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crimes, toutes les flélrissui i letll réu-
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faillis, car la république marchande ne trouvait pas de peine assez sévère pour punir les débiteurs insolvables ; si bien (pie lorsque le bourreau manquait c'était là qu'on venait le prendre. Ce fut donc parmi ces malheureux sans raison, parmi ces femmes sans lion te, parmi ces hommes sans honneur qu'on enferma le secrétaire de Florence. Les cachots de son horrible prison étaient bâtis ou plutôt creusés sur le modèle des ZÛîè de Padoue et ries Fours de Mouza ; c'étaient des Irous circulaires où le patient ne pouvait se tenir assis, ni couché, ni debout. Cet affreux édifice, souillé par le sang des victimes, a disparu par ordre du grand-duc actuel ; et, en cémolissantles murs de l'ancienne forteresse, on trouva, dans les cours qui séparaient une prison de l'autre, des puits d'une immense profondeur comblés jusqu'au bord d'ossemens humains. Aujourd'hui il ne resle plus de ce monument maudit qu'un triste et sanglant souvenir, et deux sonnets de Machiavel dictés dans le style comique et plaisant de Burchiello et de Berni.
Ali ! croyez-moi, c'est une horrible chose que de voir cet homme de génie, ce nlveleur de tyrans, ce grand et austère citoyen subissant la torture le sourire aux lèvres, et ne voulant pas faire à ses bourreaux l'honneur de les prendre au sérieux.
Voici à peu près le sens des deux sonnets ■
«J'ai des fers aux pieds; j'ai les épaules meurtries par six roub aux de cordes; je ne parle pas de mes autres malheurs, car c'est ainsi qu'on traite ordinairement les poètes.
» Les murs de ma geôle suent l'eau et la vermine; il y a des insectes si gros et si bien nourris qu'on les prendrait pour des papillons ; il s'en exhale une telle puanteur que les égoûls de Roncivalle et les bois de la Sardaigne ne sont que parfums, comparés ù mon noble hôtel.
» C'est un bruit tel qu'on dirait que la foudre gronde au ciel et que l'Etna mugit sur la terre. On n'entend que des verrous qu'on tire, des clefs qui grincent dans leur serrure, des chaînes qu'on rive.
» Puis c'est un cri de torturé qui se plaint qu'on le hisse trop haut.
» Ce qui m'ennuie davantage, c'est que l'autre jour, m'étant endormi sur l'aurore, j'ai été réveillé par un chant lugubre, et j'ai entendu dire : Onprie pour vous.
» Or, que le diable les emporte pourvu que voire pitié se tourne envers moi, ô bon père! et qu'elle brise ces indignes liens, ii
Dans le second sonnet il est question d'un certain Dazzo. Etait-ce un fou, élait-ce un malfaiteur P
» Celle nuit, comme je priais les Muses de visiter avec leur douce lyre et leurs doux vers Votre Magnificence, pour m'obtenir quelques soulagemens et pour vous faire mes excuses;
» L'une d'elles m'apparut et me lit rougir par ces mots : Oui es-tu donc, loi qui oses m'appeler ainsi ? — Je lui dis mon nom ; mais elle, pour nie punir, nie frappa au visage et me ferma la bouche.
» — Tu n'es pas Niccolo, ajouta-t-elle, lu es le Dcaao, puisque tu as les jambes et les pieds liés, et que tu es enchaîné comme un fou.
» Moi je foulais lui conter mes raisons, mais elle reprit aut : i1"! :
ii — Va-t'enl mauvais plaisant, va-t'en, avec ta sotte comédie.
« 0 magnifique Julien ! j'en appelle à votre témoignage; prouvez»lui, par Dieu ! que je ne suis pas le Dazzo, mais que c e il bien moi. »
liiavel a voulu ici faire allusion à ses comédies. Il se tro e en effet que le plus grand politique de l'Italie a été en même temps le plus grand écrivain comique <le sut) siècle.
