‹ Une année `a FlorenceChapitre 94 sur 148 · LE GOLFE DE BAI A · texte numérisé non relu

LE GOLFE DE BAI A

Agrippine emporta ce qu'elle était venue demander àj'empoisonneuse Locuste : c'était une espèce de pâte qu'on pouvait parfaitement délaver dans une sauce. Le lendemain, on servit a l'empereur Claude des champignons farcis ; Claude adorail les champignons ; il dévora le plat tout entier. Il n'y avait rien d'étonnant que Claude mourût d'indigestion après avoir avalé a lui seul un plat do champignons qui eût pu suffire i six personnes. Mais Claude ne mourait pas; Claude .sentait une grande, pesanteur à l'estomac. Il lit venir son médecin, un médecin grec fort habile, ma foi, nommé Xénophon. Ce médecin lui ordonna d'ouvrir la bouche et lui frotta la gorge avec les barbes d'une plume empoisonnée. Claude mourut.

On annonça à Rome que Claude allait mieux.

Apns avoir faii de Claude an Dieu, il fallait faire de Néron un empereur. Voici ce que c'était que Néron : c'était, a cette époque, un enfant de quinze ans né, au dire de Pline, les pieds en avanl, ce qui était un signe de malheur ; mais, signe de malheur plus certain encore, né de Domitius et d'Agrippine: c'était l'avis de son pore lui même. Comme on le félicitait de la naissam e du jeune Lucius el que le i cour tisans voyaient d'avant en lui d'heureuses dcslillées pour, le

•monde : « Vous êtes bien aimables, dit Domitius, mais je doute fort qu'il puisse naître quelque chose de bon d'Agrippine et de moi. »

Domitius ne s'était pas trompé : c'était un terrible en!. .ut que ce jeune Néron. L'éducation ne lui avait pas manqué : au contraire, il avait près de lui Sénèque, qui lui avait appris le grec elle latin; Burrhus, qui lui avait appris la lactique militaire et l'escrime. Il chantait comme l'histrion Diodore, dansait comme le mime Paris, conduisait un char comme Apollon. Aussi avait-il, avant toute chose, la prétention d'être artiste. Néron chantcar, Néron danseur, Néron cocher d'abord, Néron empereur ensuite.

Cela n'empêcha pas qu'il n'accueillît avec une grande joie la mort de Claude et qu'il ne fit tout ce qu'il fallait pour souffler le monde à son cousin Britannicus. Il est vrai que pour cela il n'avait pas grand'chose à faire, il n'avait qu'à laisser agir Agrippine ; il se contenta, quand il apprit que le dernier plat qu'avait mangé Claude était un plat de champignons, de dire que les champignons étaient le mets des dieux. Le mot n'était pas tendre pour son pèreadoplif, mais il était joli : il fit fortune.

Cependant Néron n'était pas monté sur le trône pour faire des mois: il avait près de lui Narcisse et Tigellus, qui le poussaient a faire autre chose. Puis les passions commençaient à fermenter dans cette jeune têle, car pour son cœur elles n'en approchèrent jamais. Il avait des amours cachées pour lesquelles Sénèque, son précepteur, lui prêtait le nom d'un de ses beaux-frères. Agrippine le sut, el cela lui donna fort à penser. Elle commençait à comprendre que la lutte serait plus opiniâtre qu'elle ne s'y était attendue d'abord ; elle voulait effrayer Néron par un jeu de bascule, elle se retourna vers Britannicus. «

Alors ce fut Néron qui sortit un soir du Palatin. Avec qui ? on ne. sait pas ; avec son ami Othon, peut-être, ce futur empereur de Rome, avec lequel, dans ses orgies nocturnes, Néron allait frapper aux portes et bat're les passans. Et, à son tour, il se rendit chez Locuste. 11 trouva la pauvre femme toute tremblante : l'avis kii avait été donné qu'elle devait être arrêtée le lendemain. On commençait à la soupçonner de vendre du poison; et à qui ce soupçon était-il venu? A Agrippine 1

Néron la rassura et lui promit sa protection ; mais à condition qu'elle lui donnerait une eau qui tuerait à l'instant même.

