‹ Une année de révolution (volume 2)Chapitre 10 sur 51 · II. c · texte numérisé non relu

II. c

82 UNE AîVXEE DE REVOLUTIOX.

VOUS avez créé le désœuvré de la misère , cent fois plus dangereux pour lui-même et pour autrui. '^

Il a continué alors , revêtant des opinions démocratiques d'un style éclatant, à glorifier Paris, enviant à Londres les avantages momentanés qu'elle ne doit, dit-il , qu'aux conséquences de la Révolution. « Paris est la capitale actuelle du monde civilisé. Ce que Rome était autrefois , Paris l'est aujourd'hui ; Paris a une fonction dominante parmi les nations; Paris a le privilège d'établir, à certaines époques, souverainement, hnisquement peut-être , de grandes choses. Ce sont les penseurs de Paris qui les préparent, et les ouvriers de Paris qui les exécutent '. m

Puis, dans quelques mots d'avis adressés aux socialistes, il a fait un sombre tableau de la misère qui avait envahi toutes les classes depuis Février.

« Et ce qui ajoute à mon inexprimable douleur, c'est que d'autres jouissent et profitent de nos calamités. Pendant que Paris se débat dans ce paroxysme que nos ennemis (ils se trompent) prennent pour l'agonie, Londres est dans la joie, Londres est dans les

fêtes Oui , l'Angleterre , à l'heure où nous sommes,

s'assied en riant au bord de l'abîme où la Franco tombe. V

Après un discours sensé et d'un caractère plus pra-

' Quelques jours après s les ouvriers de Paris qui cxécutcnl de grandes choses, I — (quelquefois /r'ijij hrusqueirniit , peut-être voudra-t il bleu le reconnaître), — a saccagea-ent la maison du a penseur n dans la place Royale, pendant que lui-même, représentant armé, était absent et résistait au dernier plan qu ils avaient conçu pour établir » une grande chose, s

DISCOURS DR M. CAISSIDIKRE. 83

tique de M. Léon Faucher, où il a prouvé quo le danger ne se bornait pas aux cent quatorze mille hommes encore enrôlés dans les ateliers nationaux, mais s'étendait aux cinquante mille qui en demandent à grands cris l'entrée, M. Caussidière, un peu plus tard, est monté à la tribune. Si les paroles de M. Caussidière méritent d'être remarquées, c'est uniquement parce que ce représentant, bien qu'il soit un homme inculte et mal élevé, est un observateur habile, et se donne pour l'incarnation du sentiment populaire du moment. Le remède aux maux présents du pays , selon M, Caussidière, consisterait à accorder une large prime à l'exportation des produits français. 11 a annoncé à l'Assemblée qu'il espérait surtout pouvoir ainsi parvenir à frapper au cœur l'Angleterre en ruinant son commerce, par les droits de douane et les droits protecteurs qu'auraient à supporter ses produits. Ce qui avait spécialement éveillé la mauvaise humeur de M. Caussidière, c'est Tachât fait, pendant le printemps, par des négociants anglais, de produits français à des prix extrêmement bas. On n'aurait pas cru qu'il y eût rien de très-coupable à mettre ainsi' en pratique le principe récemment professé , en Angleterre, d'acheter sur les marchés où les produits sont livrés au plus bas prix; quels que fussent, en effet, les prix offerts, ils dépassaient ceux ■ que les petits marchands ruinés (qui n'étaient pas forcés de vendre) auraient pu obtenir autrement; ces transactions, au contraire, à un moment critique pour la jeune république, loin de leur être préjudiciables, concoururent, vers le commencement d'avril, à réduire

48 UNE AXNEE DE REVOLl'ÏIOX.

au pair le souverain anglais, qui avait atteint le taux de vingt-neuf francs.

