LKTTRE DU PA PL
aîiiéc (le I'Kjjlisc, qui se montre empressée et déjà en mouvement pour accourir an secours du Souverain l'outife. L'occasion favorable s'offrira sans doute à moi pour témoigner en personne à la France mes sentiments paternels, et pour pouvoir répandre sur le sol français, de ma propre main, les bénédictions du Seijjneur, de même qu'aujourd'bui je le supplie par ma voix de consentir à les répandre en abondance sur vous et sur toute la France.
» PiL's Papa nonus. »
1) Datum Cajola; die 7 decembris 1848. i
A mon retour de l'Assemblée, bier, j'ai noté ma première impression sur la discussion extraordinaire qui venait d'avoir lieu. Je n'avais pas eu le temps de lire les journaux du matin avant d'aller à l'Assemblée, je n'étais donc nullement préparé à la scène qui devait suivre, lorsque le ministre de l'intérieur est monté à la tribune et a annoncé que le «jouvernement retirait le j)rojet de décret qu'il avait proposé le ;25 septembre J848, concernant les récompenses nationales.
Il est peut-être nécessaire d'expliquer ici que les réeonq)enses nationales doivent leur origine à ces dispositions vénales que les républicains de Février semblent avoir immédiatement contractées dans l'almosplière infecte des bureaux où ils sont si soudainement anivés. lia j)roposition était fondée sur celte maxime que le pays doit une récompense à tons ceux qui dans des temps luaucais ont souH'ert pour la défense àw principe
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républicain J et, cette maxime une fois établie, ou a dressé une espèce de tarif en vertu duquel la grandeur de la récompense était proportionnée à la durée de l'emprisonnement. L'emprisonnement devenait ainsi un capital, et par conséquent, il n'est pas étonnant qu'on ne fût pas très-scrupuleux quant au crime qui en avait été la cause et que l'on se montrât disposé à y ajouter un peu de prison pour vol, pour violences, ou même pour homicide.
Lorsque le projet de loi a été ainsi retiré, AL de la Rochejaquelein s'est précipité à la tribune : « Et les pièces qui y sont jointes, j'en demande formellement le dépôt aux archives! " Quelques membres, amis des ministres : « Alais comme la loi vient d'être retirée?» La Rochejaquelein : a II Fa retirée parce qu'il a connu l'indignation générale de l'Assemblée. >>
Le ministre a eu l'imprudence de dire, par un oubli complet de ce tact parlementaire qui lui est habituel: « Vous m'avez déclaré que si on retirait le projet, tout élait fini, " montrant à tous ceux qui désiraient le plus attaquer le gouvernement qu'ils étaient parvenus à découvrir un côté faible. Cavaignac a ensuite confirmé, par l'extrême irritation qu'il a apportée dans son langage, l'idée, provoquée déjà par les imprudenics paroles de son ministre, que ceux qui l'avaient attaque avaient frappé juste, et, tout en rendant justice à la sincérité avec laquelle le général a protesté contre la supposition qu'il put sympathiser avec des voleurs et des aventuriers, il laut convenir (pie quelquesuns des fonctionnaires placés sous ses ordres montrent
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un assez insouciant mépris des devoirs officiels dont l'accomplissement est ordinairement placé sons leur responsabilité, pour (jue la découverte de celte néjjligence soit un incident très-fàclieux à la veille d'une élection. Les adversaires, impatients de saisir l'occasion qui s'offrait à eux de renverser le gouvernement du général, l'accusaient, lui et ses collègues, de n'être, quelles que fussent d'ailleurs leurs intentions, que de faibles instruments dans les mains du parti révolutionnaire, et d'avoir, dans un moment où les ressources financières du pays étaient, selon toule apparence, dans un état désespéré, proposé un décret qui conférait un don de plus de 1,250,000 francs et des pensions annuelles formant une somme à peu près égale , à des individus qui se trouvaient indignes de toute récompense par les raisons mêmes que l'on invoquait comme des titres ])0ur faire figurer leurs noms sur la liste. Supposons un instant qu'en Angleterre un ministre propose de puiser dans le Trésor public en faveur de certains individus, sans avoir pris soin de s'assurer à l'avance que chacun d'eux avait établi ses droits légitimes à la position qui lui valait rémunération ou récompense, quel cri d'indignation une semblable conduite ne soulèverait-elle pas ! Ici , ce n'était pas seulement l'absence de titres qu'il y avait lieu de reprocher aux noms inscrits sur la liste qui avait passé par le ministère de l'intérieur, mais des crimes honteux y devenaient le motif avoué de la laveur nationale. Demain nous en saurons davantage.
