanline, Mais au-delà viveni des tribus nomades et indépendantes dont toute la richesse, comme celle des anciens rois pasteurs, consiste dans leurs troupeaux. Les plus rapprochées sont
celles des nègres du Darfour et du Cordofan, et le pacha, en tournant les yeux vers elles, a plus d'une fois pensé à leur prouver qu'elles faisaient parlie de son empire, en levant sur elles des contributions humaines, au lieu des impôts de moisson et d'argent que lui paient ses sujels du Délia et de la Basse-Egypte. Lorsqu'une de ces résolutions est prise, ce qui arrive tous les trois ou qualre ans, il envoie un régiment de cavalerie et quelques compagnies de fantassins dans le Cordofan, el alors commence une chaese pareille à celle des rois de l'Inde contre les élépbans, les lions el les tigres. Un grand cercle est formé, qui va toujours se resserrant, et dont un point convenu, ordinairement une montagne, forme le centre. Femmes, enfans, vieillards, hommes, bestiaux, tous reculent devant le cercle mortel qui les enveloppe; puis enfin, comme ces bêles féroces du Caboul el du Décan, qui se trouvent réunies, malgré la différence de leurs races, dans qne'que forêt, ou acculées à quelque rivière, toutes ces populations différentes se trouvent ramassées contre la base, ies flancs ou la cime d'une montagne, qu'elles couvrent d'un lapis mouvant el bariolé, et qu'elles font retentir de cris poussés en vingt idiomes différens. Alors commence une de ces scènes de désolation dont on ne peut avoir aucune idée dans noire Europe, et comme on en trouve dans la Bible, lorsque Nabouzardan, général de Nabuchodonosor, emmena les Hébreux caplifs à Babylone. Chaque individu de ce peuple agit alors selon son caractère. Cenx qui comptent encore défendre leur vie combattent et se font tuer; ceux qui désespèrent se précipitent d'un rocher dans quelque abime; les faildes de corps et de cœur se cachent comme des reptiles au fond de cavernes d'où la fumée les forcera bientôt de sortir. Alors tout ce qui est bon à vendre, tout ce qui peut faire un serviieurou un soldat, une esclave ou une maîtresse, est pris, trié, appareillé a la manière des bêles de somme, conduit par troupeaux aux bords du Nil, et va peupler les bazars du Caire, de Suez et d'Alexandrie, ou augmenter les armées du vice-roi. Il ne reste donc que les vieillards, qui ne sont plus bons à rien, et les enfans, qui, cinq ans après, seront bons à quelque chose. Toute la génération intermédiaire a disparu en un jour, comme au temps ou Jéhovah, pour punir les persécuteurs de son peuple, frappait les premiers nés de l'Egypte, depuis le premier né de Pharaon, qui était assis sur le trône, jusqu'au premier né de la servante qui tournait la meule dans le moulin.
Or, cet homme et cet enfant chez lesquels avait logé Malek élaienl un père et un fils qui avaient, dans la dernière campagne, perdu, l'un une fille, l'autre une mère. Quant au ma»i, il avait défendu sa famille jusqu'à la dernière extrémité, et, voyant qu'il ne pouvait la sauver, il s'éiait précipi lé du haut d'un rocher; la fille avait été emmenée en esclavage; quant au vieux père et au jeune enfant, ils avaient été laissés comme capture inutile.
Alors le vieillard était parti; il avait longé la chaîne des montagnes qui s'étend du Darfour à la mer Bouge; il avait traversé le Bahr-el-Abiad , et était arrivé a Sennar, sur les bords de la rivière Bleue. Là, courbé toute la journée sur la rive du fleuve, il avait, pendant six mois, cherché dans le sable la poudre d'or qui y est mêlée ; puis il en avait échangé une partie contre des plumes d'autruche, et il était revenu dans le Cordofan, assez riche pour racheter sa fille. Mais ses forces, épuisées parle voyage de Sennar, lui avaient manqué pour celui du Caire, et il était couché dans sa cabane, pleurant sur ses richesses inutiles, lorsque Malek était venu lui demander l'hospitalité. Alors le vieillard lui avait raconté ses malheurs, el Malek lui avait dit : « Ma tribu habile la presqu'île du Sinaï : le Sinai esta huit journées du Caire; donne mol tes plumes d'autruche et la poudre d'or, et j'irai au Caire racheter la Hlle. »
El Malek accomplissait, lorsque nous le rencontrâmes, In saint engagement qu'il avait contracté en échange de l'hospitalilé qu'il avail reçue.
La caravane d'esclaves, ainsi enlevée au Cordofan et au Darfour, suit les bords de la rivière Blanche jusqu'au lieu
OÙ elle se Jette dans le Nil, Arrivée là, comme le |]eu\e l.iil,
en s'enfonçant vers le nord, un circuit de cent cinquante
IMPRESSIONS DE VOYAGE. — QUINZE JOURS AU SINAL
lieues à peu près, les durs pasteurs de ce troupeau d'hommes Jugent inutile de suivre ses rives. Alors toute cette troupe de cavaliers, de fantassins, de prisonniers, se prépare a traverser les soixanie-dix lieues de désert qui s'étendent depuis Halfay, où ePe quille le Nil, jusqu'à Corli, où elle le retrouve; on prend des vivres pour huit jours, on remplit les outres, et on s'élance à travers cette mer de saule chauffée par le soleil du tropique. Une fuis partie, rien n'arrête plus la caravane; la nécessité la pousse, en lâchant après elle les deux dénions du désert, la soif et la faim; elle va tant que le jour dure, comme les vagues devant la tempête. Les malades tombent, et nul ne s'arrête pour les relever; les mères qui n'ont plus de force pour porter leurs enfans se couchent près d'eux et y restent ; les hyènes et les chacals suivent de loin la caravane, comme les loups suivaient l'armée d'Attila; chaque soir on s'arrête sur une ancienne station, que l'on reconnaît à ses ossemens, et chaque matin on repart, laissant quelques cadavres qui augmentent l'ossuaire. Enfin, après huit jours de marche, ou plutôt de course, toute cette troupe arrive, épuisée, haletante, diminuée d'un tiers et quelquefois de moitié, à Corti ou à Dongolah, où elle retrouve le Nil, qu'elle suit alors sans interruption jusqu'au Caire. Parfois aussi il arrive que le simoun s'élève comme un géant, plane sur la caravane en secouant ses aies de feu, et que maîtres et esclaves disparaissent dans les sables nubiens, comme jadis l'armée de Camhyse dans les solitudes d'Ammon. Alors le pacha attend vainement soldats et prisonniers; le temps s'écoule, il s'informe, mais leur bruit s'est éteint, leur trace s'est effacée, et ils ont disparu comme un seul homme sous les pieds duquel la terre aurait manqué tout ù coup.
Je ne sais si ces récils peuvent émouvoir le citadin qui les écoule au sein de sa ville et au coin de son feu, mais je sais que, dans le désert, quand on a souffert toute la journée de la chaleur, de la soif et de la faim, quand on voit se soulever à l'horizon ces vagues de sable que le souffle du kamsin peut faire rouler sur vous, quand on entend autour de soi le sauvage concert des hyènes et des chacals, ils ont une puissance suprême et solennelle. Pour moi, leur influence, jointe à la crainte des reptiles, me valut une des nuits les plus méditatives que j'eusse encore passées; heureusement nous devions arriver le lendemain au Sinaï, et celte espérance était un baume à toutes nos fatigues, un dictante à toutes nos douleurs.
Nous saluâmes, en nous réveillant, un soleil magnifique, qui nous promettait une belle mais chaude journée. Nous continuâmes notre roule au milieu de la plaine de sable où nous étions engagés; puis nous entrâmes de nouveau dans une de ces ouatldi pierreuses aux montagnes vulcanisées et aux parois granitiques, le long desquelles les rayons du soseil ruissellent comme des cascades de lumière. Nous nous épouvantions d'avance de notre balte du midi au milieu d'une pareille fournaise, lorsqu'à l'un des détours de cette vallée nous nous arrêtâmes muets de surprise cl d'admiration. Les montagnes les plus magnifiques de Ion el de forme se dessinaient devant nous dans leur sévère nudité, sur un ciel d'un bleu céleste. C'était bien là le théâtre des grandes scènes que raconte l'Exode. Ces niasses de granit étaient bien dignes d'être choisies par Dieu pour son trône, et la voix du Seigneur ne pouvait pas trouver, je crois, par tout le monde, un lieu plus sévère et plus solennel où donner à Moïse les lois qui devaient régir son peuple. El devant cette nature muette, nue et désolée, où pas une trace de végétation ne perce entre les roebes stériles, les Israélites durent comprendre qu'ils n'avaient de secours à attendre que du ciel, et d'espérance i mettre qu'en Dieu. C'était au milieu de ce paysage primitif que nos Arabes, admirateurs comme tous les peuples sauvages, des grands spectacles de la nature, avaient choisi leur patrie. Cet horizon qui sedéroulaii a nos
yeux i .ail Celui qu'ils saluaient a Chaque lever el à chaque
coucher du soleil. Aussi, Impressionnés comme noua ù l'as-
peel d ce pt raina grandiose, el, de plus, attendris du
retour dans la patrie, II» cessèrent tout bruli ri toute con-
vcrsaiion; et la caravane, apn ■ mi repos d'un iuslaiii
mandé par la surprise, reprit sa route muette et recueillie, tandis que nos dromadaires, en se mettant d'eux-mêmes à une allure plus rapide, nous indiquaient qu'ils n'étaient pas plus insensibles que leurs maîtres à l'amour de la patrie. Après cinq heures de marche dans ce splendide désert, nous aperçûmes de l'autre côté du ravin le campement de ia tribu d'Oualeb-Saïd.
