‹ Une année de ma vie, 1848-1849Chapitre 5 sur 36 · MAUS · texte numérisé non relu

MAUS

changé. A part un peu plus d'embonpoint, ces dix années ont glissé sur sa personne sans laisser de traces perceptibles.

Je Tai longuement vu ce matin. Il m'a parlé de l'Italie avec abandon, des autorités lombardo-vénitiennes en termes peu flatteurs, du gouvernement de Vienne avec plus de réserve, mais non sans trahir une certaine irritation. En ce qui concerne l'armée piémontaise, le maréchal lui reconnaît des qualités solides.

« Seulement, dit-il, le roi Charles-Albert a toujours visé à un pied de guerre disproportionné à la population et aux ressources du royaume. La Sardaigne comporte une armée de soixante mille hommes. En la portant à quatrevingts il ruine son pays. Déjà maintenant on n'y voit plus dans les campagnes que des vieillards, des femmes et des enfants. »

Le soir nous apporte une nouvelle importante de Turin : César Balbo appelé au ministère! C'est presque une déclaration de guerre. Cependant le roi continue à prodiguer au comte BuoP, notre ministre à Turin, les protestations d'amitié pour l'Autriche. Est-ce de la fausseté,

1. Le comte Charles de Buol-Schauenstein né 1797, enlre dans la diplomalie 1816; ministre à Garlsruhe 1825, à Stuttgart 1838, à Turin 1844-1848, à Saint-Pétersbourg 1849- 1851, à Londres 1851 ; ministre des Affaires étrangères 1852- 1859; mort 1865.

est-ce seulement de la faiblesse? Peu importe, le résultat sera le même. Mais il n'en est pas moins vrai que la faiblesse prend les allures de la fausseté quand bien même elle est encore sincère. — A Gênes, des désordres, des rassemblements tumultueux, des cris, jusqu'ici isolés, de Vive la République!

Trouvé à dîner chez Wallmoden la coterie Clary, c'est-à-dire la haute élégance autrichienne. On est, il me semble, un peu moins en train, un peu plus préoccupé que ces jours derniers. On sent que la situation est trop tendue pour pouvoir se prolonger et que nous sommes arrives au bout de la corde.

12, dimanche. — Le siège archiépiscopal de Milan passe toujours pour un des premiers de la chrétienté. Depuis les temps de saint Ambroise, plusieurs hommes hors ligne l'ont occupé. Aucun d'eux n'a laissé de souvenirs plus glorieux et plus durables que Charles Borromée. L'auréole de ce saint a répandu encore ses douces lueurs sur son dernier successeur, le cardinal Gaisruck, qui vient de mourir. Trouver un prélat capable qui fût Italien et en même temps bon Autrichien, et, s'il était possible, de bonne famille, à quoi les Milanais tiennent beaucoup, n'était pas chose facile. Le choix du gou-

verncment est tombé sur Mgr Romilli, de Bergame, ancien gouverneur dans la famille du comte Suardo, plus tard professeur d'esthétique au lycée de Bergame, curé de Trescorre, ensuite évêque de Crémone, d'où il fut, Tannée dernière, promu au siège de Milan. Il doit sa carrière au hasard plus qu'à son mérite, et a la faveur des circonstances plus qu'à celle des hommes. C'est, à ce qu'on m'assure, un bon prêtre, pieux et de mœurs pures, mais susceptible, un peu vaniteux et un médiocre pasteur des âmes. Son manque de connaissances l'oblige à avoir souvent recours à ses vicaires, à ses secrétaires, à ses domestiques; de là le sobriquet populaire de Monsignor Faccia lei^ fate voi, fa tu.

Le 7 septembre 1847, jour de l'entrée solennelle du nouvel archevêque, marque comme un jalon du chemin souterrain encore que suit la conspiration, en attendant qu'elle se change en insurrection. Le parti résolut d'en profiter pour faire une grande démonstration anti-autrichienne. Il s'agissait d'assimiler Mgr Romilli à celui de ses prédécesseurs qui avait, comme chef de la ligue des villes lombardes, vaincu à Legnano le puissant empereur Frédéric Barberousse. Le principal promoteur et metteur en scène de ce spectacle populaire était le comte

Casati*, podestat de MilaD, notoirement un des agents les plus actifs du parti national. Les emblèmes avec des allusions historiques imaginées par le podestat durent, par ordre du gouverneur, être supprimés, mais l'entrée de Tarchevêque eut lieu avec une grande solennité. Tout ce qui possède des équipages , et le nombre des possidenti et signori qui tiennent voiture est fort considérable, se rendit à la rencontre de Sa Grandeur. Il y avait foule dans les rues et devant le palais Fontana, la résidence de rarchevêquc. La place du même nom ne tarda pas à devenir le théâtre de tumultes agrémentés de rixes entre de jeunes seigneurs milanais et des soldats de police. La foule demandait à grands cris Téloignement de ces derniers, et le gouvernement eut la faiblesse d'obtempérer à la volonté de la populace. Les cris Fuori Romilli! retentirent alors de toute part, et l'archevêque, salué avec enthousiasme, parut sur le balcon et donna sa bénédiction aux émeutiers.

