‹ Une année `a FlorenceChapitre 95 sur 148 · ON COURANT D'AIR A NAPLES. — LES ÉGLISES DE NAPLES · texte numérisé non relu

ON COURANT D'AIR A NAPLES. — LES ÉGLISES DE NAPLES

Malgré la fatigue de la journée, notre excursion sur la terre classique de Virgile, d'Horace et de Tacite avait eu pour nous uu tel f.tlrait que nous proposâmes, Jadin et moi, pareille excursion à Pompeïa pour le lendemain; mais ù celle proposition Barbaja jeta les hauts cris. Le lendemain, Duprez et la Malibran chantaient, et l'imprésario ne se souciait pas de perdre six mille francs de recette pour l'amour de l'antiquité. Il fut donc convenu que la partie serait remise au surlendemain.

Bien nous en prit, comme on va le voir, de n'avoir fait aucune opposition contre le pouvoir aristocratique du czàr de Saint-Charles.

Nous étions rentrés à minuit dans Naples par lopins beau temps du monde: pas un nuage au ciel, pas une ride ù la nier.

A trois heures du matin, je fus réveillé par le bruil de mes trois fenêtres qui s'ouvraient en même temps et par leurs dix-huit carreaux qui passaient de leurs châssis sur le parquet.

Je sautai à bas de mon lit et Je crus que j'étais ivre. La maison chancelait. Je pensai à Pline l'Ancien, et ne me souciant pas d'être étouffé comme lui, je m'habillai à la bâte, je pris un bougeoir el Je m'élançai sur le palier!

Tous les botes de monsieur Martin Zir en liront autant que mol ; chacun était sur le seuil de son appartement, plus ou moins vêtu. Je vis Jadln qui entrebâillait sa porte, une allumette chimique à la main et Milojd entre ses jambes.

— .le crois qu'il y a un courant d'air, me dit-il.

Ce courant d'air venait d'enlever le toit du palais du

prince de San-Tei doro, avec lous les domestiques qui étaient dans les mansardes.

Tout s'expliqua : nous n'avions pas lajoie d'être menacés d'une éruption : c'élall loul bnnnemenl un coup de vont, mais nu coup de vent comme II en faii à Naples, ce qui n'a aucun rapport avec les coup i de venl des autres pays.

IMPRESSIONS DE YOY/AGE. — LE COKRICOLO.

Sur soixante-dix fenèlres, il en était resté trois intactes. Sept ou huit plafonds étaient fendus. Une gerçure s'étendait du haut en bas de la maison. Huit jalousies avaient été emportées ; les domestiques couraient après dans les nus, comme on court après son chapeau.

On se contenta de balayer les chambres qui étaient pleines de vitres brisées; car d'envoyer chercher les vitriers, il n'y fallait pas songer. A Naples, on ne se dérange pas à trois heures du matin. D'ailleurs, c'eût été de la besogne à reconnu-ncer dix minutes après. Il était donc infiniment plus économique de se borner pour le moment aux jalousies.

J'étais un des moins malheureux : le vent ne m'en avait arraché qu'une. Il est vrai qu'en échange il ne nie restait pas un carreau. Je me barricadai du mieux que je pus et j'essayai de me coucher; mais les éclairs et le tonnerre se mirent de la partie. Je me réfugiai au rez-de-chaussée, où le vent, ayant eu moins de prise, avait causé moins de dégât, Alors commença un de ces orages dont nous n'avons aucune idée, nous autres gens du nord ; il était accompagné d'une de ces pluies comme j'en avais reçu en Calabre seulement; je la reconnus pour être du même royaume.

En un instant la villa Réale ne parut plus faire qu'un avec la mer; l'eau monta à la hauteur des fenèlres du rez-dechaussée et entra dans le salon. Aussitôt après on vint prévenir monsieur Martin que ses caves étaient pleines et que les tonneaux dansaient unecon:redan-eda!i> les avant-deux de laquelle il y en avait déjà cinq ou six de défoncés.

Au bout d'un instant, un une chargé de légumes passa, emporté par le torrent; il s'en allait droit a un égoùt, suivi de son propriétaire, emporté comme lui. L'âne s'engouffra dans le cloaque et disparut; l'homme, plus heureux, s'accrocha à un pied de réverbère et tint bon : il fut sau\é.

L'eau qui tombe en une heure à Naples mettrait deux mois à tomber à Paris; encore faudrait il que l'iiiyér fut bien pluvieux.

Comme cette histoire d'âne emporté m'ébouriffait singulièrement et que j'y revenais sans cesse, on me raconta deux aventures du même genre.

Au dernier coup de vent, qui avait eu lieu il y avait six ou huit mois, un officier, enlevé de la tète de sa compagnie, avait été emporté par un ruisseau gonilé dans l'égoùl d'un immense edilice appelé le Serragiia ; on n'en avait jamais entendu reparler.

