‹ Une année `a FlorenceChapitre 97 sur 148 · SIM. SUIS. MEMOR1 E · texte numérisé non relu

SIM. SUIS. MEMOR1 E

MAGISTER. PAG. AUG. FELIC SUn. CM.

Ce qui voulait dire : « Mareus Arrius Diç-mede, affranchi dcJulia, maître du bourg kugustus Félix, pics de la ville, a élevé ce tombeau a sa mémoire el îi celle des siens.»

Or, apr s que la maison avait donné un nom au tombeau, V in i>, un a Mm tour en donna un à la maison.

Mon seulemenl c'éiali une maison de la plus suprên

i; e cl bâtie i une des plus heureuses époq \ de l'art romain , c'est-à-dire sous le règne d'Auguste; mais encore

c'était un des plus grands édifices particuliers de Pompeïa: deux étages restent debout; le troisième manque.

On monte quelques degrés, puis on entre par une petile porie dans une cour ouverte, environnée de quatorze colonnes : cette cour, comme toutes les cours antiques, avait la forme d'un cloître; ces colonnes soutenaient un toit dont l'inclinaison intérieure versait les eaux dans un petit canal; aussi cette cour s'appelait-elle l'impluvium.

C'est en côtoyant cette cour et en se promenant à l'abri de ce toit, lorsqu'ils n'élaient pas au forum ou lorsqu'il pleuvait, que les Romains, ces éternels promeneurs, passaient leur vie. Les murs de ces portiques étaient élégamment peints ù fresque, ressemblance qu'ils avaient de plus avec les cloîtres du riche couvent de Saint-Marc, à Florence.

Celte cour faisait ordinairement le centre des maisons romaines; toutes les portes des différens appartenons, depuis celles des esclaves jusqu'à celles des maîtres de la maisen, s'ouvraient sous ces portiques. Le patron, en s'y promenant, voyait à peu près tout ce qui se passait chez lui.

LTn petit jardin, qui devait être plein de Heurs, était au milieu de celle cour traversée par le canal dont nous avons parlé, lequel recevait l'eau de pluie et la conduisait à deux citernes. Ces citernes avaient des margelles de pierres volcaniques, et dans une de ces pierres on retrouva la cannelure qui fixait la corde à l'aide de laquelle on lirait l'eau. Tout ce qui ne devait pas être piaulé était pavé avec des morceaux de mosaïque maintenus par un enduit de tuile pilce. Au dehors et sous le portique était une niche contenant une petite statue de Minerve.

Adroite étaient les chambres pour les esclaves; au milieu de ces chambres, il y avait un petit escalier qui conduisait à l'étage supérieur. On retrouva dans cet étage, qui était probablement un grenier, de la paille et de l'orge. A côté de l'escalier étaient les amphores et une armoire ; à gauche se trouvaient les bains. Les bains faisaient chez les Romains la jouissance suprême de la vie intérieure. Aussi, au contraire decheznous, oùl'on possède à grand'peine un simple cabinet de toilette, les bains, dans une maison romaine, occupaientils en général le sixième de l'appariement.

C'est que c'était une très grande affaire que de prendre un bain sous le règne des douze Césars.

Chez nous, on se blottit dans une baignoire plus ou moins courte. Heureux ceux qui ont de petites jambes ou de grandes baignoires!

Puis, après une demi-heure passée a se tourner et à se retourner pour éviter les crampes, on sonne, on s'essuie avec du linge froid ou brûlant, on se rhabille el l'on sort. Chez les Romains, c'était tout autre chose. Voyez plutôt les bains de l'alïranchi ArriusDiomède. Il y avait d'abord une première chambre. Pans celle première chambre, on troma un bassin pour le bain froid. Ce bassin était entouré d'un joli petit portique avec des colonnes octogones, au fond duquel était un fourneau ; sur ce fourneau était un chaudron el une poêle à deux anses encore noircie par la fumée, un gril de 1er, plusieurs pots de terre et une casserole.

Il parai i que, comme nous, les Romains se faisaient quelqui fois servir à déjeuner dans leurs bains froids.