La journée du 7 septembre 1847 portait à la connaissance de tous ce que les ennemis de l'Au-

1. Le comte Gabrio Casali ué à Milan 1798, podestat de Milan 1837-1848, chef du gouvernement provisoire de Milan en mars 1848; réfugié à Turin, il forme un comité dit la Consulte lombarde ; rentre dans la vie privée après la bataille de Novare 1849; ministre de l'Instruction publique 1859 et. pendant quatre ans, président du Sénat: mort 1873.

triche pouvaient oser dans la capitale de la Lombardie, sous les yeux du vice-roi, qui est un archiduc, en présence de toutes les autorités civiles et sous les canons du maréchal Radetzky. Ce dernier en prit occasion pour adresser au gouvernement de Vienne des remontrances sérieuses. Il eut pour réponse l'envoi de quelques faibles secours et la promesse de la concentration d'un corps de réserve près de Gorice.

Je vois souvent le général de Schoenhals*, aide de camp général, confident et, dans certaines branches du service, le bras droit et la plume du maréchal.

Parlant de l'éventualité d'une guerre avec la Sardaigne, il me dit : « L'armée impériale en Italie, 75 à 80000 hommes, est plus que suffisante pour détruire, dans l'espace de quatre jours, celle du roi Charles-Albert, pourvu qu'on n'éparpille pas ses forces en s'arrêtant devant les forteresses et que, au contraire, on se jette avec toutes les troupes dont on dispose sur le gros de l'armée ennemie. Cela suppose l'évacuation passagère de Milan et de toutes les

1. Le lieutenant général de Schoenhals, né 1788à Wetziar. mort 1857, est l'auteur d'un livre fort bien écrit et beaucoup lu dans le temps, intitulé Souvenirs des guerres d Italie de 1848 et 1849, par un vétéran autrichien. Je lui ai fait quelques emprunts en résumant les nouvelles du théâtre de la guerre.

villes lombardes sur nos derrières. Il y aura des insurrections, mais, l'ennemi battu et détruit, ces rébellions partielles tomberont d'ellesmêmes. C'est un inconvénient plus qu'un danger. Il faut l'accepter, étant donnée l'insuffisance de nos forces, qui ne nous permet pas de nous porter au-devant de l'ennemi et de maintenir en même temps des garnisons dans les villes lombardes'.

13, lundi. — Grand dîner militaire chez le maréchal Radetzky, avec toutes les sommités de son armée : les Wallmoden, Charles Schwarzenberg, Clam-Gallas, Wohlgemuth, Wocher, Schoenhials et tutti quanti. En ma qualité de pékin, le seul de mon espèce, le maréchal me place à ses côtés et, avec la politesse d'un autre temps , met de ses propres mains un peu tremblantes de bons morceaux sur mon assiette. Le général Wallmoden, mon voisin de droite, qui a le même âge que le maréchal, me dit à l'oreille : « Remarquez comme il tremble. C'est qu'il se fait vieux. » Ceci dit, il s'endort.

1 . Les cinq jou7*née$ de Milan et la révolution de Vienne, que le maréchal n'a pu prévoir, Tont obligé de se retirer devant Charles-Albert, et ont donné un démenti aux prédictions du général de Schoenhals, mais des faits subséquents : les deux courtes et brillantes campagnes de 1848 et 1849. les ont confirmées d'une manière vraiment remarquable.

Vient le tour du maréchal : « Regardez, me dit-il en clignant de l'œil. Il fait encore le galant près du beau sexe, et il ronfle en plein dtner. » Comme tous ces jours-ci, j'avais passé la matinée à recevoir un grand nombre de fonctionnaires allemands et italiens, tous empressés, ces derniers avec une grande volubilité de langue et une étonnante profusion de paroles, à répondre aux questions que je leur adressais sur la situation du pays. J'avoue que j'ai peu appris dans ces entretiens, et c'est rempli de sinistres pressentiments qu'à la fin de la journée je me suis rendu au dîner du maréchal. Mais l'atmosphère que je respire ici dans cette salle me réconforte. Rien que regarder le vieux père Radetzky, entouré de ses paladins, me fait envisager les hommes et les choses sous de moins sombres couleurs. Ce sont pour la plupart de beaux hommes, dont quelques-uns portent des noms illustres. D'autres se sont illustrés eux-mêmes. Le type aristocratique prédomine, mais tous ont l'air de ce qu'ils sont : de vrais gentlemen. Ce qui me frappe aussi, c'est la simplicité, je dirais presque la modestie de leur langage et la justesse (si je ne me trompe) de leurs observations sur la situation précaire où l'on se trouve. Cène sont pas des sabre urs, impatients de passer au fil de l'épée les sujets rebelles de leur empereur,