A lavant-dernier, qui avait eu lieu deux ans auparavant, une chose plus terr.ble et plus incroyable encore était arrivée. Une Française, madame Conti, revenait de Capoue dans sa voiture. Surprise par un orage pareil à celui dont nous jouissions dans le moment même, elle av„it voulu continuer son chemin, au lieu d'abriter sa voiture dans quelque endroit où elle eut pu rester en sûreté. A la descente de Capo di Chino, elle trouva son chemia coupé par une rue qui descend vers la mer. Celte rue élait devenue, non un torrent, mais un fleuve. A cette vue, le cocher s'effraie et veut rétrogader. IViadano' Cunii lui ordonne d'aller en avant, le cocher refuse, un débat s'engage, le cocher saute a bas de son siège et abandonne sa voilure. Pendant <c temps, le lleuve avait grossi toujours, il déborde à flots dans la rue transversale nu , | madame Conti ; les chevaux s'éliraient, font quatre pas en avant, snni enveloppés par les vagues qui se précipitent de Capo di Monte, et de Capo di Chino; an bout d'un instant, ils perdent pied ei sont emportés, eux et la voiture ; au h, .ut de vingt pas la voilure est en morceaux. I.e lendemain, on reirouva le cadavre de madame Conti.

Au resle, à Naples il y a un avantage: c'est que deux heures après ces sortes de déluges il n'j paraît p us, si ce n'esi aux mes qui sont devenues propres, ce qui 1e1 l ur arrive Jamais qu'en pareille circonstance. Uya cependant un officier chargé du ni ttoyage des places ; mai « el ofûcier est invisible: mi sait qu'il s'appelle porfufano, voila tout.

J'oubliais de dire que, sans doute pour ne poilll s'expo-

ser au* aeddens que nous venons de raconter, di s qu'il une foniie d'eau â Naples, tous les llacres se sauvent, chacun liranl de son côté. Ni cris, ni prli res, ni meuai es ne les arrèfnt; on dirait d'une volée d'oiseaux an. milieu de-qm ls

on aurait jeté une pierre. Mais aussi, dès qu'il fait beau, c'est-à-dire quand on n'a plus besoin d'eux, ils reviennent s'épanouir à leur place ordinaire.

Lne autre habitude des cochers napolitains est de dételer les chevaux pour les faire manger; ils leur mettent la boite de foin dans la voiture et ouvrent les deux portières ; chaque cheval lire de son coté comme au râtelier. S'il vient une pratique pendant ce temps-là, le cocher lui fait signe que ses chevaux sont à leur repas, et la renvoie à son confrère.

Le temps étant rafraîchi et les rues devenues propres, nous voulûmes profiter de ce double avantage, et nous décidâmes, Jadm et moi, que nous emploierions la maiinée à des courses à pied. Nous avions fort négligé les églises, qui sont en général d'une fort médiocre architecture.

Nous commençâmes par la cathédrale : c'était justice. Au de la grande porte ultérieure, suspendu comme celui de .Mahomet entre le ciel et la terre, est le tombeau de Charles d'Anjou. J'ai coulé son histoire dans le Spero/iare. C'est ce prince qui voulut que sa femme eût un siège pareil à celui des trois reines ses sœurs, et qui, pour arriver à ce but, fit rouler du haut en bas de l'échafaud la tête de Conradin. Eu face de ce roi meurtrier est un roi meurtri, mais dans un modeste tombeau, comme il convient à un prince hongrois qui se mêle de venir régner sur les Napolitains. Ce tombeau est celui d'André. Le cadavre qui y dort était de son vivant un beau et insoucieux jeune homme qui, un matin, par caprice sans doute, eut la ridicule prétention de vouloir être roi parce qu'il élait le mari de la reine. Le lendemain du jour où celle bil'evesée lui élait passée par la têie, il trouva la reine si occupée d'un ouvrage qu'elle exécutait qu'il s'approcha jusqu'à son fauteuil sans être vu. Elle tressait des (ils de soie de différentes couleurs, et comme André ne pouvait deviner !e but de ce travail :

— Que faiies-vous donc là madame? demanda-t-il.

— Lne corde pour vous pendre, mon cher seigneur, répondit Jeanne avec son plus charmant sourire.

De là vient sans doute doute le proverbe : « Dire la vérité en riant. »

Trois jours après, Andréélait étranglé avec cette charmante pelite cordelette de scie que sa femme, comme elle le lui avait dit, avait pris la peine de tresser elle-même à cette inleniion.

De la cathédrale nous passâmes à l'église Saint-Dominique. Là, du moins, c'est plaisir : on se retrouve en plein gothique, on sent que le monument est consacré au fondateur de 1 Inquisition : il est triste, solide et sombre.

