‹ Une année de révolution (volume 2)Chapitre 23 sur 51 · AME\DEME!VT SUR LE DROIT AU TRAVAIL · texte numérisé non relu

AME\DEME!VT SUR LE DROIT AU TRAVAIL

quatre derniers jours. La discussion qui a occupé les séances de toutes ces journées a été celle d'un amendement de M. Mathieu de la Drônie à l'art. 8 de la Constitution. Cet amendement énonce eu termes généraux les devoirs que le nouveau gouvernement contracte à l'égard du peuple , et son auteur a essayé d'y introduire des expressions qui , selon ceux qui le combattent, tendent à constituer, sous une forme ou sous une autre , ce droit au travail, le mot d'ordre des disciples du socialisme , lorsqu'ils ne se soucient pas d'alarmer par des exigences plus absolues. L'amendement de M. Mathieu de la Drôme a été à la fin retiré, pour être remplacé par un autre amendement d'une forme plus acceptable, mais pour des oreilles anglaises il n'y a rien de fort alarmant ni dans l'une des versions ni dans l'autre. C'était là une affaire dans laquelle les hommes, et non les mots, font tout le mal, et c'étaient leurs opinions bien connues qui donnaient de la gravité aux expressions dont ils se servaient.

L'amendement de M. iMalhieu de la Drônie dit, eu parlant de la République : « Elle reconnait à tous les citoyens le droit à l'instruction, au travail et à l'assistance. » Cette rédaction ayant été combattue par des arguments décisifs, on y a substitué un amendement de M. (jlais-Bizoin. « Le droit à l'existence par le travail et à l'assistance » ne dit rien de plus, en réalité, que ce que signifient nos lois des pauvres, dont la date remonte au temps de la bonne reine Bess (Elisabeth), alors que certainement le communisme ne jouissait pas d'une grande intluence, et cependant, chacun le senis.

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lait, si ces paroles, bien peu dangereuses pour nos oreilles, avaient été votées, elles auraient élé interprétées de façon à exciter les plus irréalisables espérances. Je crois qu'il n'est pas nécessaire de donner ici, au milieu de mes occupations qui s'accroissent chaque jour, rien qui ressemble à une analyse de celte fort longue discussion.

AI. Thiers, au début d'un grand discours, a déterminé ainsi sa position politique, plutôt qu'il n'a développé ses convictions politiques.

Cl Citoyens représentants, je veu\ à mon tour user du droit, dont vous usez tous, de contribuer à la constitution qui doit faire les destinées de notre pays.

» Mes amis et moi nous attachons à cette constitution une grande importance. Nous n'avons pas fait, nous n'avons pas désiré la République, nous l'acceptons, nous l'acceptons loyalement, sincèrement. Pour tout homme de bon sens, pour tout honnête homme, le gouvernement légal de son pays est toujours digne de tous ses respects. Xous n'avons jamais conspiré, nous ne conspirerons jamais. Nous n'avons ni flatté ni trahi la royauté, nous ne llatferons ni ne trahirons la République.

« Nous avons donc , dans tous les temps , désiré la liberté, non pas celle des factions, mais celle qui consiste à mettre les allaires du pays à l'abri do la douhb; iniluence et des cours et des rues, w

Rcaucoup d'orateurs ont essayé, dans le cours de la discussion, de démontrer le danger auquel on s'exposerait en adoptant rnniendemenf , et d'un autre côté

