II. iù
;02 LXE AXXÉE DE RÉVOLLTION.
55 Vous ii'èles autorisé à intervenir dans aucune des questions politiques qui s'agitent à Rome. Il appartient h l'Assemblée Nationale seule de déterminer la part qu'elle voudra faire prendre à la République dans les mesures qui devront concourir au rétablissement d'une situation régulière dans les Etats de TEglise. Pour le moment, vous avez, au nom du gouvernement qui vous envoie, et qui eu cela reste dans la limite des pouvoirs qui lui ont été confiés, à assurer la liberté et le respect de la personne du Pape.
55 A votre arrivée devant Civita-Vecchia, vous débarquerez de voire personne, pour vous rendre auprès de AI. d'Harcourt, avec lequel vous aurez à vous entendre, pour agir ensuite conjointement dans la ligne qui vous est tracée par le gouvernement. Vous ne ferez débarquer les troupes mises à votre disposition que dans le cas où, soit à Civita-Vecchia même, soit dans un rayon extérieur proportionné à leur effectif, elles pourraient concourir h assurer le succès de votre mission. Des mesures sont prises pour renforcer cette brigade, si cela devenait nécessaire, et vous recevrez sans doute des instructions ultérieures plus développées, si l'Assemblée Nationale l'a jugé convenable.
55 Je ne saurais trop insister pour vous laire comprendre que votre mission n'a, et ne peut avoir, pour le moment, d'autre but que d'assurer la sûreté personnelle du Saint-Père, et, dans un cas extrême, sa retraite momentanée sur le territoire de la République. Vous aurez soin de proclamer hautement que vous n'aurez à intervenir à aucun litre dans les dissenli-
IXSTRICTIOXS A M. I)K COURCELLES. 403
iiicnls qui scparcnlaujourd'liuilc Saint-Père du peuple qu'il gouverne.
" La Ucpnhiiquc, mue par un senlinicnl qui est une vieille tradition pour la nation frariraise, se porte aux secours de la personne du Pape, elle ne pense pas à autre chose. Votre mission est délicate, elle exige une grande sûreté de vues et d'appréciation; le gouvernement de la République a pleine confiance dans les sentiments qui vont vous diriger.
« Je dois insister aussi sur l'emploi que vous pouvez avoir à faire des troupes qui sont confiées à votre direction supérieure. Leur débarquement ne doit être opéré qu'autant que, dans le rayon très-court oii il leur sera possible d'agir, elles pourraient concourir au seul résultat que vous ayez à attendre, la sûreté du Pape.
« Il est possible que les événements vous paraissent faire ressortir des nécessités que je ne prévois pas ici; dans ce cas, vous auriez à prendre sans délai les ordres du gouvernement de la République, qui, suivant les cas et les propositions que vous aurez eu à lui faire, se décidera soit par son initialive , soit après avoir pris les ordres de l'Assemblée. '>
La dépêche de M. d'Harcourt, sur laquelle on se fonde pour entreprendre celle e\[)é(lili()n , doit aussi èlre produite. Le débat est rcMiiis à jeudi. On ne peut s'empêcher de prévoir un grand nombre d'événement , tous probables, comme conséquences d'inshuctions semblables à celles (pi'a reçues M. de (loureelles, chargé avec une sorle de uiission s|)é('i;ile d\;ccom|);i-
gner les 3,000 hommes expédiés à Civita-Vecchia, corps d'armée bien supérieur aux besoins, si l'on ne veut qu'assurer la sûreté personnelle du Pape, et tout à fait insuffisant s'il est destiné à exercer une influence politique. M. Bixio a fait une peinture fort peu rassurante de l'état actuel de l'opinion publique dans le pays auquel il doit son nom et son origine, en disant : « Des villes entières ont fêté un lâche assassinat. 55