C'est dans cette église qu'est le fameux crucifix qui parla à saint Thomas. L'image miraculeuse est de Masuccio t*1'. Le saint craignait d'avoir fait quelque erreur dans sa Somme théologique, et il élait venu au pied du crucifix, tourmenté de celle crainte, quand le Christ, voyant les inquiétudes de son serviteur, voulut le rassurer et lui dit : « Bene scripsisti île me. Thiima ; quam eryo merccdem recipies. Tu as bien écrit sur moi, Thomas, et je te promets que lu en recevras la récompense. »

Quoique le cas fût nouveau et étrange, le saint ne se démonla point.

— .Y<m aliam nisi te, répondit-il, ■ je n'en veux pas d'autre que loi même, mon Seigneur. » El te saint se sentit soulever de lerre, eu piésage que bientôt il devait monter au ciel.

Ce qui m'attirait surtout dans l'église Saint-Dominique, c'est sa sacristie avec se- l »ix reufermapi les

douze princes de la n aison s es doi ze-

tombeaux, je déviais dire ses douze 1 1 idavres

snni ro m bés :i vis 1 \t découvert, aussi bi< n en

e par les Gannals de l'époque. Le dernier roi delà

dynastie manque à la 1 il csl venu, COU

mourir en Fiance.

Au milieu de ces tombeaux, il s'en trouve ^~iw autres qui, pour ne pas ôlre des tombeaux de roi, n'eu sont pas moins

ieux. L'un eaj celui de Pescaire, qui assiégea Mar- ■ aille de compte à demi avec le connétable de Bourbon, et

issé par les Marseillais, pril une si sanglante revan-

OEUVKliS COMPLETES D'ALEXANDRE HUMAS.

cheà Pàvie. Au dessus de sa bière est son portrait ainsi que s» bannière déchirée, et une courte et simple épée de fer, qu'on dit être celle que François 1er lui rendit deux heures avant d'écrire a sa mère le fameux : Tout est perdu fors l'honneur.

L'autre tombeau, qui est tout bonnement une énorme malle dont le sacristain a la clef dans sa poche, renferme, à ce qu'on assure, le corps d'An'onelio Petrucci, pendu dans • a conspiraiion des barons. Que ce soit véritablement Antonello Petrucci, c'est ce que le moindre petit savant, c'est ce le plus infime topo litterato, comme on appelle généralement cette race à Naples, peut nier; mais, ce qui est incontesta- )le, c'est que c'est un pendu, témoin son cou disloqué, sa louche de travers et tous les muscles de sa figure encore crislés. Quoique mis avec une certaine recherche, le cadavre porte encore l'habit avec lequel il a été exécuté. Je suis forcé de dire que le seigneur Antonello Petrucci m'a paru fort laid. Il est vrai que de son vivant il était probablement mieux. La potence n'embellit pas.

De Saint-Dominique nous passâmes à Sainte-Claire. Sainte- Claire a aussi sa collection de morts illustres. L'église tout entière avait été peinte par Giotto Guitto, qui faisait avec le roi Robert de si bonnes plaisanteries, et qui lui représentait son peuple, non pas comme ie cheval sans frein qu'il a choisi pour emblème, mais sous la forme d'un âne qui cherche un bat. Eh bien ! cette église peinte par Giotto, il s'est trouvé un autre âne bâté qui l'a fait badigeonner tout entière, afin de lui donner du jour; tout entière, je me trompe: une belle Vierge, une sainte madone, une de ces figure tristes et candides comme les faisait Giotto, a échappé au vandalisme.

C'est à Sainte-Claire que dorment les Angevins : ce bon vieux roi Piobert, qui couronna Pétrarque, le pendant de notre roi René, dort là, une fois en chair et en os, deux fois en marbre : assis et avec son costume royal ; couché et dans son habit de Franciscain.

Jeanne est à quelques pas de lui : cette belle Jeanne qui fila la fameuse corde conjugale que vous savez. Elle est là avec une grande robe bien montante, toute parsemée des fleurs de lis de France. Au fait, n'était elle pas du sang de cette chaste mère de saint Louis, que les indiscrétions poétiques de Thibaut ne purent parvenir à compromettre, tant sa vertu était une croyance publique, populaire et presque religieuse? Seulement le sang s'était tant soit peu corrompu en passant des veinas de l'aïeule dans celles de la petitefille.

Malheureusement pour la mémoire de Jeanne, de laquelle on n'est déjà que trop porté à médire, on a eu l'imprudence d'enterrer â quelques pas d'elle le fameux Raymond Cabane, le, mari de sa nourrice, ce misérable esclave sarrasin devenu grand-sénéchal, et qui payait les honneurs dont 1 accablait sa maîtresse en faisant des nœuds coulans aux cordes qu'elle tressait.

Maintenant, si l'on veut continuer de passer cette royale et funèbre revue, il faut aller de Sainte-Claire à Saint Jean-Carbonara. C'est une jolie petite église de Masuccio II, qui, à part ses souvenirs historiques, mériterait encore d'être visitée, i.ïi est le mausolée de l.adislas cl de sa sdeur Jeanne II. \ ou i avez commi nt l'un est mort et comment l'autre a vécu. Pourquoi diable aussi un conquérant, un ambitieux, qui vciii être roi d'Italie, s'avise-t-il de devenir amoureifx de la tille d'un médecin de Pérouse !