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le péril plus iimninenl encore qu'il y aurait à purailre en rejeler la substance, mais M. de Lamartine, vers la fin du débat, a déclaré qu'il n'entendait pas l'appuyer et qu'il ne le voterait pas. En même temps son discours tendait à prouver que si l'Assemblée ne suivait pas son exemple, elle n'aurait pas le courage de ses propres convictions. « Ayez l'audace de vos bonnes pensées, ne vous déliez pas de vous-mêmes, osez avouer toutes vos bonnes pensées, vos âmes en sont pleines, je le sais, je n'accuse que votre timidité dans le bien, » et il a terminé un discours dans lequel de généreux sentiments s'épanchaient, comme de coutume^ en un admirable langage, par une péroraison où il a paraphrasé le fameux cri de Danton : a De l'audace, citoyens, de l'audace, et encore de l'audace! » en s'écriant à son tour: « Du cœur, citoyens, du cœur, et toujours du cœur pour le peuple, et le peuple donnera le sien à vous cl à la République. » Alors, incapable, je suppose, de discerner comment ces paroles pouvaient s'appliquera la question qu'il s'agissait de résoudre, il a quille l'Assemblée sans voler ni d'une manière, ni d'une autre, ni sur l'amendement sur lequel il avait parlé ni sur le sous-anieiKlemenl qui lui avait été subslilué. Conclusion assez singulière, en pratique, pour un'honmie qui avait précisément accusé les autres de n'avoir pas « l'audace de leurs bonnes pensées v. |,;i lin du débat a été animée par une sortie fort inalleiulue de M. Goudchaux, le ministre des finances, qui eomballail ramendement alors en discussion de M. (îlais-lJizoin. Il avait déjà lait l'autre jour l'aveu, comme on s'en

souviendra, que la République avait pris le pays par surprise, que personne n'y était préparé, qu'elle était en un mot le gouvernement de la minorité, et cependant, membre de ce gouvernement d'une minorité incontestée, il saisit, sans y être provoqué, l'occasion de gourmander la plus considérable et la plus formidable fraction de cette minorité. En expliquant comment il entendait les devoirs de l'humanité il s'est tourné vers l'extrême gauche de la Chambre et a dit : « Eh bien , cette humanité , Mojiiaffnards , n'a pas besoin de vous; cette humanité monte, elle montera sans vous , malgré vous, parce que vos doctrines tendraient, à votre insu, à l'amoindrir, à la perdre. » Je m'imagine toujours^que le dernier tumulte que j'entends à l'Assemblée est le plus étourdissant, mais certainement les clameurs qui ont poursuivi M. Goudchaux ne sont comparables à aucun des vacarmes précédents. Lorsque, à la fin, Lagrange est parvenu à se faire entendre, il a exaspéré les uns et égayé les autres, en disant : « Rappelez-vous donc, citoyens, que la grande question aujourd'hui est celle de la conciliation. Eh bien , laissez donc de côté et n'insultez pas surtout ce nom de Montagnards. Il n'y a ici ni Montaguards ni Girondins. Montagnarde! Ah! nous n'avons pas, hélas! les épaules assez larges pour porter dignement un si grand nom. » L'allusion de Lagrange aux a épaules assez larges « a quelque peu amusé tout l'auditoire, car il ressemble lui-même à une tête à perruque attachée au bout d'un bâton, avec une paire d'yeux llamboyanls, dont les regards jaillissent de la masse échevelée qui les entoure.

SENS VRAI DK L' AMKXDEMKXT. 27<.>

M. (joudchaux a clé oblig»', sur le conseil de ses collègues, de déclarer qu'il n'avait eu l'intention d'insulter personne, et alors l'amendement qui fondait « le droit à l'existence par le travail et à l'assistance » a été rejeté par 596 voix contre 187.

Je n'ai pas sous les yeux le texte de notre première loi des pauvres, et l'eussé-je, je n'aurais pas le temps d'en étudier les dispositions, mais il me semble qu'aucune loi des pauvres, pour peu qu'elle fût honnête et équitable, ne pourrait exister sans un préambule à peu près semblable à l'amendement qui a été rejeté ici. Le droit « à l'existence par le travail et (ou plutôt ou) à l'assistance « ne semble pas impliquer aucune réglementation arbitraire du travail ; il signifi€ seulement que personne ne devra mourir de faim, mais, dans cette dure extrémité, aurait un litre légal pour réclamer ou du travail ou l'assistance. Ce tilre, les pauvres anglais l'ont toujours possédé, et, je crois, le posséderont toujours. Tous les amendements que nous avons introduits dans la loi ont eu pour objet de régler, jamais d'abroger ce grand principe. M. de Lamartine , en faisant allusion au système anglais, s'est trouvé beaucoup plus exact que le plus exact des orateurs, M. Dulaure.

