‹ Une année de critiqueChapitre 23 sur 31 · LA FÊTE ARABE · texte numérisé non relu

LA FÊTE ARABE

l'armée française, qui, séduit par les mœurs et l'âme musulmanes, s'établit définitivement en Algérie. Il essaye de faire participer un peu au mouvement de la vie, afin de le préserver de l'anéantissement fatal, un vil'Iage du Sud algérien, sans rien lui ôter de son caractère et de sa poésie. L'histoire de son échec, c'est le livre de Tharaud.

Le sujet était immense tout ensemble, et très bien circonscrit. On est un peu surpris de le voir traité en trois cents courtes pages. Regardons de plus près : l'ouvrage réalise un équilibre trop facile. Première partie : l'Algérie aux indigènes, sa beauté, son charme antique, qu'un Français par un effort de sympathie intelligente, a su comprendre et aimer jusqu'à rêver de les sauvegarder. Deuxième partie : les indigènes dépouillés, le pays livré à des barbares, d'autant plus redoutables qu'ils se croient les ministres du progrès. Ces deux états successifs, nous n'en prenons pas une connaissance directe. Deux récits nous les révèlent, le récit du romancier, puis le récit qu'il nous fait de la confession du médecin. Sans aller jusqu'à dire que Jérôme et Jean Tharaud ont passé à côté du sujet, qui était proprement la description de la crise sociale algérienne, on peut penser qu'à le réduire au récit de la mésaventure personnelle d'un médecin arabophile, ils lui ont endevé de sa grandeur. Bref, si leur propos

fut de nous conter l'histoire d'une vie d'homme, et cela semble convenir assez bien à leurs goiits d'écrivains amis du concret et de l'action, ils n'auraient pas dû toucher au problème économique considérable que nous indiquions, car 'le sentiment que nous avons en lisant ce livre, de frôler sans cesse un mécanisme immense, devient un peu pénible, quand nous arrivons à la fin sans que ce mécariisme se soit déclanché. D'autre part, s'ils voulurent réellement écrire le roman de l'Algérie moderne, le symbole qu'ils choisirent, quelle que soit sa valeur esthétique, apparaît insuffisant. On songe à un roman conçu par un disciple de Paul Adam, et exécuté par un disciple de Mérimée.

J'ai scrupule à m'attarder à ces remarques techniques. Les écrivains médiocres prennent sur les bons un avantage singulier, car ceux-ci nous donnent le goût de la perfection, et, les jugeant d'après une image idéale, nous insistons sur leurs plus légers défauts. S'il s'en trouve, dans le livre des Tharaud — et rien ne prouve qu'ils n'aient point de bons arguments à opposer à mes critiques — combien -de beauté la Fête arabe ne nous offre-t-elle pas ! Il y a là des pages qui ne le cèdent point, pour la nostalgie qu'elles exhalent, aux plus belles de Loti ; mais que le sentiment de l'exotisme est donc différent chez les deux

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