LES LÉGITIMISTES ET LES ORLÉAXISTES
nus les bienfaiteurs réels 4e leur entourage. Guidés par quelque conseil beaucoup plus avisé qu'on n'aurait pu l'attendre des hommes qui ont fait perdre à leur souverain légitime le trône de Fmnce, ils prirent la résolution de ne pas déployer leurs forces aux élections d'avril; niiais quand il leur plut de recommander un candidat, il fut généralement élu. Ils éprouvèrent moins de défaites qu'aucun autre parti, et, dans la première assemblée de la République, ils possèdent de 120 à 130 membres. Ils agissent communément de concert avec ce qu'on appelle l'ancienne opposition dynastique, et la plus parfaite entente subsiste entre les deux véritables chefs, M. Berryer et M. Thiers; Le premier a déjà acquis une grande influence sur tous les partis dans l'Assemblée ; à son talent , depuis si longtemps reco!inu et admiré, se sont joints, dans quelques occasions récentes, un tact et une sûreté de j,ugement qu'il n'avait pas eus jusqu'à présent la réputation de posséder à un tel degré.
Quand ou veut apprécier la force de ces deux partis et les chances qui résultent de leur alliance, on doit tenir compte encore d'autres faits, plus importants même que leur nombre relatif. Tous deux , également convaincus que la forme actuelle de gouvernciiient se trouvera, à un moment donné, impraticable dans un pays tel que la France, le premier but qu'ils poursuivent est cependant, pour le présent, de consolider la République, comme un instrument nécessaire à la protection des institutions sociales. Tous les deux, eu conséquence, comprennent que toute tentative préma-
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turée en faveur de leurs j3rétendauts particuliers ruinerait les espérances de celui qu'on mettrait en avant, et éloignerait pour l'autre toute possibilité de succès. Mais le temps qiM paraît ainsi devoir s'écouler, avant qu'on fasse aucun effort pour amener une restauration, exercera son 'action d'une manière bien différente sur les chances qui restent aux deux branches de la maison de Bourbon.
Quant au dernier roi , il suffit aujourd'hui de constater un fait sans se préoccuper des causes qui lonl produit. Le sentiment qu'il inspire dans toute la l'rance est celui d'une défiance universelle. Pendant les premiers jours de la Révolution , plusieurs membres de sa famille étaient l'objet d'une vive sympathie. Quelquesuns des princes, dans l'accomplissement des devoirs qui leur étaient imposés, s'étaient concilié le profond dévouement de leurs subordonnés, et l'on trouvait que dans sa conduite , le 24 février, la duchesse d'Orléans avait fait preuve à la fois de toutes les qualités qui commandent le respect cl qui sont assurées de provoquer l'intérêt. Mais l'impression sous laquelle on se trouvait à cette époque a maintenant perdu beaucoup de sa force, car la dynastie d'Orléans, œuvre de la faveur populaire, une fois tombée, n'a plus dans le sol de racines d'où puissent s'élancer des scions nouveaux Ceux mêmes qui ont suivi sa fortune , en vue (lu profit qu'ils en pouvaient retirer, sont maintenant du nombre des gens qui expriment le plus hautement celle opinion. D'un autre cùlé, la haine (ju'on |)orlait à la branche aînée a été bien alfaiblie par le temps, et
CHANCES DU PARTI LKdlTIMISTE. 2Î9
efïticée par un désappoinlcnient plus récent. Bien que celte dynastie ne |)uisse pas espérer de rencontrer une faveur particulière dans la masse -de la nation, elle pourrait être acceptée comme le moyen le jjIus satisfaisant de donner un corps au principe monarchique, et ses amis, qui pendant dix-huit ans sont restés fidèles à l'espérance d'une restauration impopulaire et, à ce qu'il jiaraissait, impossihle, ne sont pas gens à ralentir leurs ctforls lorsque la chance semble de jour en jour tourner davantage de leur côté. On ne doit pas oublier non plus celle grande différence qui distingue les vues des deux partis. Il y a à peine un partisan de la branche d'Orléans qui maintenant n'accueillît le duc de Bordeaux comme un moyen de restaurer la monarchie, tandis qu'on trouverait à peine un légitimiste qui n'aimât mieux , tant que cette conduite serait compatible avec le maintien des institutions sociales, se rallacher à la République que de replacer tout de suite la branche cadette sur le trône. A moins donc qu'à l'aide d'une nouvelle insurrection, le parti anarchique ne prenne pour quelque temps le dessus , voici la conclusion que je prévois : [^es négociations qui se poursuivent depuis quelque temps pour rallier le parti royaliste tout entier autour de la personne* d'Henri V , avec la perspective probable de la succession au trône pour le comte de Paris, me paraissent appelées plus que toute autre éventualité à décider les destinées de la France.