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9 décembre.
M. Sénard, l'ancien ministre de l'intérieur, a complètement réussi à prouver hier qu'il avait négligé son devoir eu engageant l'Assemblée h voler un décret fondé sur des documents dont il lui était facile de prendre connaissance sans avoir fait le moindre effort pour savoir comment l'examen préparatoire avait été dirigé, ou quels étaient les dignes objets qu'il proposait à la générosité nationale.
Il a donné quelques détails sur la première formation de la Commission des récompenses, du temps du Gouvernement Provisoire ; elle avait alors été constituée sous la présidence d'Albert, o«r?v<?r^ jugé depuis, condamne et emprisonné pour sa façon toute particulière de défendre le iwhicipe répuhricain. il n'était donc pas difficile de comprendre qu'il se fût formé, des titres que conférait l'emprisonnement, une idée toute différente de celle qu'en avait conçue le gouvernement auquel il avait depuis semblé nécessaire de l'emprisonner, et cependant il n'est jamais entré, à ce qu'il parait, dans la pensée d'aucun des ministres qui se sont succédé à l'intérieur, sous le général Cavaignac, de vérifier la nature des délits commis par ceux dont les titres aux récompenses étaient évalués d'après la durée de leur emprisonnement.
Le calme et la candeur remarquables avec lesquels M. Ijarochc, président de la Commission, a excusé tout le monde par cette raison que personne ne pou-
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vail avoir connaissance du contenu de ces listes, ont fait bien plus pour ébranler le gouvernement que s'il avait tenté de faire ouvertement de cat incident une affaire de parti, car il a rendu évident que, sans l'heureuse vigilance dont la Commission et lui-même ont fait preuve, le pays aurait dû , par la négligence palpable de deux minisires dans l'exercice de leurs fonctions, subir la honte de récompenser le crime et supporter les frais de cette munificence. Puis avançant pas à pas dans sa démonstration, il a prouvé que ces listes n'étaient point des projets en l'air ou de vagues propositions, mais que l'importance des sommes demandées avait été exactement proportionnée à la durée de l'emprisonnement subi, a-t-il ajouté, pour divers crimes : « par exemple , « et il a lu une des mentions : « Dix ans, de travaux forcés pour vol en 1810, — trois ans de prison pour attentat à la religion , — condamnation pour pillage de propriété particulière. « Ce n'étaient pas là, a-t-il dit, des extraits de constatations trouvées par hasard dans les sommiers judiciaires, mais des documents expressément communiqués au gouvernement pour établir la situation ûc chacun de ces individus aux droits, etc.
Il s'est présenté un incident assez amusant. M. Guinard, le président de laconniiission après l'absonre forcée d'Albert, éprouvait le désir d'établir claiiemenl que, bien qu'il ait été lui-même un condamné politique, il n'avait jamais été un conspirateur, encore moins un assassin, et il s'est écrié que sur ces divers points il en appelait ?i M.Thiers, dont il avait été le iirisonnior. Thiers
s'est levé avec un : « Je demande la parole , » et Guinard a protesté qu'il n'avait voulu donner à cette allusion aucune portée offensante. Lorsque Thiers est parvenu à se faire entendre, il a dit avec un parfait sang-froid et d'un ton significatif : « AI. Guinard n'a pas été mon prisonnier; il a été le prisonnier de la loi, et quand il a été arrêté, c'est qu'il devait l'être. »
10 décembre.
