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tante ne serait prise sans que le ministère en eût préalablement référé à lui et obtenu son assentiment. Il se réservait ce droit d'examen préalable, notamment pour toute disposition organisatrice ayant rapport à la future constitution de TAutriche*.
A première vue, la prétention d'un chef militaire de concentrer dans ses mains, pendant qu'il fait la guerre, les pouvoirs militaires et civils de TÉtat paraît exorbitante et tout à fait inadmissible. Mais en ayant présente a Tesprit la situation telle que le maréchal la trouvait à Olmutz, on en jugera peut-être autrement. C'est la que son beau-frère, dont les idées sur toutes les questions brûlantes n'étaient pas encore définitivement arrêtées, l'informa de la marche qu'il comptait suivre : afin de ménager l'opinion libérale, il formerait un ministère de coalition, y ferait entrer Bach et Bruck, surtout Bacb, qui Tavait singulièrement fasciné la première et seule fois qu'il l'eût vu sur les glacis de
1. Il formula la même demande dans une lettre adressée à remporeur François-Joseph, immédiatement après son avènement. « Je prie Votre Majesté, disait-il, vu les difficultés de ma situation et la grandeur de la tâche qu'Elle m'a confié**, d'ordonner à ses ministres de ne lui soumettre aucune proposition importante avant que je n'en aie été informé, et je vous prie aussi. Sire, de ne prendre, sans m'en avoir prévenu, aucune résolution définitive. »
Vienne, dans la nuit sinistre du 6 au 7 octobre. Le eabinet constitué, on se mettrait à élaborer un projet de constitution et on laisserait, en attendant, le Reichstag vivoter non à Vienne mais à Kremsier, où il serait transféré après la prise de la capitale. Tout ce programme répugnait au maréchal. Cependant il l'accepta à la condition qu'il fût mis à même de contrôler, au besoin d'arrêter la marche du ministère. Si le projet Kûbeck, qui au reste, selon moi, va trop loin dans une direction opposée, avait prévalu, si l'Assemblée avait été dissoute et qu'un ministère d'affaires, et non politique, eut été formé, le prince de Windischgraetz n'aurait eu aucun motif de prendre des précautions. Mais ces précautions devenaient, à son point de vue, nécessaires et indispensables, vu les collègues libéraux que le prince Félix comptait se donner. Le maréchal ne demandait pas l'exercice même, il demandait le contrôle suprême du gouvernement. Tout cela, je l'accorde; mais lorsque, le jour même où cette transaction eut lieu, le prince Félix me mit au courant de ce qui s'était passé entre lui et son beau-frère, je tombai des nues. Cependant, la chose étant faite, je me tus. Mais est-il possible, je me le demande, de ne pas apercevoir dans cet arrangement les germes de dissensions qui devront mener à une rupture?
Voici maintenant comment le futur premier ministre explique la facilité avec laquelle il a accepté les conditions du maréchal. « D'abord, me dit-il, nous voulons, Fun et l'autre, la même chose : nous voulons sauver la monarchie et le trône ; nous le voulons peut-être par des voies diflFérentes, mais nous visons un même but. Parfois il y aura de petits conflits, mais il n'y aura pas de brouille. Nous finirons toujours par nous entendre. D'ailleurs mon beau-frère aura assez à faire à Vienne et en Hongrie. »
Depuis les dernières semaines je n'ai cessé de débattre avec mon chef les deux grandes questions brûlantes : ministère et constitution. Je lui parlais toujours avec une entière franchise, et jiersonne ne sait mieux que lui supporter avec patience et sérénité la contradiction quand il la sait motivée, sincère et désintéressée ; personne n'est plus prompt à y mettre fin brusquement quand il la croit venir d'une source incompétente ou impure. Je no lui ai pas caché que sur ces questions je n'étais pas de son avis, mais il ne m'en a jamais voulu.
Voici mes idées :
1" Rompre avec les fausses doctrines de la révolution, mais rompre aussi, définitivement et sincèrement, avec l'ancien régime. Pas de retour à l'absolutisme. Des libertés telles que la
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société moderne les exige, mais pas de Charte de 1830, basée sur la souveraineté du peuple, tandis que nous voulons, nous devons maintenir celle de la couronne. Ni les principes, ni les formes, ni la phraséologie des encyclopédistes français. Pas de 1789 qui a mené à 1792.
2° Un ministère provisoire composé d'administrateurs. Quand la révolution armée sera abattue, la guerre civile terminée, la monarchie matériellement pacifiée, le moment sera venu de former un ministère d'hommes politiques. On y verra des conservateurs, mais non des absolutistes, connus et respectés dans les provinces. Dans ce choix on tiendra compte de nos différentes nationalités. Dès à présent, l'empereur manifestera et, au besoin, répétera quand l'occasion s'en présentera, sa ferme intention de maintenir les libertés et droits compatibles avec sa souveraineté et avec les exigences immuables de l'origine et de la composition de sa monarchie.
