MAISON DE GALILÉE
En suivant ia côte de Saint- Georges, on rencontre une pauvre petite maison portant le numéro 1000, qui, au premier aspect, ne diffère en rien des maisons du bas peuple de Florence ; seulement, lorsqu'on lève les yeux sur elle, on lit au-dessus de sa porte l'inscription suivante :
Qui ove abito Galileo,
Non sdegno p'pçarsi alla polcuza del genio
La ntaeslà di Fernando H de Medici.
Ce qui veut dire : « Ici où habita Galilée, la majesté de Ferdinand II de Médicis ne dédaigna point de s'incliner devant la puissance du génie, ■
En effet, c'est dans ce: te maison que mourut Galilée, l'année où naquit Isaar Newton, comme lui-même était né l'année où était mort Micb' l-Ange Buonarotti.
Galilée était de famille patricienne. Dix-huit de ses ans'élaient assis sur le siège des prieurs. Le premier |tli avait exercé celte charge, en 1572, était Nicolas de Bernard.
Par une étrange prédestination héraldique, les armes des Galilée étaient d'or, à une échelle de gueules posée en pal ; échelle de Jacob, à l'aide de laquelle l'illustre astronome devait escalader le ciel.
Galilée naquit a Pise. Son père voulait en faire un médecin; su destinée I emporta. Entre son Galien et son Bippocrate il < ;'< In un Buclide, et, un jour qu'il »* promenait dans ce magnifique Dôme de Pise, chef-d'œuvre de Duschctto, il i ii irqua le mouvement d'une lampe | endue a la voûte, calcula la durée de ses oscillations, et inventa le pendule.
Lu autre jour, il entendit raconter qu'un Hollandais avait présenté au comte Maurice de Nassau un instrument qui rapprochait les objets Aussitôt Galilée se met à la rechei i lie
(I) Los lumières étaient mie récompense publique] la sa!» gneurledéc lali les lumières, et, par ordre du gonfaloniçr, on Illuminait, pour un tempi pins < u molna long, les pal la de c nx qui ivaloai mérité cette distinction,
OBUV. COHI'L. — IX.
de la même découverte, calcule la marche des rayons lumineux dans les verres sphériques de différentes formes, arrive au résultat dont il a entendu parler, et le lendemain présente au sénat de Venise, qui l'a nommé professeur à Padoue, un instrument qui n'est rien moins que le téUscope.
Alors, comme Galilée grandit, l'envie se lève; on lui accorde le perfectionnement, mais on lui nie l'invention. — C'est bien, répond Galilée : je n'ai point inventé le télescope, mais je le tournerai vers le ciel...
Galilée fit ainsi qu'il disait, et vit alors ce que personne n'avait vu : il vit dans les profondeurs du ciel des myriades d'étoiles jusqu'alors inconnues : les Nébuleuses, la Voie lactée, Jupiter et ses quatre satelites, Vénus et ses phases ; la Lune enfin, celle autre terre, avec ses lacs, ses vallées et ses montagnes. Saturne lui-même lui apparut quelquefoissous la forme d'un simple disque, quelquefois accompagné de deux petites planètes ; mais l'instrument encore incomplet trahit son auteur, et c'est a un autre qu'est réservée la découverte de l'anneau mystérieux qui enveloppe la planète de son (ercle de flamme.
Alors, les critiques de l'époque redoublèrent d'insultes : on nia que Galilée pût voir véritablement ce qu'il disait avoir vu ; on compara ses découvertes au voyage chimérique d'Astolphe, et un prédicateur prit pour texte de. son sermon : Viri Galilœi, quid itatis ascipientes in cœ'um? Tous ceux qui avaient la vue courte applaudirent aux brocards de !a critique et aux insultes du prédicateur, et il fut décidé que Galilée était un fou.
Enfin, un jour Galilée osa avancer, d'après Copernic, que c'était le soleil qui était immobile, et que la terre tournait autour de lui.
Cette fois, ce ne fut plus la critique qui le barbouilla d'encre, ce ne fut j-Ius un prédicateur qui le larda de citations, ce furent les prêtres qui le déclarèrent hérétique. Galilée, conduit devant un tribunal, mis à la torture de la corde, fut forcé d'avouer que la terre était immobile, et que c'était le soleil qui tournait.
Ce fut !e 22 juin 1652 que ce grand exemple de l'infaillibilité des jugemens humains fut donnée au monde. Galilée septuagénaire, mutilé par la torture, la corde au cou, un cierge a la main, fut trainé devant le tribunal. Là on !e fit mettre à genoux, et on lui dicta cette abjuration qu il répéta textuellement :
« Moi, Galilée, dans la soixanle-dixième année de mon âge, étant constitué prisonnier, et à genoux devant vos Eminences, ayant devant les yeux les saints Evangiles que je touche de mes propres mains, j'abjure, je maudis et je déleste l'erreur et l'hérésie du mouvement de la terre. »
Puis, cette expiation achevée, on lit brûler ses livres par le bourreau ; on le condamna à une prison indéfinie, et on lui ordonna, pour se raccommoder avec le ciel qu'il avait bouleversé, de réciter une fois par semaine les sept psaumes de la pénitence.
Et pendant qu'on lui lisait ce jugement qu'il n'écoutait point, Galilée frappait la (erre du pied en répétant tout bas : E pur si muove I
I a captivité de Galilée dura quatorze mois. Alors il avait soixante-onze ans; ou eut enfin pitié du vieillard repentant, et on lui perinil d'aller mourir où bon lui semblerait, à la condition qu'il n'écrirait, qu'il ne professerait plus, qu'il ne penserait plus.
Galilée se relira à Florence.
Alors, après la persécution des hommes, vint l'épreuve du Seigneur. Comme si Dieu avait voulu le punir de sa témérité, il frappa d'aveuglement ce regard d'aigle qui avait de. o des taches dans le soleil.
Enlln, le 0 janvier 1012, dix ans après son abjuration, six ans api. Galilée m turul d'une lièvre lente dans
cette petite mai on de la Costa, devenue aujourd'hui un pèlerin tge, comme Ravenne 1 1 comme Arqua.
II est vrai que, quelque vingt années après sa mort, ou fit à Galil eut mbeau qui a la prétention d'être un monument, el que nou ■ - dans l'égll
ioce.
oeuvri'S r.GMi'Lini'S d'Alexandre dumas.
Moyennant quoi la postérité s'est regardée comme parfaitement quitte envers lui.