Les tentes étaient nombreuses et formaient un grand cercle. Quelques-unes, plus élevées, appartenaient à des cheiks; toutes étaient contiguës, et un seul passage, pratiqué par l'éloignementde deux d'entre elles, formait l'entrée du camp. Ces tentes n'avaient pas la forme des nôtres; elles étaient composées de longues pièces faites d'un tissu de laine et de poil de chameau, à bandes blanches et brunes, et jetées suides tiges de roseaux soutenues transversalement par des supports de bois. Les deux bouts de celle étoffe, après avoir formé un dôme carré, retombaient de chaque côté sur la terre, et y étaient maintenus par de grosses pierres qui pesaient sur les extrémités. Les lentes des cheiks, que nous avons déjà dit être plus grandes que les autres, étaient élevées sur le même modèle; seulement, d'un roseau placé transversalement, pendait une pièce d'étoffe qui, tombant jusqu'à terre, divisait la tente en deux compartimens. Dès que nous fûmes signalés, nous vîmes sortir de chaque tente des ligures agitées; puis bientôt le camp tout entier, ayant reconnu les frères qui lui revenaient, s'élança au-devant de nous avec des cris d'allégresse et des gloussemens pareils à ceux que nous avions entendus à la procession nuptiale du Caire. Les femmes étaient en tête avec les enfans, et nous nous faisions déjà une fêle de pouvoir les examiner de près, lorsque tout à coup elles prirent la fuite. Elles avaient reconnu des Nazaréens dans la caravane. De leur côlé, nos gardes ne tirent pas un signe pour les retenir, de sorte qu'au bout d'un instant nous les vîmes se précipiter pêle-mêle dans le camp, et disparaître sous leurs tentes respectives, comme des abeilles effarouchées qui rentrent dans leurs nulles. Les vieillards, les guerriers et les enfans restèrent seuls. En quelques minutes nous les joignîmes, et arrivés près d'eux, nos dromadaires s'agenouillèrent d'eux-mêmes, sans attendre le signal de Toualeb.
On nous présenta aux anciens de la tribu, qui nous firent entrer dans la lente qui avait la plus belle apparence'; celait celle de Toualeb. Noire chef nous en lit gracieusement les honneurs en nous y faisant asseoir et en s'asseyanl luimême près de nous avec les plus considérables de ses compagnons. Quelques instans se passèrent à savourer la frai cheur de l'ombre, et l'on apporta une sébile de bois plein;' d'une crème si éblouissante de blancheur, que la vue seule en rafraîchissait. Je me tournai vers Abdallah, lui montrant des yeux celle merveilleuse sébile, mais il répondit à mon regard par un signe de dédain que j'attribuai au mépris que lui inspirait, pour les préparations rustiques de la tribu d'Oualeb-Saïd, la science culinaire qu'il avait étudiée dans la capitale. Après quelques cérémonies qui me parurent fort longues, tant celte crème me taisait envie, monsieur Taylor se décida a plonger la main dans la s'bil-, prit une cuillerée de crème el la porta à sa bouche ; toutefois, à mon grand étonnement, je ne lui vis, après l'avoir goûtée, manifester aucun signe de satisfaction; il n'en acheva pas moins, il est vrai, ce qui restait de la liqueur dans le creux de sa main, avec une physionomie calme en apparence , mais dans laquelle il me semblait reconnaître bien plutôt là puissance d'un homme maître de lui que la béatitude d'un convive altéré qui trouve enfin a se rafraîchir. 'Profitant alors de cette sage lenteur arabe qui, dans les occasions solennelles, place un intervalle de quelques secondes cuire chaque phrase, chaque mouvement ou chaque action, je demandai à monsieur Taylor comment il trouvait le breuvage bucolique qu'on venait de nous apporter. « Mars, me répondit-il ave, une philosophie parfaite, cela ne ressemble a rien de ce que vo is connaissez; goûtez, c'est étrange.» Cette réponse m'avait bien donne quelque défiance; mais rassuré par l'apparence appétissante de cette malheureuse crème, j'y plongeai la main a mon tour, et, la portant à ma bouche, j'avalai tout
te
OEUVRES COMPLETES D'ALEXANlïïlF. DUMAS.
ce qu'elle avait |ui contenir d'une seule gorgée. La surprime fui horrible, ei, nioiiis boa diplomate que mon a ni. je la trahis à l'uistanl même, non-seiilenien| par l'expression de mm visage, mais encore pjir mes paroles. Je dr mandai de l'eau :ï grands cris, on m'en apporta aussiioi une gargimtelie p eiiie «tue j'ava'ai sans pouvoir clia -ser le goûl qu'avait laisse celle infâme préparation. Je lis signe qu on m'en doiin 'l une seconde, et je l'en ployai, moitié comme la première, moiiié ù me rincer la bouche. Abdallah, sur lequel mes yeux >fl".irés s'arrêtèrent par hasard pendant que je me livrai à cet exercice, me regardait comme un homme qui avait parfaitement prévu ce qui v. nait d'arriver, mais qui n'avait pas voulu se priver de cet agréable spectacle.
Celle espèce de plai était compo ée. ainsi que je l'ai su depuis, de fromage de lait de chamelle d'huile et d'oignons coupés en morceaux gros comme des pet ils pois; on baliaii le lout ensemble en y joignant que qnes ingrediens tout aussi homogènes, et il résuliaii de cet impur méange le poison que l'on nous avait servi. Au reste, noire répugnance, était tonte européenne, a ce qu'il parut, car à peine Mayer eut-il fait avec le même résultat l'essai qui m'avait été si funeste, que les Arabes se jetèrent sur la sébile pi ine, et mangèrent avec délices cette préparation, qui nie dégoûta du lait pour tout le voyage.
Fendant qu'ils expédiaient ce premier service, j'examinais curieusement l'intérieur d'une de ces tenles qui n'ont pas subi d'altération depuis Abraham, et dont Isiuaël a transporté la tradition de la terre de Çhanaan au fond de l'Arabie Pélrée. Je suivais donc des yeux une de ces lignes brunes formées pai la laine des brebis noires, lorsqu'il me sembla voir passer à travers l'é olfe une lame de poignard. Elle glissa, laillant la laine dans une longueur de deux pouces à peu près, puis elle disparut ; deux doigts fins et déliés aux ongles peints en rouge, lui succédèrent, écartant les lèvres du lissu q re la lame venait de séparer, et un oeil noir et brillant parut entre les deux doig s; c'étaient les femmes arabes qui, désireuses de voir des Nazaréens, et cependant ne voulant pas èire vues par eux, n'avaient pas trouvé de meilleur moyen de satisfaire leur curiosité ei de ne point désobéir à ta loi, que de pratiquer cette peiiie ouverture a laquelle un œil nouveau succéda de cinq mi nu es en cinq mi miles, pendant tout le temps que nous demeurâmes assis sous la tente de Toualeb..
Cependant, tandis que ces dames nous exan, inaient îi loisir, leurs maris avaient fait disparaître la crème a l'huile et aux oignons qu'on nous avait d'abord offerte. Du énorme plat rie riz lui --uciéda; mais relie fois, instruit par l'expérience, je n'y goûtai qu'avec les pré. aillions née ssaires. < e nouveau mels avait du moins l'avantage de n'avoir aucun gnùi bon m mauvais; il élaii cuii a l'eau, et s'il n'alfnan d.iii pas beaucoup le palais, du moins il ne soulevait pas le cœur.
Le repas fini, omis s 'ngp.Ames a payer noire hospitalité par des préseus Mousa^'i qs avec nous quelques mouchoirs aux coule rs v|vf s ei variées, que nous distribuâmes, aux petits Araire, lu étaient trois enlièremeul nus. ci ponaienl an cou, fusp tidu a une Iressc de crin, nu grclni. ijpnl je demandai l'usage. J'appris alors que, le soir, lorsque la tribu va 6e livrer an repos, on fait rentrer dans l'enceinte d'abord les dromadaires, cpsuile les moutons, pnis enfin les en fans Qu cpmplc chaque trouprau, rn suivant l'ordre que lui assigne son importa;, ce ; ci si quelque enfant manque a l'appel, les pareils se mettent eu quête, appelant ctécouiaw. A défaut de la voix, le brui de la r loi huile les guide, l'eufant égaré ou fugitif est retrouvé qu repris, rt ramené ■
camp, qui ne se ferme 'l'11 lorsqu'il est bieu recou |u'il ne
manque aucune télé.
Au relie, ce- enfuis, si petits qu'ils lussent, él.rienl d'une
adresse merveilleuse pour se faire a l'instani des draperies
ou îles m h mei s a»ec tes moqi hoirs que is leur donnions.
il les r.Hii.in m eu turban a iv. t >ur de leur lêie u'imprnvialeni une cotte, ou les laissaient pendre çu mauieatix, cl presqu« parpre >■ ilei i p gini lie goût, -i en
dessinai quelques-uns, Irop pieoi , opes p,rr leni p/io pour
s'apercevoir (| ne j'escamotais leur ressenibhnce, que, dans toute autre circonstance, ils ne se seiaieiil pas facilement décidés a me laisser prendre
Nos guides, pour nous remercier de nos bons procédés k leur égard, ci peiii-éire aussi pour prolonger de quelques heures notre h le dans leur tribu, voulaient ajouter au lait et au riz 1- hurouf muchi ou le miuiion cuit sous la braise. Nous refusâmes Stoïquement, onirique ce fil I sans cnnlredit le meilleur plal de la cuisine arabe. Nous n'étions plus qu à quelques heures du Sinaï. Nous avions hâte d'y arriver, et' pi'tii y être avant la nuit, nous n'avions pas de temps a perdre.