Tout le monde en même temj)s tombe d'accord que ce résultat ne peut être obtenu par une attaque préuja-
230 UNE AXNEE DE REIOLLÏION.
Uirément dirigée contre les institutions républicaines. Pour qu'une monarchie devienne durable en France, il faut que l'impassibilité d'une république se manifeste avec évidence, et soit clairement démontrée, — de l'aveu même de ceux qui s'en font les plus bruyants avocats. Je m'étonne des progrès que cette conviction a déjà faits, M qui m'ont été confirmés par des communications confidentielles. Elle ne peut cependant se développer qu'avec le temps, à moins que quelque incident inattendu n'amène une crise. On ne doit pas^ perdre de vue le rôle important que V imprévu a toujours joué dans les événements politiques de la France, où il déconcerte des conjectures qui, par cela même, ne peuvent prendre la consistance de combinaisons sérieuses. Toutes les fois qu'on veut comparer les chances relatives des deux branches de la maison de Bourbon, on doit se rappeler que le chef du parti légitimiste ne profitera jamais d'une simple conjoncture inattendue. Il a fréquemment fait connaître, en effet, sa ferme détermination, — aussi digne d'éloges que naturelle, dans la position particulière qu'il occupe, — de ne jamais troubler la tranquillité du pays, et d'attendre le moment où une démonstration générale l'appellerait à y rentrer. Les jeunes princes de la maison d'Orléans, accoutumés à une vie plus active à laquelle ils n'ont été que bien récemment arrachés, seraient plus disposés à saisir toute occasion qui leur serait signalée par leur j)arti, quand bien même elle ne leur présenterait que de vagues espérances de succès.
L'infiuence de V imprévu ne s'est jamais montrée si
IXFLL'EXCE 1)K LIMPRKVU. iAl
Irappaute qu'en ce qui concerne la personne de Louis- Xapoléon Bonaparte. Qui aurait supposé,. le 1" du mois de juin 5 qu'avant le milieu de ce même mois il pût devenir un objet d'espérances dans l'avenir pour beaucoup, un danger prochain pour d'autres? Et qui, après que toutes ces espérances s'étaient réalisées et que ce danger s'était produit, se serait imaginé que, ce mois n'étant pas encore achevé, les t'erribles événements auxquels SCS ennemis avaient essayé si cruellement, mais en vain, de le rattacher, effaceraient pour un temps tout souvenir de son existence, si bien que sa démission, deux fois, répétée, du siège auquel il iivait été appelé dans la Chambre, passerait presque inaperçue? S'il est destiné à mêler encore sa fortune aux éventualités plus ou moins réalisables de l'avenir, cela dépendra beaucoup de la manière dont il s'y prendra pour faire sa première réapparition, et du moment qu'il aura choisi, lorsqu'il croira le temps venu pour lui de mettre à profit quelque semblable occasion. Avec le suffrage universel, le destin futur de ce pays est entre les mains des paysans, s'ils savent seulement deux choses, — ce qu'ils veulent, et ce qu'ils peuvent. Parmi les populations rurales tie la France , le premier mouvement est bonapartiste, mais, comme d'habitude, l'intluence appartient au clergé; il no semble pas, (juant à préseiîl, y avoir lieu de prévoir que ces deux eiu)sos, leur volonté et leur puissance, se réunissent sur un même objet. Les paysans n'ont jamais eu la i)lus mince sympathie pour la dynastie de Juillet. Ils ne pouvaient pas même comprendre ce qu'elle signifiait. Elle ne
faisait appel ni à leur passion nationale de la gloire, ni à leur fidélité traditionnelle, ni aux doctrines nouvellement éeloses mais séduisantes d'égalité. ■
L'affaire qui dans ce moment peut, en se développant, déjouer tous les calculs, est celle delà Commission d'enquête sur la dernière insurrection. La conclusion dépendra beaucoup de la manière dont le gouvernement en agira avefc le rapport. Si l'on veut étouffer la vérité-, l'indignation de la garde nationale et de la bourgeoisie peut éclater en quelque démonstration. Si la justice suit son cours, el'si quelques-uns des démagogues sont arrêtés, il peut en sortir une seconde insurrection.