La nuit se passa à faire bouillir des herbes; le malin, on eut deux petites fioles d'eau claire et limpide comme de l'eau de roche. Locuste proposa d'en faire l'essai sur un esclave, mais Néron lit observer qu'un homme n'avait pas la vie assez dure, et qu'il fallait chercher quelque animal de résistance. Un sanglier barbotait dans la cour: Locuste le montra à Néron. On versa une des deux fioles dans une assiette pleine de son, et l'on fit manger ce son au sanglier qui mourut comme s'il était frappé de la foudre.

Néron rentra au palais. Il mangeait ordinairement dans la même chambre que Britannicus, niais non à la même table. Chacun des deux jeunes gens avait un dégustateur qui buvait avant eux de chaque liqueur qu'on leur offrait, qui mangeait avant eux de chaque plat qui leur était servi. Britannicus buvait tiède; il était un peu souffrant. Son dégustateur, après en avoir bu le tiers à peu près, lui présenta à dessein une boisson que le jeune, homme trouva trop chaude. « Remettezmoi de l'eau froide là-tledans, » dit llritannieiis en tendant son verre. On lui versa l'eau préparée par Locuste. Britannicus but sans défiance. Son dégustateur ne venait-il pas de boire devant lui ? Mais à peine avait-il bu qu'il poussa un cri et iiunba a la renverse.

Agrippine fêta un coup d'oeil rapide sur Néron, en mémo temps que Néron, de son côté, jetait nu coupd'œil sur elle : ces deux regards se croisèrent comme deux glaives, lanière elle fils n'avaient plus rien a s'apprendre, la mère et le fils n'avaienl plus rien à se reprocher ; la mère cl le (Ils étaient dignes l'un de l'autre.

Maintenant tout était dan- celle question: Serait-ce la

EMPRESSIONS DE VOYAGE. — LE CORRIC.OLO.

mère qui oserait tuer le fils ? Serait-ce le fils qui oserait tuer la mère ?

Ni l'un ni l'autre ne l"eût osé peut être si une troisième femme ne fut venue se mêler à celte haine.

Cette femme, c'était Sabina Poppea, la plus belle femme de Rome depuis qu'Agrippine avait fait tuer Lollia Paulina; et avec cela coquette, comme si elle eût eu besoin de coquetterie; ne sortant jamais sans voile, ne levant jamais son voile qu'à demi, et, lorsqu'elle quittait Rome pour aller à Tivoli ou Baïa, se faisant suivre par un troupeau de quatre cents ânesses, lesquelles lui fournissaient les trois bains de lait qu'elle prenait chaque jour.

Sabina Poppea avait eu ce que nous appellerions, nous autres, une jeunesse orageuse. Olhon la trouva momentanément mariée, dit Tacite, à un chevalier romain nomti;é Rufins Crispinius; Olhon l'enleva à ce mari provisoire, la lit divorcer et l'épousa. Olhon, nous l'avons dit, était le camarade de Néron. Celui-ci, en allant chez Othùii, vit sa femme; alors il envoya Othou en Espagne. Olhon partit sans regimber: il connaissait son ami Néron.

Mais ce n'était pas tout que d'éloigner Othon pour devenir l'amant de Poppée. Poppée savaii être sage quand son profit y était. Lorsque Olhon l'avait aimée, Othon l'avait épousée. César l'aimait, eh bien! que César en fît autant. César était marié avec Oclavie : il fallait donc éloigner Octavie. Agrippine s'opposerait à cette nouvelle union : il fallait donc aussi se débarrasser d'Agrippine. D'ailleurs Pcvpée ne comprenait pas comment César pouvait garder Oclavie, celle pleureuse éternelle, qui ne faisait qce gémir sur la mort de Claude et de Butannicus. Poppée ne comprenait pas non pins comment César supportait la domination de sa mère, qui écoulait les délibérations du sénat derrière un rideau, et continuait de régner comme si César était encore un enfant. Cria ne pouvait durer ainsi.