Les adieux se firent avec la dignité arabe. D'ai'leurs, celle fois, la séparation n'était pas longue. Noire escorte qui ne pouvait entrer au couvent, revenait la même nuit. Nous enfourchâmes donc nos d'omadaires sans trop de retard, et. au bout d'une demi-heure, nous entrâmes dans l'oasis Sainte- Ca berine. qui conduit au pied du Sinaï. Le chemin estniontueux difficile, escarpé; mais nous touchions au but, et celle idée aplanissait le chemin, embellissait la route, adoucissait les p< nies. Le soleil lui même, quoique dévorant, nous semblait diuix et plus léger à supporter que la veille. Cependant ce rude chemin durait depuis deux heures, et nous commencions, malgré l'influence morale, a ressentir une faligue physique réelle, quand, au deiour d'un énorme rucher qui Huns masquait l'horizon, nous nous trouvâmes au pied de la montagne Sainte-Catherine élevée comme une reine au dessus de ses voisines. A gauche se dressait, la dépassant de toute la cime, le magnifique Sinaï, et, sur le revers orienta] du mont sacré, au tiers à peu près de sa bailleur, nous apparaissait lecouvenl, puissante forteresse bâtie en qnadrilatè e irrégulier, tandis qu'au côté nord, un vaste jardin, qui descend le long de la dernière colline, rattachant la montagne à la vallée, entouré de murs moins liants que ceux du couvent, mais cependant à l'abri d'un coup de main, réj', ni sait, par la cime des aihres, l'œil déshabitué de verdure.
Le Sinaï est le point culminant de la chaîne de montagnes qui s'élève connue l'épine dorsale delà près mile, et qui redescend i-qprii ieiisemeni et dune manière heurtée jusqu'à la m r Bouge, où sis dernières dénis de granit se perdtnt dans un sable doré.
Au moment où nous allions atteindre les murs du jardin, qui s'élèvent au-dessus du sentier, un Arabe, richement vêtu, passa près de nous, nous adressa un salut que nous lui !•■ uitimes, s'approcha de Toualeb, avec lequel il échangea quelques mois; puis il continua sa route, suivant le chemin d'où nous venions Nous continuâmes alors de longer les murs interminables du jardin, a l'ombre desquels, rie pas en pas, nous rencopl rions de misérables Bédouins nus et déguenillés, attirés par le voisinage du monastère, et vivant a usi de la i harilé des n oines, comme les pauvres, à la porte de nos églises, % i v»-n de l'aumône des lideles.
Enliii, aux murs du jardin surerderrn les murs du couvent; après de- faligues inouïes, flops mu liions au port que le dévouement des chieiiens a mi conserver aux voyageais sur cri océan de sable cl au mili u de ■ es rochers de granit. Celait notre lerre promise cl je dôme que les Israélites aient pus viveinenl désiré la leur que nous celle-ci.
Néanmoins un simple coup d'œil me convainquit que nous n'étions pas encore arrhes au terme, du chemin, Nous voyions bien un mur, mais a ce mur nous cherchions vainement une porie. Çepi ndanl, n la nioiiré de cette façade, qui était celle tournée vers l'orient, Toualeb, à notre giaude surprime, donna le signal de la halle en gloussant les i hameaux. ( eux ci s'ageiiouii cieni comme d'h-doiu'ie, cherchant l'ombre que les bailles mu ailles pnqeiaicnt (levant elles» Quoique trois lie comprissions l'as parfaiieinent les C-tUSi s île la s alii'ii. nous ne nous an éiâmes pas moins. Au même iiisiairt une fenêtre abritée par un anv m s'ouvrit, et
un moine grec, vêtu ri ir, la lêt'- couverte d'un chapeau
rond sans rebord, avança a,veo précaution la te e, afin d'examiner a quelle espe e île -eus il avait allaire. Nous nous séparâmes alors des Arabes, cl nous nous approchâmes de la
MTOESSIONS DE VOYAGE. — QUINZE JOURS AU S1NAI
fenêtre, élevée de trente pieds à peu |ins, ei nous adressait! au ealoyer, nous lui «Huit* s que nous plions Français, ci que Bous venions tin Caire pour visior 'e couvent. Il nous de manda alors si nous avions des leiires de la succursale. Fions lui montrâmes celles que nous avaient données, aux sources de M ïse, les deux moines que ii"us avions r nrnntres. Aussitôt une corde descendit ; c'eiail le facteur du couvent. Nous y a 'tachâmes nos dépêches; elle remonta. Le moine les prit et disparut avec elles.
Nous ne savions pas ce que contenaient ces lettres ; nous n'avions pas pu les lire, écrites qu'elles étaient eu grec, moderne; d'ailleurs nous ignorions le rang de ceux qui nous les avaient données, et si leur recommandation était assez puissante pour nous ouvrir les portes de la sainle forteresse. On devine donc combien nous parut long le quart d'heure qui s'écoula sans que nous vissions reparaître le ralover, qui portail avec lui notre seule espérance. Qu'allions nous faire si ies 'ettres étaient insuffisantes, et si l'entrée nous était refusée? Retourner an Caire, après avoir fait cent lieues à travers le désert pour ne contempler nue le» murs du couvent, c'était, quelque pittoresques qu'ils fissent, une bien mortifiante perspective. Nous nous regardions donc les uns les autres d'un air asse?. piteux, lors pie la fenêre se rouvrit, et les moines vinrent les uns après les autres je er les yeux sur nous. Nous nous étudiâmes aussi ■ ôt a donnera nos physionomies l'air le plus prévenant possible. Il paraît que ni>u- réussîmes a leur inspir-r une parfaite confiance, car, après une ■ ourto conférence, que deux pères, qui paraissaient très inOuens dans la communauté, eureql ensemble, la corde fut descendue de nouveau, mais celle fois garnie d'un crochet. Nos Arabes déchargèrent aussitôt nos cha meaux. Cette corde venait chen lier les bagages, qui, sans qu'il fût le moins du monde encore question de nous commencèrent leur ascension et disparurent successivement, dévorés par cette gueule ouverteaii milieu de la face du mur. Nous demandâmes à Bêcha ra l'explication de celle étrange conduite ; mais il nous dit que c'était la manière de procéder des moines, qui employaient ce moyen de peur de siupris". mais qu'après l'ascension de nos paque js, notre tour viendrait immédiatement. En effet, le dernier ballot m1 nié, la corde resta un instant invisible, puis repirut avec un bâton lié en iraver- à son extrémité ; c'était notre selle.
Déchara nous expliqua alors une chose que nous ignorions complètement, c'esl que le couvent du Sinaî n'a pas de porte. Les moines ont cru devoir prendre cette précaution quelque incoiivénieni qu'Ole présentât, afin d'ère loujoursa l'abri d'une surpri e. Nous devions donc prendre le chemin de nos paquets: celait celui que les bons pères pratiquaient eux-mêmes, et qu'il nous fallait adopter, à moins que les moines ne se décidassrnl a faire pour nous ce une les Troyeus avaient l'ail pour le cheval de bois, ce qui nViait pas probable. Quant à noire escorte, e.le ne pouvait nous accnmpagm r dans l'intérieur du couvenl et devait retourner a sa tribu. Nous primes congé de Touatpb, de Bécliara cl de i pu te la troupe, après êiro convenus avec elle que, vers le malin du huiiii me jour, elle viendrai! nous reprendre pour nous ra mener, selon les conventions faites, au Caire. Pendant que
je reg'ais ces nouvelles dispositions avec nos guides, n
sieur Taylor sollicitai! et obleuaij l'entrée du couvenl pour Ahdallah el Mohammed.
Cep> ndaui, soit intérêt, soit curiosité, nos Arabes ne vou,lurenl pas nous quitter que l'ascension ne lui finie. Mayer, en sa qualité d'officier de marine, nous mou ira la rouie. Il enfourcha le bâton a la manière des peinires en, hàiimens qui se balancent dans les rues de l'aris au-d>ssus de a u'te des passans; puis aussitôt qu'il eui faii signe qu'on pouvait commencer la cérémonie, il s'enleva majestueusement dans les air-, parvenu a la bailleur de \n croisée, un frère vigoureux le lira à lui, comme il ayail faii de pqs pa nets. ei le déposa eu lieu de sûrelé IN 'lis suivîmes son exemple, non, pour mop compte, e l'avoue, nans quelque répugi ance, ei nous aillâmes i bon porl ; Abdallah et Mohammed nous
Suivuenl.
Quant ù Toualcb, aussitôt qu'il vil le dernier de nous en-
tré, il donna à son lour le signal du iléparl, el tome la ironi e. après nous avoir salués de la main el de la voix, repartit a^i grand galop je scs dromadaires.
LE MONT HOREC.
Nous filmes reçus admirablement par les pères. L'un des deux moines que nous avions rencontrés aux sources de Moïse, celui-là justement qui nous avait donné des leitres, élaii If supérieur, el sa recommandation é:ait pressante.
On nous ç.onduisij au-siiol a irois cellules coniiguës. fort propres et garnies de divans recouverts de lapis d'un beau dessin ; on nous y laissa le temps de faire noire toilette, pendant laquelle on nous apporta du café et de l'eau; puis, quelques minutes après, on nous prévint qu'une collation vciK.ii de nous être servie. Nous passâmes dans une chambre où nous trouvâmes une table dressée et couverte de riz au (ait, o'o'iifs, d'amandes, de confitures, de fromage de chamelle el d'eau-de vie de dalles distillée au couvent, et qui, étendue dans de l'eau, forme une boisson délicieuse. Mais ce qui nous loucha le plus le cu>ur dans celte somptuosité, ce fui du pain frais, de véritable pain, comme nous n'en avions pas mangé depuis quatorze, jours.
A la lin du repas, la communauté tout entière entra dans noire réfectoire. Les bons pères venaient nous féliciter de notre arrivée et se mettre à nos ordres pour loul ce que nous pouvions désirer. Nous demandâmes à visiter le couvenl quoique nous fussions borrib 'ement fatigués ; mais notre impaiience l'emporta sur notre lassitude Un des pères mai cha devant nous, el nous nous mimes a l'instant même en roule.
Le couvent, placé sous l'invocation de sainte Catherine, ressemble à une pelile vi le fortifiée du moyen-âge; il renferme environ soixante moines ei trois cents domestiques, occupés de tous les travaux de la maison el de ceux plus considérabb s du jardin. Chacun a son emploi particulier dans pelle petite république; aussi l'on est frappé tout d'abord, en parcourant les mes ou couvent, de l'ordre et de l'extrême propreté qui y régnent. Partout l'eau, le premier besoin des habitans de l'Arabie, jaillit pure et rafraîchissante, et. sur lotîtes les sui faces blanches des murs, grimpe cl s'étend une vigne qui réjouit les yeux de sa verte draperie.