Florence avait peur d'être conquise comme Rome venait de l'être; elle eut l'idée de s'entendre avec le médecin in jour la fille, tout éplorée, vinl se plaindre à son pire de ce que son royal amant commençait ;i l'aimer moins. C'était

Il gulière confidence entre un père e Dlle. Mais il

paraît q ie cela se pas tali ainsi en l'an de grâce 151 '».

La dite sulvil ponctuellement les Instructions paternelles :

huit joui ■ après, l'amanl et la maltresse mourai m empoi

■ était alors une, belle chose que la médecine.

' i lui, ■ "in e nous l'avons dit, esl sa so:ur Jeanne H.

A Nap selon toute apparence, ce nom portait malheur,

d abord, aux femmes en mite, puis, par cl par-là,

aux amans. Demandez à Gianni Carracciolo, qui est enterré à dix pas de sa maîtresse

Celui-là, il faut lui rendre justice, (il tout ce qu'il put | our ne pas s'apercevoir que sa souveraine l'aimait, et pour ne pas se trouver seul en présence de Jeanne, dans la crainie d'être amené à lui déclarer ses sentimens. La chose en était devenue impertinente pour la pauvre femme. Aussi n'en voulutelle pasavoirle démenii. Ce que femme veut, Dieu le veut, dit le proverbe. Or, Jeanne voulait être aimée et voulait entendre l'aveu de cet amour. Seulement elle s'y prit singulièrement pour que le proverbe ne mentît pas.

Un soir qu'on parlait au cercle de la reine de ces antipathies instinctives que les hommes les plus braves ont pour certains animaux, et que chacun disait la sienne: celui-ci l'araignée, celui-là le lézard, un autre le chat, Carracciolo, interrogé, répondit que l'animal qui lui élait le plus antipathique dans la création élait le rat. Un rat, il l'avouait, l'eût fait sauvera l'autre bout du monde. Jeanne ne dit rien, mais elle tint compte delà chose.

Le surlendemain, comme Carracciolo se rendait au conseil, et que, pour s'y rendre, il traversait un long corridor du palais habité par les dames de la reine, un domestique parut tout à coupa l'extrémité de ce corridor avec une cage pleine de rats. Carracciolo ne fit attention ni à la cage ni aux botes qu'elle contenait, et continua de s'avancer; mais lorsqu'il ne fut plus qu'à quelques pas du valet, celui-ci posa sa cage à terre, ouvrit la porte, et tous les rats en sortirent, courant à droite et à gauche, avec lavélocité que l'on connaît à ce charmant animal.

Carracciolo avait dit vrai : il avait une haine, ou plutôt une terreur profonde pour les rats. Aussi, à peine ies vit-il faire irruption hors de leur domicile, qu'il perdit la tête et se sauva comme un fou, frappant ù toutes les portes. Mais toutes les portes étaient fermées à l'exception d'une seule qui s'ouvrit. Carracciolo se précipita dans la chambre et s'y trouva en présence de sa souveraine. Le pauvre courtisan en fuyant un danger imaginaire était tombé dans un danger réel.

Il n'eut pas lieu de regretter sa fortune. La reine le fit tour à tour grand-sénéchal, duc d'Avellino et seigneur de Capoue. Il avait bien demandé à être prince de celte dernière ville ; mais comme c'était le titre réservé aux héritiers présomptifs de la couronne, la reine avait refusé. Il s'était alors rabattu sur le duché d'Amalfi et la principauté de Salernc; mais ce te dernière concession souffrait aussi, à ce qu'il paraît, quelque petite difficulté, car un jour que cette éternelle demande avait amené une discussion plus vive que d'habitude entre Jeanne et Carracciolo, ''amant oublia la distance que Jeanne avait franchie pour arriver jusqu'à lui, et appliqua sur la joue de sa royale maîtresse un soufflet de crocheteur.

Il en est des soufflets de crocheteur comme des baisers de nourrice; on les entend de loin. Une certaine duchesse de Suessa, ennemi jurée de Carracciolo, entendit le bruit de cet insolent soufflet; elle enira chez Jeanne comme Carracciolo en sortait, et trouva la reine pleurant de honte et de douleur.

Les deux femmes restèrent enfermées ensemble une partie de la journée. Quand les femmes veulent se mettre à la besogne, elles vont plus vile que nous autres; aussi en deux heures toul fut-il résolu, principal et accessoires, faits et détails.

Le lendemain malin, comme Carracciolo était encore au lit, il entendit frapper à sa porte. Carracciolo, comme on le comprend, n'était pas sans défiance : c'était la première fois qu'il levait la niain sur la reine, cl ce malheureux soufflet qui lui élait échappé l'avait tracassé tonte la nuit. Aussi, avant d'ouvrir commença-i-il par demander qui frappait.