Les mires ouvrages les pus répandus de Machiavel sont VHi loin de FI rencs, le Traiti sur l'arl delà yuer.re, les Discours sur Tite Wtw, el h lé d'un génie profond, d'un coup ii'ie i justi et | étrant, le secrétaire de Florence a vu de haut les hommes cl les 'lue, es; il n'a pas craiul d'etifoncel le scalpel ',;' l'analj o dans les veines les plus
I ("pilules, dans les fibiï ' les pus délicates du cœur bulion, de perfidie ei de »lo-
IMPRESSIONS DE VOYAGE. — LA VILLA PALMIERI
lence, il a étudié froidement le vice et le crime; il a évoqué les grandes figures de l'antiquité pour les faire poser devant une génération molle et dégradée. Il a traité théoriquement, et avec la plus grande précision de détails, les diflërenies formes de gouvernement, sans se passionner pour aucune d'elles.
Il a dit aux peuples : « Voici comment on fonde une république, voici les causes de sa grandeur et de sa décadence. • Il a dit aux princes : « Voilà la seule manière possible de régner aujourd'hui. ■ C'est affreux, mais c'est véritable : il faut qu'un prince n'ait jamais tort devant ses sujets; il faut repousser la force par la force, la ruse par la ruse, le mensonge par le mensonge. Vous voulez le sceptre et la pourpre? prenez-les: mais ne vous y trompez pas du moins: le sceptre, c'est du fer ; la pourpre, c'est du sang.
Machiavel avait hérité de Dante la grande idée de l'unité italienne. L'obstacle le plus sérieux à la réunion de l'Italie venait de Rome. Pour que le rêve de Dante et de Machiavel, le rêve de tous les grands hommes de l'Italie, pût se réaliser, il fallait que les deux puissances, spirituelle et temporelle, consentissent à marcher vers le même but; il fallait trouver un prince asseî puissant pour se mettre à la tête d'une armée nationale, et un pape assez lié d'intérêts ou d'amitié avecœ prince pour seconder son projet. Deux fois dans sa vie Machiavel crut avoir trouvé le prince et le pape dont il avait besoin dans la même famille: Alexandre VI et son Bla César Borgia, Léon X et son neveu 1 aurent de Médicis, réunissaient toutes les conditions nécessaires pour s'emparer df> l'Italie et assurer son indépendance. Aussi a-t-on vu le secrétaire de la république proposer Borgia pour modèle à Laurent, cl conjurer ce dernier par une sublime apostrophe de délivrer la patrie des étrangers.
« L'occasion qui se présente est trop belle pour la laisser échapper, et il est temps que 1 Italie voie briser se-- chaînes. Avec quelles démonstrations de joie et de reconnaissance ne recevraient-elles pas leur libérateur, ces malheureuses provinces qui gémissent depuis si longtemps sous le joug d'une domination odieuse! Quelle ville lui fermerait ses portes et qurl peuple serait assez aveugle pour refuser de lui obéir? Quels rivaux aurait-il à craindre ? Est-il un seul Italien qui ne s'empressât de lui rendre hommage? Tous sont las de la domination decesbarhares. »
Qui ne voit pas clairement dans ces paroles la pensée qui les inspire? Que l'Italie soit d'abord une nation unie et puissante, que l'étranger soit balayé de notre terre, que le sol que nous foulons nous appartienne d'abord; el lorsque le jour sera venu, lorsque l'arbre que nous arrosons de noire sangel de nos larmes aura poussé de profondes racines, le moindre vent suffira pour secouer ses brandies, et le tyran, quel qu'il soit, tombera comme un fruit mûr, et l'Italie sera libre !
Les dernières années de Machiavel s'écoulèrent dans la so- IllUde 1 1 dans le chagrin. Retiré dans le village, deSan-Casélano, il s'entretenait Une grande partie de la journée a\ic des bûcherons, ou jouait au trictrac avec son hûle Élilln, le •22 juin r>27, il s'éteignit tristement, el l'tndépelidance italienne expira avec lui.