11 y avait ensuite une seconde chambre : c'était celle où ceux qui voulaient prendre les bains chauds se déshabillaient; on t'appelait apodyterjwn. Puis il yavail une troi-

si i :i i brè : c'éfail pelle où riaient à la fois le bail) chaud

ei la fournaise. La fqurnajse étail une construction de briques pan ille à un poêle ; seulemenl sa tonne clail longue au lieu d'être élevée. Trois vases de cujvre contenaient de l'eau pbrlée n des degrés dîfférens; l'eau froide, l'eau tiède el iViui chaude. Des luyaux de plomb, qui servaieptdc conducteurs m celle i nu, s'ouvraient par îles robinets à peu pies pareils aux noire • p tmei lien) au baigneur de hausser

cm d'uni i la l,einpéraluré de son bain.

,\i,,is on quittai) le r« de-i haussée el l'on montai) au preiMli étage ii. exactcmenl au dessus de l'autre, se trouvait une petite chambre que l'on appelait l'étuve. Ou y pénétrait

ŒUVRES COMPLETES D'ALEXANDRE DUMAS

après avoir traversé une nuire chambre, où l'on déposait les vêteraens dont on s'était couvert pour mouler du rez-dechaussée au premier étage. De celle première chambre, on traversait le tepidarium, où l'on ne s'arrêtait qu'au retour, et l'on cuirait dans l'éluve, c'est dans celle étuve, située, comme nous l'avons dit, au dessus de la fournaise, qu'on prenait le bain de vapeur.

Une fenêire s'ouvrant sur la pelile cour servait à donner de l'air au baigneur quanl il était sur le point d'étouffer. Une lampe était posée dans une niche qui donnait à la fois dans l'étuve et dans le tepidarium, et qui, lorsqu'on voulait prendre des bains le soir, éclairait les deux apparlemens.

Aujourd'hui que les bains russes sont à la mode, il est inutile de décrire celte douleur graduée dont 1rs anciens s'étaient fait une jouissance. Lorsqu'ils avaient passé dans l'éuve le temps qu'ils voulaient consacrer à fondre, ils repassaient dans le tepidarium. Là, un esclave attendait le baigneur ; il tenait d'une main une fiole et de l'autre un frottoir. Le frottoir était composé de pelilcs lames d'ivoire, d'argent ou d'or, pareilles, moins les dénis, à celles d'une étrille, et s'appelait sirigilis. La petite fioie contenait une huile parfumée et se nomma'n guitum. D'abord, l'esclave grattait Je baigneur avec le strigilis, puis il inclinait au dessus de sa têleetde ses épaules le guttum,en laissait tomber quelques gouitcs d'huile odorante qu'il lui étendait partout le corps avec la main. Le tepidarium, comme l'étuve. avait une fenêtre; mais celle fenêtre l'emporte fort en célébrité sur la fenêtre sa voisine. Cela tient a coque, dans ses châssis de bois réduits en cendre, on retrouva quatre carreaux de vitre.

Or, au moment où on les retrouva, un savant Italien venait de prouver, dans un ouvrage en quatre volumes inquarto, que les anciens ne connaissaient pas le verre.

Le libraire qui avait imprimé l'ouvrage fut ruiné, mais l'auteur n'en resta pas moins un savantissime.

Outre celle fenêtre, on retrouva dans le tepidarium des siégi s en bois, et a terre, à coté de l'un d'eux, le fond d'un panier.

De celle chambre, où se. terminait l'opération du bain, on î lit dans l'apodylerium, où l'on se rhabillait avec les

vêti ; ns que les esclaves avaient montés, et tout était fini.

L'empereur Commode prenait par jour sept bains dans le genre de celui-ci. Il devait lui rester comme on le voit, pour les soins de son empire, encore moins de temps qu'il n'en res'aiià Orosmane, lequel, s'il faut en croire monsieur de Voltaire, n'y donnait cependant qu'une heure.

Des bains nous passâmes dans une espèce de dépense attenante aux chambres à coucher. Dans celle dépense, on trouvai terre, et au pied d'une table de marbie soutenue par la statue d'une jeune prêtresse, plusieurs vases de cuisine.

Dans les chambres a coucher, on ne retrouva rien que des ppinlures encore fraîche, des mosaïques et des marbres. Au resie, toutes ces chambres à coucher, éclairées par la porte seulement, étaient petites et devaient Cire lort peu comfortablcs.