Jusqu'à hier au soir le conseil n'avait pas encore pris de résolution ; je m'abstiendrai donc, pour le moment, de faire aucune observation relativement aux effets que cette décision est de nature à produire sur les futures destinées de la France.
SUSSKWSPKCIALE DE L'Ail BASSADELR AXGLAIS. 23:
CHAPITRK DIX-SEPTIKMK.
Mission spéciale auprès du (jouvernenimt fraiirais. — Inlfrvcntioii en Ilalic. — l,ii (Inrdc (1(! la Uépuliliijue improbable. — Ksplicalions de Cavaignac sur la (|iioslion ilalienne. — Discussion du rapport de la commission d"enqu<îte sur I insurrrtlion. — Discours de M. Louis Blanc. — Réponse de M. Trélat. — . Adininisiralion du <[cnéral Cavaijjnac. ^ — Elat de siéjjnc maintenu. — Imprudence du général Cavaijjnac à la tribune. — Son discours. — Lamartine défend sa politique. — Principaux traits de son caractère. — Position critique de Cavaiguac. — La République en danger. — L'Assemblée décide qu'elle prolongera son existence pour discuter les lois organiques. — On recherclie leffel que produirait une guerre étrangère sur la durée de la République. — L'homme du momenl.
» Paris, le tU août 1848.
« S. K. M. le marquis de Xormauljy a ôlé présenté par M. Bastide, ministre des affaires é(ian<{ères, à M. le général Cavairjnae, président du conseil des ministres, chargé du Pouvoir Kxéculil, et a remis les lettres qui l'accréditent auprès de la Répubii(]ue Irancaise , en qualité d'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de S. M. la Reine du royaume uni de la Grandclîretagnc et d'Irlande, chargé d'une mission spéciale. »
Tels sont les termes dans lesquels le Moniteur de ce niatin annonce l'accomplissement du vœu si souvent exprimé par les gouvernements qui se sont succédé depuis février, de me voir régulièrement accrédité auprès de la République française. Comme les deux gouvernements avaient entrepris d'interposer conjoin-
leruent leur mediation dans les affaires d'Italie, il sembla que quelques rapports officiels entre eux étaient devenus nécessaires, et en conséquence, la difficulté, pour le souverain d'un pays, d'adresser des lettres de crédit au gouvernement d'un autre pays, quand celui-ci n'a qu'un caractère provisoire, celte difficulté dçvant laquelle on s'était d'abord arrêté, a été levée ^ar ces mots : « chargé d'une mission spéciale. "
Lorsque j'ai présenté mes lettres au général , la réception a été. complètement privée, et considérée uniquement comme une continuation et une confirmation de nos relations précédentes. Quand je me suis retiré, le général m'a dit avec beaucoup de courtoisie: a C'est pour nous conformer à votre désir, vous voudrez bien vous le rappeler, que. nous n'exprimons pas immédiatement et formellement à Londres le plaisir que nous éprouverions à voir, pour vous conserver ici , les deux ambassades devenir réciproquement permanentes. » J'ai répondu au général que j'avais encore mes raisons pour désirer qu'il n'en fût rien fait quant à présent, et il a répliqué. « Bien; quand vous nous direz que nous pouvons écrire, nous écrirons. » J'avais appris que le général s'était, il y avait quelque temps, rendu dans le Comité des affaires étrangères, lorsqu'on y discutait la question de savoir si la République enverrait des ambassadeurs auprès des puissances, et qu'il avait insisté avec succès pour qu'on ne modifiât pas le caractère officiel ('e la personne qui aurait pour mission de représenter d'une manière permanente la France auprès de l'Angleterre, dans la
IIIKDI.ATIOX EX ITAMK. 23")
crainle do rendre inévitable le changeineiit de l'ambassadeur anglais à Paris '.
