INTRODUCTION A LA VIE COMME-IL-FAUT
billevesées. Je lui reproche quelque excès, si l'on peut dire, dans la mesure, et de risquer par là de gâter tout le fruit que l'on est en droit d'attendre de ses leçons. Quand je cause avec ce puriste, je redoute toujours qu'il ne découvre une faute de français sur le plastron 'de ma chemise : un enfant qui l'écouterait, par esprit de contradiction serait tenté de se barbouiller d'encre les mains et le visage.
LA JEUNE FEMME
Un critique ne doit pas céder à l'esprit de contradiction.
LE CRITIQUE
Sans doute, mais il y faut un effort, qui vous explique ma gêne et mon retard à lire le dernier ouvrage de M. Marcel Boulenger. Je l'ai porté, durant tout un voyage, comme un remords. Il m'accompagna en wagon, en bateau, en voiture et même en gondole. Je l'ai posé sur des banquettes de café et sur des tables d'hôtel. Dans ma main, il franchit le seuil des églises et jusqu'à la porte des cloîtres. Ainsi ce petit livre, tout plein des voix du siècle, contribua à mon avancement spirituel, en me rappelant le devoir. Dans le cloître de San-Zeno^ tandis que je regardais
les petits lézards cuire au soleil, sur les pierres séculaires, et que je sentais pénétrer en moi cette cakne allégresse que partout, dans Vérone, on respire avec l'air, le mélancolique avertissement qu'échangent les moines montait, à peine modifié, des pages du livre à mon oreille: « Frère, disait-il, frère, il faut écrire ! »
LA JEUNE FEMME
Ecrire, mais ce doit être une joie!
LE CRITIQUE
Ecrire comme M. Marcel Boulenger, oh! oui, le bel exercice! Ses phrases ont un air de finesse et je dirais de propreté, qui enchante: pas un grain de poussière. Savez-vous à quoi je pense, en le lisant? A ces jolies machines qui actionnent les bateaux et dont on voit, de l'entrepont, les organes nus et luisants. Ou bien ce style évoque encore l'image d'un de ces admirables lévriers qu'aime M. Marcel Boulenger tout muscles et cependant gracieux et légers. Quand vos fils auront vingt ans. Madame, tous les petits Français penseront, je l'espère, comme M. Marcel Boulenger; ils n'auront plus besoin de ses conseils de morale pratique, mais ils gagneront toujours à le lire, pour apprendre ce qu'est le bon langage.