— Hélas ! répondu un page dont la voix étail bien connue de Carracciolo, carc'étaii le page favori de Jeanne, c'est la reine qui vienl d'être atteinte d'apoplexie, et Son Altesse né veui pas mourir sans vous voir.

Carracciolo calcula ù l'instanl même qu'au momenl delà mur; de la reine il pouvi il arracher d'elle ce qu'il n'avait jamais pu obtenir de son vivant, el il ouvrit la porte.

Au même instant, cinq OU six hommes armés se précipi-

tèrent sur lui, et, sans qu'il eût le temps fie se mettre en défense, le renversèrent sur son lit et le mas-acrèrent à coups de hache et d'épée; et après s'être assures qu'il était bien mort, ils sortirent sans que personne fût venu les déranger dans leur sanglante exécution.

Trois heures après, quand on entra chez le grand-sénéchal, on le trouva couché à terre, à moitié vêtu, une seule jambe chaussée, les assassins l'ayant laissé juste dans l'état où la mort l'avait saisi.

Prenez l'un après l'autre tous ces rois, toutes ces reines et tous ces courtisans, et vous lien trouverez pas un sur quatre qui soit mort de la façon dont Dieu a destiné l'homme à mourir.

UNE VISITE A IH-RCCLViTYl ET A FOMPEIA.

Un des malheurs auxquels est exposée cette classe de voyageurs que Sterne désigne sous le nom de voyageurs curieux, c'est qu'en général on ne peut être transporté sans transilion d'un lieu à un autre. Si l'on avait la faculté de bondir de Paris à Florence, de Florence à Venise, de Venise à Naples, ou de fermer au moins les yeux tout le long de la route, l'Italie présenterait des sensations tranchées, inouïes, ineffaçables ; mais au lieu de cela, malgré la rapidité des mallesposte , malgré l'agilité des bateaux à vapeur, il faut bien traverser un paysage, il faut bien aborder dans un poil ; les préparations détruisent alors les sensations. Marseille ré vêle Naples; la Maison Carrée et le pont du Gard dénoncent le Panthéon et le Colysée. Toute impression perd alors son inattendu, et par conséquent sa force.

Ainsi est-il de Pompeïa : on commence par visiter le musée de Naples, on s'appesantit sur toutes ces merveilles d'art ou de formes reirouvées depuis deux cents ans que durent les fouilles ; bronzes et peintures, on se fait raconter l'histoire de chaque chose, comment et quand elle a élé retrouvée, à quel usage elle servait, en quel lieu elle était placée; puis, lorsqu'on s'est bien blasé sur les bijoux, vient le tour île l'écrin.

Nous évitâmes ce premier piège, mais nous ne pùnusen faire autant d'un second : échappés aux Studi, nous retombâmes dans Herculanum.

Herculanum et Pompeïa périrent dans la même catastrophe, et cependant d'une façon toute différente. Herculanum fut enveloppée, étreinte, et enfin recouverte par la lave, sur la route de. laquelle elle se trouva ; Pompeïa, plis éloignée, fut ensevelie sous celte pluie de cendres el de pierres ponces que raconte Pline le jeune, et dont futvi. lime Pline l'un ;ien. Il en résulte qu'a Herculanum tout ce qui pouvait subir l'action du feu fut dévoré par le feu; que le fer, le bronze el l'argent résistèrent seuls ; tandis qu'à Pompeïa, au contraire, tout fut garanti, conservé, entretenu, si on peut le dire, par celle molle couche de cendres dont le volcan avail rei la ville, on punirait presque le croire, dans un simple but d'art et d'archéologie, afin de conserver aux siècles a venir un vivant échantillon de ce qu'était une ville romaine pendant la première année du règne de. Titus.

Au moment où l'on retrouva Herculanum et Pompeïa, elles étaient à peu près aussi perdues que le sont aujourd'hui Siabje, Oplonie el Rétine. Pour Herculanum, la chose n'était pas étonnante : il fallait presque un miracle pour la retrouver ; Herculanum dormait au fond d'une tombe de lava profonde de cinquante ou soixante pieds. La pauvre ville d'Hercule semblait bien morte ci ensevelie •> loul Jamais, Plais il n'en était point ainsi de Pompeïa. Pompeïa n'était, point morte , Pompeïa n'était point ense OEl'V. coup. — IX.