Au il ilieu de ces chambres était une salle à manger, bâtie en forme d'hémicycle et dans laquelle on voit encore la place de la table. On y retrouva des vases de terre et de bronze, ouïes a pâtisserie de la forme des nôtres, deux petits Inès à soutenir les lampes quand on dînait ou pattàla lumière : deux petits bassins a laver les mains; 'i .' in labres doni l'unavail la forme d'un tronc d'arbre, 1 i teaux avec des manches d'os; enfin, des anneaux a h, petites plaques pour les armoires. Tout autour des c i étaient peintes des fresques représentant des pois- Hc toute tonne et. de toute couleur, le! qui Ile t, outre la

porte, étaient éi lairées par trois Fenêtres donnant sur la camp i • el B'ouvranl a l'orlenl el au midi.

bans l'antre fai e du portique s'ouvrail ['exedra, < a le t a- Ion de réception. Quelques cabinets abouti salent à ce sali n;

dans l'un d'eux on rcirouv; s table ronde en marbre blanc,

ornée de deux télé de tigre, dont chacune faisait jaillir l'i au i ii a bou ne? de • médaillons de mai bn • repré enianl \ ulcaui près de son enclume; une femme ailée tenant d'une

main un papillon el de l'autre un flambeau qu'elle approche d'un autel auquel elle va mettre le feu; un Hercule appuyé sur sa massue avec une peau de lion, un carquois et des flèches ; des faunes avec un vase et un ihyrsc dans les mains cinq petits masques troués à la place des yeux et de la bou che; enfin un lièvre qui grignote des fruits.

Puis, des étages supérieurs étaient tombés, clans ce talon et dans les cabinets voisins, des vases d'argpnl sculptés, un vase de cuisine en bronze, (les pièces de monnaie, dont une était de Naples antique, c'est-à-dire avait déjà près dequinze cents ans à celle époque; enfin, différons morceaux d'ivoire détaeliés d'une petite statue qu'ils recouvraient, et qui servaient d'ornement à un meuble.

De l'exedra on passe sur une terrasse ; celle terrasse dominait le quartier des esclaves. Dans ce quartier on trouva une bouteille suspendue à un clou, des vases de terre cuite, une lampe, quatre bêches et un râteau de fer ; un couteau à manche d'os, des vases de verre et des monnaies de bronze : c'était l'ameublement et la richesse de la pauvre petite colonie.

Près d'une porte étaient un squelette d'homme et un squelette de brebis : la brebis avait encore sa clochette.

Outre les pièces que nous avons décrites, il y avait encore un appartement d'été : on descendait dans cet appartement par un pelit escalier ; les pièces en étaient voûtées, ornées de fresques cl pavées en mosaïque. Les peintures qui couvraient les murailles de la plus grande de ces pièces représentaient une L'ranie, une Melpomène, une Minerve, un pédagogue assis, tenant un bâton à la main et ayant un coffre plein de papyrus ;i ses pieds; des génies et des bacchantes qui dansent en pinçant de la sambuca, ce qui fit croire que cette chambre était une bibliothèque. Un reste de tapis en couvrait le pavé.

De celte chambre, et en traversant le jardin, on descend clans une galerie souterraine; c'est dans celle galerie que s'étaient réfugiés les habiians de la maison. On y retrouva vingt squelettes appuyés au mur : deux de ces squelettes appartenaient à des enfans; un troisième était, selon toute probabilité, celui de la maîtresse de la maison , car on lui trouva aux bras deux bracelets et aux doigts quatre anneaux. Tous avaient été étouffés par la cendre; et comme à celle, cendre avaient succédé des (orrons d'eau, elle avait été changée en un limon qui s'était séché lentement, enveloppant les cadavres comme un moule. Aussi, lorsqu'on les trouva, ces cadavres élaienl-i's parfaitement conservés ; mais à peine les toucha-t-on du bout du doigt qu'ils tombèrent réduits en poudre, et ne laissèrent debout que leurs ossemens. Le limon qui les emboîtait demeura plus solide, et l'on conserve au musée de Naples un fragment de celte terre dans lequel csi empreint un magnifique sein de femme à la surface duquel on distingue les plis d'une robe de mousseline. Un second fragment garde le moule de deux épaules ; un troisième, le contour d'un bras: tout cela jeune et arrondi, tout cela magnifique de forme.