3** Après la fin de la guerre civile de Hongrie et la conclusion de la paix avec la Sardaigne, quand les esprits se seront calmés, les ministres s'occuperont à élaborer une constitution, laquelle, selon moi, ne sera viable qu'à la condition qu'elle soit acceptée franchement par les provinces. Une constitution octroyée mainte-
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nant serait certainement un enfant mort-né.
Je répudie l'idée, que j'entends discuter autour de moi, de considérer et traiter la Hongrie comme pays conquis (quand nous l'aurons con- (juise) et de la priver de ses anciens droits et privilèges. Ce serait, selon moi, une erreur funeste. La Hongrie ne pourra pas être amalgamée avec le reste de la monarchie. On l'a plusieurs fois essayé sans réussir. On n'y réussira jamais.
La partie la plus délicate, la plus difficile, la plus importante de la tâche sera de faire sa juste part au besoin de centralisation de la monarchie, sans porter atteinte a l'individualité des provinces.
Depuis que je connais le projet d'abdication do l'empereur Ferdinand, j'ai particulièrement insisté sur la nécessité d'ajourner la promulgation d'une constitution. Il faut, ai -je dit au prince Félix, ménager au jeune souverain le temps de se former une idée de la situation et <le choisir par lui-même la route à suivre. Il prendra certainement l'avis de son premier ministre et de son premier général. Il ne faut pas, dès son avènement, à l'âge de dix-huit ans, l'engager dans une voie qui mènera personne ne sait où, peut-être a des obstacles infranchissables. Il faudrait alors revenir sur ses pas, ce qui ne sera guère possible sans se heurter contre des
obligations solennellement prises par la couronne.
Ces idées, d'abord assez goûtées par le prince Félix, ensuite combattues par Stadion et Bach, n'ont pas prévalu. On a fait ce qu'on appelle un ministère de coalition, mais dans lequel l'élément libéral prédomine. Je doute, d'ailleurs, que le gros du public autrichien, si nouveau en matière de jargon parlementaire, sache même ce que c'est qu'un ministère de coalition. Les hommes les plus marquants, après le président du conseil, représentent des nuances différentes de libéralisme : ce sont Stadion, Bach, Bruck.
Certes, ces trois ministres ne sont pas des hommes ordinaires, tant s'en faut, mais ils ne sont pas nos coreligionnaires politiques. Bach a reçu le baptême révolutionnaire. Stadion et Bruck, sans être nés dans le sérail libéral, en connaissent les détours, et, en ces matières, ne connaissent pas autre " chose. Ils croient aux (( grandes conquêtes » de 1789. La triste fin du règne de Louis-Philippe, esprit sage et modéré, n'a pas ébranlé leur foi dans le système dont il a été la victime, et ils comptent faire entrer ce qui reste de la vieille monarchie de Charles- Quint dans les ornières de la royauté de Juillet.
Avant 1848, dans nos salons du grand monde, où l'on aime à découvrir ou plutôt à inventer des
capacités ot à s'octroyor de grands hommes, lo comte François de Stadion et son frère Rodolphe avaient passé pour ceux que l'avenir porterait, après la mort du prince de Metternich, au pinacle du pouvoir. Rodolphe, quoiqu'il ait occupé des situations élevées, n'a jamais marqué ni comme homme d'Ëtat ni comme administrateur; mais son frère François, en sa qualité de gouverneur du Littoral (Trieste) et, en dernier lieu, de gouverneur de Galicie, avait fait naître des espérances légitimes. Homme du monde aux formes séduisantes, à la fois grand seigneur et bureaucrate, familier avec ses pairs, affable envei^ ses inférieurs, d'un accès facile pour ses administrés, constamment en coquetterie discrète avec la presse, spirituel mais pas toujours esprit juste, un peu frondeur, assez pour se faire craindre dans les bureaux des ministères, pas assez pour les effaroucher, le comte François de Stadion était, dans les dernières années précédant la révolution de Mars, le fonctionnaire le plus en évidence et le plus populaire en Autriche. 11 Tétait surtout dans certaines coteries qui, quoique frémissant à l'idée d'une révolution quelconque, appelaient de tous leurs vœux un revirement complet du gouvernement. Aussi fut-il nommé député au Reichstag. Mais, voyant bientôt son action de législateur paralysée par