' Ce clianjfcinent dans ma situation, en nirme tcnjps (|iie la jjravitê toujours troissanic de l'affaire qui en avait été la cause inifiiédiale , multiplia à un tel noiul mes communications avec le gouvernement britannique sur des sujets qui n'avaient aucun rapport avec l'état intérieur (le la France, que, tout en continuant ma tâche d'observateur, soit à la tribune, soit au milieu du monde, le temps me manqua matériellement pour noter encore, coinme je l'avais fait jusque-là, les détail» intéressants de la scène toujours clianijeante qui se; dévelopj)ait sous mes yeux. I']t en effet, à partir du commencement de ce mois, depuis le moment où furent entamées, sans caractère officiel, les néj{ocialions relatives ù une médiation dans les affaires d'Italie, ce journal devint moins réfjulier. J'ai en ma possession, apparlenalit à cette période, depuis ce moment jusqu'à la fin de l'année de la révolution, dos centaines de pajjes de communications officielles relatives ù des dî'tails diplomatiques, que j'examine l'une après l'autre et que je remets sous clef. Je ne sais pas si le temps viendra jamais où leur publication, sans avoir perdu de son intérêt, ne présenterait plus d'inconvénients, mais maintenant je suis certain de me conformer plus scrupuleusement aux intentions sous l'inspirutioii descpielles j'ai entrepris cette publication, en me bornant, comme justju'à présent, j'en ai la confiance, j<! l'ai dejù fait, aux sou- \er>irs personnels d'un homme (|ui a été 4e témoin oculaire de tous ces étranges événements, sans révéler à aucun degré les opinions de mon propre gouvernement, ni m'égarer dans des observations étrangères à mon sujet, sur la situation relative des autres pays. Quant à la médiation, je me contenterai de dii-e ici que, dans ma conviction, elle est née d'une juste appreciation de l'impi-rieuse nécessité où l'on était de maintenir la paix générale de l'Europe, dans un moment surtout où une guerre entreprise par la République française fût nécessairement dcvenne une ;;uerre de propagande révolutionnaire. I.c point de départ de cette médiation fut un projet do compromis, |)roposé vers le commencement de 1 année par l'une des parties; cependant la manière dont la ipicstion fut traitée se modifia naturellement beaucoup à mesure que les événements marchaient, sous l'influence des hasards de la guerre et d'autres causes qu'on ne pourrait, sans commettre envsrs elle une injustice, attribuer entièrement à la fortune, mais qu'il serait également inutile et malveillant de pr('ciser ici.
236 UXE AXXEK DE REV OLUTIOV.
20 aoiif.
Hier, pendant la séance de l'Assemblée, Tordre a été donné à quelques régiments de cavalerie et d'infanterie de garder tous les abords du Palais, et les rues environnantes ont été bientôt garnies de troupes. Pour e^ipliquer cette mesure, on a assuré que les femmes et les parents des insurgés avaient l'intention de se présenter en corps à l'Assemblée, afin de demander une amnistie générale, et que cette démonstration, si on la tolérait, ne serait, supposait-on, qu'un prétexte à des entreprises ultérieures. Cependant tout s'est passé avec une parfaite tranquillité , et lorsque l'Assemblée s'est séparée, les troupes ont été renvoyées.