velie, Pompeïa semblait dormir. Seulement ce qu'on prenait pour le drap de sa couche était le linceul de son tombeau. Pompeïa, couverte seulement à la hauteur de quinze ou vingt pieds, élançait hors de la cendre, qui n'avait pu la couvrir entièrement, les chapitaux de ses colonnes, les extrémités de ses portiques, les toits de ses maisons; Pompeïa enfin demandait incessamment secours, et criait jour et nuit du fond de son sépulcre, où elle n'était ensevelie qu'à moitié : « Fouillez! je suis là! » Il y a plus : quelques uns prétendent que cet e éruption dont parle Pline ne fut pas celle qui détruisit Pompeïa. Selon Ignarra et Laporie-Dutheil, Pompeïa, à moitié ensevelie, aurait pour celle fois secoué sa couche de sable, et, l'écartant, comme la Ginevra de Florence, serait reparue à la lueur du jour, son voile mortuaire à la main et réclamant son nom trop tôt rayé de la liste des villes; si bien que, selon eux, la ville ressuscilée aurait encore vécu jusqu'en l'an 471, époque à laquelle le tremblement de lerre décrit par Marcel in l'aurait définitivement engloutie. Ceux-ci se fondent sur ce que Pompeïa se trouve encore, indiquée sur la carte de Peutinger, qui est postérieure au règne de Constantin , et ne disparait entièrement de la surface du sol que dans l'itinéraire d'Antonin.

Rien de plus possible, au bout du compte; et nous ne sommes pas disposés à chicaner Pompeïa sur quatre siècles de plus ou de moins. Mais cependant il y a un fait incontestable qui s'oppose à la reconnaissance pleine et entière de cette résurrection : c'est qu'aucune monnaie de cuivre, d'argent ou d'or n'a été retrouvée , à Pompeïa , postérieure h l'an 79, quoique incontestablement encore, les empereurs aient continué à faire frapper monnaie, cette haute prérogative du rang suprême à laque'le les souverains tiennent tant. Or, supposez Saint Cloud enseveli à notre époque et exhumé dans deux mille ans : je suis convaincu qu'on retrouverait dans les fouilles de Saint Cloud infiniment plus de pièces de cinq, de vingt et de quarante francs à l'effigie de Napoléon, de Louis XVIII, de Chnrlf-s X et de Louis-Philippe, que de sous parisis et de deniers d'or et d'argent au millésime du quatorzième siècle.

Ce qui e-t probable, c'est que la cendre, en engloutissant la ville tout entière, avait laissé échapper les trois quarts de la population ; que celle population , soit dans l'espoir de mettre, à découvert un jour ses anciennes demeures, soit par cet amour du sol si fortement enraciné dans le cœur des habiinns de la Campanie, n'aura pas voulu s'éloigner de l'emplacement qu'elle avait déjà habité; qu'elle aura élevé un village près de la ville; que le nouveau bourg aura pris le nonwle l'ancienne cité, el que les géographes, en retrouvant ce nom sur la carie de Peutinger, auront pris la fille pour la mère, et auront confondu la tombe avec le berceau.

Cela est si vrai que l'on retrouva entre Tîoseo-Renl et Bosco-Trecase ente nouvelle Pompeïa, laquel'e gardait aussi des bronzes magnifiques el des statues du meilleur temps, vieux débris arrachés sans doute à son ancienne splendeur. Mais les maisons qui renfermaient ces bronzes cl ces statues étaient, comme architecture et comme peinture, d'une époque de décadence tellement en désaccord avec les chefs-d'œuvre de l'art, qu'on peut croire qu'il y avait plusieurs siècles de différence entre les uns el les autres. Cependant, il faut le dire, la distribution intérieure des appartemens était absolument la mémo, quoique, selon toute probabilité , celle seconde pompeïa eût été engloutie quatre siècles après l'ancienne.

ainsi, comme nous le disions, la renommée de la ville grecque a longtemps Burvécu a elle-même pour s'éteindra juste au moment où elle allait reparaître plus brillante que jamais.

D'abord un grand nombre des habitons de Pomppïa retournèrent, la hache el la pioche à la main, fouiller plus d'une fois cette vaste tombe où était restée enfouie la plus grande partie de leurs richesses. Les antiquaires appellent cela une profanation : il est évident qu'ils ne se seraient pas entendus sur le moi avec les anciens habitans de Pompeïa.

aJexandre Sévère fll fouiller Pompeïa; il eu tira une grande quantité de marbres, de colonnes et de statues d'un 1res beau travail, qu'il employa dans les constructions nouvelles

OEUVRES COMPLETES D'ALEXANDRE DUMAS

qu'il faisait faire à Rome, et parmi lesquelles on les reconnaît comme on reconnaîtrait un fragment de la renaissance au milieu de l'architecture napoléonienne.

Puis vint le Ilot de la barbarie, qui, comme une nouvelle lave, couvrit non seulement les villes mortes, mais encore les villes vivantes. Que devinrent alors Pompeïa et le village qu'elle tenait par la main comme une mère tient son enfant? 11 n'en est plus question, nul ne sait plus rien. Sans doute tout ce qui dépassait cette couche de cendres qui moulait, comme nous l'avons dit, plus haut que le premier étage, fut abattu. Chapitaux, frontons, terrasses se nivelèrent. Quel que temps encore les ruines indiquèrent la place des tombeaux, puis les ruines elles-mêmes devinrent delà poudre; la poussière se mêla à la poussière; quelques maigres gazons, quelques arbres rares poussèrent, sur cette terre stérile, et tout fut dit : Pompeïa avait disparu ; on chercha vainement où avait été Pompeïa. Pompeïa avait été oubliée! Dix siècles se passèrent.

