‹ Une année de ma vie, 1848-1849Chapitre 8 sur 36 · L'assassinat de Kotzebue par Tétudiant Georges Sand · texte numérisé non relu

L'assassinat de Kotzebue par Tétudiant Georges Sand

à employer avec précaution et mesure, mais suffisantes seulement là où il s'agit de préserver un corps social d'un mal dont il est encore parfaitement exempt. Était-ce le cas de l'Autriche? Assurément non : peu d'acolytes, il est vrai, dans la noblesse et moins encore dans la bourgeoisie, et aucun dans le peuple; mais dans le monde appelé de préférence intelligent, parmi les médecins et avocats, dans la bureaucratie et aux universités, les idées libérales comptaient de nombreux adhérents. Ce fait étant donné, les cures préventives ne suffisaient pas. L'empereur le comprit; il s'appliqua à bannir le nouvel esprit des écoles et à le priver, au moyen d'une censure plus sévère, du grand véhicule de la presse.

Sous ce rapport, il n'y eut qu'une manière de voir à Vienne, à Berlin et à Saint-Pétersbourg, et chacun des trois souverain» se mit à combattre le danger commun à sa manière et avec les moyens dont il disposait. L'empereur François tira un cordon autour de sa monarchie et soumit les mouvements et les évolutions de l'esprit au contrôle de l'État; le roi de Prusse, gêiié dans cette œuvre d'isolement par la configuration de ses États et la politique traditionnelle de sa maison, se borna à refuser à la Prusse les institutions constitutionnelles dont quelques États

secondaires de la Confédération germanique se trouvaient déjà dotés; Tempereur Nicolas referma simplement les portes de son empire que son grand ancêtre avait eu la sagesse ou Timprudence d'ouvrir à l'Occident. Mais ce qui était chose facile pour la Russie ne l'était guère pour la monarchie des Habsbourg. Partie essentielle et, vu sa genèse, principale de l'Allemagne, située au centre de l'Europe, composée de nations diverses dont les ramifications s'étendent au delà de ses frontières, appelée, comme État danubien, à porter à l'Orient les bienfaits de la civilisation, puissance nécessairement pacifique et destinée comme telle, entre toutes, à sauvegarder l'équilibre européen, l'Autriche, en s'entourant d'un mur chinois, renonçait à la liberté de ses actions ,^se condamnait à l'immobilité, faisait tarir les sources de sa vie, se privait des moyens de remplir sa mission providentielle.

Envisagée à ce point de vue, la politique inaugurée par François I" — je le dis avec tout le respect dû à cette grande figure qui appartient déjà à l'histoire — me semble reposer sur une erreur de jugement. Elle a pourtant produit un effet d'une valeur inappréciable : elle a préservé les masses de la contamination du poison des doctrines subversives. C'est une des gloires de ce règne.

Au sein des classes intelligentes, les résultats étaient moins satisfaisants. La jeunesse, agitée, inquiète, trouvant ses aspirations vagues mais ardentes étouffées, son essor vers Tinconnu arrêté par des mains invisibles, supportait mal ce pouvoir tutélaire qui pesait sur elle, comparait sa captivité intellectuelle et morale avec la liberté relative qui régnait au delà de nos frontières de l'ouest, et croyait reconnaître dans des doctrines constitutionnelles importées de France et appliquées aux nouvelles constitutions de quelques États allemands la formule magique, le dernier mot de la félicité humaine. Des hommes mûrs, aussi, s'impatientaient de cette tutelle à perpétuité et trouvaient mal d'être traités comme enfant du berceau à la tombe. Sous ce rapport, le système de l'isolement a produit l'effet contraire de ce qu'on avait en vue.

Il y avait donc des mécontents, et leur nombre augmentait au fur et à mesuré que le gouvernement, en présence des progrès rapides que faisaient les idées libérales en Allemagne, se vit contraint à entraver de plus en plus le commerce matériel et moral avec les voisins.

Mais l'immense majorité se composait de satisfaits. Content de son sort, gai, bon enfant, un peu somnolent, l'Autrichien s'habituait de plus on plus à abandonner en toutes choses l'initia-

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tive au gouvernement et à en accepter, sans y trouver malice, le contrôle de ses propres actions. C'était le bon vieux temps, si regretté et, à certains points de vue, si regrettable, mais qui avait ses inconvénients.

Néanmoins l'Autriche était alors heureuse. Les défectuosités du système se trouvaient atténuées, mitigées, corrigées dans l'application, grâce au bon sens, à la modération, à la bonté de cœur du vieux souverain, à sa connaissance parfaite du génie des nations autrichiennes, et au contact personnel qu'il entretenait avec ses sujets, grâce aussi à l'intervention, toujours réservée en pareilles matières, mais parfois efficace, de son grand chancelier d'État. Lorsque l'empereur mourut*, trente -cinq millions d'enfants pleuraient leur père. Il faut avoir vu ce deuil de famille pour comprendre l'Autriche de François V\

L'empereur est mort, vive l'empereur! Oui, seulement le nouveau souverain était malade et ne pouvait tenir à lui seul les rênes du gouvernement. Il s'adjoignit, sous le modeste titre de membre de la conférence d'État, son oncle l'archiduc Louis, dont les qualités solides et réelles sont généralement reconnues. Il maintint dans

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