Je sais fort bien que j'entreprends une tâche ingrate eu persévérant à faire prévaloir ma })ropre opinion ; c'est mon opinion personnelle eu effet, car tout ceci est arrivé si soudainement que je n'ai eu le temps de recevoir aucune instruction d'Angleterre. Depuis la révolution, le grand but que j'ai toujours eu en vue a été d'empêcher l'apparition d'un soldat français en dehors du territoire français. Je crois que dans l'état présent de l'Europe la question d'une guerre générale dépend de ce point unique. Si peu formidable que soit en réalité, dans ce cas-ci , l'effectif des troupes, si sincères que soient les motifs qu'on allègue pour leur donner celle destination, il est impossible de ne pas voir que cet effectif est insuffisant pour l'objet (ju'on prétend se proposer, cl que, d'un autre côté, si l'on persévère à poursuivre celte expédition, ce sera alors qu'elle aura cessé d'être justifiée parles motifsdont on s'appuie. Dans une autre circonstance, j'ai pris sur moi la responsabilité d'une démarche en vue d'écarter le danger imminent d'un pas'sage des .Alpes; j'agissais ;Jors selon les désirs du gouvernement français. Maintenant nonsenlement je suis obligé de combattre ses projets, mais
MM. LEDRU-ROLLIX KT I)K MOXTALKMRKRT. 405
aussi, jo crois, de blesser ses intérèls immédiats. Hier soir, après mon départ de TAssemljlée, on a adopté un ordre du jour qui contient une approbation très-équivoque des mesures prises par le gouvernement. Le débat a commencé par une dispute assez curieuse ; il s'agissait de savoir h qui appartenait la tribune; la contoslalion était entre M., de Montalerabert et M. Ledru-Rollin; on s'en est rapporté enfin à l'Assemblée, quia donné gain de cause à M. Ledru-Rollin. Considéré comme afHiire de goût, ce résultat paraît assez bizarre, mais comme question de procédure parlementaire , si l'on s'en rapporte à nos babiludes, la décision est juste, car M. Ledru-Rollin occupait la tribune mardi lorsque le débat fut ajourné, et M. de Monlalembert ne devait prendre la parole qu'après M. Ledru-Rollin à la reprise du débat. On s'étonne que M. de Montalembert , cet orateur si expérimenté et si habile à profiter, avec un tact parlementaire tout particulier, de la moindre erreur commise par les adversaires qui l'ont précédé, n'ait pas prévu l'avantage qu'il obtiendrait à laisser M. Ledru-Rollin parler le premier; celui-ci aurait dû s'en tenir au coté fort de sa cause, c'est-à-dire l'inconséquence évidente d'un gouvernement qui, dans la même année, devait son existence aux barricades de Paris, et envoyait une force complétenuMil insuffisante dans le dessein avoué de faire une démonstration menaçante contre un mouvement populaire , — mais il a préféré prendre sous sa protection spéciale la conduite de \\\$semblée romaine, cl pour la défendre il a cité les paroles de la dépêche de M. (Vllarcourt : « M. Rossi a été
406 L\E A\'\EK DE REVOLUTIOX.
frappé à mort! le peuple esl resté parfaitement indifférent. Le meurtre a été commis sur les degrés de la salle de l'Assemblée, et l'Assemblée a continué à délibérer, sans même faire un incident do ce grave événement. » Jamais M. de Montalembert , dans ses plus beaux moments d'éloquence inspirée, n'a produit un effet plus saisissant que lorsqu'il s'est contenté de répéter, avec de légères différences d'intonation , le passage même de la dépêche de M. d'Harcourt cité par M, Ledru- Rollin pour appuyer ses vues sur l'état de l'opinion publique à Rome; M. de Montalembert s'en est servi pour provoquer un cri d'indignation contre la conduite de l'Assemblée romaine elle-même :
a Mais si je descends à l'application des faits dont il s'agit en ce moment, à la situation romaine, est-ce que je voudrais admettre, est-ce que vous pouvez, vous qui m'interrompez, vous, républicains français, admettre quelque analogie entre la situation romaine et la situation et les devoirs de la France?