Agrippine était à Antium, elle ivçut une lettre de son fils qui l'imitait à venir le rejoindre à Baïa. — » Il ne pouvait, disait il, rester plus longtemps loin d'une si bonne mère : il avait des tons envers elle, il voulait les lui l'aire oublier. »

Oc devin avait prédit à Agrippine que. si son fils devenait empereur, son lils la tuerait. Agrippine avait méprisé la prophétie du devin, et Néron régnait Elle méprisa de même les conseils de Pallas, qui lui disait de ne pas aller a Baïa : elle y vint. Elle y trouva Néron plus tendre, plus respectueux, plus soumis que jamais. Elle se reprit à celle idée qu'elle pourrait peut-être l'emporter sur Poppée. C'était chez elle ui.e idée fixe. Agrippine soupa avec Néron. Tous deux avaient bien pensé au poison, mais lous deux aussi avaient pensé au contre-poison.

Le souper fini, Néron dit a Agrippine qu'il ne voulait pas qu'elle retournât à Antium. Elle avait une villa à trois milles de là, près de Bauli ; e'élail là que Néron voulait qu'elle allât pour n'être plus éloignée de lui. Ce point était si | ien arrêté dans son esprit qu'il avait fait préparer une pour l'y transporter. ripj i tcepla.

A, dix heures, le fils et la mi re se sépai '■■:.'. ron conduisit Agrippine jusqu'au boni de la mer ; di s e clavei portaienl des torcl es ; les musii ii n qui av: lei I ji u i p m laul le souper venaient derrière eux. Arrivé sur lerivi i i bra sa sa mère sur les mains el sur les yeux ; puis il re ta non-seulemenl jusqu'à ce qu'il l'eut vue descendre dans l'intérieur de la galère, mais encore jusqu'à ce que la galère eûl levé l'ancre el fût déjà loin.

\ rippine était assise dans la cabine : Crépéréius, son r favori, élail d iboul devanl elle; Aurronie, son affranchie, élail à ses pieds. Le ciel élail tout scintillant d'étoiles, la mer était cafme comme un miroir. Toula coup li pont s'écroule : Crépéréius esl écrasé, mais une poutre 1 ilienl lesdi bris au dessus de la tête d'Agrippine el d' \urau ne m ment, Vgrippine senl que le plancher I ii ds. elle saute a la mer • uivie d' îurro- : ml p ur qu on la : auve :«J Bine!

! arl i A pein il qu'une rani

'■i en reton banl lui [end la h le v , ippinc a loui deviné ; elle plonge sans pron^ ■> une parole, ne reparail .1 lasur-

face que pour respirer, replonge encore, el, tandis que les assassins la cherchent, vivante pour l'achever, morte pour reporter son cadavre à Néron, elle nage vigoureusement vers la terre, aborde le rivage, gagne à pied sa villa, se fait reconnaître à ses esclaves, et se jette sur son lit.

Pendant ce temps, on la cherche, on l'appelle de la galère ■ les gens qui habitent le rivage apprennent qu'Agrippine est tombée à la mer et n'est point reparue ; bientôt toute la population est sur la côte avec des flambeaux ; des barques sont poussées dans le golfe pour aller au secours de la mère de César; des hommes se jettent à la nage t-n l'appelant; d'autres, qui ne savent pas nager, descendent dans l'eau jusqu'à la poitrine ; ils jettent des cordes, ils tendent les mains. Dans ce moment de danger, on s'est souvenu qu'Agrippine est la filie de Germanicus.

Agrippine voit ces témoignages d'amour ; elle se rassure en se sentant au milieu d'une population dévouée : elle comprend qu'elle ne pourra longtemps cacher sa présence, elle fait dire qu'elle est sauvée; la foule entoure alors la viila avec des cris de joie ; Agrippine se montre, le peuple rend grâces aux dieux.

Néron a tout su presque à l'instant même; un messager d'Agrippine esl venu lui dire de la part de sa maîtresse qu'elle était sauvée. Agrippine a voulu, aux yeux de son lils, avoir l'air de croire que tout cela n'était qu'un accident auquel la volonté de Néron n'avait eu aucune part.

Que fera Néron? Néron conçoit et dirige assez bien un crime; mais ?i, par une circonstance quelconque, le crime avorte, Néron perd facilement la tête el il ne sait pas faire, face au danger. Agrippine, les vêtemens ruisselans, 1rs cheveux collés au visage, Agrippine racontant le meurtre auquel elle n'est échappée que par miracle, peut soulever le peuple, entraîner les prétoriens, marcher contre Néron. Au moindre bruit, Néron tremble. Seul, il ne prendra aucune dicision, il re saura qu'attendre et trembler. Il envoie chercher Sénèque et Burrhus. A eux deux, le guerrier et le philosophe lui donneront peut-être un bon conseil.

