‹ Une année de ma vie, 1848-1849Chapitre 33 sur 36 · Schwarzenberg à Thom, Olmûlz, 20 décembre · texte numérisé non relu

Schwarzenberg à Thom, Olmûlz, 20 décembre

nous est parfaitement indifférent qui en est le chef, pourvu qu'il soit le véritable représentant de la majorité des Français, car cette majorité ne peut vouloir qu'une chose : c'est le retour de l'ordre en France, et la fin de l'anarchie qui, à la suite de la révolution de Février, s'y est établie sous le nom improvisé de République. Or ce n'est certes pas la guerre étrangère qui sera considérée comme le moyen d'y parvenir. Nous espérons donc, sans vouloir faire de la prophétie, que M. Louis Bonaparte, une fois élu président, ne s'avisera guère de suivre la politique du grand capitaine dont il porte le nom, mais qu'il comprendra ou que ses conseillers comprendront les véritables besoins de son pays. C'est à ces besoins et non pas à ses qualités personnelles qu'il devra son élévation à la haute position qu'il va occuper. Ce n'est qu'en devenant le fidèle représentant de ces besoins qu'il saura s'y maintenir. Cela est trop clair pour avoir besoin de commentaire. Considéré comme individu, M. Bonaparte ne saurait être comparé au général Cavaignac. Mais celui-ci représente ce dont on ne veut pas en France, et il succombe; l'autre représente je ne dirai pas ce que l'on veut, mais le contraire de ce que l'on ne veut pas, et il réussit. Pour notre part, nous n'avons pour le général Cavaignac pas plus de sympathies que

pour M. Louis Bonaparte, mais nous pensons un peu, comme la majorité des électeurs français, que, pour être porté au pouvoir suprême en France, tout candidat vaut mieux que le général Cavaignac, le représentant du système républicain pur.

« Voici, par conséquent, la position que vous prendrez, dès qu'il sera constitué, vis-à-vis du nouveau gouvernement. Vous lui ferez d'abord comprendre que l'empereur a vu avec plaisir les voix de la France se concentrer sur un candidat qui, d'après nous, offrirait plus qu'aucun autre la chance de voir la France rentrer bientôt dans un état d'ordre et de légalité, si désirable dans l'intérêt de ce pays comme dans celui de l'Europe en général; que le gouvernement impérial, animé du désir d'entretenir de bons rapports avec la France, no tardera pas à reconnaître le nouveau chef de la République française, et qu'il aime à se flatter de rencontrer près de lui ces dispositions de confiance et d'amitié qui doivf^nt servir de base aux relations politiques entre les deux grands pays, et que nous considérons comme la garantie la plus sûre du maintien de la paix européenne. Quant à la question d'Italie,... le but constant de vos efforts éclairés doit être de détacher, autant que possible, le gouvernement français de la politique de

lord Palmerston. L'avènement du nouveau pouvoir vous facilitera*, si tout ne me trompe, cette tâche importante. »

Je n'entrerai pas dans le dédale des transactions et pourparlers officiels, confidentiels, secrets, publics, qui ont eu lieu entre les cours à'j4llemagne grandes, secondaires, petites, le pouvoir central, les chefs des fractions parlementaires à Francfort, sur la reconstruction de rAllemagne. L'empereur Nicolas a donné à mon jeune souverain et au roi de Prusse le seige conseil de résoudre ce problème par une entente directe entre l'Autriche et la Prusse, etàOlmûtz comme à Berlin on s'est empressé de suivre cet avis. Le roi montrait les dispositions les plus conciliantes et le désir le plus vif d'arriver promptement à un résultat satisfaisant, mais il semble que ses nouveaux conseillers, MM. de Brandebourg et de Bulow, ne partagent pas ses vues. Il est certain que ce sont eux qui ont fait échouer cette entente si désirable sous tous les rapports. De là date le refroidissement croissant qui existe aujourd'hui entre les deux cours et qui ne pourra guère profiter à Tœuvre commune. Je le regrette. Je ne suis pas très versé dans les affaires d'Allemagne, mais j'ai toujours pensé

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