mais ils comprennent que le temps des demimesures et des petits moyens est passé et que Ton ne réconcilie pas les irréconciliables. On veut déposséder la Maison d'Autriche d'une province qu'elle possède depuis trois siècles. Pour arriver à ce but, le parti national s'est allié avec les sociétés secrètes et, avec leur aide, il a jeté sur le pays un vaste réseau de nids à conspiration. Les employés lombards sont presque tous gagnés à la cause nationale. Les fonctionnaires allemands, se croyant abandonnés par leurs supérieurs, ont perdu la boussole et ne travaillent plus. Il y a quelques exceptions; mais, somme toute, dans le monde officiel le désarroi est complet. A Vienne on semble avoir oublié qu'il existe une Lombardie. Reste l'armée.

Tel est le langage de mes commensaux. Il n'est que l'écho de ce que le maréchal, avec un peu moins d'abandon, m'a dit ou donné à entendre, et prouve que non seulement militairement, mais aussi moralement et poliquement, c'est Radetzky qui inspire et domine sa petite mais magnifique armée que, peut-être dans peu de jours, il sera appelé à conduire contre l'ennemi.

14, mardi. — Quoique l'état de choses n'invite guère à la gaieté, le monde dans lequel

je vis s'amuse. La Scala, où je jouis de l'hospitalité du prince Charles Schwarzenberg, et le salon Betsi MeyendorfT sont la ressource de ce qui reste d'Autrichiens depuis le départ des Ficquelmont et des Clary. Aujourd'hui, à la Casa Greppi, chez le général Clam-Gallas, qui tient maison ouverte sur un grand pied, soirée jft/manfe, en d'autres termes, soirée d'hommes, car la dame exclut le cigare, et vice-versa. En revanche, on y voit des officiers de toutes armes, de tous grades, de tout âge, vrai camp de Wallenslein.

J'ai été deux fois reçu par le vice-roi pour lui faire mon rapport diplomatique, c'est-à-dire pour lui communiquer, en les commentant, les nouvelles que j'avais trouvées dans les journaux; car de Vienne, du prince de Metternich, pas un mot. Cela commence à m'inquiéter. Quant aux conférences à quatre, il n'en est plus question. La machine s'arrête. C'est clair.

15, mercredi. — J'ai visité Milan en 1828, 1838 et je m'y trouve maintenant, 1848, pour la troisième fois. Lors de mon premier séjour, j'étais trop jeune pour m'occuper de politique. Mais je sais qu'alors Milanais et Tedeschi vivaient ensemble sur le pied de paix. Un des souvenirs les plus vifs qui me soient restés de

ce voyage est Taspect de la Scala et de toutes ces belles dames en toilettes magnifiques, entourées d'officiers autrichiens dont les uniformes blancs se détachaient sur le fond sombre des loges. A cette époque il n'y avait pas de scission sociale.

En 1 838 eut lieu le couronnement (qui n'avait pas de précédent historique) de Tempereur Ferdinand comme roi de la Lombardie et de la Vénétie. C'était l'époque de la réconciliation. D'un côté on oubliait 1821 et 1830, de l'autre les prigioni de Silvio Pellico et de ses amis. L'empereur gracia tous les condamnés politiques. Milan était en fête et le salon du prince de Metternich, qui accompagnait la Cour, le rendezvous de l'aristocratie lombarde. A côté de la Pasta, avec Rossini au piano, on y entendait chanter le prince Belgioioso, revenu, comme tant d'autres, de l'exil. C'était un ténor de primo-cartello. « Quelle voix! » s'écria la princesse de Metternich. — « Et quelle perte pour la musique, disait Belgioioso, si votre mari m'avait fait pendre ! » Quant à nous autres membres du iS'ié/jf diplomatique du chancelier, la jeunesse dorée milanaise : les Litta, les Borromeo, les d'Adda nous offraient de nous tutoyer et nous comblaient de politesses. Après les fêtes de Milan, la Cour fit une excursion à Côme.

Quiconque l'a vue n'oubliera l'illumination féerique de la villa Fontana et du lac. Un des lions de la soirée était M. Thiers assis, avec sa jeune femme, dans un petit kiosque sur les bords de Teau. Dans le bon vieux temps, cet homme d'Ëtat passait encore à Vienne pour Tincamation du mal révolutionnaire, et quelque grande que fût la curiosité de nos dames autrichiennes présentes à cette fête, elles n'osaient pas l'approcher, mais se contentaient de le contempler du loin.