— Qui a conseillé le crime? demandent-ils après s'être consultés.

— Anicelus, le commandant de la flotte de Misène, répond Néron.

— Qu'Anicetus achève donc ce qu'il a commencé, disent Sénèque e; Burrhus.

Anicetus ne se le fait pas redire deux fuis; il part avec ur.c douzaine de soldats.

Que vous semble de ces deux braves pédagogues? Tels que vous les voyez pourtant, c'étaient, après Thrascas, les deux plus honnêtes gens de l'époque. Comment donc! on avait voulu faire Sénèque empereur — à cause de ses hautes vertus! Voyez Tacite et Ju vénal.

Cependant Agrippine s'est recouchée; elle a une seule esclave près d'elle. Tout à coup les cris de la foule cessent, lo bruil des armes n tentil dans les escaliers, l'esclave qui est près d'Agrippine se sauve par une petite porte dérobée; Agrippine va la suivre, quand la porte de la chambre s'ouvre. agrippine se retourne et aperçoit Anicetus.

\ . a vue el à !.i manière dont il cuire dans la chambre de son impératrice, Agrippine a tout deviné. Toutefois elle feint de ne rien craindre.

— Si lu viens pour savoir de mes nouvelles de la part de mon Dis, retourne vers lui et dis-lui que je suis sauvée.

1 . des soldais s 'avance alors, et, tandis qu'Agrippine parle la frappe d'un coup de bâton à la télé.

— Oh! dit Agrippine en levant les mains au ciel, oh ! je ne croirai jamais que Néron soit un paru. ide.

Pour toute réponse Anicelus lire son épée.

Alors Agrippine, d'un geste sublime d'impudeur, jellc loin d'elle sa couverture, el monlranl ses Bancs du qu'elle veul punir d'avoir porté Néron :

— Fer» venlrem ! Frappe au ventre ! dit clic.

Et elle reçoil aussitôt quatre ou cinq coups d'epée dont elle raeurl sans pousser un 1 ri.

N'est-ce pas bien jusqu'au bout la femme que je vous ai dite, cl n'esl elle pas morte comme elle a vécu.

ŒUVRES COMPLÈTES D'ALEXANDKE PUMAS

Quant à Néron, ni tondez un moment encore. Néron est in- COlhpIel : il n'n encore tué que Brilannicus el Agrippine; il faut qu'il tue Octavie. Mais Oclavie était difficile à tuer à cause de sa faiblesse même. Agrippine luttait contre Néron; pendant la lutte, son pied a glissé dans le sang de Claude, el elle est tombée, c'est bien. Mais Octavie! comment égergera-t-on coite douce brebis? comment élouffora-t-on cette blanche colombe? C'est la seule femme de Rome dont la calomnie n'ait jamais pu approcher.

On mit ses esclaves à la torture pour savoir si elle n'aurait pas commis quelque crime inconnu dont on put la punir. Ses esclaves moururent sans oser l'accuser. 11 fallut encore «courir à Anicetus. Au milieu d'un diner, comme Néron, Couronné de roses, marquait de la tête la mesure aux musitions qui chantaient, Anicetus entra, se jeta aux pieds de îéron et s'écria que, vaincu par ses remords, il venait avouer a l'empereur qu'il était l'amant d'Octavie.

Octavie, cette chaste créature, la maîtresse d'un Anicetus!

Personne ne crut à cette monstrueuse accusation; mais qu'importait à César? il voulait un prétexte, voila tout. Anicetus fut exilé en Sardaigne, et Octavie à Pandataria.

Puis, quelques jours après, on fit dire à Octavie qu'il fallait mourir.

La pauvre enfant, qui avait eu si peu de jours heureux dacs la vie, s'effrayait cependant de la mort; elle se prit à pleurer, tendant les mains aux soldats, implorant Néron, non plus comme sa femme, mais comme sa sœur, adjurant sa clémence au nom de Germanicus. Mais les ordres étaient positifs : ni prières ni larmes ne pouvaient la sauver de ce crime énorme d'être coupable de trop de vertu. On lui prit les bras, on les lui raidit de force, on lui ouvrit les veines avec une lancette; puis, comme le sang, figé par la peur, ne voulait pas couler, on les lui trancha avec un rasoir. Enfin, comme le sang ne coulait pas encore, on l'étouffa dans la vapeur d'un bain bouillant.