3) Qu'est-ce, par exemple, que cette Assemblée romaine, que je ne veux pas qualifier autrement (pic par la lecture du passage que l'honorable M, Ledru- Rollin citait tout à l'heure et comme un argument contre nous?... Le voici : « L'Assemblée, sur les degrés du palais de laquelle s'était commis le meurtre, a continué gravement la lecture de son j)roc('s-verl)al , et il n'a j)as été fait la moindre mention de Tincidenl j)endanl toute la durée de la séance... est-ce que je la comparerai , etc. »
On peut remarquer que les termes des deux cita-
1)1 s COIR s UK M. I)K MO.VT.AI.M.Mr.KRT. 407
lions no sont pas précisénicnl scmblahlos, mais M. Dufaurc, produisant cnsnile le texte de la dépêche, a prouvé que la citation de M. de Montalembert était correcte, et que AI. Ledru-Rollin lui-même avait cru nécessaire d'adoucir les expressions, afin d'atténuer un peu l'impression que devait faire; naître le « cynisme révoltant » de l'Assemblée.
M. de iMontalembert, reprenant ensuite le tlième qui avait été abordé mardi par M. IJixio , lorsqu'il avait dit : « des villes entières ont fêté un lâche assassinat, » a fait remarquer qu'il était fort à craindre que ces disei|)les sanguinaires de la liberté italienne ne provoquassent le dégoût de ceux qui, dans d'autres circonstances, seraient favorablement disposés pour l'indépendance de l'Italie, et ne les détachassent de leur cause.
u Je n'ai pas l'intention de me poser ici en apologiste ou en apôtre de la démocratie. Mais enfin vous ne voulez pas m'empêcher, je pense, de reconnaître que la démocratie est la loi souveraine du pays où je suis et du temps où je vis, et c'est pourquoi j'ai voté avec vous tous que la Républiqu<> était démocratique; car je ne comprends pas ce que peut être en France,' au dix-neuvième siècle, une République aristocratique ou uionarcbupic. Mais je le déclare, en votant cette épitlièle, ou plutôt cette idée (et je suis sur que la presque unanimité du pays est d'accord avec moi), je n'ai pas entendu voter ce ({u'on appelle en Italie aujourd'hui le trionipli(> de la cause démocratique, le poignard (lémocrnli(|ue. On l'a dit partout en Ilalie, c'est
affiché à Livourne , c'est écrit dans tous les journaux , c'est chanté dans les rues de Rome. Ils appellent le meurtre de M. de Rossi le triomphe de la cause démocratique, et ils chantent des hymnes en l'honneurdu poignard sacré, du poignard démocratique qui l'a immolé.
V Eh hien, moi, j'adjure tousles vrais démocrates, tous les démocrates sincères, tous les démocrates anciens, tous les démocrates honnêtes, de s'unir à moi pour protester contre cet abominable synonyme , et je déclare qu'il le faut pour l'honneur de la Fraiice.