Il est certain qu'il s'était répandu dans le public, pendant les jours qui ont j)récédé, une vague incjuiélude, augmentée encore dans les dernières vingtquatre heures par une imprudente proclamation du préfet de police, homme violent, dépourvu de jugement, et qui s'efforce de faire retomber sur la réaction monarchique la responsabilité de tous les dangers de la situation. C'est, je crois, le contraire qui est la vérité, el il n'y a dans ce moment aucun projet arrêté, de la part des partisans de l'une des deux branches de la maison de Bourbon, de rien entreprendre immédiatement pour réaliser leurs vœux. On a sans doute informé le ■préfet de police du langage que tient généralement la pelite bourgeoisie de Paris. FJIc «lit que les affaires ne
LA UKPLHLIQL'K MK PELT DLHKH. 2:}7
st? rétabliront jamais tant qu'on n'aura pas un roi, oA celle opinion iiojui est inspirée par aucune prédilection personnelle, mais par la conviction que c'est la République qui a détruit la confiance et le crédit. Quand on lui demande : « Quel Roi? » elle répond le plus souvent : -'. N'importe qui, pourvu que ce ne soit pas le dernier, qui nous a mis où nous sommes. "
Mais' comme les masses, profondément irritées, tombées maintenant dans les dernières extrémités de la misère, sont imbues des principes les plus anarcliiques, et caressent de vastes projets de spoliation, il est évidemment de la plus liante importance, pour la tranquillité du pays, que la République livre la bataille sociale avant qu'aucun mouvement purement politique provoque un cliangement quelconque dans la forme du gouvernement. Cliaque jour qui s'ajoute à l'existence de la République rend plus improbable son existence future.
Une personne qui a des alfaires publiques de France une expérience à peu près sans égale, et dont le jugement est universellement respecté, m'a dit liier : « Xous sommes dans une telle situation, que, pendant que chaque mois qui s'écoule nous démontre de plus en plus l'impossibilité d'une République, toute autre chose qu'une République reste plus impossible encore. »
J'ai eu occasion de recueillir les avis des observateurs les plus clairvoyants dans tous les partis, et j»' trouve partout cette opinion unanimement acceptét^ que la France doit beaucoup de reconnaissance à \.\uglelerre, qui, par son influence sur les autres grandes
puissances européennes, a concouru à leur persuader .de conserver, à l'égard de la nation française , une attitude amicale , malgré le changement qu'elle a introduit dans la forme de son gouvernement. Ceux qui se réunissent, à quelques doctrines politiques qu'ils appartiennent, dans le désir de maintenir l'ordre social, sont persuadés qu'en détournant les chances d'une guerre étrangère , on oppose à l'anarchie les barrières les plus insurmontables qu'elle puisse rencontrer. D'un autre côté, les hommes les plus contraires aux institutions républicaines, les ayant acceptées euxmêmes sans réserve, voient avec satisfaction que les gouvernements étrangers aient adopté la même marche, car ils comprennent que l'isolement, en donnant au dévouement à la République un caractère à quelques égards national, lui aurait communiqué pour quelque temps une force nouvelle et aurait accru ses chances de durée.
22 août.
Je ne puis résister au désir de citer ici toute lu partie importante du discours prononcé hier, à l'Assemblée, par le général Cavaignac , et oii il explique sa politique étrangère :
u J'exprime , je le répète , le désir d'être appelé immédiatement à fournir à l'Assemblée, sur la question italienne, les renseignements qu'il pourra être à
KXPLICATIOXS I)K CAVAKIWC SLR F/ITAML; 2:59
propos de lui donner, mais je désire aussi qu'elle veuille bien, dans ces explicalions, ine pcrmeUre de rester dans les limites que je crois utiles aux négociations.
» Si j'avais été appelé à émettre une opinion sur la question italienne avant l'époque à laquelle j'ai été appelé aux affaires , je n'aurais pas hésité , je le déclare..:. Je sais très-bien que, dans un pays comme le nôtre, il faut plus de courage pour défendre le parti de la paix, dans certaines circonslauces , que pour pousser à la guerre; ce courage-là, je puis l'assurer, ne me fera pas défaut.