Poppée, de son côté, avait donné ses ordres aux meurtriers; elle voulait être sûre qu'Octavie était bien morte : on lui apporta sa tète.

Alors elle épousa tranquillement Néron.

Néron, dans un moment d'humeur, la tuera quelque jour d'un coup de pied.

Nous étions sur le lieu même où le drame terrible que nous venons de raconier s'était accompli. Ces ruines, c'étaient colles qui avaient vu Agrippine assise à la même table que Néron; ce rivage, c'était celui jusqu'où César avait reconduit sa mère. Nous moulâmes dans la barque : nous étions sur le golfe où Agrippine avait été précipitée, et nous suivions la roule qu'elle avait suivie à la nage pour aborder à Bauli.

On montre un prétendu tombeau qui passe pour le tombeau d'Agrippine. N'en croyez rien : ce n'était pas de ce côté-ci de l?auïi qu'était situé le tombeau d'Agrippine; c'était sur le chemin de Mis n e, pn s de la villa de César. Puis le toml eau d'Agrippine n'avait pas cette dimension. Ses affranchis l'enterrèrenf en secret, et, après la mort de Néron, lui élevèrent un monument. Or, ce monument de tardive piété était un tout petit tombeau, levem tumulum, dit Tacite.

Le golfe de liaïa devait être une miraculeuse chose quand ses rives étaient couverte • de maisons; ses collines, d'arbres ; les eaux, de navire , pui ique, aujourd'hui que ces maisons

ne sont plus que di i ruine qi i collines, bouleversées

par des trembler i sont arides el brûlées, que ses

eaox sont silenci i et d les, 1 lia est encore un des plus délicieux points du inondé,

La soirée i de. v;ou ■ nou t fîmes descendre à l'endroit même où é.ait la villa d'Agrippine. La mer l'a recouverte; iri chercherait donc Inutilement les ruines.

puis, à la lueur de la lune qui sa levait derrière Sorreii'c, i n face de nou >, de I autre i Ôté du golfe^c Naples, aou - ie us en le chemin bordé de tombeaux

qui conduit de bord i de la mer au village de Boccola, l'ant ii une Bauli. C'était fêle, 1 1 loul ce pauvre village était en Joie; on chantait, i n dan ait, el tout cela au milieu des ruines, au milieu des inonumens funéraires d'un peuple dis-

paru, sur cotte même terre qu'avaient foulée Manlius, César, Agrippine, Néron, sur ce sol où était venu mourir 'libère.

Oui, le vieux Tibère était sorti de son île ; il visitait liaïa, où peut-être il était venu prendre les eaux, lorsque le bruit lui revint (pie des accusés, dénoncés par lui-même, avaient été renvoyés sans même avoir été entendus. Cela sentait effroyablement la révolte. Aussi Tibère se hàla-lil de regagner Misène, d'où il comptait s'embarquer pourCaprte, sa obère île, sa fidèle retraite, son imprenable forteresse. Mais à Misène les forces lui manquèrent, et il ne put aller plus loin. L'agonie fut longue et terrible. Le moribond se cramponnait à la vie, le vieil empereur ne voulait absolument point passer dieu. Un instant Caligula le crut mort; il lui avait déjà tiré ssn anneau du doigt. Tibère se redresse et demande son anneau. Caligula se sauve effaré, tremblant. Tibère descend de son lit, veut le poursuivre, < hancelle, appelle, et, comme personne ne répond, tombe sur le pavé. Alors Macron entre, le regarde; et comme Caligula demande à travers la porte ce qu'il faut faire :

— C'est bien simple, répondit-il, jetez-moi un malelas sur cette vieille carcasse, et que tout soit dit.

Ce fut l'oraison funèbre de, Tibère.

Comme nous l'avons dit, c'était dans le port de Misène qu'était la flotte romaine. Pline commandait cette flotte lors du tremblement de terre de 79. Ce fut de Misène qu'il partit pour aller étudier le phénomène arrivé à Stabic; il y mourut étouffé

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