‹ Une année de révolution (volume 2)Chapitre 9 sur 51 · LES ATELIERS NATIO.VALX · texte numérisé non relu

LES ATELIERS NATIO.VALX

lion, qu'il voulait se faire bienvenir de celle multitude, aux dépens de quelques-uns de ses collègues de l'Assemblée. Il ne pouvait se résigner, a-t-il dit, à entendre traiter si souvent de « malfaiteurs " les ouvriers des (iteliers nationaux. Ces paroles ont provo(jué naturellement un désaveu général; le ministre a répondu alors qu'il ne lui était pas possible d'oublier ce qu'il avait entendu, il n'y avail pas plus de trois jours, dans le rapport de ta commission. Là-dessus M. de Falloux , rapporteur de celle commission, au nom de ses collègues et en son propre nom :

(; Personne dans la commission, a-t-il dit, personne dans cette Assemblée n'a pu prononcer le mot de malfaiteurs, parce que le sentiment qu'il exprime n'est dans le cœur, et ne peut se trouver dans la bouclie de personne. Personne ne vous reconnaît le droit de vous porter ici le défenseur exclusif de Ibumanité. » A ceci le ministre n'a fait aucune réponse directe. Il a éludé la question en disant que les ouvriers devaient être traités avec une exacte justice, parce qu'ils avaient été trompés. Interrompu aussitôt par ces mots : « Par qui? par qui?" il a fait la réplique extraordinaire qui suit, et que je copie dans le Moniteur de ce matin, où il caractérise les méfaits de ses collaborateurs en révolution : — « Immédiatement après la révolution de Février, à la grande surprise et au grand cliagrin de ceux qui, toute leur vie, avaient auUement compris le cours des révolutions, la liaine fut jetée au fond de tous les cœurs, à tel point que les noms sacrés de liberté, égalité, fraternité, purent sembler depuis ce moment des

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expressions menteuses. — Je le dis, moi qui avais beaucoup vu les ouvriers, qui les avais toujours beaucoup aimés, — je ne les ai pas reconnus; — je ne les en accuse pas; j'en accuse les influences erronées à l'aide desquelles on les a égarés. »

Etait-il possible d'avouer plus clairement que la révolution, trouvant les ouvriers de Paris salisfails de leur sort, avait é(é, en les traitant comme des enfants gâtés , la véritable cause de ce changement qui s'était opéré dans leurs dispositions, et qui faisait redouter à chacun les excès dont ils pouvaient bientôt se rendre coupables? L'infortuné ministre a ajouté, en terminant, qu'il espérait n'avoir blessé personne, mais qu'il ne pouvait se repentir d'avoir dit ce qui s'était passé dans la commission, i< parce qu'on n'a jamais tort quand on dit la vérité. '? AI. de Falloux est remonté aussitôt à la tribune, et a fermé la discussion par ces mots : — « Lorsque l'honorable M. Trélat a dit : Je n'ai pas à me repentir d'avoir dit ce qui s'est passé dans la commission, j'ai dit et j'ai dû lui dire : Mais vous avez donné à entendre ce qui ne s'y est pas passé. Or, je ne puis laisser, à aucun titre, ni nous ni la commission sous le coup de cette imputation , et je dois ajouter que, quoi qu'on ait dit dans le sein de la commission , il n'y a pas eu une seule expression qui ait autorisé celle que M. le ministre a prononcée en notre nom. »

C'est demain qu'on doit discuter la prise en considération de ce décret, et il est entendu que, d'ici à trèspeu de jours, s'effectuera l'enrôlement dans l'armée de tous les ouvriers de dix-huit à vingt-cinq ans.