En outre, on trouva ;'i terre deux colliers d'or, dont l'un est orné de neuf plaques d'émeraudes, et dont l'autre portait une chaînette au bout de laquelle pendaient deux feuilles de pampre; deux anneaux d'argent, une grosse épingle, un candélabre dont le pied étail formé par trois jambes d lion me, un paquet de clefs, deux améthystes, sur l'une desquelles (■;ait gravée une Vénus Anadyomi ne, dans la même pose que la Vénus de Médicis; enfin trente une pièces de monnaie e toutes consulaires, el quarante-quatre autres presque toutes impériales, parmi lesquelles étaienl plusieu i Galba et plusieurs Vcspasieti.

Mais dans celle galerie funèbre n'étaient point renfi ■ tous les cadavres. Un autre squelette fut retrouvé pri i le la porle qui donnait du côté de la mer; celui-là, sans doulo, i taii le squelette du maître de la maison, car il tenait dans

nue main une clef el dans l'autre une bagUC cl un rouleau

p èces d'or à l'effigie de léron el d' Vgrlppinc, d i \ ltciiiii , de \ e tpaslen 1 1 de Titus, quatre vingt-lniii 1 ii ce ; t impérial laircs au non bre de

taicnl un larci ni >ine el une Cléopatre, cl enfin quel

sous en bronze à l'effigie d'Auguste et de Claude. A quelques pas du cadavre de cet homme, on trouva encore deux autres squelettes auprès desquels étaient cinq médailles de bronze; puis, hors de la porte et en s'avançant vers la mer, neuf autres squelettes encore, appartenant probablement à la famille d'ArriusDiomède. On sait que les anciens enlend lient par famille cette innombrable troupe d'esclaves et de cbiens attachée à toute riche maison.

Aux angles de ces appartenons inférieurs étaient deux cabinets, dans l'un desquels on trouva un squelette ayant au poignet un bracelet de bronze, au doigt un anneau d'argent, à la main une faucille de fer. Près de ces cabinets étaientdeux enclos, qui, selon toute apparence, avaient été recouverts d'un treillage garni de vigne et qui devait servir de jeu de boules. Eniin, hors de la maison et s'élendant du côté de la mer, on retrouva un champ labouré à sillons, près duquel était une aire pour battre le blé.

Une vaste erceinte séparait du coté opposé la maison de larue; elle était entourée d'un mur solide, appuyée a un terreplein percé de tuyaux. Cette enceinte était le cimetière des esclaves. En la fouillant, on y trouva une grande quantité d'os humains, et les coquilles des limaçons qu'on avait l'habitude de manger aux repas mortuaires.

Quant au tombeau préparé par le maître de la maison pour lui et les siens, et dans lequel reposaient son frère aîné et Arria, sa huitième fille, nous avons déjà dit qu'il s'élevait sur la rue, et que cette demeure des morts rivalisait d'élégance et de richesse avec la demeure des vivans.

Parmi ces tombeaux qui bordent les deux côtés de la voie consulaire, les plus remarquables après celui de la famille Diomède sont les tombeaux des deux Tyché, et le cénotaphe de Calventius.

Le premier que l'on rencontre est celui de Nevoleïa Tyché, découvert en 1815. C'est un large piédestal formé par cinq rangs de longues pierres volcaniques que surmontent deux degrés soutenant un autel de marbre. Sur cet autel est placé le buste de Nevoleïa. Au dessous du buste on lit une inscription latine de laquelle nous nous contentons de donner une traduction : « Nevoleïa Tyché, affranchie de Julie, a elle même, et à Caïus Munatius Faustus Augustal qui, avec le consentement du peuple, reçut des décurions le bisellium pour ses mérites.— Nevoleïa Tyché, de son vivant, a élevé ce niOuument à ses affranchis et affranchies et à ceux de Caïus Munatius Faustus. »

Ce tombeau est orné de trois bas-reliefs, tous trois assez curieux.

Le premier qui s'offre à la vue du côté de Naples est un navire qui entre dans le port. De petits génies en carguent les voiles; un homme est au gouvernail : la tète de Minerve ori) • la proue.