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les événements qui se précipitaient, s'efforçant, mais sans y parvenir, d'arrêter le flot montant de la révolution, fort impressionné par le sort de l'infortuné Latour, et s'oxagérant peut-être les dangers qu'il croyait courir lui-même, il chercha le salut dans une fuite précipitée, et, comme sujet loyal, prit naturellement le chemin d'Olmfltz. Sa longue mais platonique liaison avec la liberté, comprise dans le sens des doctrinaires français, ne lui avait valu que d'éphémères succès d'estime. Le 6 octobre mit fin à ci^Aieflir lotion ; mais la disposition amoureuse a survécu. Alexandre Bach, avant la révolution avocat et un des piliers du Juridische Lesevereiriy sorte de club libéral cachant ses tendances sous le nom modeste de salle de lecture des étudiants on droit, a, dans les journées de Mars, marqué comme un des chefs du mouvement. A le voir, à l'entendre alors, on aurait pu le confondre avec la foule des tribuns les plus ardents. Mais bientôt son langage se modifia. Quand il parlait en public, il demandait « une Autriche unie, démocratique, allemande, mais respectant la nationalité des autres races autrichiennes ». Il voulait « le progrès, mais pas de bouleversement ». Élu en juin député h l'Assemblée Constituante, dont la convocation avait été arrachée à l'empereur malade par les émeutiers de Mai,
et devenu, avec le portefeuille de la justice, membre du ministère Wessenberg-Doblhoff (du 19 juillet), il ne tarda pas d'apercevoir Tabime qui s'ouvrait sous ses pieds. Dès lors il se fit et resta, jusqu'au cataclysme du 6 octobre, le défenseur intelligent et intrépide de la cause de l'ordre. Cette métamorphose — l'histoire des révolutions nous en fournit bien des exemples — lui valut les haines et les persécutions des partis extrêmes. Lorsque, le 4 septembre, courageusement secondé par le député Helfert, il osa, dans l'Assemblée nationale, revendiquer pour le souverain le droit de sanctionner les lois votées par le Parlement, il brisa de ses mains le dernier lien qui le rattachait encore à ses anciens compagnons d'armes. En somme, il était un des auteurs de la révolution de Mars, il a subi, pour la combattre, celle de Mai et a été balayé de la scène, pour y reparaître bientôt, par l'ouragan du 6 octobre. Ses amis, même les modérés, devenus, depuis qu'il est allé à Olmûtz comme M. Guizot est allé à Gand, ses ennemis les plus acharnés, l'appellent apostat. Ils se trompent. C'est un converti. Il a perdu la foi dans laquelle il avait été élevé. Il n'a pas encore trouvé de nouvelles croyances : c'est donc une conversion incomplète. Presque toutes les conversions politiques
le sont. De là la fréquence des rechutes. Mais cela n'empêche pas que la conversion de Bach puisse être, et que, pour ma part, je la croie sincère. C'est un homme extrêmement doué, fort instruit, d'un commerce facile et agréable. Il existe un préjugé, le plus souvent justifié, contre les avocats transformés en hommes politiques. Je place le docteur Bach au-dessus de cette catégorie.
Charles Bruck*, né sujet prussien et protestant, est issu de la bourgeoisie d'Elberfeld, sa ville natale. Dans sa jeunesse philhellène, en route pour la Grèce, il s'arrêta à Trieste, entra comme commis dans une des grandes maisons de commerce de cette ville, en devint l'associé et sut bientôt se recommander à ses nouveaux concitoyens par l'abondance et la hardiesse de ses conceptions, par la part importante qu'il prit a la création, dont il fut l'inspirateur, du Lloyd autrichien^ par l'élan donné, sous son impulsion, à l'esprit d'entreprise des négociants et armateurs du principal port de l'Autriche. Je l'ai rencontré pour la première fois en 1838. Dix
1. Gharles-Louis (baron) Bruck, né 1798; négociant à Trieste, fondateur du Lloyd autrichien ; député à Francfort 1848; ministre du commerce 22 novembre 1848; internonce à Constantinople 1853; ministre des finances 1855-1860; mort 1860.
ans plus tard, la confiance des Triestins l'envoya comme député au Reichstag à Francfort, où il exerça aussi, pendant quelques mois, les fonctions de plénipotentiaire impérial auprès du pouvoir central allemand. Une expression remarquable retient l'attention sur cette puissante figure, sur ses traits réguliers auxquels le génie et la force ont imprimé leur marque indélébile, sur cette tôte hardiment moulée, que supporte une nuque de taureau posée sur de larges épaules. Blond, haut de taille, avec des yeux clairs, c'est le type de l'Allemand du Nord. Au demeurant, les allures, les manières, les habitudes du fils de ses œuvres. On voit que, dès le berceau, ce favori de la nature a volé de ses jiroprcs ailes, qu'il est homme à s'attaquer à tout et à ne reculer devant rien.
Le président est le prince Félix de Schwarzenberg, l'âme et la volonté du nouveau ministère, mais en sera-t-il toujours le moteur principal? Il le serait n'était son instruction incomplète, dont il a été question plus haut^ De cœur et d'âme soldat, il est avant tout autoritaire et naturellement disposé à appliquer à l'Etat la stricte centralisation de l'armée. Diplomate, il incline aux transactions, mais comme la base des études