2t) septembre.

Au moment même où j'écris ces lignes, le résullal des élections n'est pas officiellement connu, et le scru-

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lin de la banlieue peut encore modifier la place occupée sur la lisle par un ou deux noms, mais on pense maintenant que les candidats élus seront Louis-Napoléon Bonaparte, Achille Fould et Raspail le communiste, pour le moment dans le fort de Vincennes, à cause de la part qu'il a prise à l'attaque de l'Assemblée, le 15 mai. Achille Fould, s'il est nommé, ce dont on doute encore un peu, représentera les sentiments qu'a provoqués la ruine commerciale des classes moyennes de Paris, qui ont, quelles que puissent être leurs opinions politiques, tourné les yeux vers lui comme vers un homme dans lequel elles voient généralement un financier de premier ordre, et je crois qu'il est capable de justifier leur opinion.

La question de savoir si Louis-Xapoléon occupe la première place sur la liste est enveloppée encore d'un certain mystère que je ne puis, quant à présent, entreprendre de pénétrer d'une manière satisfaisante.

Le journal la Réforme et la plupart des clubs oui fait à sa candidature une opposition violente, et comme les nombres des voix obtenues par les trois candidats socialistes ne diffèrent pas beaucoup entre eux, on dirait qu'il a été choisi par les divers partis comme le candidat le plus désagréable au gouvernement, et comme une incarnation du mécontentement général qu'excite l'ordre de choses actuel.

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22 septembre.

Jamais, depuis la révolulion de Février, si ce n'esl pendant le fort de la Julie de juin, il n'a été plus impossible de prévoir avec quelque certitude le tour que peuvent prendre les événements dans les quelques jours qui vont suivre.

Les élections ont montre Timpuissance du gouvernement tant qu'il ne se rallie pas franchement à Tuu des partis qui se partagent les suÛVages du pays. Pas un seul des candidats recommandés par l'administration n'a été nommé nulle part. A Paris , les communistes et les républicains rouges ont agi de concert et avec un admirable ensemble, à ce qu'il paraît, puisqu'on découvre à peine quelque différence dans le nombre des suffrages qui se sont portés sur leurs candidats.

Le seul autre républicain sincère qui ait recherché l'élection représentait l'opinion du gouvernement, ou ce qu'on appelle la nuance du National. W. Edmond Adam s'est concilié un profond respect par son caractère personnel; il s'est conduit avec une grande modération pendant les premiers jours de la Révolution, el cependant, quoique recommandé aussi par le Coiislilulionnel et par le Journal des Débals , qui l'avaient porté à la fois sur leurs listes de conciliation , il est resté bien loin eu arrière des autres , — nonseulement en arrière de M. Fould , qui a été élu , mais même en arrière de M. Roger du Nord, peu

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connu comme homme politique, et signalé seulement comme un ami personnel et un chaud partisan de AI. Thiers.