Dans un pays où, comme du temps de Figaro, on ne peut écrire sur rien qui touche au gouvernement, à la politique, à l'administration, à la littérature, ni à quelque chose que ce soit, mi comprend combien l'on a écrit de. volumes sur cette sculpture. Cette sculpture, c'était une bonne fortune. Les savaus n'auraient donné pour rien au monde cette sculpture, c'était leur pain quotidien. Il a peut-être paru cinquante volumes sur cette bienheureuse sculpture. Dieu fasse paix à ceux qui les ont écrits l Dieu fasse miséricorde a ceux qui les ont lus !

Les uns y ont vu une allégorie, les autres une réalité.

Ceux qui ont vu une allégorie se sont extasiés sur la pen- . <• qu'elle représentait. Le navire de la \ ie, conduit par la i ie, touche au port de la Tombe, après avoir traversé les Pa

Ceux ' • ppuyéssur un passage de Pope, qui est venu seize iodes plus tard; mais cela ne fail rien: les grandes vérité >i le ti us les temps.

Le passage disait : « Nousfai ons voile de différentes ma-

H'1 res sur le va seau de la vie. i a Rai on esl la carte;

la Passion e >l le vent. » Cela s'appelle de la s< h nce rétrosp i live.

Ceux qui j onl vu nue réalité ontdil loul bonne nique,

comme Vlunatlus exerçait le commerce maritime, ce bas-re-

lief n'était rien autre chose que le prospectus posthume de sa profession. Ceux-ci se sont appuyés sur ce passage de Pétrone, où Trimaîcion, qui était marchand, dila Albine : « Je te prie aussi que les navires que tu sculpteras sur non tombeau aillent à pleines voiles, et que je sois assis au tribunal avec ma toge, avec cinq anneaux d'or et avec un sac rempli d'argent pour le jeter au peuple. « Ceci est de la science prospective ; que les savans me permettent de risquer le mot.

On comprend que la question était grave. Aussi la lutte, commencée en 1815, exis'ait-elle encore en 1855, plus acharnée que jamais. Positivistes et allégoristes en appelaient à toutes les académies italiennes, depuis celle de Naples jusqu'à celle de Saint-Marin. L'un d'eux, plus exaspéré que les autres, allait partir pour Paris afin de soumettre cette énigme à l'Institut. Il était venu, trois jours avant son départ, me proposer sérieusement de faire en français la traduction des deux volumes qu'il avait écrits sur celte question européenne. Je mis ce monsieur à la porte.

Le bas-relief opposé, c'est-à-dire celui qui regarde Poinpéïa, représente le bisellium dont il est question dans l'épilaphe. Vous ne savez peut-être pas ce que c'est que le bisel. lium ; je vais vous le dire. Depuis que j'habite l'Italie, je deviens savant à mon tour. Pardonnez-moi mes offenses com me je les pardonne à ceux qui m'ont offensé.

Le bisellium, dont la forme serait encore inconnue sans le précieux bas-relief que nous a conservé la tombe de Nevoleïa, est un banc oblong garni d'un coussin, orné de franges, avec un tabouret au dessous. Le citoyen qui avait eu le bonheur d'obtenir le bisellium avait le droit de s'asseoir tout seul dans les assemblées publiques sur ce siège où cependant on pouvait tenir à deux. Ces honneurs du bisellium étaient fort enviés des Pompéiens, qui, à ce qu'il paraît, aimaient par dessus toute chose à avoir les coudées franches. Cela ressemblait beaucoup aux gens vertueux de Saint-Just, à qui le jeune conventionnel voulait qu'on accordât le privilège de se promener le dimanche avec un habit gris-perle et un bouquet de roses au côté.

Quant au bas-relief du milieu, c'est-à-dire quant à celui qui donne sur la rue, il représente le sacrifice qui eut lieu aux funérailles mêmes de Munatius Faustus. Un jeune prêtre pose l'urne sur l'autel, tandis qu'un enfant l'assiste. A droite sont les décurions, les officiers du municipium et les sexviri augus taies, dont Munatius avait l'honneur de faire partie, et qui viennent rendre leurs derniers devoirs à leur collègue. A gauche, un groupe d'hommes et de femmes s'avance vers l'autel et présente des offrandes. Parmi ces dernières, une jeune fille se renverse accablée de douleur. Les savans, de leur autorité privée, ont décidé que ce personnage était Nevoleïa elle-même. Je n'ai absolument rien à dire contre cette opinion.