» Est-ce que la France ne s'est pas faite le portedrapeau de la démocratie dans le monde? Eh bien, en cette qualité il lui appartient de protester contre la prostitution sanglante de l'idée et du nom dont elle a fait le symbole de la Constitution. «
M. Jules Faure a prononcé ensuite un discours moins amusant que quelques-unes de ses attaques les plus envenimées et qui a été assez mal accueilli, si ce n'est par la Montagne, l'Assemblée étant évidemment disposée à appuyer le gouvernement. Il m'a semblé que ce discours contenait quelques recherches historiques intéressantes et faites avec habileté, et, de plus, des vues saines sur la Constitution. L'orateur n'a admis qu'avec de grandes restrictions cette opinion qui consiste à regarder le pouvoir temporel du Paj)e comme aussi inaliénable et aussi éternel que son autorité spililiiclie; en adoptant la doctrine catliojitjue (pie la pa- |);nilé descend en ligne directe de noire Sauveur par saint Pierre, il a rapjx'Ié (pie la dotation temporelle du Pape avait été seulenieni IVenvre de Cliarlemague,
DISCOURS l)K M. JL'LKS I-'AVRE. 409
et que, pendant huit siècles, ou à pou prrs la moitié de l'ère chrétienne, à l'époque où l'inlluonce spirituelle de l'Kglisc n'était certes pas le plus faihie, le Pape n'avait été que le premier des évêques, livré tout entier à l'exercice dej'autorité spirituelle. M. Dufaure lui-même, malgré la suhtilité et la puissance de sa logique, ne m'a pas paru répondre d'une manière satisfaisante à l'argument de M. Jules Favre qui avait pour objet d'établir que si la Constitution avait refusé au pouvoir exécutif, permanent ou temporaire , le droit de déclarer la guerre sans le consentement de l'Assemblée, elle avait sans doute aussi préfendu lui enlever la faculté de prendre toute mesure hostile dont l'inévitable effet serait d'amener la guerre; or, ajoutait l'orateur, quand vous envoyez 3,000 hommes dans un pays étranger, avec des instructions éventuelles qui prévoient le cas où ces hommes pourraient être débarqués, malgré l'opposition du peuple de ce pays, vous placez en fait la question de paix ou de guerre en dehors de notre contrôle, et cotte éventualité, le gouvernement l'avait certainement envisagée lorsque, dans les instructions confiées à M. de Courcelles, il était dit que les forces seraient augmentées en cas de nécessité ; cette nécessité dont on ])arlait ne pouvait s'ap|)liquer qu'à un acte d'hostilité inévitable, tout à fait étranger à la sûreté personnelle du Pape. Je ne vois pas non plus quelle réponse satisfaisante on peu! faire à AI. Jules Kavre, quand il demande quel doit être le juge des nécessités imposées |)ar le désir d'assurer la sûreté persontielle du Papo, si ce n'es! le Pape lui-
même. Et si Sa Sainleté , continue-t-il , en voyant M. de Courcelles, lui disait : a La présence de ces 3,000 hommes envoyés pour ma protection est, selon moi, nécessaire à Rome » , comment M. de Courcelles pourrait-il prendre sous sa responsabilité de refuser, pour l'accomplissement de la mission à laquelle elles sont destinées, des troupes qui se trouvent sur le territoire du Pape? Si elles étaient encore en France, le cas serait différent. Aucun membre du parti modéré, excepté M. de Montalembert , n'a pris part à la discussion.
L'ordre du jour motivé, autant que j'ai pu l'entendre au milieu d'une grande coufusion, avait pour objet de déclarer que « l'Assemblée approuve les précautions prises par le gouvernement pour la sûreté personnelle du Pape, et réserve son opinion sur les autres points de la question, v Ce qui prouve que l'Assemblée, toute dévouée qu'elle est au gouvernement, a été dans ce vote aussi loin qu'il était possible de l'entraîner, c'est que la résolution primitive contenait les mots « approuve com|)létement; « mais ces mots ont excité un tel murmure de désapprobation, que le président a biffé d'un trait de plume «complètement» et a mis la résolution aux voix sans ce mot. I^a niesure, je n'en doute pas, donnera au général, à la piocbainc élection, l'ajjpui d'une portion du parti catholique en France.
CARACTKRF, DKS DF-IMAXDKS 1)1 PAI'E 411
2 décembre.