A Bordeaux , M. Mole l'a emporté à une très-forte majorité sur M. Compans , le procureur de la République. A Lyon , le rival heureux de M. Raspail n'était pas même un républicain modéré, mais AI. Rivet, qui a été, pendant plusieurs années, membre de la Chambre des députés, conseiller d'Etat, et dont les opinions appartiennent à la nuance intermédiaire qui sépare AI. Alolé de AI. Dufaure. A Lille , la nomination du colonel Négrier n'a pas, nie dit-on, de caractère politique; l'élu est tout simplement un soldai, et il doit son élection au respect qu'inspire la mémoire de son frère , et à la sympathie qu'éveille la mort honorable de ce général pendant les journées de juin. Une manifestation si énergique du sentiment national serait assez claire si elle n'était obscurcie par les diverses interprétations que reçoit la nomination de Louis Bonaparte. On a d'abord supposé qu'il avait été appuyé par les républicains rouges, mais l'égalité des voix qu'ont réunies les candidats de ces derniers prouve que bien peu de suffrages lui sont venus de ce côté. Je crois qu'il a été soutenu, comme je l'ai dit plus haut, par un très-grand nombre de ceux qui ne s'accordent qu'en lin point , c'est-à-dire le mécontentement que leur inspire l'état présent des affaires. Cependant, comme il est évident qu'il est, pour le moment, le point de mire, la fraction modérée de l'Assemblée, représentée par la Réunion de la Rue de Poitiers, a cru qu'il y avait

DliPlTATIOX AL GK.VKRAI. CAVAHJXAC. 28:J

là une occasion convenable de s'entendre avec le *jcnéral Cavaignac à propos de la marche qu'il compte suivre à l'avenir.

Une deputation a été chargée par les membres de cette réunion d'aller trouver le général. Ils comprenaient, devait-elle lui dire, toute l'étendue de la dette de reconnaissance que le pays avait contractée envers lui, pour sa conduite au milieu des événements de juin; personne ne concevait le désir de mettre en question la position qu'il avait si honorablement conquise, mais il était nécessaire que, dans tout gouvernement établi, les ministres fussent choisis parmi ceux qui possédaient la confiance de la nation ; il était évident que le pays refusait cette confiance à plusieurs de ses conseillers, et ils avaient acquis eux-mêmes l'expérience personnelle de leur incapacité. La deputation lui a suggéré alors, parmi quelques autres noms , les noms de MM. Vivien et Dufaurc connne ceux d'hommes qui rallieraient la confiance de la majorité de r.Assemblée.

On m'apprend que le général Cavaignac a reçu avec une grande courtoisie les représentations de ces députés; il a exprimé la haute opinion qu'il avait des personnes qu'on venait de lui nommer, son désir de profiter de leurs services quand le temps en sérail venu, mais la pensée qu'il était encore trop lût. \,c grand point était de voter la Constitution; après cela, a-t-il ajouté, il serait heureux de fortifier l'administration 11 paraît que la dé|)ula(ion n'a été que médiocrement satisfaite de cette réponse. Elle a cru y voir la

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détermination de ne pas briser complètement avec la iMonlagne, mémo au milieu des difficultés présentes, c'est-à-dire le danger d'un mouvement impérialiste et le mécontentement général des départements.

Il y a eu hier soir une nouvelle réunion à la rue de Poitiers; M. Thiers y a prononcé un discours trèsferme. Ni lui ni M. de Rémusat n'ont été d'avis d'insister pour la nomination de membres individuellement désignés, car ils ne désirent quant à présent prendre aucune part à une semblable combinaison ; mais ils ont émis l'opinion que, pour assurer au parti modéré un appui convenable, vingt-quatre préfels devaient être immédiatement changés.

23 septembre.

Parmi les événements divers qui ont signalé les diverses phases de ces derniers mois , et que j'ai, en leur temps, rappelés dans ces pages, je ne dois pas, je crois, omettre toute mention de l'entrée du comte Mole dans TiAssemblée Nationale comme représentant du déparlement de la Gironde. La première apparition qu'y a faite le plus ancien, le plus digne du nom d'homme d'Etat, et le plus universellement estimé des serviteurs de Louis-Philippe, a provoqué une vive inq)ression. Le comte Mole a été chaudement accueilli parses nombreuses connaissances, et traité avec un respect marqué par tous ceux qui se sont mis en rapport avec hii ,

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par ceux mêmes qui ne connaissaient peut-être de lui (|ue son nom vl son carncl'TO.

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