5> Je disais donc que si, avant les derniers événements, j'avais été appelé à donner un conseil pour la marche à suivre à l'égard de la question italienne , je n'aurais pas hésité à conseiller au pays de chercher à cette question une solution pacifique. Je dis avant les derniers événements, car, dans in;î pensée, ces der- ■nierr» événements ont notablement changé la situation, et à plus- forte raison ])nis-jc aujourd'hui soutenir l'opinion que j'aurais émise à une autre époque. Je vous prie ici de vouloir bien ne j>as me prêter une pensée qui n'est pas la mienne, et je vais expliquer en quoi la situation me paraît changée.
1' L'Assemblée sait très-bien dans quel esprit , dans quelle disposition de sentiments a été accueillie la .déclaration de l'Assemblée Nationale, qui exprimait son intention de se porter au secours de la nation italienne. Il est bien loin de ma pensée d'adresser les
240 L\'E AXXEE DE RKVOLUTIOX.
reproches les plus indirects à cette généreuse population, et, quoique je me montre ici comme un partisan déterminé d'une solution pacifique, si elle peut être obtenue avec honneur, personne ici plus que moi ne se sent àîiimé d'un plus protond sentiment d'admiration et de sympathie pour cette population. Je désire que cela soit bien entendu., et qu'encore une fois on ne me prête pas d'autres sentiments que ceux que j'exprime. Il ne se cache rien sous mes paroles.
» Je disais que personne n'ignore dans quelles dispositions d'esprit nos déclarations ont été reçues. Par suite de sentiments assurément honorables, assurément généreux, que personne ne peut blâmer, et contre lesquels nous sommes bien loin de protester, non-seulement le gouvernement qui se portait spontanément au secours de la Lombardie, mais les populations lombardes et vénitiennes elles-mêmes ont déclaré qu'elles voulaient faire leurs affaires avec leurs propres forces. Cette pensée honorable et généreuse s'est perpétuée au sein des populations soulevées jusqu'à' ces derniers jours. L'armée piémontaiso et les forces de la Lombardie étaient déjà en j)leine retraite, que le désir de notre intervention ne s'était pas encore manifesté. Kn présence d'une, situation pareille, en presence de ses conséquences possibles, nous aurions gravement manqué à notre devoir si nous n'avions pas cherché à pourvoir aux événements possibles aussi. Je le répète, l'intervention n'était j)as demandéej je vais plus loin, dans beaucoup d'esprits elle était encore repousséc. Dans celle situation , nous avons compris
EXPLICATIOMS DR CAVAIGX'AC SUR I/ITALIR. 241
qu'il fallait pourvoir par d'autres voies aux nécessités de la situation.
« L'attitude prise par la France dans celte question ne lui permettait pas d'espérer le succès d'une médiafion pacifique si elle se présentait seule. C'est alors que nous avons pensé à nous adresser à la nation anglaise, qui elle-même avait déjà pris, dans certaine.^ limites , une part de médiation dans la question italienne. Nous lui avons dit : « Les événements d'Italie nous imposent des devoirs que vous n'ignorez pas; toutefois, ce que nous désirons, comme toute l'Europe et comme vous-même, sans aucun doute, c'est que la paix de l'Europe ne soit point troublée. Il déj)end de vous, nous le croyons, en vous alliant à la France dans une pensée, dans une action commune, il dépend de vous de prévenir la guerre et de maintenir la paix européenne, v
5) Cet appel fait dans de pareils termes, la nation anglaise ne pouvait pas, nous en étions persuadés, y rester sourde. Xous ne nous sommes pas trompés; elle est entrée avec nous dans une action commune, dans une médiation qui, j'en ai l'espoir et le désir, contribueront à assurer la paix européenne. L'alliance de deux grandes nations est un fait dont il ne peut sortir qu'un grand et honorable résultat. Je ne crois ni utile ni possible d'entrer dans de plus longs détails sur cette médiation. A cette occasion, je ne puis, comme je l'ai fait dans beaucoup de circonstances , que reposer encore une fois les principes. Il ne s'agit pas ici d'un gouvernement constitué par lui-même et refusant à