L'église est une conslriiciion romane; elle date de celle époque de transition entre le byzantine! le gothique. C'est une basilique terminé- par une abside d'une époque plus ancienne que le reste de l'édifice, et doni les parois sont recouvertes de mosaïques dans le goal de celles de Sainte-Sophie de Coiislaiiiinople et de Moul-Uéal de Sicile. Une double rangée de colonnes de marbre, surmontées, de chapiteaux lourd dans leurs for s el l wanrs dans leur ornementalion, supportent des arcs a plein cintre, au dessus desquels
s'oinrein de petites croisées peu distantes de la voùle, ou plmôi i\u plafond eu bois de ceiirc sculpté, enrichi de moulines d'or. Les ornemens de l'aulcl, dune richesse extrême el ires nombreux S"nl presque omis d'origine ou de forme russe Les murs inférieurs sont recouverts de mai lire que les religieux nous assutèreul venir de Sai nie-Sophie; le jubé, qui si'pic l'église en deux pariies, esl de niar re rguga . \\t\ Chrisi, dune dimpUSion colossale, le. domine, cl, chose étrange, ce goni d'ornement, qui faii le priunpai caractère de l'arl by/antin esi étendu jus m'a la croit où est cloué Noire ' igueur ; crue croix esl donc el enrichie île sculptures ires unes el lies capricieuses, eu f< rme de coins de cadres.
Quant aux mosaïques qui sont dans l'abside, elles repré-
ŒUVRES COMPLÈTES D'ALEXANDRE DUMAS
sentent Moïse frappant le. rocher pour en faire sortir les eaux, et Moïse devant le buisson ardent. L'abside est bâtie sur un lieu saint, et l'autel repose sur l'endroit même ou Moïse, tandis qu'il gardait les troupeaux de son beau-père, étant venu pour reconnaître le buisson ardent, entendit la voix de Dieu qui l'appela du milieu du buisson, et lui dit : « Moïse, Moïse! » et Moïse, lui répondit : a Me voici. »
Et Dieu ajouta : a N'approchez pas d'ici ;ôlez les souliers de vos pieds, car le lieu où vous êtes est une terre sainte. »
Il dit encore : « Je suis le Dieu de votre père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. » Moïse se cacha le visage, parce qu'il n'osait regarder Dieu.
Le Seigneur dit :« J'ai vu l'affliction de mon peuple qui est fin Egypte; j'ai entendu le cri qu'il jette à cause de la dureté de ceux qui ont l'intendance des travaux.
» Et, sachant quelle est sa douleur,je suis descendu pour le délivrer des mains des Égyptiens, et pour le faire passer de cette terre en une terre bonne et spacieuse, en une terre oit coulent les ruisseaux de lait et de miel, au pays des Chananéens, des Hélhéens, des Amorrhéens, des Phérézéens, des Gcrgéséens, des Hévéens et des Jébuséens.
■ Le cri des enfans d'Israël est donc venu jusqu'à moi ; j'ai vu leur afflii lion, et de quelle manière ils sont esclaves et opprimés en la terre d'Egypte.
» Mais venez, et je vous enverrai vers Pharaon, afin que vous tiriez de ses mains les enfans d'Israël, qui sont mon peuple, ii
L'abside examinée dans tous ses détails, nous passâmes aux sacrist es et aux chapelles latérales. Partout les murailles sont tapissées de tableaux du Ras-Empire, d'une étrangeté saisissante, mais pleins de grandeur et d'élévation.
En sortant de l'église, nous nous arrêtâmes pour en admirer les portes. Elles sont divisées en compartimens carrés, dont chaque panneau renferme un émail de la plus belle conservation et d'un dessin parfait. Puis les moines nous conduisirent à la mosquée ; car le couvent grec, en signe de servitude, a été forcé de faire élever dans ses murs sacrés une bâtisse turque: c'est le cachet du G r mari qui lui permet d'exercer sur cette terre musulmane le culte chrétien. Les pères nous firent bien remarquer qu'elle était croulante et abandonnée; mais telle qu'elle est, elle suffit à l'orgueil mahoniélan,ct chagrine et humilie les pauvres cénobites audelà de toute expression.
La bibliothèque, ou l'on nous conduisit ensuite, renferme une foule de manuscrits que les moines n'ouvrent jamais, et dont on ne connaîtra la valeur et l'importance que lorsque quelque jeune savant de 1 Europe ira s'enfermer un an ou deux au milieu de ses poudreuses tablettes. Quelquesuns ont des reliures en bois avec des arabesques d'argent. Lu Nouveau-Testament, que l'on nous montra, est, s'il faut en croire la tradition, entièrement écrit de la main de l'empereur Théodose; il est orné des figuies des quatre évangélisles,d'un portrait de Jésus-Christ, et de quelques peintures représentant les principales scènes de l'Evangile.
Nous visitâmes ensuite, et lesunesapiès les autres, vingtcinq petites chapelles qui sont dans les différentes cours du couvent; toutes sont remarquables par leur richesse d'ornementation et par le caractère byzantin des peintures qui les couvrent. Puis notre guide nous mena dans un souterrain voûté, d'une pente assez douce; arrivé à son extrémité, il ouvrit une porte de fer, et nous descendîmes dans le jardin.
Ce jardin est une merveille de patience et de travail. Il a fallu, à dos de dromadaire, faire venir d'Egypte de la terre \ . laie prise au bord du Heine, et l'étendre sur les lianes de e.r.iiiii de la montagne, à une épaisseur assez profonde pour que la lige de , grands arbre i pût y enfoncer ses racines ; puis, en dirigeant les eaux supérieures, former un système d'iri igalion qui combatill l'activité dévorante du soleil ; rntin se vouer a un travail de tous les Jours de toutes les heures, de toutes les minutes, pour élever el conserver les plantes délicates sous ce climat de feu, où le soleil semble une plaqne de fw roui l6i II esl vrai que, comme aux anciens Jours, on dirait que Dieu parle encore fi ses fidèles parla vois dm mlraolest Les plus beaux arbres el les meilleurs
fruits que j'aie jamais vus sont la récompense de ce travail, où dans les comrnencemens il dut certes entrer plus de foi que d'espérance; les raisins surtout rappellent ceux que les envoyés d'Israël rapportèrent de la terre promise; une grappe, que, nous détachâmes du cep qui la portait, pesait dix-huit livres.
Nous continuâmes notre promenade sous des orangers embaumés, dont les parfums et l'ombrage nous semblaient plus délicieux encore après les halles brûlées et les courses dévorantes des jours précédens; à travers leurs branches, dôme délicieux de verdure pour des voyageurs qui depuis si longtemps n'avaient d'autre abri que la toile aride d'une tente, on apercevait un ciel blond, sur la surlace duquel glissaient quelques rayons roses envoyés par le soleil couchant, puis, nous faisant tressaillir à chaque instant comme si nous craignions de nous tromper, le murmure d'une source qui jaillissait de quelque rocher. Il faut avoir vécu dans le désert pour comprendre ce qu'il y a de joie pour l'œil et pour l'oreille à voir des arbres et à entendre le murmure de l'eau, aspects et bruits si fréquens sur notre terre d'Europe, que l'on ne comprend pas, lorsque l'on n'a habité qu'elle, que de si vulgaires jouissances puissent un jour nous faire battre le cœur.
A l'extrémité de cet Eden, nous trouvâmes Mohammed et Abdallah en conversation animée avec le jardinier. A peine ce dernier nous eul-il aperçus, qu'il vint à nous et nous salua en disant : « — Bonjour, camarades. » Ces deux mots français retentirent autour de nous comme un écho lointain et délicieux de la patrie. Nous nous empressâmes d'y répondre dans la même langue; mais, hélas I toute la science du pauvre jardinier se bornait à ces deux mots. C'était un Cosaque qui avait assisté, en 1814, à la prise de Paris, et qui, pendant l'occupation, avait appris quelques phrases françaises qu'il avait oubliées depuis, ne se souvenant que des paroles sacramentelles dont il nous avait salués; de retour dans la Tartarie russe, son maître, chrétien grec très zélé, l'avait envoyé au couvent du Sinaï, où il résidait depuis une dizaine d'années.
Cependant la nuit descendait avec rapidité; nous rentrâmes par la porte de fer qui protège de ce côté le couvent contre les attaques des Arabes, et, pour la première fois depuis longtemps, nous dormîmes d'un sommeil que ne vinrent trouliler ni la crainte des serpens ni les féroces concerts des chacals el des hyènes.
Le lendemain nous nous levâmes avec le soleil; nous devions, dans celle journée, gravir le Sinaï et visiter tous les lieux consacrés par Moï>e. Nous nous acheminâmes donc, sous la conduite d'un des bons pères qui voulut nous servir de. guide, non pas vers la porte, mais vers la fenêtre; nous enfourchâmes le bâton comme nous avions fait la veille ; le cabestan tourna doucement en sens inverse, et au bout de cinq minutes nous nous retrouvâmes tous les quatre au pied de la muraille. Aussitôt la corde reprit sa route, et, rentrant par la croisée, interrompit de nouveau toute communication entre le désert el le couvent.
