Fille du prince de Lichnowsky
i9 SEJPTEHBRE 1848. 305
proposition de M. Helfert*, jeune député de Tachau (Bohême) et professeur à l'université de Prague, le Reichstag, en passant à l'ordre du jour, a résolu la question négativement. C'est la rupture avec le gouvernement révolutionnaire de Kossuth' et en même temps un succès du ministère. Tardivement, mais sincèrement, convaincu que la route qu'il a suivie jusqu'ici par rapport aux exigences magyares mène à l'abime, le ministère a déclaré l'incompatibilité des concessions faites par la couronne à la Hongrie avec les intérêts de la monarchie. En ceci les ministres ont bien agi. Mais se rendent-ils assez compte de la portée de leur déclaration ?
1. Aujourd'hui baron Helfert, membre de la Chambre des Seigneurs du Reichsralh cisleilhan, auteur de l'ouvrage intitulé Histoire d^ Autriche depuis Vinsurrection d'octobre 1848, 6 vol. Ce livre, basé en partie sur les correspondances du maréchal de Windischgraetz, est certainement ce qu'on a publié de mieux sur cette époque calamiteuse. Je l'ai suivi dans le récit de certains événements dont je n'ai pas été témoin personnellement, mais qu'il m'a semblé bon de faire connaître ou de rappeler au lecteur pour lui faciliter l'entente de mon journal.
2. Louis Eossuth, né 1806, l'inspirateur et l'âme de l'insurrection hongroise. Rédacteur du Pes/f hirlap 1841-1844; chef de l'opposition à la Diète de 1847 ; ministre des finances dans le ministère Batthyanyi mars à septembre 1848; gouverneur de Hongrie 1849; s'enfuit en Turquie août 1849; est interné en Asie-Mineure, mis en liberté 1851, pendu en effigie àPesth 1851 , se rend aux États-Unis et en Angleterre ; amnistié en 1867; vit à Turin.
J'en doute. Latour certainement, Bach probablement. Les autres? Non. Cependant ils viennent de jeter le gant à la révolution hongroise. MM. de Wessenberg, Doblhoffet leurs collègues sont-ils de taille à entreprendre cette tâche? Assurément non, mais d'autres, je l'espère, plus forts qu'eux, s'en chargeront.
Après la séance, les députés hongrois, furieux de se voir fermer les portes du sanctuaire législatif, pour noyer leur dépit dans de bruyantes libations, s'étaient réunis à l'hôtel de la faille de Francfort. Il s'y trouvait grand nombre d'étudiants, d'agents étrangers, et d'autres gens de ce calibre, chantant, vociférant, fraternisant avec les Magyars. Quel sabbat infernal! Pendant que l'intérieur de la maison résonnait de chants orduriers suivis d'eljens et de bravos, l'énergumène Tausenau, le plus furieux d'entre les orateurs de carrefour que Vienne possède en ce moment, harangua la foule bariolée stationnant et se bousculant dans la rue étroite aux abords de l'hôtel. Ce misérable déversa les pix)pos obscènes, les calomnies, les injures les plus atroces sur la famille impériale, notaounent sur la vénérable archiduchesse Sophie. Six mois à peine se sont écoulés depuis notre 1789 et nous voilà déjà arrivés en plein 93! Comme Mme de KhevenhûUer est logée ici, nous pûmes,
du corridor qui donne dans la cour et des fenêtres de son appartement, assister à cette double orgie intra et extra muros. Mais, si courageuse qu'elle soit dans l'ordinaire de la vie, la princesse prit peur ; je tâchai et je parvins, avec l'aide de l'hôtelier, à la faire sortir par une porte de derrière et à la mener chez sa mère, la princesse de Lichnowsky, où nous prîmes le thé, nous demandant si ce que nous avions vu était une réalité ou un cauchemar, un conte d'Hoffmann.
Depuis mars dernier j'ai été si souvent dans le cas d'entrer et de sortir par des portes de derrière, que j'ai pris du goût pour les maisons à deux ou plusieurs issues. Je recommande aux gens prudents par les temps qui courent trois mesures de précaution : ayez toujours dans le tiroir de votre bureau un passeport dûment visé, de même quelques rouleaux de napoléons, et couchez, de préférence, dans des maisons à deux portes : casa con dos puerta^ mala es de guardar.
20, mercredi. — Petit dîner chez le nonce Mgr Viale Prelà. Il revient d'Allemagne et en rapporte une délicieuse aquarelle de Steinle, qui a servi de carton à un tableau destiné à l'Angleterre. Edouard Steinle*, natif de Vienne, qui