J'apprends qu'on cffel le Pape avail lui-même adressé à M. d'Harconrl la demande d'asile à laquelle M. Ilastide avait fait allusion, mais que M. d'Harcourt avait en même temps prié qu'on ne fît aucun usage de cette communication, dans la crainte de nuire à Sa Sainteté, Avec quelle insistance on a dû faire envisager au général Cavaignac l'avantage immédiat qu'il trouverait dans la publicité donnée à ce fait, pour que le gouvernement ail si complètement oublié l'avis de M. d'Harcourt sur le danger que la moindre publicité pourrait faire courirau Pape, dont on prétendait protéger les intérêts! Quanta l'autre point, il paraît que le Pape a écrit, il y a deux mois, pour demander la formation d'une légion de 2,000 hommes, destinée à la défense de l'ordre; ces hommes devaient être pris parmi les anciens gardes municipaux français ou autres gens de cette classe. On remarquera qu'il n'y a aucun rapport entre cette requête, dont l'objet est tout différent et qui remonte à une autre époque, et le secours qu'on vient d'accorder, que le Pape, dans sa lettre, emploie le mol u polizia, » et qu'évidemment la police n'est pas une lâche qui puisse être imposée au corps expéditionnaire, que la légion sollicitée était un corps mercenaire, dont l'envoi n'engageait à rien le gouverncmcnl IVaucais, tandis qu'une exj)édi(ion envoyée en son nom et sous son autorité aurait des conséquences précisément contraires.
5 heures après-midi.
Aujourd'hui, nous assistons à un changement inattendu. On a reçu la nouvelle de la fuite du Pape. Jusqu'à présent, on ne peut rien savoir de plus, si ce n'est que la dépêche télégraphique donne la soirée du 24 pour la date de son départ de Rome; comme elle est datée de Civita-Vecchia du 26, il est évident que le Pape n'a pas pris cette route. C'est un incident qui peut avoir une heureuse influence sur les chances d'élection du général Cavaignac. Le ridicule qui commençait à s'attacher à son expédition s'atténuera peutêtre quand il sera évident qu'elle pouvait avoir un ohjet réel.
Lorsque M. Bastide m'a communiqué la dépêche télégraphique qui annonce la fuite du Pape, j'ai déploré ce malheur; j'ai fait sentir que c'était une raison de plus pour déharquer les troupes à Toulon, et je suie convenu que, si on le désirait, c'était le cas d'envoyer les bâtiments à vapeur à la recherche de Sa Sainteté, puisqu'il n'y avait plus lieu d'expédier des forces qui ne pouvaient rendre aucun service au Pape, mais qui, au contraire, paraîtraient animées d'intentions hostiles partout où elles se montreraient '.
M)n a pris on réalité cette décision, bien que pendant deux ou trois jours encore on ait inutilement prolongé l'incertitude du public. Ol(e marche a été adoptée, disent les adversaires du «{('néral, alin (pie ce dernier pût conserver, autant que possible et jusqu'après le jour i\c l'é'lection. la confiance qu'il avait inspiré-e à une grande partie de la nation, dont les dispositions favorables n'avaicut pas d'autre fondement, et (]n'il ne devait (pi'à des projets anjourfllini abandonnés.
CORRESPOXDAXCE EXTRE LE XOXCE ET M. MARRAST. 413
3 dccemlirc.
Lorsqu'on se lappclic la lijjiic de conduite adoplée si éncrgiqueincnt par AI. Marrast sur toutes les questions relatives à ce qu'on appelle le jxirli prêtre, et qu'il n'y a pas un an il était le principal écrivain du National, on trouve assez curieux qu'il devienne aujourd'hui l'intermédiaire dont se sert le Nouée apostolique pour remercier TAsscniblée de la sympathie que le sort de S. S. le Pape a inspirée à la France. Les lettres suivantes ont été lues à l'ouverture de la séance d'hier :
« MOXSIELR LE PrÉSIDEXT,
» La noblesse des sentiments manifestés d'une manière si éclatante par l'.^sscmblée Nationale, dans la séance d'aujourd'hui, envers la personne du Très- Saint Père, m'a touché jusqu'au fond de l'àmc.
» Je veux, monsieur le Président, faire connaître immédiatement à TAssemblée , par votre intermédiaire, toute la reconnaissance dont je suis pénétré |)()ur le gouvernement de la Uépubli(jue et pour les dignes représentants de la France, de cette nation qui ne saurait oublier jamais ses généreux instincts et son dévouement traditionnel.
» Veuillez agréer, etc. , etc.
» Archevêque de Nicée, » Nonce apostolique. »
« MOXSIEUR LE NOACE,
» Je m'empresserai de donner connaissance à l'Assemblée Nationale de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser.