Enfin, ce couronnement a été un succès. Il y avait bien quelques irréconciliables. Ainsi, le vieux Manzoni, le célèbre auteur des Promessi Sposi,ne répondit pas aux avances que le prince de Metternich lui faisait pendant son séjour à Milan. Mais le nombre de ces patriotes rigides était minime, et je ne doutais pas alors et je ne doute pas encore aujourd'hui de la sincérité des démonstrations d'attachement et de loyauté qui marquaient le voyage du souverain à travers le royaume lombardo-vénitien.

Et dix ans plus tard, aujourd'hui en 1848, où en sommes-nous? C'est une transformation du tout au tout. Quelles en sont les causes? Je vais essayer de les découvrir.

Le sentiment national a grandi partout. En France, ou il s'est développé plus tôt et plus

puissant que partout ailleurs, le connétable de Bourbon a pu encore au xvi' siècle passer au service de Charles-Quint sans se déshonorer aux yeux de ses compatriotes et des contemporains en général. En Angleterre, depuis la Réforme, des cadets d'anciennes familles catholiques servaient et servent encore dans Tarmée autrichienne. Nous y avons aussi vu entrer, depuis 1830, un nombre assez considérable de jeunes légitimistes français. Il s'en trouve encore quelques-uns. Personne n'y voyait alors à redire. Aujourd'hui l'opinion publique en France s'en émeut. Bientôt on ne verra plus de Français dans notre armée. Le nombre des Anglais aussi diminue.

En Allemagne, le sentiment national s'est réveillé au commencement du siècle. C'était la réaction profonde, durable, irrésistible contre les guerres iniques de Napoléon. Mais s'il y a un pays où tout le monde avait l'habitude de voir régner et gouverner l'étranger, c'est l'Italie. Pendant des siècles les maisons d'Autriche et de France s'y disputèrent la prépondérance. Pendant des siècles les Habsbourg espagnols ont possédé un tiers du territoire de la péninsule. Le gouvernement du pape a toujours eu un cachet d'universalité quoique peu d'étrangers, il est vrai, aient porté la tiare. Restaient, pour nom-

15 MARS 1848. 4i

mer seulement les principaux gouvernements italiens, les républiques de Saint-Marc et de Gênes, les Médicis en Toscane, et les ducs de Savoie, dont le berceau, d'ailleurs, se trouve sur la terre étrangère.

Et cependant, le sentiment italien, si noble, si élevé, si naturel, né en même temps que la lingua vol gare de Dante, se rencontre déjà aux jours de Cola di Rienzi. Il a survécu à toutes les vicissitudes, s'est propagé de génération en génération, mais seulement dans de petites coteries de patriotes ardents et à l'état de rêves, d'espérances jugées chimériques par les hommes sérieux du pays, ignorées des masses qui, composées de races différentes de sang et de langue, et imparfaitement amalgamées, constituent aujourd'hui le peuple italien.

Que les tendances nationales aient, depuis les grandes guerres de Napoléon, fait en Europe d'immenses conquêtes, que cette tendance générale ait puissamment contribué à faire mûrir et à répandre le sentiment italien dans les classes intelligentes de la péninsule, c'est ce qui tombe sous le sens. Mais que le mouvement italien dont nous sommes les témoins en soit le résultat, c'est ce que je conteste. Le sentiment national a, en dehors de l'ambition de la maison de Savoie, trouvé deux alliés bien plus forts que lui-même :

Topinion libérale européenne qui, guidée par de nobles instincts, court souvent après des chimères, et des sociétés secrètes composées de gens pratiques qui savent parfaitement ce qu'ils veulent, et ils veulent la destruction de ce qui existe, y compris les nationalités. C'est a Faction unie de ces deux puissances qu'est dû, pour ne citer qu'un exemple, raffranchissement des colonies espagnoles et leur transformation en républiques.

Maintenant c'est le tour de l'Italie. Tous les ennemis de l'Autriche s'y donnent rendez-vous. Et l'Autriche en a beaucoup. Les libéraux ne l'ont jamais aimée; les sectes l'ont en horreur, ne fût-ce que parce que la société chrétienne, qu'elles veulent détruire, s'y est mieux conservée qu'ailleurs, et parce que les chefs de la dynastie régnante continuent, dans la mesure du possible, de remplir leurs devoirs de défenseurs de l'Église.

Diplomatiquement, notre situation n'est pas mauvaise. L'Europe regarde et nous laisse faire. Il faut pourtant excepter l'Angleterre ou plutôt lord Palmerston, qui nous nargue, taquine, contrecarre; la Russie est bienveillante; la Prusse, de bonne ou de mauvaise grâce, remplira, le cas échéant, ses devoirs de membre de la Confédération germanique ; la nouvelle République française ne trahit jusqu'ici aucune envie de faire de la propagande en Italie et de se jeter dans les

aventures à Tétranger. Politiquement et militairement, nous sommes donc, je l'espère, en mesure d'affronter rorage\ Mais, grâce aux efforts de la calomnie, qui est, quoi qu'on en dise, une grande puissance dans ce bas monde, et, dans les dernières années, grâce à l'inertie de nos autorités lombardes, suite naturelle du marasme qui règne à Vienne, notre prestige moral a souffert.