Un jour, c'était en 1502, l'architecte Dominique Fontana fut appelé par Mulius Gutlavilla, comte de Sarno. Il s'agissait de creuser un aqueduc pour porter de l'eau à la Tone. Fontana se mit à l'œuvre; et comme la ligne qu'il avait tracée traversait tout le plan de Pompeïa, ses ouvriers allèrent bientôt se heurter contre des fondations de maisons, des bases de colonnes et des degrés de temples. On vint prévenir l'architecte de ce qui se passait ainsi sous terre ; il descendit dans les fouilles, une torche à la main ; reconnut des marbres, des bronzes, des peintures; traversa des rues, des théâtres, des portiques; puis, stupéfait de ce qu'il avait vu dans cette nécropole , remonta pour demander au duc de Sarno ce qu'il devait faire. Le duc lui répondit qu'il devait continuer son aqueduc.

Fonlana n'était pas assez riche pour entretenir des fouilles à ses frais : il se contenta donc, en artiste pieux qu'il était, de continuer les excavations en réparant à mesure ce qu'il était forcé de détruire; il passa ainsi sous le temple d'Isis sans le renverser, et aujourd'hui encore on peut suivre sa marche par les soupiraux du canal qu'il traça.

Pendant ce temps Herculanum dormait, plus tranquille que sa sœur en infortune, car sa tombe à elle était plus sûre et plus profonde ; mais, comme si une loi de ce monde était qu'il n'y aura pas de repos éternel, même pour les morts, l'heure de sa résurrection sonna avant même qu'eût sonné celle de Pompeïa.

Ce fut un prince d'Elbeuf, de la maison de Lorraine, qui comprit le premier quel était le trésor que seize siècles avaient dédaigneusement foulé aux pieds. Marié à une fille du prince de Salsa, et désirant embellir une maison de campagne qu'il avait achetée aux environs de Portici, il commença d'acheter aux paysans des environs tous les ffagmens d'antiquités qu'ils lui apportèrent. D'abord il prit tout ce qu'on lui apporta; puis, comme avec l'abondance son goiït devint plus difficile, il exigea (pie les choses eussent une certaine valeur pour en faire l'acquisition. Enfin, voyant qu'on lui apportait chaque jour de nouvelles richesses, il résolut de. remonter lui même a cette source, et fit venir un architecte. L'architecte demanda des renseignemens aux paysans, reconnut les localités, el pritsi bien ses mesures que. des sa première fouille, exécutée ver, l'an |720, on retrouva deux statues d'Hercule, on découvrit un temple circulaire., soutenu par quarante-iiuii colonnes d'albâtre, vingt-quatre extérieures, vingt-quatre intérieures; et enfin on mil au jour sepi nouvelles statues grecques, que !e libéral peince d'Elbeuf donna en pur don au prince Eugène de Sa oie liais, comme on le comprend, la chose fil grand bruit : on a encore irs inen l'i i les de ta ville souterraine -, le gouvernement intervint ei ordonna au prince d'Elbeuf d' ir-

rompre sesœ ca n , Lee fouilles re itèrent quelque temp i

suspendues.

Enfin, le jeune prince des Asluries, don Carlos, monta Bur le troue de tfaple i sous le nom de Charles III, lit bâtir le pa-

1,1 de Portici, et, ai heianl la mais lu prince d'Elbeuf

ave tout ce qu'elle contenait, reprit les fouilli el le fit con limer Jusqu'à quatre-vingts piedo de profondeur. Ce ne fui

plus alors un monument solitaire ou un temple isolé nue l'on rencontra : ce fut une ville tout entière disparue sous îa lave, gisante entre Portici et Résina, et que sa position d'abord, puis des inscriptions , les unes grecques, les autres latines, tirent reconnaître pour l'ancienne ville d'Herculanum.

Mais l'extraction de celle cité n'était point facile; la cité était emboîtée dans son moule de lave; il fallait briser le bronze pour arriver à la pierre; on s'aperçut bientôt des frais énormes que nécessitait ce travail inconnu, et après quelques années on y renonça. Ces quelques années avaient cependant produit des trésors.

Il faut dire aussi que l'attention fut tout à coup détournée d'Herculanum et se reporla sur Pompeïa. Déjà, vers la lin du siècle précédent, on avait trouvé dans des ruines, sur les bords du fleuve Sarno, un trépied et un petit Priape en bronze ; puis d'autres objets précieux avaient été le résultat d'une fouille particulière faite en I6S9, à environ un mille de la mer, sur le flanc oriental du Vésuve; enfin, en 1748, des paysans creusent Un fossé, quelque chose leur résiste; ils redoublent d'efforts, découvrent des monumens, des maisons, des slalues;'a ville ensevelie revoit le jour, la cité perdue est retrouvée; Pompeïa sort de son tombeau , morte il esl vrai, mais belle encore, comme au jour où elle y est descendue. Jusqu'à celte heure on a évoqué l'ombre des hommos : de ce moment on va évoquer le spectre d'uae ville. L'antiquité, raconlée par les historiens, chantée par les poêles, r vée par les savans, a pris tout à coup un corps : le passé se fait visible pour l'avenir.