" Organe de la souveraineté du peuple, l'Asserablce a répondu aux sentiments de la nation entière , en faisant éclater les témoignages de sa vive et profonde sympathie pour le Saint-Père.
» La République , qui a le droit de choisir dans les traditions du passé, restera toujours fidèle à celles qui ont montré la France hospitalière à toutes les grandes infortunes et pleine de vénération et de dévouement pour les plus nobles vertus.
» Les votes de l'Assemblée Nationale, en légitimant l'initiative prise par le pouvoir exécutif, ont dû vous assurer d'avance, monsieur le Nonce, que l'illustre Pontife, en entrant dans notre France républicaine et catholique, y trouvera le cortège de tous les respects dus à sa haute situalion, et ces hommages du cœur seront touchants et sincères comme tout ce qu'inspirent la foi et la liberté.
» Veuillez agréer, etc. , etc.
» Le Président de t'/hacinb/ée \(ilionale, ■>■> A. Marrast. 5>
larrr: du pa pi: a gaktk. 415
7 décembre.
Le samedi 2, 1<3 général Cavai[{nac a lu à la liihiine une dépèche télégraphique qui annonçait que le Pape s'était entni de Rome, et (pii se terminait par ces |)arolcs mêmes : « Le Pape se rend en France. •' Le «général a eu hier une tâche moins afjréabic à remplir, mais il s'en est acquitté avec une dignité siniple et tout opposée à l'attitude qu'aurait pu faire craindre cette mystification. Aussi l'Assemblée a-t-elle écouté avec respect, mais sans intérêt, un détail de dales d'oii a paru uniquement résulter la conviction plus intime que, dans toute l'affaire de Rome, le jjouvcrr.ement avait agi avec précipitation, sur de fausses données.
On croit maintenant généralement que le Pape n'a jamais eu l'intention de venir en France, et, en prenant la roule de Gai'te, il a lui-même confirmé cette opinion. La vérité est, je n'en doute pas, que le Pape a exprimé en particulier, à AI. d'Ilareourl, le désir de venir en France, mais qu'il a voulu tenir cette résolution secrète, en vue du danger qu'elle pouvait lui faire courir à Rome. On ne dit rien de cela dans les dépêches publiques, mais il fallait à tout |)rix, en ce moment, favoriser l'éleclion du général Cavaignac, et cette circonstance a engagé ses amis à donner de la publicité à un projet que le Pape voulait tenir secret.
J'ai été relcnu hop lard |)()Mr raconter en détail une discussion à laijueile on no s'attendait pas dans la Chambre. Il s'agissait de l'incioynble liste envoyée par
416 Ui\E ANNÉE DE RÉVOLUTION.
le ministre de Tintérieur à une commission des récompenses nationales, et qui contenait les noms de meurtriers et d'assassins, avec la mention de leurs intéressantes familles. Il a été facile, on le comprend, de prouver que le gouvernement n'avait aucune connaissance de ce que renfermait cette liste, transmise seulement par une sous-commission, à l'appui toutefois d'un décret proposé par le pouvoir exécutif, Cavaignac s'est défendu avec plus de chaleur que n'en exigeait le respect de lui-même dans une telle circonstance, et s'est ensuite excusé d'avoir dépassé les limites de la modération. Dufaure, qui est généralement assez adroit à la tribune, s'est exposé à une bonne réponse de Baroche en voulant trop prouver, et comprendre la Commission Executive dans l'apologie qu'il a faite du gouvernement.
8 décembre.
On n'a voulu certainement considérer comme conlidentielle aucune des communications qui ont eu lieu entre le Pape et le chef actuel de la République française. La lettre suiianle, qu'on vient de recevoir, j)araît h l'instant dans le Moniteur^ et sera enire les mains de la plupart des électeurs avant dimanche prochain.
« Monsieur le Géxéral,
» Mon cœur est touché, et je suis pénétré de reconnaissance par l'élan spontané et généreux de la fille