Le mont Horeb est un mamelon du Sinaï, dont il cache la cime, de manière que de la plaine on ne peut pas l'apercevoir. Nous prîmes une espèce de ravin garni de grandes dalles régulières apportées par les moines, cl qui formaient autrefois un escalier commode, fi l'aide duquel on gravissait Jusqu'au sommet de la montagne sainte. Aujourd'hui cet escalier est disjoint par les eaux de pluie qui se précipitent en lui cens dans les jours d'orages, el brisé par les pierres qui de temps eu temps roulent de la montagne dans la vallée. Au tiers duebemin vers lemilieu de l'escalier, el aumomenloû l'on va quitter le mont Doreb pour passer sur le Sinaï, on aperçoit, encadrant le ciel, une porte en arcade, et sur la pierre qui
forme la clef de celle vonle nue croix à laquelle se rattache une tradition en grand crédit clic/, les moines. Selon eux, nu juif, parti du couvent pour monter au Sinaï, en aurait été empêché par une croix de fer, qui, arrivé a cel endroit, lui barra obstinément le passage, se pn scnlanl ù lui de quelque côté qu'il essayât d'avancer ; le Juif, effrayé de ce prodige, tomba 11 genoux, pliant le moine qui l'accompagnait do le
IMPRESSIONS DE VOYAGE. — QUINZE JOURS AU S1NAI
baptiser. La cérémonie sainte s'accomplit au lieu même, sur les bords et avec l'eau du ravin. Ce miracle avait donné lieu à une coutume tombée aujourd'hui en désuétude. Autrefois un des moines du couvent se tenait constamment en prières prés de cette porte, et les pèlerins, avant d'aller plus avant et de fouler la montagne dont Moïse n'avait osé s'approcher que pieds nus, faisaient une confession générale et recevaient l'absolution de leurs péchés.
Tout le long de la route nous apercevions des serpens qui, à notre approche, rentraient dans les fentes des rochers, et de gros lézards verts qui, se dressant sur leurs pattes, s'appuyaient sur leurs queues et nous regardaient passer, témoignant plutôt le désir de nous attaquer que l'intention de fuir. Ces reptiles sont étrangement hideux; leur corps a la transparence du verre, et à leur poitrine pendent deux mamelles de sphinx. On dirait un de ces animaux fabuleux dont les races ont disparu de nos jours. Au reste, on nous avait prévenus au couvent de nous munir de bâtons, et nous avions suivi ce conseil, la morsure de ces animaux étant toujours douloureuse et quelquefois mortelle.
Nous parvînmes bientôt à une chapelle construite sur le rocher où le prophète Élie demeura quarante jours. C'est une bâtisse de forme grecque avec un autel carré au centre du rond-point de l'abside. Autour de l'autel règne un gradin de pierre. Deux ou trois peintures ornent celte petite station. A cent cinquante pas d'elle à peu près s'élève un magnifique cyprès ; c'est le seul arbre de son espèce qui ait résisté à ce climat dévorant. Trois oliviers, qui autrefois s'élevaient près de lui, sont morts et n'ont point été remplacés. De ce petit plateau, destiné par la nature à offrir une halte, on distingue le sommet du Sinaï, ainsi que la chapelle et la mosquée qui le couronnent.
Nous nous remîmes à gravir la montagne, qui, à mesure qu'on s'élève, devient de plus en plus difficile, et nous atteignîmes bientôt le rocher d'où Moïse, dominant la plaine de Raphidini, étendait les mains versleciel pendant la bataille que Josué livrait à Amalek.
« Cependant Amalek vint à Raphidini combattre contre Israël.
» Et Moïse dit à Josué : « Choisissez des hommes, et al- » lez combattre contre Amalek. Je me tiendrai demain sur » le haut de la colline, ayant en main la verge de Dieu. »
» Josué fit ce que Moïse lui avait dit, et il combattit contre Amalek. Mais Moïse, Aaron et Hur montèrent sur le haut de la colline.
» Et lorsque Moïse tenait les mains élevées, Israël était victorieux ; mais lorsqu'il les abaissait un peu, Amalek avait l'avantage.
» Cependant les mains de Moïse étaient lasses et appesanties; c'est pourquoi ils prirent une pierre, et l'ayant mise sous lui, il s'assit, et Aaron et Hur lui soutenaient les mains des deux côtés ; ainsi, ses mains ne se lassèrent point jusqu'au corn lier du soleil.
.. Josué mit donc en fuite Amalek et ût passer son peuple au fil de l'épée. »
Enfin, après cinq heures d'une laborieuse ascension, nous atteignîmes le sommet du Sinaï, et nous demeurâmes un instant immobiles et tout entiers au panorama magnifique qui se déroulait sous nos yeux, tout peuplé de ces souvenirs bibliques, si pleins encore, après trois mille ans, de grandeur et de poésie.
L'air vif et limpide permettait d'apercevoir les objets à une distance prodigieuse. Au midi, en face de nous, la pointe de la presqu'île, terminée par le Raz-Mohammed, qui va se perdra et se cacher dans la mer, sur laquelle apparaissent les iles des Pirates, blanches et pâles comme des brouillards Oollans a la surface de l'eau ; a droite; les montagnes d'Afrique ; à gauche, les plaines do l'Arabie Déserte; au-dessous de nous, la plaine de Rapbidim, et tout autour un chaos de montagnes amoncelées à la base du géant qui les domine, et qui semble au loin une mer de granit aux vagues immobiles.
Lorsque nous fûmes rassasiés de ce vaste ensemble, nous passâmes aux détails. Ce fut sur cette cime que se passa en-
OKUV. COMl'L. — X.
tre Moïse et Dieu un entretien à la suite duquel le législateur redescendit vers le peuple, le front surmonté de deux rayons de lumière.
« Moïse monta ensuite pour parler a Dieu, car le Seigneur l'appela du haut de la montagne, el lui dit : « Voici ce que » vous direz a la maison de Jacob, et ce que vous annonce- « rez aux enfans d'Israël :
» Vous avez vu vous-mêmes ce que j'ai fait aux Egyptiens, » et de quelle manière je vous ai portés comme l'aigle porte » ses aiglons sur ses ailes, et je vous ai pris pour être à » moi.
» Si donc vous écoutez ma voix et si vous gardez mon » alliance, vous serez le seul de tous les peuples que je pos- » séderai comme mon bien propre, car toute la terre est a » moi.
» Vous serez mon royaume, et un royaume consacré par » la prêtrise. Vous serez la nation sainte. C'est ce que vous » direz aux enfans d'Israël. »
» Donc, le Seigneur parlait a Moïse face à face, comme un homme accoutumé de parler à un ami.
•■ Or, Moïse dit au Seigneur : « Si j'ai trouvé grâce devant " vous, faites-moi voir votre visage, afin que je vous con- » naisse; faites-moi voir votre gloire. »
» Mais Dieu lui répondit : « Vous ne pouvez voir mon » visage, car nul homme ne le verra sans mourir. »
« Il ajouta : « Il y a un lieu où je suis, et où vous vous h tiendrez sur la pierre. El lorsque ma gloire passera, je » vous mettrai dans l'ouverture de la pierre, et je vous coun vrirai de ma main, jusqu'à ce que je sois passé.
» J oterai ensuite ma main, et vous me verrez par derrière ; mais vous ne pouvez voir mon visage. »
» Après cela, Moïse descendit de la montagne du Sinaï, portant les deux tables de témoignage; et il ne savait pas que de l'entretien qu'il avait eu avec le Seigneur il était resté des rayons de lumière sur son visage. »
Nous lûmes ces versets de la Bible sous la voûte même où Moïse était caché lorsque Dieu se manifesta ainsi à lui dans sa toute-puissance ; et sa frayeur fut si grande, que, s'il faut en croire lecaloyer qui nous conduisait, le tremblement de sa tète laissa sur la pierre une trace qu'il nous montra.
Les musulmans, jaloux de celle tradition, toute apocryphe qu'elle est, ont voulu opposer souvenir à souvenir et miracle à miracle. A vingt pas de la pierre de Moïse, on montre le rocher de Mahomet : le prophète étant venu visiter la montagne sainte, son chameau, au moment de redescendre, laissa l'empreinte de son pied sur une dalle de granit. Ainsi les deux religions se côtoient éternellement, trop puissantes pour se détruire, mais assez faibles pour se jalouser.
La chapelle et la mosquée, qui s'élèvent en face l'une de l'autre, sont une nouvelle preuve de ce que j'avance. Toutes deux tombent en ruine, sans que chrétiens ni Arabes songent ù les rebâtir. On voit cependant, par les ex-roto qu'elles contiennent, que les pèlerins des deux nations ne les ont point abandonnées, et viennent y adorer, les uns le Fils de Dieu, les autres le prophète d'Allah. La fondation île la chapelle est attribuée à sainte Hélène, mais l'architecture dénote une époque plus récente.
Cependant notre ascension avait réveillé en nous un appétit que depuis longtemps nous ne connaissions plus. A la chaleur étouffante de la plaine avait succédé, a mesure que nous nous élevions, la température de la Provence, puis enfin la fraîche atmosphère de nos climats du Nord. Heureusement, le digne religieux qui nous accompagnait avait prévu cette bienfaisante réaction, et avait fait apporter un repas qui fut disposé en peu de temps et mangé encore plus vile. En me relevant, je m'aperçus que la pierre contre laquelle je m'étais appuyé pour déjeuner plus a mon aise portail le nom de miss Bennet, gravé très profondément a l'aide d'un couteau. Mi-s Bennet est probablement la première et la seule Européenne qui ait visité et gravi le Sinaï.
Nous descendîmes la montagne par le revers occidental ; il est couvert de la plante qui produit la manne; c'est une
ŒUVRES COMPLÈTES D'ALEXANDRE DUMAS
des richesses ilu Sinaï. Les religieux la récpUeht el la yendent. Elle a la réputation d'éire d'une qualité supérieure à celle qu'on recolle en Egypte el en Sicile.
AusMlt'l que nous renir ■.mes dans les répions chaudes, nous retrouvâmes les lézard» el les serpcns placés aux deux côlés de notre rouie, el levant leuis grosses irtes éionnées pour regarder les importuns qui venaient troubler leur repos et leur solitude. ISous avancions, au rrsle, avec, une précaution extrême, carie chemin, eu quelques endroits, Hait très difficile, elles plantes nous montaient jusqu'aux genoux. Comme nous marchions nu-jambes, nous sondions le terrain avec nos bâtons, afin d'en luire déguerpir les botes immondes qui y avaient établi leur domicile Toutefois, celte préoccupation n'empèchaii pas monsieur Taylor d'herboriser pour former une collection déplantes rares qu'il a donnée depuis au jrdiu boianique de Montpellier,
Au pi d du Sinaï, dans le vallon qui le sépare de la montagne Saiiite-Cailiérine, nous rencontrâmes le rocher d'où Moïse lit jaillir les eaux.
g Tous les enlans d'Israël étant partis du déserl de Sin, et ayant demeuré dans les lieux que le Seigneur leur avait marques, ils campèrent à Rapliidiin, où il ne se trouva pas d'eau â boire pour le peuple.