Quel était le régime autrichien en Italie depuis le milieu du dernier siècle? Nous n'avons pas à en rougir. Le règne de Marie-Thérèse est reconnu par les gens du pays comme l'âge d'or de la Lombardie. La grande figure de la dernière des Habsbourg, devenue légendaire dans l'ancien duché de Milan, s'est perpétuée dans les traditions de famille de la noblesse, dans les souvenirs des classes moyennes et surtout des paysans, des pauvres colons des campagnes. François I" et son fils, l'empereur actuel, ont suivi les mêmes errements. L'État moderne demande une certaine uniformité dans ses relations entre les parties dont il se compose. Cependant, autant que possible, une existense à part a été réservée au royaume lombardo-vénitien. La langue de l'État est restée l'italien.

1. En iDScrivanl ces réflexions dans mon journal j'ignorais encore les ëvénemenls de Vienne dn 13 mars.

Toutes les carrières du service public, soit dans les provinces allemandes, soit dans celles de la Haute-Italie, étaient et sont ouvertes aux sujets lonbardo-vénitiens. Aucune propagande de langue allemande n'est tentée de la part des autorités. Elle se faisait spontanément, par elle-même, beaucoup de parents désirant obtenir pour leurs fils des emplois, non seulement en Lombardie, où la connaissance de Tallemand n'est pas requise, mais dans d'autres provinces de la monarchie où elle est de rigueur. A cet effet, des possidentiy des signori, des bourgeois aisés envoyaient leurs fils aux Universités de Vienne ou de Gratz. Plusieurs jeunes gens de la noblesse servaient dans l'armée et quelques-uns d entre eux parvenaient aux plus hauts grades militaires. D'autres faisaient leurs premières armes dans la carrière diplomatique. Les grands personnages milanais aimaient à paraître à la Cour de Vienne, où ils étaient sûrs de trouver bon accueil. Plusieurs alliances avec des familles de l'aristocratie autrichienne datent de ces visites. C'est à la faveur de ces circonstances qu'une certaine connaissance de la langue allemande est devenue assez fréquente dans les couches supérieures et moyennes. Le gouvernement, comme j'ai déjà dit, n'y est pour rien. Dans toutes les villes du royaume un peu considé-

rables il y avait, jusque dans ces derniers temps, un ou plusieurs cafés où Ton recevait, principalement pour attirer les officiers, des journaux allemands, surtout la Gazette universelle (TAugsbourg. Il y avait là toujours des gens du pays qui les lisaient ou, avec un accent plus ou moins prononcé, en donnaient lecture à leurs amis. J'ai vu tout cela. Aujourd'hui, se conformant à un mot d'ordre des . meneurs, tout le monde affecte l'ignorance de Tallemand.

En ce qui concernait la prospérité matérielle du pays, le gouvernement des successeurs de l'impératrice Marie-Thérèse laissait peu à désirer. De tout temps il était par sa constitution essentiellement bureaucratique, un peu lent, un peu lourd, un peu méticuleux, mais honnête, consciencieux, juste, bienveillant pour tous, paternel pour les classes inférieures. D'ailleurs, l'immense majorité des employés étaient et sont encore des indigènes. Les accusations d'abus de pouvoir, de cruauté, de tyrannie lancées contre le gouveimement et répandues par une grande partie de la presse anglaise et française, sont de pure invention. Il n'est pas vrai que ce sont les agissements du gouvernement qui ont exaspéré les Lombards. S'il y a quelqu'un d'exaspéré, ce sont les Autrichiens,

témoins des changements survenus dans les derniers temps : des irrésolutions, des tâtonnements , des défaillances des autorités supérieures en présence d'une conspiration qui se trame au grand jour, et surtout des effets désastreux que cet état de choses produit dans les régions moins élevées de l'administration; — c'est l'armée, indignée de se voir condamnée au rôle de spectateur passif là où il lui serait encore si facile de rétablir l'ordre matériel, probablement sans effusion de sang. Toutes ces accusations, je le répète, sont donc des calomnies, des fauxfuyants, des prétextes cousus de fil blanc. Personne, en Italie, n'en est la dupe, mais tous font semblant d'y croire : les uns pour cacher leur jeu, les autres pour cacher leur manque de courage civique. Ces derniers forment Timmense majorité. Par intérêt plus que par goût, ils préfèrent, dans leur for intérieur, la domination autrichienne, qui leur a toujours donné l'ordre et la prospérité, à l'état de choses inconnu qu'on leur prépare.