Malheureusement, comme nous l'avons dit, une sensation peut être détruite, du moins en partie, par la progression. Ainsi est-il généralement de Pompeïa, qui, pour son malheur, a Herculanum sur son chemin. En effet, Herculanum, au lieu d'irriter la curiosi'é, la faligue: on descend dans les fouilles d'Herculanum comme dans une mine, par une espèce de puits ; ensuite viennent des corridors souierrains où l'on ne pénètre qu'avec des torches; corridors noircis par la fumée, qui de temps en temps laissent entrevoir, comme parla déchirure d'un voile, le coin d'une maison, le péristyle d'un temple, les degrés d'un théâtre; tout cela incomplet, mutilé, sombre, sans suite, sans ensemble, et par conséquent sans effet. Aussi, au bout d'une heure passée dans ces souterrains, le plus terrible antiquaire, l'archéologue le plus obstiné, le plus infatigable curieux, n'éprouvent-ils qu'un besoin, celui de revoir la clarté du jour, ne ressenlent-ils qu'un désir, celui de respirer l'air du ciel. Ce fut ce qui nous an iva.

Nous nous remîmes en route après avoir visité celle momie de ville, et nous reprîmes la roule qui conduit de Naples a Salerne. A une demi-lieue de la tour de l'Annonciation, une route s'offrit tracée sur le sable, s'enfonçant vers la gauche, et présentant à son entrée un poteau avec cette inscription : Via di Pcmpci. Nous la prîmes, et au bout d'une demi-heure de marche nous rencontrâmes une barrière qui s'ouvrit devant nous, et nous nous trouvâmes à cent pas de la maison de Diomède, et par conséquent à l'extrémité de la rue des Tombeaux.

Là, il faut le dire, malgré le tort qu'Herciilanurn fait à Pompeïa, l'impression est vive, profonde, durable; cette rue des Tombeaux est un magnifique péristyle pour entrer dans une ville morle; puis, tous ces monumens funèbres placés aux deux côtés de la roule consulaire au boni de laquelle s'ouvre béante la porte de Pompeïa, ne déplissant pas la couche de sable qui les recouvrait, se sont conservés intacts comme au jour où ils sont sortis des mains tîe l'artiste : seulement le temps a déposé sur eux en passant cet e belle teinte sombre, ce vernis des siècles, qui est la suprêmo beauté de toute architecture.

foignez a cela la solitude, celte poétique gardienne des sépulcres et des ruines.

Que. serait-ce donc, je le répèle, si l'on n'avait poinl passé par Herculanum I Qu'un se figure, mois un soleil ardent, < tt, si l'on aime mieux, soir, un pâle rayon de la lune, une rue large de vingi pas, longue de cinq cents, toute sillonnée en -

COre par les roues des chars anliqu s, toute garnie de IrOt-

toirs pareils aux nôtres, toute bordée, â droite et à gauche,

par des monumens funéraires, au dessus desquels se balan cent (juclques iflaigres et tristes arbustes poussés à grand peine dans cette cendre: oflïaiU à son extrémité, comme une grande arche a travers laquelle on ne voit que le ciel, celte porte, par laquelle on allait de la ville des morts à la ville des vivans; qu'on entoure tout cela de silence, de solitude, de recueillement, et l'on aura une idée, bien incomplète encore, de l'aspect merveilleux que présente le faubourg de Pompeïa appelé par les anciens le bourg d'Auguslus Félix, et parles modernes la rue des Tombeaux.

Nous nous arrêtâmes, ne songeantplus ace soleilde (rente degrés qui tombait d'aplomb sur nos têtes, moi pour prendre le nom de tous ces monumens, Jadin, pour faire un croquis de cette vue. On eût dit que nous avions peur d3 voir disparaître tout ce panorama d'un autre âge, et que nous voulions le fixer sur le papier avant qu'il s'envolât comme un songe ou qu'il s'évanouît comme une vision.

Au commencement de la rue s'ouvre la première maison déterrée. Par un hasard étrenge, c'est une des plus complètes : celte maison était celle de l'affranchi ArriusDiomède.

Que notre lecteur se tranquillise, nous, ne comptons pas l'emmener dans une visite domiciliaire. Nous visiterons trois ou quatre des maisons les plus importantes, nous entrerons dans une oa deux boutiques, nous passerons devant un temple, nous traverserons le Forum, nous ferons le tour d'un théâtre, nousjirons quelques inscriptions, et ce sera tout.

Page 1