Après avoir fait le tour de ce magnifique tombeau et tandis que Jadin en faisait un croquis, je descendis dans le columbarium. C'était une petite chambre de six ou huit pieds carrés ; une niche pratiquée dans la muraille contenait une grande urne d'argile, pleine de cendres et d'os. Les mêmes savans ont décidé que c'étaient les restes de Nevoleïa et de Munatius, sentimentalement réunis les uns aux autres pour l'éternité. D'autres urnes contenaient d'autres ossemens, et de plus les pièces de monnaie destinées à Caion. L'Académie de Naples s'occupe à décider en ce moment si ce n'est pas de cette coutume antique que vient l'habitude de payer un sou en traversant le pont des Arts.

En outre, on trouva sur le sol (rois vases de terre renfermés dans trois vases de plomb ; un de ces vases contenait de l'eau ; les autres de l'eau, du vin et de l'huile sur laquelle surnageaient des ossemens. Au fond, il y avait un précipité do cendres et de substances animales. C'étaient les restes

des libations el des essences qu'on répandail d'ordinaire sur les reliques des niorls, lorsqu'on les déposait dans le sépulcre après les avoir recueillis du bûcher.

Le sépulcre de la seconde Tyehe n'el.iit pas moins curieux

que celui de la première, C'esl un cénotaphe de la mémo lunée a peu près que celui que nous venons de décrire, surmonté par un cjnne quecouroone une tête humaine Tue de

ŒUVRES COMPLÈTES D'ALEXANDRE DUMAS

face, portant des cheveux réunis en tresses et noués derrière le cou. Sur celle lête est f ravéc l'inscription suivante qui a donné force tablature auxsavans, et qui cependant me paraît on ne peut plus simple.

jinsoNi

TYCIIES JUETVE AUGUSTE VEMER.

On voit que les anciens, sous le rapportde la courlisanerie, élaient encore plus avancés que nous. Tout titre qui les rapprochait des princes les honorait, quel que fût ce titre. Ouvrez Tacite, et vous verrez que Pétrone remplissait glorieusement près de Néron l'emploi que Tyclié avait accepté près de Julie. Bref, après avoir gagné sa retraite, Tyclié se relira à Pompeïa, où probablement elle fit pénitence pour sa vie passée, puisqu'on mourant elle se recommandait à Junon, la plus rogue de toutes les déesses. Il est vrai que les savans expliquent celte anomalie en disant que les divinités protectrices des femmes s'appelaient junon'', et celles des hommes génies; mais alors il me semble qu'il y aurait un pluriel au lieu d'un singulier, et (in'on lirait, sur l'épitaphe Junouibus et non Junoni. Je soumets celle observation à messieurs les archéologues avec toute l'humilité d'un néophyte.

Le tombeau de Calventius, découvert en 1858, est, comme celui des deux Tycliés, du beau temps de, l'architecture romaine. Aussi, comme pour le défendre des injures des passans, est-il environné de murailles sans ouveriure. Sa matière est de marbre blanc, ses ornemens sont d'un beau style, et il se termine par deux enroulemens de palmes avec des têtes de béliers. C'était, comme Munatius Fauslus, un augustal ; comme Munatius Fauslus, il jouissait déshonneurs du bi-ellium.

Voici son épitaphe:

« A Caïus Calveniius Quietus Augustal. L'honneur du bisellium lui a été décerné par le décret des décurions, et avec le consentement du peuple, à cause de sa magnificence. »

Le cénotaphe de Calveniius est massif, c'est à-dire que c'est tm tombeau honorifique. Le mur qui l'entoure et le protège avait fait croire qu'en pénélrant dans l'intérieur on y trouverait quelque Irésor caché. En conséquence, on biisa le monument du côté qui regarde l'ouest. Mais alors on s'aperçut que l'on venait de commettre un sacrilège inutile.

Deux couronnes de chêne indiquent qu'à l'honneur du bisellium Calventius joignait l'honneur plus insigne encore d'avoir reçu la couronne civique.

Outre les quatre lombeaux que nous venons de décrire, il y en a une soixantaine d'autres devant lesquels nous nous contenions de faire passer le lecteur, comme Ruy Gomez de Sylva fait passer Charles-Quint devant une partie de ses aïeux. Seulement, nous le prévenons, comme le fait le respectable tuteur de dona Sol, que nous en passons, et des meilleurs, afin d'arriver plus vile à la porte de Pompeïa.

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