Au point de vue matériel, je l'ai dit, la Lombardie n'a pas à se plaindre de nous. Mais le bonheur matériel seul ne suffit pas pour satisfaire les aspirations du cœur humain. Le système de réclusion intellectuelle appliqué à la totalité des citoyens de la monarchie autrichienne pèse

aussi sur les classes intelligentes de ce pays-ci. Je ferai seulement mention de la censure des produits de la presse; elle a toujours existé en Italie et, je crois, dans tous les pays catholiques. Elle s^exerçait par l'évéque, qui ne s'occupait que de ce qui touchait aux dogmes et aux mœurs. La censure de TËtat se mêle de tout et est confiée à de petits employés dont Thorizon est on ne peut plus restreint. Le système autrichien fonctionne, à divers degrés, dans tous les Ëtats de la péninsule, ce qui fait qu'on nous accuse d'avoir introduit et de maintenir, en Italie conune en Autriche, un régime qui condamne l'esprit à une captivité perpétuelle, qui renferme dans une prison cellulaire, et qui en soumet les évolutions au contrôle de l'Ëtat.

Je me résume. En examinant la crise où nous sommes, je vois des mécontents désireux de secouer la tutelle des gouvernements ; je vois des enthousiastes de l'Italie libre et unie ; je vois les libéraux de tous les pays de l'Europe, sympathisant avec ces aspirations et réclamant comme panacée une constitution à la Louis-Philippe ; je vois aussi les sociétés secrètes qui veulent autre chose, mais qui sourient à tout ce monde, assez naïf pour briguer leur alliance. Je vois enfin un autre élément : l'ambition traditionnelle de la Maison de Savoie. C'est à ses défauts autant qu'à

ses qualités que l'Autriche doit devoir se dresser contre elle cette formidable coalition.

1 6, samedi. — Le général de Schoenlials me dit que dans les derniers six à huit mois un changement notable s'est opéré dans les dispositions de la bureaucratie, naguère si loyale, intègre, dévouée à son service. Aujourd'hui, à peu d'exceptions près, il n'y a plus, au dire du général, que des terrorisés et des traîtres. Tout le monde est démoralisé.

Depuis les scènes — c'est toujours Schoenhals qui parle — auxquelles l'entrée du nouvel archevêque a donné lieu, les démonstrations hostiles, évidemment préparées et dirigées par des mains invisibles, sont devenues de plus en plus fréquentes. La police redouble de vigilance, mais n'ose pas arrêter les meneurs, qui, enhardis par l'impunité dont ils jouissent, cessent de dissimuler leur haine contre l'Autriche. Personne n'affiche plus effrontément ses sentiments hostiles que le comte Casati, chef de la municipalité; et cependant on le laisse à son poste.

En Autriche le tabac forme un monopole de l'État. Le club du café Gova, le rendez-vous des conspirateurs qu'on n'a pas le courage démettre sous les verrous, imagina de proscrire l'usage du tabac à partir du 1*' janvier 1848. Ce jour-I«,

les personnes qui fumaient en public, parmi elles beaucoup d'officiers en habit bourgeois, furent grossièrement insultées par des gens du peuple à la solde du comité révolutionnaire. Des rixes s'ensuivirent entre ceux-ci et des soldats. Ces désordres se renouvelèrent les jours suivants. Le 3 janvier, des soldats exaspérés, parmi eux des hommes d'un régiment lombard, se promenaient en masse, avec un cigare dans chaque coin de la bouche. Ils furent aussitôt attaqués par la populace; un combat sanglant s'ensuivit; les Italiens firent jouer leurs couteaux, les soldats sabrèrent les assaillants. Deux morts et plusieurs blessés sont restés sur le carreau. L'ordre ne fut rétabli qu'à dix heures du soir. Ce fut alors que le podestat Casati, suivi des membres du club révolutionnaire, se rendit au palais Marino pour adresser au comte de Ficquelmont, qui était descendu dans la cour du palais, une harangue extrêmement blessante pour les autorités impériales. La conséquence en fut une lettre du gouverneur Spaur priant le maréchal Radetzky, qui refusa avec dédain, de défendre aux officiers et soldats de fumer en public. Casati, ajoutant l'ironie à l'insulte, prétendait, dans une proclamation, que le peuple voulait seulement faire respecter une loi — défense de fumer dans les rues — tombée en désuétude, mais jamais

légalement abrogée. Le gouverneur répondit par des affiches invitant les citoyens à la concorde ! comme si les incendies s'éteigMaient avec de Feau de rose. De son côté, le maréchal interdit aux officiers de porter désormais des habits bourgeois. Il désigna Casati publiquement comme coupable de haute trahison et chef de la conspiration.

L'exemple de Milan fut imité dans les provinces; chaque ville eut sa petite émeute. Partout le tabac et les officiers furent mis à Tindex.

Radetzky, affligé de la léthargie qui semblait régner à Vienne, exaspéré de la conduite timide des autorités civiles de la Lombardie, pensait à prendre sa retraite. L'imminence de la guerre avec la Sardaigne seule le retenait à son poste.

