‹ Une année de critiqueChapitre 7 sur 31 · LE CENTENAIRE DE MAURICE DE GUÉRIN 7 I · texte numérisé non relu

LE CENTENAIRE DE MAURICE DE GUÉRIN 7 I

s'étendait à tout ce qui existe dans le monde, aux montagnes, aux prairies, aux fleuves, au vieil Océan père de toutes choses, aux nuages portés par le vent, à l'âme immense et insaisissable qui anime tout cela ? Ah ! pas de statue , pas de plaque commémorative, rien qui puisse paraître fixer ici plutôt qu'ailleurs le nom de cet écrivain dont le rêve trouva trop étroites les bornes d'un univers que sa pensée embrassa tout entier. Un poi trait sur une tombe, cela seulement était convenable : sous terre, un peu de cendre qui jadis composa une figure, retourne à l'universel, selon des lois qu'au dessus connaît et formule un esprit lucide dans ce beau visage rêveur...

Le monument qu'il faut réclamer, c'est ainsi que l'a dit M. Abel Lefranc, une édition complète. L'œuvre de l'auteur du Centaure, malgré les travaux auxquels elle a donné naissance en France ou en Angleterre, n'est pas encore publiée intégralement. Cependant, et bien que la plupart des manuels de littérature n'en fassent point mention, elle a compté et compte, depuis George Sand et Sainte- Beuve jusqu'à ce jour, de nombreux fidèles. De ce qui restait inédit, correspondance ou poèmes, M. Abel Lefranc a mis au jour une part importante. Elle aide à reconstituer la vie de Maurice.

Vie trop brève, hélas! Né le 5 août 1810, au Cayla (Tarn), dans un château rustique, Maurice grandit à la campagne, et les impressions qui frappent sa sensibilité déjà vive ne s'effaceront plus désormais. Plus tard, entre Maurice et Eugénie, cette laide adorable, entre le collégien de Stanislas et la sœur restée au pays, ces souvenirs de la première enfance composeront un trésor commun dun prix inestimable, une nappe d'eau profonde où s'alimenteront les racines de leurs âmes, ces fleurs. Ils forment la trame de leur correspondance ; et, de la certitude où se trouvent le frère et la sœur qu'aucune émotion, qu'aucune pensée de l'un ne restera étrangère à l'autre, sont nées des pages au parfum unique, où l'esprit se confie dans un murmure du cœur, et qui trahissent cet abandon sans retour, cette synipathie absolue que l'amour enviera éternellement à une amitié aussi parfaite.

Ses études terminées, Maurice dut, pour vivre, donner des leçons. Ses maîtres de Stanislas l'aidèrent en cette occasion. On le voit ensuite à la Chênaie, chez l'abbé de Lamennais qui avait réuni là quelques disciples. Guérin subit profondément l'influence de « Monsieur Féli », mais, comme il possède quelque génie personnel, il s'en débarrasse d'assez bonne heure, et, tout en demeurant catho-

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