Ce qu'il y a eu de plus remarquable dans le discours de M. Caussidière, c'est la manière dont il a été accueilli. Personne n'a eu la pensée de blâmer le moins du monde le ton outrageant dont il s'était exprimé; on a complimenté, au contraire, l'orateur de son courage. Il y a, à la .Chambre, un petit nombre de libres-échangistes, comme M. Léon Faucher; personne cependant n'a hasardé un mot, tandis que le président du Comité du travail, après avoir félicité M. Caussidière, a annoncé qu'il allait proposer un décret relatif aux primes. Sans doute ce décret ne ressemblera guère au projet de M. Caussidière , mais l'accueil fait à son discours par l'Assemblée de la république fraternelle a été une étrange réponse aux sentiments généreux exprimés, deux jours auparavant, à la table du lord-maire de Londres, à propos des intérêts communs et de la prospérité mutuelle des pays voisins. Le contraste ne pouvait que me frapper singulièrement en entendant ces mots :

« Par ce fait, prenez-y garde, citoyens, vous annihileriez le commerce de l'Angleterre. Il faut en venir à de grands moyens. Il faut attaquer l'Anglelerre dans son sein '. »

Mais quand une accusation telle ([ue la suivante n'a pas rencontré le moindre murnnire désapprobateur, on

' Si je nn me lr<)m|K', lors(|ii(' M. Ciuissidic'rc , |ifii de temps uj)rès avoir proléré ces paroles, fut exilé par la l''rance in;{ra(e, il clierclia un asile assure dans le pays qu'il aurait voulu attaquer dans son sein, et il a depuis exercé une industrie lucrative là où il aurait voulu annihiler \a commerce.

i.FS nr.i'oswTS wci.hs .\i\ caissks dkp.aiuim;. s.-)

pouvait croire à quelque chose de plus que l;i simple absence de celte bienveillance réciproque que notre premier magistrat avait proclamée, parce (|u'il savait comment on y répondrait.

u Aujourd'hui qu'arrive-t-il de vos cent mille hommes de trop dans Paris, de vos ateliers nationaux? Il arrive (pTils ("ont le club, de désespoir, tous les soirs sur le boulevard. (|ue l'or de la Russie et de l'Angleterre (si vous ne le save/, pas, je viens vous l'apprendre) sert à ameuter les gens '. ••

I.e projet de la commission a été entin adopté sans opposition.

Chantilly , \c 22 juin.

Au moment même oii j'allais, pour la première lois depuis février, quitter la ville pourquar,anle-huit heures, j'ai reçu, très-inopinémeni, de M. Baslide, une lettre du ministre des finances, où il refuse de reml)ourser immédiatement les dépôts laits au.\ caisses d'épargne par les personnes à l'égard desfjuelles on n'avail pas employé la violence ouverte |)our les chasser de France. Une violation si flagrante de la partie essentielle de l'engagement pris avec moi, par M. de I.amarliue et le

I Ces paroles, (jui, dans la honclic de M. Catissidii re, n'avaient pas •jrande importance, fnrenl répétées, lorsqu'on se battait déjà dans les nies, par nn ministre d'alois. Mlles furent, comme on le verra, la source d un «jrand danjjer pour les résidants anj^lais, et la cause d'cner<ji(|nes lernorilrances de ma part, au moment même où l'issue de ee ccmbat était encore dunlense.

Gouvernement Provisoire, il y a Irois mois, m'a surpris d'autant plus qu'avant-liier encore j'étais revenu sur ce sujet avec Aï. Bastide , et qu'il n'avait vu aucun obstacle sérieux au règlement de l'affaire. J'ai donc . rassemblé tous les papiers qui s'y rapportent, et je sacrifie une portion de mon unique congé pour l'exposer officiellement à M. Bastide. C'est une question d'un intérêt si vital, pour un fort grand nombre de mes compatriotes, que je veux garder toujours près de moi un souvenir des démarches que j'ai faites. Je copie , donc ici la note que je me propose de porter avec moi à Paris, et d'envoyer immédiatement aux affaires étrangères.

« Monsieur le Mimstre,

» J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre du 20 courant et de la lettre du ministre des finances qui y est jointe. Vous me dites que ce ministre refuse maintenant de rembourser intégralement les dépôts faits à la caisse d'épargne par les ouvriers anglais qui ont été obligés de quitter la France à la suite des événements de Février, à l'exception de ceux qui ont été expulsés du pays par violence.

5î Vous avez dû prévoir, j'en suis convaincu, eu vous rappelant les conversations qui ont eu lieu souvent entre nous à ce sujet, la surprise avec laquelle j'ai reçu cet avis le 21 juin.

V M. Duclerc semble voir, dans cette affaire , une question tout à fait nouvelle, qu'il reste libre de traiter

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