Cependant ses derniers rapports au ministre de la guerre avaient produit un certain effet. Le 18 janvier il put, au nom de l'empereur, dans un ordre du jour, faire connaître à son armée la ferme résolution du souverain de défendre contre tout ennemi, étranger ou intérieur, son royaume lombardo-vénitien.

Si les conférences à quatre dans le Palais Royal, dont plus tard j'ai été un membre in partibus infidelium^ n'ont donné aucun résultat, c'est que l'énergie et l'intention de frapper un coup décisif y faisaient défaut. Un jour on

résolut cependant de faire arrêter les chefs connus de la conjuration ; mais, quelques heures après, les ordres donnés à cet effet furent retirés.

Le 8 février, des désordres graves eurent lieu à Pavie. Les étudiants huaient les officiers qui fumaient, et tâchaient d'arracher leurs pipes aux soldats. A Padoue, le même jour, la troupe insultée prit à Tassant un café où des étudiants, armés de pistolets et de poignards, s'étaient retranchés. Cinq ou six émeutiers furent tués, et plusieurs blessés. Sans l'intervention des officiers il y aurait eu carnage.

Venise aussi se conformait à l'exemple de Milan : rupture de toutes relations, naguère si cordiales, avec les Allemands, attaques nocturnes dirigées contre des officiers isolés, petites et grandes démonstrations. Lorsque le roi de Naples eut octroyé une constitution, cet événement fut célébré à la Fenice, éclairée a giorno. Les dames étaient en grande toilette, et la Cerrito, portant les couleurs italiennes, dansa un pas sicilien. On en demanda la répétition. Le commissaire de police l'ayant interdite, des cris fuori tutti éclatèrent de toutes parts. En un instant la salle se trouva vide. Le gouverneur ordonna la fermeture du théâtre.

Enfin, le 24 février, le gouvernement fit publier la loi martiale, qui, dans nos provinces

d'Italie, n'entraîne qu'une procédure sommaire appliquée à des délits communs et ayant surtout en vue le brigandage, ce fléau de la péninsule. Maintenant, la loi martiale fut déclarée applicable aussi aux délits politiques. Mais comme il appartient au tribunal compétent ordinaire de décider la question de savoir si, oui ou non, un accusé doit être traduit devant la cour martiale, et comme, aujourd'hui, on ne trouverait certainement pas de juge qui osât demander l'application de la loi martiale, cette mesure resta à l'état de lettre morte; « car, comme disait le général de Schoenhals, la trahison et la désaflFection sont partout : au Palais Royal auprès du viceroi, dans les bureaux du gouverneur, aux salles d'audience des tribunaux, dans les délégations, dans les municipalités et jusque dans la chaire et le confessionnal* ».

J'ai eu la visite du prévôt Ratti, curé de Saint- Fidèle, homme charmant, distingué d'esprit et de manières, né diplomate à en juger par son langage quand il touchait la situation du moment. Pas un mot qui ne fût courtois, juste.

1. Ce qu'on vient de lire est le résumé de mes entreliens avec le général de Schoenhals. Le lecteur pourra trouver les renseignements qu'il m'a donnés de vive voix, plus développés dans son excellent livre Soiive^iirs d'un vétéran autrichien, cité plus haut.

impartial; pas un qui eût pu le compromettre , soit avec nous, soit avec les italianissimes.

Je m'habillais pour dîner lorsqu'un employé supérieur du gouvernement força ma porte pour apporter des nouvelles officielles arrivées, h rinstant même, de Vienne : Le 11, irritation de la population, impopularité du prince de Mettemich; ses fenêtres cassées à coups de pierres — cette nouvelle avait été répandue ici il y a huit jours; elle était alors prématurée, mais le fait figurait sur le programme du comité; il vient de se réaliser. — Le 12, démonstration des étudiants demandant les libertés réclamées par les révolutionnaires en Allemagne. — Le 13 se réunissent les États de la Basse-Autriche. On s'attend à des promesses {lisez concessions ^ mot que la correspondance officielle aime à éviter). Ces promesses seront communiquées aux États par Montecuccoli. Le gouvernement en prend l'initiative pour éviter des pétitions des États. — Voilà le contenu de la dépêche reçue au palais du gouvernement.

Dîné à la Cour. Dans l 'avant-soirée le viceroi et la vice-reine * me firent l'honneur de s'entretenir longuement avec moi de l'état de l'Italie. L'archiduc le peignait en termes sobres et, au-

1. L'archiduchesse Elisabeth, princesse de Savoie-Carignan, sœurdu roi Charles-Albert, née en 1800, morte en 1856.

tant que je puis en juger, en parfaite connaissance de cause. Madame l'archiduchesse Elisabeth prit part à la conversation avec une vivacité qui lui allait à merveille. Elle a la taille svelte et haute, le port majestueux, les traits nobles et mobiles, de beaux yeux parlants, l'esprit original et la parole facile. Il y a des personnes qui la trouvent hautaine. Elle m'a paru ravissante, et je me suis retiré sous le charme de sa personne et de son esprit.