« Alors ils murmurèrent contre Moïse, et lui dirent :
— Donnez nous de l'eau pour boire. El Moïse leur ré pondit :
— Pourquoi murmurez-vous contre moi ? Pourquoi tenlez-voas le Seigneur?
» le peuple se trouvant donc en ce lieu, pressé de la soif et sans eau, murmura contre Moïse en disant :
— Pourquoi nous avez-vous fait sortir de l'Egypte pour nous faire mourir de soif, nous et nos enfans et nos troupeaux?
ii Moïse, alors, cria au Seigneur, et lui dit :
— Que ferai-je au peuple? Il s'en faut peu qu'il ne me lapide.
» Le Seigneur dit a Moïse :
— Marchez devant le peuple. Menez avec vous des anciens d'Israël. Prenez en votre main la verge dont vous avez frappé le llenve, et allez jusqu'à la pieire d'floreb.
» Je me trouverai la moi-même, présent devant vous; vous frapperez la pierre, el il en sortira de l'eau afin que le peuple ail à boire. M> ïse (il devant les anciens d'Israël ce que le Seigneur lui avait ordonna.
» Et il appela ce lieu Tentation el Murmure, à cause du murmure des anciens d'Israël, el parce qu'ils lenlèreni la le Seigneur en disant : « Le Seigneur est-il an milieu de nous, » ou n'y est-il pas?
Le rocher que Moïse loucha de sa verge, et des flancs duquel jailli i l'eau miraculeuse, est un bloc graniliqup de douze pieds île haqteur à peu près, et a la forme d'un prisme ppnrt qui, renversa, reposerail sur un de ses pôles. De Iracps, qui pqraissenl creusées par le courant dvs eaux, for eiii des espèces de cannelures perpendiculaires, I i que cinq irons, placés dans une direction horizontale et superpo es les uns aux autres, désignent les bouches niirâculeuses par lesquelles Dieu répondil à sou peuple.
La pierre d lloreb, car c'esl le nom que lui donna le Seigneur, par.iîi avoir été dé ^chée par qui lqne secousse volcanique de 1 1 base qu'elle m eupaif, el sérail sans doule loml ■ ' tu, I nid du vallon, si le plateau sur lequel elle repose ne
l'avait arré ée dans sa cbule I olén conn die l'e-t, on peut
i ii i lire le tuur lai ilcnieul, i ai elle n'adhère au soi que par .-.i ha ic.
ê> quelques pas du rocher, on a bâti uue chapcl|a cl p'amé m ou i on a tram porté le superflu de i ires de celui
dp couvent. A une certaine époque de l'i •'■. un moine el
quelques d«,u ■ miieiil y prendre lu plaisir de la
I a i li.ipclle CSl pauvre i t l,i se lierCRSC a feudu les murs ; les parois iméricufcs sont couvi ries de petits lableaux grei s
1 ll.li , q ■ |UI m i, plus ancii n i, ii'inoiili :il a l.'itill;
1 un grand • ara n ic do simplicité , et uflïcul ce
beau type que les peintres o\ les mosaïstes de Byzance ont su donner à la face .lu Christ.
En qui tant la chapelle el le rocher, el en décrivant un demi cercle au pied de la montagne pour regagner sa déclivité orientale, le religieux nous munira l'endroit où les lsriéliles adorèreul le veau d'or, et où Moïse, en descendant de la moniagne, brisa les tables de la loi.
Jamais, p:us que dans celle course, je n'avais remarqué combien les traditions sotil puissantes. Qui pourrait avoir le courage de subir ce soleil dévorant, de gravir ces pics déchirés, de s'enfoncer dans ces vallées arides, où la lumière el la chaleur ruissellent comme en d'àuires 1 eau rafraîchissante des lorrens, si ce n'eiail pour aller rêver aux endioils où se sont accomplis ces grands événemens? Le nouveau momie, parvenu doré, sans ancêires et sans souvenirs appartient au commerce ; le vieux monde, avec ses hiéroglyphes de granit et ses monuniens bibliques, est le domaine de la poésie.
Nous rentrâmes au couvent après une laborieuse journée, et nous retrouvâmes chez les bons pères les mêmes -oins et les mêmes prévenances Après le souper, ils nous apposèrent l'album sur lequel chaque voyageur qui passe inscrit sou nom. Les deux derniers Français qui avaient reçu l'hospiiahié au couvent étaient le comie Alexandre de Laborde et le vicomte Léon de Laborde, son fils; quel pies mois plulôl, et nous nous rencontrions, nous vieilles connaissances des étroits salons de Paris, au milieu des vastes solitudes du déserl.
Monsieur Léon de Laborde , qui a publié depuis un magnilique ouvrage sur l'Arabie Pétiée, accomplissait en ce monieiil sou icuvre scientifique, perdu dans les vallées delà péninsule du Sinaï. Il faut avoir voyagé sou* cr climat ardent, où tomes les forces physiques de l'homme suffisent à peine a réagii contre l'action du soleil, pour comprendre ce qu'il y a de courage et de dévouemenl d ins IVxéeuiioii d'une œuvre comme la sienne Les ruines de P 'ira, qu'il a dessinées le premier, sa carie de l'Arabie Péirée, la seule complète qui existe, sont de véritables monuniens de ce que peut la volonté de l'homme. Qu'on se figure ce que c'est «pie d'àjouter à douze heures entières de course sur un chameau la fatigue de descendre cinquante fois de cette haute monture, pour prendre des points de vueâ chaîne aspect démon agne, et des directions magnétiques a chaque détour de vallée Le dromadaire, séparé ainsi de la caravane, devient furieux, et refuse de s'accroupir ; alors commence enire l'homme el l'animal une lutte dans laquelle le premier ne triomphe qu'à l'aide des plus l'aligans, des plus dangereux clfoiis. Il y a donc, ;i pari le mérite de l'ouvrage, apprécié a la fois aujourd I.. u des savans el des gens du monde, un autre mériie bien plus grand et bien plus appréciable pour tous : c'est celui de se condamner à passer trois ans hors de la société de ses compaii ioies, exposé a Ions les dangers, en proie à lous les besoins, pour faire faire à la science, 'a plus ingrate el la plus froide des maîtresses, un pas de plus vers la perfection.
Ce lui un véritable chagrin pour nous que de ne point rencontrer noire jeune compatriote pendant loul le voyage; mais absent de nos yeux, il fut du moins bien souvent préseul a noire souvenir el amené dans nos entretiens.
Au res e. la proportion des voyageurs qui passent au Sinaï, venant des différens points du moud , esi curieuse à examiner; il ) a\aii, parmi les visiteurs inscrits, un seul Amérii ain, vingi-uenx français ci inus ou quatre mille Anglais, dont, i iiii.ii e mois I avons dit, nue Anglaise.
Le lendemain on nous annonça qu'un de nos Arabes demain!,lil à nous parler, .le conçus a la funêirp ei jeu connus mon .nui Béchara; il venai' prendre nos ordres pour le <lépart. Nous le fixâmes à quairf-Jpurg '• P"l*i celle disposition lu n arrêtée, Béchara re|o nu vers la Irjbu.
Ces quatre jours lureul eii'ploy. S à dessiner, à voir, à causée, tout l'intérieur dq uuiveui, tous ses aient urs, louies si B h gendes vinrent se fixer en croquis ou en noies sur mon album de voyage ; ces quatre |ours lurent, je cnus, les pu, s puilailciucul remplis el les plus coinpleleincul heureux de
IMPRESSIONS DE VOYAGE. - QUINZE JOURS AU SINAI
ma vie; il faut avoir goûté i!e la vie contempla i\e dans les pays priemaiix i nnr comprendre eue espèce de vertige im>ra] qui pousse i'h<>iiiine à se précipiter de la société dans la s: ru t Pour quiconque a vjsilé la rhéhsïjeetl trahie, les pères du désert, toujours aussi grands dans leur éloquence, soin moins éiouiians dans leu< ascétisme.
La veille du départ fut employée par les lions religieux aux préparatifs de nuire voyage. Chacun voulu! ajouter quelques friandisesà nos provisions solides : l'un nous apportait des Oranges, l'an lie du raisin sec, un troisième de l'eau de-vie, de dalles; en échange de tout cela, nous leur donnâmes le sucre que nou.- avions acheté au Caire à leur intention, el nous vîmes avec joie que ce cadeau, ainsi qu'on nous l'avait dit, se trouvait celui qui pouvait leur être le plus agréable. Ce surcroît de douceurs consola un peu Àhdalia.h et Mohammed de pari jr si vite; ils s'habituaient admirablement à la vie végéiaiive du cloître, et y seraient parfaitement restés si les moines avaient voulu les garder; les domestiques du couvent leur avaient fait les honneurs de l'office et, mais a |a différence de religion, ils étaient les meilleurs amis du monde.
