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LA FÊTE ARABE

Jérôme et Jean Tharaud rompent avec cette manie, et s'il faut les apparenter à quelques écrivains français, certains noms s'imposent : Mérimée, Fromentin, Stendhal, pour ne pas remonter plus haut que le dixneuvième siècle. C'est une belle généalogie.

Cda dit, je ne serai pas suspect de préférer le « roman impersonnel » au « récit ». Néanmoins, il faut convenir que le récit ne convient pas indifféremment à tous les si: jets. IJ répand une lumière vive sur l'esprit du narrateur, et ne nous apprend rien sur les autres personnages, que ne puisse savoir celui-là. C'est-à-dire qu'il ne nous en apprend pas grand' chose, les hommes demeurant, les uns pour les autres, des mystères. Ce sont ces mystères que le roman impersonnel s'efforce de percer, en mettant tous les personnages au même rang, dans le plan de sa vision. Il les considère en eux-mêmes, et non pas dans les rapports qu'ils entretiennent avec un personnage principal. A vrai dire, on découvrirait peut-être que dans le plus objectif des .romans, il existe toujours des personnages sacrifiés et un personnage favorisé : l'intuition d'un artiste qui, prenant pour éléments les tendances diverses de son âme, les projette dans la vie, les enclôt en des corps doués d'existence personnelle, cette intuition-là, fiit-elle celle d'un Balzac ou d'un Dostoïevsky, a ses limites. Mais le roman objec-

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tif les dissimule le mieux possible. Dans un récit comme la Maîtresse servante, la femme que d'après le titre l'on pourrait considérer comme .l'héroïne du livre, est beaucoup moins vivante à nos yeux que le narrateur, son amant. Encore était-il permis de penser que l'aventure psychologique de celui-ci formait le véritable sujet du 'livre. Dans la Fête arabe, si j'ai bien pénétré le dessein des auteurs, c'est beaucoup moins un fait psychologique qu'un fait politique et social que l'on se propose de nous rapporter. Dès îors, si je ne vois plus bien les avantages de la narration personnelle, j'en distingue clairement les inconvénients.

MM. Jérôme et Jean Tharaud ont visité l'Algérie. A leurs yeux, la 'destinée de notre domaine africain est désormais compromise. Par faiblesse autant que par inintelligence ou mauvais emploi des qualités de l'Arabe, nous avons fait appel, ou du moins réservé bon accueil, pour nous seconder dans l'exploitation de la colonie, à toute la canaille des rivages méditerranéens : Maltais, Italiens, Espagnols. Ces métèques sont devenus les vrais maîtres du pays. Ils y ont implanté une civilisation inférieure et qui méconnaît aussi bien l'intérêt français que les vœux des indigènes. MM. Jérôme et Jean Tharaud ont illustré leurs observations par l'exemple d'un ancien médecin de

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