17, vendredi. — Le directeur général des postes vient de m'apporter la nouvelle d'une émeute qui a eu lieu à Vienne le 13. Le silence du prince de Metternich me tourmente.

Depuis plusieurs jours une pluie fine et froide tombe sans interruption. La nature s'est mise au diapason de la politique. Ce matin, le viceroi, avec toute sa Cour, a quitté Milan, se rendant à Vérone. Je suis entré dans l'appartement qu'on m'a assigné au Palais Royal.

En sortant ce soir, avec le général Rath, d'un dinner party au café Cova, nous étions frappés du silence des rues, d'ordinaire si animées à ces heures. Il y avait bien par-ci par-là de petits groupes, mais on se parlait à l'oreille et se séparait à notre approche. Devant les cafés jouaient, comme d'habitude, des orgues de Barbarie, mais

sans trouver d'auditoire. — Passé une partie de la nuit dans le salon de Mme de MeyendorflF, avec le général Wallmoden et Reischach.

18, samedi*. • — Je ne suis pas plus superstitieux que d'autres. Cependant je crois aux pressentiments. Qu'est-ce que le pressentiment? C'est un regard jeté, instinctivement et comme parintuition, au delà de la limite qu'il est défendu à la raison de franchir avec l'aide seule de la perspicacité et des règles ordinaires de la logique. Les pressentiments sont toujours confus, vagues, incertains, comme les pas de l'homme dans l'obscurité, souvent trompeurs, mais rarement, peut-être jamais, dépourvus d'un fond de réalité. C'est dans cette disposition d'âme que la nuit dernière, avant de me coucher, j'ai examiné les vastes pièces mises à ma disposition dans le palais du vice-roi. Un appartement vraiment royal : les chambres ou plutôt les salles tendues de damas rouge un peu fané ; les fauteuils, consoles, chaises, style Empire, dorés et couverts de la même étoffe, échelonnés le

1 . Le récit des Cinq Journées qu'on va lire est la reproduction presque textuelle de mon journal, écrit dans les premiers jours après mon arrestation. Dans les détails donnés comme description des personnages du drame et des localités, rien n'est fantaisiste. Je puis en dire autant de ma relation de Taventure de Brescia.

long des murs. L'ensemble noble, froid, triste, presque lugubre. Avec l'aide de mes gens je créai, non sans peine, un établissement près d'une grande cheminée de marbre sculpté et ornée de bronzes finement ciselés. Un feu de propriétaire y fut allumé, mais il ne donnait aucune chaleur et ne servait qu'à répandre dans la salle des lueurs incertaines et des ombres errantes. La chambre à coucher, avec un lit à dais, m'a paru plus froide, plus imposante encore et moins confortable que les salons. J'apportai dans ma nouvelle habitation le pressentiment que je ne l'occuperais pas longtemps. La chambre à coucher me faisait l'effet d'une chambre mortuaire dans un caveau de rois. Le lit était, à mes yeux, le catafalque, le monument funèbre prêt à m'accueillir avec mes aspirations frustrées, mes espérances détruites, ma carrière brisée. Mais ces préoccupations personnelles firent bientôt place à des réflexions plus douloureuses et d'un ordre plus élevé. L'incertitude complète où me laisse le prince de Metteroich, s'il est encore chancelier, ce dont je doute, sur ce qui s'est passé à Vienne après les premières concessions arrachées au gouvernement, la conviction, où je suis depuis longtemps, de l'impossibilité de prolonger l'état de choses actuel, et, par là, la crainte d'un bouleversement violent et

total 9 pesaient sur moi comme un cauchemar et chassaient le sommeil pendant la première et unique nuit qu'il était écrit dans les étoiles que je devais passer dans le palais abandonné de l'empereur.

Les nouvelles attendues avec une si grande et pénible impatience sont arrivées ce matin. Dans le café où je déjeunais parut un facteur du gouvernement ; il affiche un placard et s'éloigne aussitôt. Plusieurs personnes quittent leurs places, lisent l'aflEiche, se regardent en souriant et sans rien dire, comme des gens qui se comprennent sans se parler. Pas un mot sur le contenu de l'imprimé. J'entendis faire une seule remarque sur la rapidité des communications télégraphiques ^ Vint mon tour. Je lis sans sourire, mais aussi en silence : Dépêche télégraphique. — Cilly^ 15. Résolution souveraine concernant V abolition de la censure et convocation des États pour le 3 juillet. Quels sont les événements qui ont précédé ce changement de système? La démission du prince Metternich n'en est-elle pas un corollaire? Sur ce point le doute n'est pas possible. Sera-t-elle, comme il me l'a prédit, la révolution? C'est plus que probable. Pourquoi ces gens se sont-ils regardés

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