‹ Une annee dans l'Arabie centraleChapitre 7 sur 18 · I IO · texte numérisé non relu

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sexe de Bereyda, qu’il ne se montre nullement inférieur aux hommes pour l’entente des affaires.

Un autre jour, dans l’après-midi, la ville fut mise en émoi par un cri d’alarme. Parti de la haute tour de garde, il trouva de nombreux échos dans les avantpostes de la plaine. Des cavaliers d’Oneyza s’étaient avancés jusqu’à la ville, et se ravitaillaient aux dépens des faubourgs. Mohanna, forcé de quitter ses trésors, sortit du palais pour enjoindre aux habitants de prendre les armes et d’aller oü la gloire les appelait. En un clin d’œil, les rues et les places furent désertes; chacun partait au plus vite, non pour .. marcher au champ d’honneur, mais pour se cacher dans sa maison, dont il refermait la porte au verrou, aimant mieux feindre l’absence que de s’exposer à la désagréable alternative de désobéir ouvertement au gouverneur, ou de combattre ceux-là mêmes dont il souhaitait ardemment le succès. Les satellites de Mohanna recrutèrent pourtant une quarantaine de ces guerriers récalcitrants, qui, une fois pris, firent contre fortune bon cœur, saisirent leurs lances et leurs mousquets, et sortirent de Bereyda avec l’héroïque détermination de ne pas combattre l'ennemi. Leur bande se grossit d’une troupe beaucoup plus considérable de soldats nedjéens, qui, guidés par leurs chefs, avaient quitté leurs tentes avec une résolution tout opposée. Quelques-uns, outre les armes ordinaires, portaient la courte dague de l’Yémamax et à défaut d’un tranchant bien aiguisé leurs sabres avaient une rare solidité. Baracat et moi nous grimpâmes sur un monticule en dehors des fortifications, d’où nos regards s’étendaient sur la plaine qui allait devenir le théâtre de la lutte.

Les défenseurs d’Oneyza, tous à cheval, et moins nombreux de moitié que leurs ennemis, s’étaient disséminés au milieu des maisons et des jardins ; ils ne

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faisaient aucun mal aux habitants des faubourgs, se contentant de s’emparer du butin qui se trouvait à leur portée. Ils se rangèrent le long des habitations et une vingtaine d’entre eux se détachèrent pour aller au-devant des agresseurs. De leur côté, les Nedjéens s’arrêtèrent et se formèrent en ligne. La tactique d’une bataille arabe est fort simple. La cavalerie se place en tête et provoque l’engagement, tandis que les hommes montés sur des chameaux, qui constituent le corps principal, restent en arrière comme réserve. Quand l’action devient sérieuse, c’est-à-dire quand le sang a coulé, on fait agenouiller les chameaux qui deviennent chacun une sorte de rempart, derrière lequel s’abritent deux hommes armés de fusils; la cavalerie s’écarte, et la fusillade continue, jusqu’à ce qu’une attaque de flanc détermine un engagement général. Les Nedjéens, différents en cela de la plupart de leurs compatriotes, préfèrent le carnage au butin ; ils ne font ni ne demandent quartier et, tant qu’il reste des hommes à tuer, ils ne pensent pas au pillage. Aussi, quand une armée se compose de vouahabites, on peut s’attendre à une chaude affaire, et, bien qu’une hécatombe de six ou sept cents hommes sur un champ de bataille soit une bagatelle pour l’Européen, elle paraît aux Arabes un sanglant massacre, et de pareilles affaires sont réservées aux seuls vouahabites. Je reviens à l’escarmouche qui a eu lieu devant nous.