SCK\K Al THEATRE DU GYMXASE 79

Comme le vole relalifà l'admission de Louis-Xapoléon lîonapaile paraissait avoir enlevé tout motif ou tout prétexte aux attroupements menaçants qui se formaient sur les boulevards du centre, je suis allé, hier soir, avec ladyX'. .. au théâtre du (lymnase. Les pièces qu'on y joue conviennent mieux, ordinairement, à des temps plus tranquilles. L'exquise vérité avec laquelle sont peints les intérêts domestiques de la vie sociale, peut toujours absorber l'attention au point de faire oublier, dans le plaisir de la pièce, les petites contrariétés personnelles; dans cette occasion , ce spectacle avait paru dissiper, pour un instant, les inquiétudes plus graves du moment. Mais, pendant que l'attention de tous les spectateurs était concentrée sur la scène, on a entendu au dehors, aux portes mêmes du thécilre, les clameurs sauvages d'une multitude, auxquelles se mêlaient des cris de terreur et de rage. Aussitôt après a éclaté le fracas retentissant que produit un corps de grosse cavalerie en faisant une charge. Quelques-uns des spectateurs se sont précipités immédiatement dehors, et le premier mouvement de lady \... a été d'en faire autant; mais, fidèle à ce sang-froid et à ce courage qu'elle n'a cessé de montrer dans toutes les épreuves des cinq derniers mois, elle a bien vite pensé avec moi que nulle part, en une semblable conjoncture, on ne pouvait être plus en sûreté que dans un théâtre rempli de monde. C'était l'endroit le moins exposé aux attaques d'une populace irritée. Quelques personnes de Tauditoire se sont retirées peu à peu ; cependant, quand nous sommes sortis, vers la fin de la pièce, la grande majorité du

so U\E AXXEE DK REVOLUTIOIV.

public semblait avoir oublié un incident auquel les événements récents l'avaient accoutumé, et les spectateurs sont restés tranquillement à leurs places. En arrivant à la porte, nous nous sommes aperçus que notre voiture, avec toutes celles qui attendaient les spectateurs, avait été forcée, par la police, de descendre une petite rue détournée, dans la crainte que la populace ne s'en emparât pour construire une barricade '.

Nous avions appris que le grand banquet des classes ouvrières, appelé la Fraternisalion des Travailleurs, interdit par l'autorité et d'abord ajourné, serait définitivement abandonné , mais il est à présent fixé au J 4 juillet. Comme c'est l'anniversaire de la prise de la Bastille, il peut se faire qu'on ait eu une intention sérieuse en indiquant ce jour; en d'autres termes, je ne puis m'empècber de croire qu'en appelant l'attention sur une époque si caractéristique , on a voulu endormir la vigilance des autorités et les empècber de surveiller ce qu'on peut tramer dans l'intervalle. Le général Cavaignac, cej)endant, a paru considérer cel avertissement même* comme une preuve de la bonne foi de ceux qui organisent cette solennité, car, à quelqu'un qui lui demandait : u Que pensez-vous de

' Ce iut près de ce inèrnc endroit que, peu de jours après, commcnçu le premier combat, et, pendant les quelques. semaines qui suivirent la défaite de l'insurrection, le Gymnase, la joie, dans les temps paisibles, de tant de Parisiens de toutes les classes qui y dépensaient leurs loisirs, fut converti en une ambulance toute remplie de blessés. Madame Monlifjuy (Rose Chéri), la femme du directeur, et plusieurs de ses charmantes compajjncs, veillèrent sur eux avec un courajje infatigable, montrant qu'elles savaient aussi bien compatir aux besoins de l'humanité et adoucir ses peines que charmer ses ennuis.

DKIHT A LA THIHUXF': DK M. VICTOR IILGO. SI

ce hanqiK't, jj^énéral? •' il a répliqué : " Les cilo^ens qui désirent diner, le Ji juillet, dans la plaine de V'incennes, ont aussi bien ce droit, ni plu a ni moins, que j'ai celui de lixer le même terrain pour une grande revue de cinquante mille hommes, que je me propose d'organiser pour le même l 'i juillet. ;'

21 juin.

Un nom que le génie a déjà ennobli est encore une l'ois dans la bouche de tout le monde. Le poëte pair de France, aujourd'hui le citoyen Victor Hugo, a lait son début à la tribune de l'.^ssemblée Nationale, et so!i discours a eu un succès fort distingué. Par le talent que Tauleur y a déployé, ce discours était digne de son ancienne réputation; quelques-unes des expressions étaient si bien tournées, qu'elles paraissent destinées à devenir des formules consacrées. Tout en professant une grande admiration pour la révolution elle-même, l'orateur a blâmé tout ce qu'elle a l'ait jusqu'à ce moment; il a lancé aux socialistes quelques vérités sévères, et s'est exprimé, au sujet des ateliers nationaux, plus librement que personne ne Ta encore lait, ce Les ateliers nationaux sont un expédient fatal. A ceux qui n'avaient connu jusqu'alors que la force généreuse d'un bras qui travaille , vous avez apprfs la honteuse puissance de la main tendue. \ous connaissons déjà le désœuvré de Topulcnce,

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