Le lendemain, à cinq heures du malin, nous fûmes réveillés par les cris des Arabes. Nous ne compr nions rien à cet excès de ponctua ilé de notre escorté, à qui nous n'avions donné rende/-v.us que pour midi. Nous courûmes a la fenêtre, et là notre éto ucmcul redoubla Les Arabes étaient en nombre égal, il est vrai mais, parmi eux, je ne voyais ni Toua eh le chef, ni Araballab le guerrier, ni Béchara le çonfeur; te dernier surtout nie faisait faute; aussi désirai-je connaître le- motifs de sou absence. Nous appelant' s Mohaiu me.i afin qu'il s'inforn ai des 1 auses de . e rhaiigeineiil d heure et de personnel. Le nouveau cheik ivpoudii alors que nus Arabes, absens depuis long enips de leur tribu et l'ai nés du dernier voyage, avaient 'lé retenus par leurs femmes ; ils avaient, en conséquence, envoyé vers la tribu yois|ne pour lui proposer un arrangement, qui avait été aussitôt débattu cl accepté; c'était en vertu «le cette convention que noire escorte nous arrivait composée de figures complètement nouvelles Au reste, le cheik nous assurait que non- trouverions, en lui et dans se> compagnons, le même Courage, la même complaisance et le même zèle ; quant au pris, il n'y avait rien de changé. A polie arrivée au Caire, nous l'acquitterions, et, de retour au Sinaï, les deux tribus,, filles du même désert, partageraient en si ur.
ISotie stupéfaction fut grande lorsque Mohanirrcd nous traduisit ce discotns. Outre la douleur d'être oublies si vite par nos anciens amis, il y avait encore l'humiliai on d'être troqués comme des marchandises ; ce qui nous étonnait sur loui, c'est que pas un seul député ne lui venu avec l'escorte nouvel e pour nous faire part de cet arrangement. A celte objection, le cl e k répondit que chacun a son tour avait refusé cette mission, maigre les ollicilations qu'il avait laids, vou .11.1 meure sa bonne fui à l'abri de tout soupçon; mais la iribu d'Oualeb Said, qui était une tribu guerrière, avait éprouvé une espèce de lioqle de céder ainsi aux iustauces dise- femmes; puis à ce seiritueut se joignait uue double ciainte: c'était, ou de ne pouvi ir résister i nus in lances, ou, plus formes s ils y tésislaient, de paraître avoir teçu avec un cœur ingrat nus avances ci no^ bons traiiemens. Ce seittimenl était, ajouta l'orateur, si profond et si réel chez eux, qu'ils avait ni même quille le campement où nous avious fail balle, de peur qrre l'un de nous 11 ail il fa re à leur coeur ou a leui loyauté un appel auquel ils sentaient qu'ils n'avaiei.t m le courage ni le dmii de résister.
Toute celte histoire UOUb fui riileayei union si parfait rie vérité ei de bonne foi, que, imite improbable qu'elle était, elle nous pai ni possible à la rigueur. Le tlou e qui se peignit a celle occasion sur notre vi gefut, a l'iusianl même, rcuiar-
q 1' dll Cl e,|<, qui. salis pa ni.n presser uuii inriil, nous lil oli-ervei que, puis. pie nous ei s pn'ls ri partir, mieux valait proiiter de la lïaiclieur du niatiu. D'ailleurs, de celte m. iniiie, a-sucar-il. nous pourrions faire balte pies d'une source, taudis qu'eu p.iriain a midi, comme iiou» l'avions décidé d'abord, nous n'aurions d 'eau <ine telle que noie, eiu-
p rter: uisdu couvent: c'était nous prendre par notre fai- 51e. Nous pr nu s 1 n cnnséqi ence rongé des bous r lig eu\; nous fîmes descendre notre bagage, puis nous le suivîmes; moitié persuadés, moitié défi mis. Quant à Mohammed et a Abdallah, ils étaient d'une indifférence parfaite sur la question.
Noire premier coup d'oui, soit prévention, soil justice, ne fut pas favorable à la tribu nouvelle Le cbeik ne paraissait pas exercer sur ses hommes cet empire à la fois paierml et absolu que Toualeb possédai! sur les siens. Nous ne retrouvions, parmi les remplaçans, ni la figure honnête et ferme d'Araballah, ni la physionomie Une et joyeuse de noire conteur du désert. Les dromadaires ati-si étaient plus petits, bien que tout aussi maigres. Malgré toutes ces observations plutôt inléiieiires, au reste, qu'exprimées hautement, il nous fallut prendre noire parti Pjo'us, enfourchâmes nos montures, el n 1 1 e nouveau conducteur, Mohammed-Aboi] Mansour, autrement dit Mahomet père de la Victoire, donna aussitôt le signal eu se lançant au ga'op Nos dromadaires le suivirent. A peine eûmes nous le lenips de nous retourner pour faire un dei nier signe d'adieu aux bons moines, qui nous saluaient emore du geste lorsque déjà depuis longtemps leur voix ne pouvait plus parvenir jusqu'à nous.
Au lieu de reprendre la roule que nous avions suivie pour arriver au Sinaï, nous descendîmes au cou .liant pour nous diriger vers Tlinr: une magnifique vallée se déroula tout à coup sous nos pieds, et nous nous y précipitâmes avec la rapidité de pierres qui roulent. En quittant le monastère, nous avions adopté un galop d'une vitesse étourdissante; cep ndanl, les difficultés de la ro ite s'augmi niant à mesure que nous avancions, nous exigeâmes, malgré la répugnance du e.lieik, que l'i scorie ralentit sa marche; mais il n'obéit que lorsqm nos observations officieuses se convertirent en un ordre absol •. Nous reprîmes donc une allure qui. toute raisonnable qu'elle était, nous promeiiait encore île nous Liire franchir dois lieues à l'heure. Vers le milieu du jour nous étions parvenus au sommet d'une montagne d'où nous devions pour la dernière fuis apercevoir le couvent. Nous le vîntes alors déjà s une distance immense de nous, se détachant, grâce à ses murailles el à on jardin, en blanc et en, vert sur le fond violait e rie la montagne Pendant ■ file courte balte que j'avais eu grand'peine à obtenir de notre cbeik, il me sen lia apercevoir, a l'autre extrémité de la toute que nous venions de parcourir, quelques points noirs et mouvans. Je les fit remarquera Ahou-Manspur, qui s'écria qu'il n connaissait ces points pour élre des hommes, el ces hommes pour appartenir à une tribu ennemie. A ces mots, il lança de nouveau son dromadaire au galop, et les nôtres, fidèles à la consigne donnée par le guide, le suivirent aussitôt et prirent passivement la il inv allure. Bientôt, quittant la vallée, Abou Mansour entra dans le lil d'un torrent, que nous descendîmes avec la rapidité d'une avalanche.
Il y av;ni si pi heures que dînait celle course infernale, et rien n'indiquait, dailS notre escorte, la moindre disposition a faire halle, lorsque tout à i-pun nous en endimes un cri à l'arrière garde. Nous nous refourn me- el nous aperçûmes Araballab couvert de poussière, son turban à moitié dénoué, les Mien eus en désordre, se précipitant au grand galop de son dromadaire, par le même chemin que nous venions de suivie. A sa vue, Abou-Mausour voulut redould rde vitesse; mais nous di c arâuies q e nous n'étions pas disposes .1 l'imiier sans avoir une explication, el que si nos chameaux, entrailles par le si. n. ne voulaient pas sain 1er, nous leur li is: fions la tète a coups de pistolets ; fi ne fui donc au cbeik dt faire halle. Liuq minutes après, Araballab, culbutant
tout ce qui s'oppnsail ci sou p.lssag , fui pies de nous. Sûp
premier mouvement fut de 1 s expiimer par ses gestes sa
joie de nous nvoir; puis, s'ei.ineaui loul à coup mis Aliou- 1. qui se le,,. Ml ri l'ci.iil. il lui a.liess.i d une VOÎX
rude el brève, et avec des yei.x enûaiumés des p. noies que
nous née primes p.i ., nuis que nous devinâmes être de
sanglans lepri'clies. l.e 1 lieik ne ré| I i • qu'eu donnant de
iveau le sigpal du dépari Alors Araballab lesaisii par le
bras el voulut l'anéier; mais Abou-S|ausour se dégagea en
OEUVRES COMPLÈTES D'ALEXANDRE DUMAS
le repoussant et renouvela l'ordre de prendre le galop. Aussitôt Araballah s'élança en avant de la caravane, et, niellant son haghin en travers, il barra le chemin; lecheik fit un mouvement pour porter la main a son fusil, et ses Arabes brandirent leurs lances, lorsque, voyant (pie le moment était venu de nous racler de la partie, nous tirâmes nos pistolets, et nous vînmes en aide à noire ancien ami en menaçant défaire feu si l'on ne s'arrêtait pas à l'instant. Abou-Mansour, voyant que nous n'étions que quatre contre lui et ses quatorze Arabes, parut incertain sur ce qu'il allait faire, mais de nouveaux cris se firent enlendre derrière nous: c'était Toualeb et Bécbara qui descendaient le ravin à leur tour comme si leurs dromadaires eussent eu des ailes; ce renfort, en donnant à notre résistance une nouvelle énergie, parut achever d'abattre la résolution de nos adversaires. Derrière eux d'ailleurs, et au sommet de la montagne, commençait d'appataître l'escorte complète; de sorte qu'à notre tour c'était nous qui, outre la conscience de notre bon droit, allions avoir la supériorité du nombre. Béchara et Toualeb, emportés par le galop de leurs dromadaires et enveloppés de leurs bournous blancs, arrivaient, rapides comme des fantômes; ils passèrent devant nous en nous criant : Salut! et se précipitèrent vers Abou-Mansour. Les Arabes, de leur côté, s'é ancèrent à la défense de leur chef. Le cbeik, se sentant soutenu, commença aussi à élever la voix. Pendant ce temps la, le reste de l'escorte arriva à son tour, vociférant et menaçant: chacun agitait ou sa lance ou son fusil ; nous vimes qu'un combat était inévitable si nous ne le prévenions pas; et nous nous jetâmes au milieu de la mêlée, essayant de dominer de nos voix ce bruit internai. D'abord nous ne réussîmes qu'a augmenter la confusion et a redoubler le vacarme; enfin, le commandement de monsieur Taylor commença à se faire enlendre, et son autorité à être reconnue. Il ordonna à chacun le silence d'abord; ensuite il sépara nos anciens amis de nos nouveaux guides, leur ordonna de marcher, les uns à notre droite, les autres à notre gauche, remettant a la halte du soir l'explication et promettant de rendre justice à qui de droit. Toualeb demanda alors que nous descendissions de nos dromadaires pour reprendre nos anciennes montures; mais monsieur Taylor sentit que celte manoeuvre, outre le relard qu'elle occasionnerait, allait remettre le feu aux poudre s. Un coup donné, une goutte de sang répandue, eussent rendu, dans l'état d'exaspération où étaient les adversaires, (oui arrangement impossible. Il répondit que nous descendrions ,i la balte, et renouvela d'une voix ferme l'ordre de se mettre en roule. Amis et ennemis lui obéirent, et les deux troupes, disposées à notre droite et à notre gauche sur une double ligne, se remirent en marche en silence, sous un soleil atroce, suivant la même direction, mais celte fois marchant à une allure ordinaire. Les deux cheiks menaient la caravane, s'avançant à la même hauteur, Abou-Mansour avec l'air confus et menaçant à la fois, Toualeb avec le front riant et hautain. Quant à Béchara, il était revenu prendre près de DOi sa place habituelle, et me racontait, parlant selon sa coutume un patois moitié arabe, moitié français, comment la chose s'était passée.