Les cavaliers de Bereyda répondent à la provocation de l’ennemi en s’avançant au galop les uns dans un sens, les autres dans un autre, tandis que les Nedjéens, montés la plupart sur des chameaux, sont obligés d’attendre. Trois ou quatre d’entre eux cependant ont un cheval et s’avancent les premiers. Il en résulte des manœuvres équestres fort curieuses, et une

bruyante fusillade ; mais les habitants de Bereyda, d’accord avec ceux d’Oneyza, se sont promis que jamais leurs balles ne blesseraient un compatriote. Ils décrivent des cercles semblables à ceux des hirondelles qui tournoient sur un lac, jusqu’à ce qu’enfin les vouahabites, perdant patience, se décident à mettre en ligne un de leurs détachements pour finir cette bataille pour rire. Les Nedjéens, maintenant dix fois plus nombreux que les guerriers d’Oneyza, doivent les accabler sans peine; aussi ces derniers jugent-ils à propos de ne pas les attendre : ils se retirent en bon ordre au milieu des bosquets, et longtemps avant que leurs ennemis, armés de l’antique fusil à mèche, aient eu le temps de tirer, ils sont à l’abri derrière un rideau d’arbres. Le combat cesse donc, faute de combattants ; mais les héros de Bereyda pensent le moment venu de faire éclater leur bravoure : ils lancent leur cheval à fond de train, poussent des cris, déchargent leurs mousquets et rentrent enfin triomphalement dans la ville après quatre heures d’absence. « Les deux partis n’avaient eu heureusement aucune perte à déplorer, » pour me servir des expressions qu’auraient certainement employées les journaux du lendemain., si le Cacim en avait eu. Aussitôt après le retour des vainqueurs, les habitants qui s’étaient cachés dans leurs maisons, sortent pour s’occuper de leurs affaires, et les rues reprennent comme par enchantement leur aspect accoutumé.

Le naïb Mohammed- Ali, qui venait avec nous à Riad en qualité de chef officiel des pèlerins persans, pour s’y plaindre des pertes et des exactions qu’avaient supportées ses compatriotes, cherchait naturellement l’occasion de faire avec nous plus ample connaissance. C’était de tous points un vrai Persan. Agé d'une soixantaine d’années pour le moins, il conservait en-

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core sa vigueur corporelle, et la vivacité de son esprit serait demeurée intacte, s’il ne s’était adonné à l’opium. Sa barbe et ses favoris, teints soigneusement avec une couleur noire mélangée de henné, lui donnaient de loin l’apparence d’un homme de quarante ans. Il parlait l’arabe fort mal, le turc un peu mieux, et l’indoustani avec une pureté parfaite, car il avait été longtemps l’agent de la Perse à Haïderabad. Il était gai, spirituel, grand parleur, rusé en affaires, quoique facile à tromper comme la plupart de ses compatriotes. Son humeur enjouée ne l’empêchait pas de se livrer parfois à de violents accès de colère; enfin, c'était un dévot chiite , un adorateur fervent d’Ali et de Mâdi, dont il suffisait de prononcer les noms devant lui pour qu’il se prosternât le visage contre terre.

Septembre touchait à sa fin. Mohanna désigna le guide qui devait conduire aux rives de l’Euphrate Tadj-Djihan et ses compagnons de pèlerinage. Les Persans payèrent le prix fixé pour leur délivrance et prirent la route du nord-ouest; vingt-cinq jours de marche, pour lesquels ils n’avaient que des provisions insuffisantes, les séparaient de leur pays ; néanmoins, quand je passai à Bagdad au printemps suivant, j’appris avec satisfaction qu’ils étaient tous arrivés sains et saufs.

Enfin, les préparatifs étant terminés pour notre départ, Abou-Eysa le fixa définitivement au 3 octobre; c’était un vendredi, autant qu’il m’en souvient. Gomme nous n’avions pas revu Mohanna depuis notre première audience, nous ne crûmes pas devoir prendre congé de lui en quittant la ville.

Notre petite caravane se réunit près de la porte orientale, un peu au nord de la tour de garde et à une faiblë distance des tentes de Mohammed, fils de Feysoul.

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