Lorsque la lutte relative à l'élection du président prit d'abord un aspect sérieux, j'avais peine à croire que le parti qui avait à sa disposition toute l'influence du gouvernement pût , dans un |)ays comme la France, être battu dans une pareille circonstance. On a usé de cette influence sans scrupule, sinon toujours adroitement; cependant il ne semble plus qu'il y ait à concevoir le moindre doute sur Tévéncment, et, d'après tous les rapports reçus hier, Louis Bonaparte sera nommé à une grande majorité. Les chances relatives quo paraissaient avoir les candidats ont subi, pendant les huit ou dix derniers jours, beaucoup de vicissitudes, mais non au point, à ce qu'il semble maintenant, de modifier le résultat. Les démonstrations de zèle en faveur de la cause du Pape auxquelles le gouvernement s'est livré ont produit une très-profonde impression sur la partie de la nation qui est animée de convictions religieuses. Louis-Napoléon a fait, parmi les personnes
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(le celle calcgorie qui soulenaient sa eandidatiiro, des perles proportionnées à la vivacilé de celle impression el délei-minées par la ligne de conduite qu'a suivie à Rome son cousin le prince de Canine. Mais lorsque l'objet réel de toutes ces mesures ministérielles, avoué depuis longtemps en particulier, a clé coimu du jni- I)lic, elles ont perdu naturellement tout leur effet; et quand il a été avéré que le Pape n'avait jamais eu l'intention de venir, quant à présent, en France, le gouvernement s'est trouvé avoir provoqué le sentiment le plus dangereux pour lui à la veille d'une élection, — le désappointement fondé sur l'imposture. Puis est venue, comme je l'ai dit tout à l'heure, la production devant une commission de réassemblée de listes de conspirateurs et d'assassins qu'une sous-commission, nommée par le Gouvernement Provisoire, avait jugés dignes de recevoir des récompenses nationales pour l'appui qu'ils avaient prêté à la cause populaire. En général, toutes les personnes impartiales ont cru le gouvernement quand il a déclaré qu'il n'avait eu aucune connaissance préalable du détail de ces listes, mais il est toujours resté de ces faits celle fôcheuse impression dans le public que le décret présenté à l'Assemblée au mois de septembre était fondé sur les reciierches de cette sous-commission. La demande de fonds s'appuyait bien réellement sur les litn's que l'on avait signalés, et parmi les individus nommés dans le décret il s'en trouvait (|ui avai(Mil bravé Téclialaiid. Il n'y eût eu de la pari de ton! gouvernenu^nt qu(» la plus vulgaire prudence à demander aux com- •
inissaires placés sous ses ordres, avant de proposer solennellçraent d'accorder des récompenses à des personnes auxquelles leurs actes semblaient avoir donné des lilres à une telle faveur, quels étaient en réalilé ces lilres qu'ils pourraient faire valoir. La violence excessive avec laquelle l'accusation portée contre le gouvernement relativement aux récompenses nationales a été soutenue dans les journaux a provoqué une réaction en sa faveur; mais, malheureusement pour lui, il a eu recours à l'injustifiable expédient de retarder de six heures toute la correspondance du pays, pour que les journaux du soir, qui contiennent la discussion de l'Assemblée au sujet des récompenses nationales , pussent arriver en même temps que ceux du malin. Cet acie arbitraire, qui n'a certes pas de précédent, alors qu'il n'y avait en jeu aucun intérêt public, a fait naître, à ce qu'on me dit, une vive irritation dans les provinces. C'était mettre tout le monde dans l'embarras et exposer bien des gens à un grave préjudice pour un objet purement personnel; bien plus, la nouvelle que l'on ajoutait à la correspondance et que l'on répandait par ce moyen n'était qu'une explication et non une justification , et ne contredisait nullement l'existence des documents officiels dont lanature avait été révélée. L'exemj)le qui précède prouve qu'on s'est servi le plus possible, et sans scrupule, des pouvoirs du gouvernement en faveur de Telcclion de son chef Qu'une infiucnce généralement si puissante en. France ail faiUi, cela doit être attribué à ce qu'on n'a jamais cru au succrs du général Cavaignac; les promesses et les menaces des
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agents (lu gouvernement perdaient naturellement foule force par la conviction où l'on était que ceux qui y avaient recours ne pourraient ni tenir les unes ni exécuter les autres. Tous les motifs qui font habituellement agir semblaient donc céder devant l'irrésistible désir qu'éprouve tout le pays de protester, par les moyens qui lui paraissent les plus directs, contre la forme de gouvernement à laquelle la France est soumise depuis Février, Tels sont pour le moment les événements qu'il est permis de prévoir, et leurs causes immédiates. Je réserve pour un autre jour mes opinions quant au\ dangers et aux avantages relatifs des différents résultats possibles.