Au moment convenu, c'est-à-dire vers les onze heures, Toualeb était arrivé au cou vent avec notre escorte, et avait réclamé ses voyageurs ; alors les religieux lui avaient appris que depuis le matin nous avions quille le monastère avec le cheik Abou-Mansour, qui s'était présenté à nous de sa part, et que nous avions pris la roule du Thor. Aussitôt, sans perdre un instant, toute la troupe s'était élancée sur nos traces, de toute la viicsse de s<s dromadaires, les plus rapides ga nant du terrain, mais tous eu niasse soutenant leur réputation d'infatigable légèreté C'est ainsi que nous les avions vus arriver, les uns après les autres, Araballah, Toualeb et Béchara, distancés comme les Curiaces. Ce brave garçon no ;;s disait tout cela avec une ardeur et une joie qui faisaient plaisir ii voir. Je lui promis de reprendre pour mon compte, et il s le lendemain malin, mon bagbin ordinaire, qui venait d ri ère Don . mené en main par un Arabe, car, il faut Que Je le dise etc'esl ici le moment de faire cet aveu mon nouveau dromadaire m'avait prouvé qu'en me plaignant de la
dureté de l'autre, j'avais agi avec précipitation ; j'en fis mes excuses à Béchara, et le priai de les transmettre à qui de droit.
Cette explication donnée, Béchara, qui avait une sainte horreur du silence, passa a un sujet tout pastoral : il me raconta les heureuses journées qu'il venait de passer dans sa tribu et près de sa famille. Les Arabes ont le cœur jeune et largement ouvert à toutes les émotions delà nature. Une fois lancé sur la mer du sentiment, il me raconta d'un bout à l'autre toute l'histoire de ses amours. Les incidens sont rares sous la lente, et n'ont guère varié depuis Jacob et Racbel. Le jeune Arabe qui aime doit, dans quelque excursion contre une tribu voisine, signaler son courage et son adresse, selon que la nature lui a donné la force du lion ou la ruse. du serpent. Cette dernière qualité était celle de Béchara, il était plus apte à conseiller les entreprises qu'à les exécuter. Mais si la force brutale d'Araballah dominait son intelligence en temps de guerre, les douceurs de la paix et les loisirs de la vie pastorale lui étaient, en revanche, infiniment plus favorables qu'à son compagnon ; aussi était-ce par l'éloquence et la poésie qu'il avait trouvé le chemin du cœur de sa Rachel. Il en était au portrait physique de sa belle Arabe, et il venait de comparer ses yeux à ceux de la gazelle et sa souplesse à celle du palmier, lorsque mon dromadaire, sans préparation aucune, sans un seul mouvement qui m'indiquât son intention, mit sa tête entre ses jambes, et commença à exécuter une cabriole, exactement de la même manière que les enfans ont l'habitude de pratiquer cet exercice. Je me lançai de coté ; les deux pommeaux de la selle portèrent sur le saUJe, et mon stupide animal commença de se rouler voluptueusement, adoptant par bonheur la direction opposée à celle où mon corps était étendu. Sans cette heureuse circonstance, j'étais passé au laminoir.
Il faut rendre à chacun la justice qui lui est due; Béchara fut à terre aussitôt que moi; seulement je fus relevé aussitôt qu'à terre; de sorte qu'il me trouva debout sain et sauf, mais l'air tant soit peu étonné, comme doit l'avoir un homme à qui pareille aventure arrive pour la première fois. J'appris alors que le genre d'amusement auquel continuait de se livrer mon dromadaire élaitencoreunedes facéties habituelles à sa race, sa manière de rire. Au reste, ma chute avait élé, à ce (pie Béchara m'assura, des plus savantes; j'étais tombé en véritable Arabe, et lui, qui se vantait d'être nn écuyer, n'aurait pas fait mieux. Comme je recevais modestement les félicitations de Bécbara, arriva Toualeb; il avait vu ma descente forcée, et, profitant de celte circonstance pour en revenir à son idée favorite, il me proposa de reprendre mon ancien bagbin, qui, mieux dresse, était incapable d'une pareille faute. Je suivis son conseil, j'enfourchai ma vieille monture, et au premier pas qu'elle fit je reconnus ma selle si bien rembourrée du côté de l'animal.
Nous arrivâmes enfin au pied des montagnes : c'était le campement choisi pour la nuit. Les deux cheiks gloussèrent chacun leurs hagbins, qui, partageant les haines de leurs maîtres, s'agenouillèrent sans se rapprocher. Cependant nos Arabes se mêlèrent pour dresser la tente, aucun parti ne voulant renoncer aux droits qu'il croyaitavoir. Aussi fut-elle prèle en un instant. Aussitôt Abdallah, rentré dans ses fonctions, donna ses soins à l'œuvre importante du souper, et nous nous formâmes en cour de justice pour connaître de l'aventure du matin.
Toualeb, en sa qualité de plaignant, parla le premier; il exposa que, la veille du jour où nous devions partir, il avail reçu une communication du Père de la Victoire, qui l'informait que nous ne partirions que dans trois ou quatre jours, attendu que nous avions vu des choses si intéressantes au couvent que nous comptions y prolonger notre séjour. Celte fable, assez bien tissue, avail cependant un eôlé par lequel elle ilevail éveiller le soupçon : au lieu d'un domestique du couvent, messager naturel dans cette circonstance, c'était un Arabe d'une tribu assez mal famée sons le rappot t de la probité qui apportait cette nouvelle; aussi l'envoyé avait-il paru parfaitement suspect à 'Toualeb. il en résultait que, tout en le remerciant du bon avis, Toualeb s'était bien promis de
IMPRESSIONS DE VOYAGE. — QUINZE JOURS AU SINAI
venir, à tout hasard, nous faire le lendemain une pelite visite; on a vu comment, moins lins que Toualeb, nous nous étions laissé voler comme trois sacs de marchandises. Déjà prévenus avant d'arriver au couvent, leurétonnement, quand ils ne nous y trouvèrent plus, fit bien vite place au désir de remellre la main sur nous: ils avaient donc lancé leurs dromadaires au grand galop, et, comme ils avaient sur les nôtres l'avantage de la taille, ils nous avaient promplement rattrapés.
L'accusé se leva à son tour, assez embarrassé de sa position, malgré la finesse et l'habileté arabes, et son plaidoyer se ressentit du mauvais terrain sur lequel il s'élait placé.
— J'ai voulu, dit-il, user de stratagème, et j'ai eu tort, car j'étais dans mon droit; le voyageur n'appartient pas à telle ou telle tribu, et puisque les tribus sont amies, elles doivent jouir des mêmes privilèges; si une seule guidait les voyageurs, les autres mourraient de faim. Puisque Toualeb vous a amenés, c'est à moi de vous reconduire; ce que j'ai essayé de faire parla ruse, je pouvais l'accomplir par la force: mes guerriers sont nombreux et braves, mon courage est incontesté : depuis Suez jusqu'au Raz-Mohammed, mon nom a un écho dans toutes les ouaddis, et il n'y a pas une tribu qui ne connaisse Mohammed Abou-Mansour.
Il paraît que ces raisons, assez médiocres pour des Européens, n'étaient pas mauvaises pour des Arabes, car ce fut Béchara qui prit la parole pour répondre au Père de la Victoire. Sa réponse fut si rapide, elle rampa par tant de détours, elle embrouilla si bien la discussion, et donna lieu a une réplique si animée, que monsieur Taylor, prévoyant que la scène du matin allait se renouveler, se leva a son tour, imposa silence, et déclara qu'il ne reconnaissait pour nos guides et notre escorte que Toualeb et ses Arabes. Les otages qui attendaient notre retour et qui répondaient de nous tête pourlêle étaient de la tribu d'Oualeb-Saïd; il était donc juste qu'ayant couru les risques, elle jouît du résultat. En conséquence, il ne prendrait pas Mohammed-Ahou-Mansour, tout Père de la Victoire qu'il était, attendu que la supercherie dont il s'était servi pour se procurer des voyageurs nous avait tous indignés.
Notre interprète traduisit le jugement, qui fut écouté par les deux parties avec recueillement et soumission; mais aussitôt la version terminée, Béchara prit, à notre grand élonnemrnt, Mohammed-Ahou-Mansour à part, et peu de temps après ils se rapprochèrent de nous en parfaite intelligence; ils venaient nous annoncer que toutes les difficultés étaient aplanies, que les deux tribus nous accompagneraient, que ce n'était pas trop d'une double escorte pour des personnages aussi recommandables que nous, et que Abou-Mansour et ses Arabes nous serviraient de garde d'honneur.
Après quoi chacun soupa et pensa à prendre du repos; nous en avions besoin, surtout nous autres Européens, que notre séjour au couvent avait déshabitués du dromadaire, et qui étions tombés de Charybde en Scylla avec les haghins du Père de la Victoire.