‹ Une année de révolution (volume 2)Chapitre 26 sur 51 · NOUVELLES HESITATIONS DE CWAKJX \C · texte numérisé non relu

NOUVELLES HESITATIONS DE CWAKJX \C

IV octobre.

Cavaignac a laissé voir de nouveau beaucoup d'hésitation depuis hier, lorsqu'on pensait que tout était définitivement arrangé; mais il a abordé hardiment la question dans l'Assemblée, et de nouvelles explications doivent avoir lieu lundi, jour où il demandera, dit-il, à la Chambre de manifester, par un vote sans équivoque, que la dernière combinaison peut coij^ler sur son appui. Il obtiendra une majorité, mais il n'espère pas qu'elle soit très-forte. Les commissaires nommés dans les bureaux sont favorables au ministère dans le rapport de 8 contre 7, ou de 9 contre 6, selon la manière dont votera l'un d'entre eux considéré comme douteux. On rapporte que le gouvernement est prêt, si l'Assemblée le désire, à lever l'état de siège; cependant, un ministre encore en fonctions m'a dit, il y a deux jours, que cette mesure n'était pas, quant à présent, possible; mais ces contradictions sont trop communes pour exciter aucun étonnement.

Je vais partir ce soir pour Chantilly, car j'y ai laisse hier matin lady N... trop indisposée pour revenir encore ici.

Chaulilly, 15 octobre.

Je suis venu hier par le chemin de fer avec Thiers, qui allait faire une visite dans une maison du voisinage.

Comme il n'y avait avec nous, dans la diligence, d'au- Ires personnes que celles de sa famille , j'ai eu une occasion de l'entretenir dont j'avais été privé depuis quelque temps, et c'est une privation que je regrette toujours, car je me plais infiniment dans sa compagnie. Il a paru penser que le nouveau gouvernement devrait au contraste qu'il forme avec le ministère précédent d'obtenir dans le pays les sympathies de la majorité, bien que cette majorité ne doive pas être, à son avis, considérable. Tel a été l'effet produit par les fautes et par les désordres des quelques derniers mois , que son anxiété à lui-même dépasse encore l'anxiété généralement dominante en France.

10 octobre.

J'arrive de Chantilly à Paris avec lady N. ..; il s'en faut bien encore qu'elle soit rétablie.

J'ai eu une longue conversation avec Odilon Harrot, qui est venu hier à Chantilly. La position , dit-il, de ceux qui ont accepté la République et cependant ont perdu tout espoir de la voir durer, est véritablement fort difficile. Ils ne peuvent pas faire autrement maintenant que de la laisser à. l'œuvre, non pas qu'ils l'adoptent connnc leur propre ouvrage, mais parce qu'ils veulent veiller à ce qu'elle ne tombe pas dans des mains qui en feraient l'instrument d'irréparables malheurs. Dufaurc, selon lui, a fait un grand sacrifice personnel en acceptant une part du pouvoir.

LETTRE DE M. DLCOLX. 321

Peut-èlre les événements des quelques jours qui vont suivre présenteront-ils un vif intérêt. lia Montagne est furieuse. La lettre du dernier préfet , Ducoux, est pleine de colère. J'ai appris de bonne source, il y a trois semaines , qu'il livrait le gouvernement aux rouges, et j'en ai averti Bastide; mais alors on ne pouvait pas se débarrasser de lui.

" Au Préskient du Conseil des Ministres. » CIT0YE^ Présidext,

5) Vous venez de constituer un ministère (|ui est, à mes yeux, la personnification de la contre-r( volution, fja République va être dirigée, après huit mois d'existence, par des hommes qui ont de tout temps employé leur intelligence et leurs efforts à l'empêcher de naître. Cette politique est habile peut-être, mais je ne la comprends pas et je l'approuve encore moins.

» En présence des dangers qui menacent la liberté en France, lorsqu'elle triomphe en Allemagne, je vais reprendre ma placo parmi les adversaires de la royauté, que je combattrai sous tous ses déguisements. Tous les soldats de la démocratie doii-cnt être à leur poste, et le mien n'est plus où cessent mes sympathies politiques.

» Le représentant du peuple, préfet de Police,

» Dlcoux. »

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16 octobre.

Je quitte l'Assemblée , où je viens d'entendre une discussion fort intéressante dans laquelle M. Dufaure s'est montré avec une rare distinction. Les fonds secrets, sur le vote desquels on avait posé la question de confiance , ont été accordés à la majorité considérable de 570 contre 155. M. Duclerc a déclaré que quatre-vingts membres environ , appartenant pour la plupart à la a Réunion de l'Institut j' , s'abstiendraient de voter, parce qu'ils ne voulaient ni renverser le gouvernement ni lui accorder leur confiance.

Les attaques dirigées contre le général Cavaignac par Ledru-Rollin, en même temps que par MM. Landriu et Portalis, ont été aussi uiolentes et aussi personnelles qu'on le puisse imaginer, M. Sénard, le ministre sortant, a produit un certain effet sur l'Assemblée en donnant, sur les causes de sa retraite, des explications dignes d'un homme honnête et bon.

18 octobre.

Depuis le moment où je me suis contenté de rapporter tout simplement le résultai de la discussion à laquelle a donné lieu le vote de confiance^ le général Cavaignac a reconnu, en s'en montrant complètement satisfait, la justesse du conseil que je lui avais donné

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