‹ Une année de révolution (volume 2)Chapitre 7 sur 51 · DKMISSIOV DE I.OL IS-\.\I'01J · texte numérisé non relu

DKMISSIOV DE I.OL IS-\.\I'01J

le rapporteur lui-nu-me, M. Juins Kavrc, qui avait lanl contribué à la décision prise en sa faveur, l'a abandonné, en disant que, quand il avait fait la précédente motion , il ne connaissait pas les dispositions de rr prince à l'égard de la République.

1(> juin.

Il y a eu beaucoup d'agitation à l'ouverture de l'Assemblée, aujourd'hui. Tous les membres de la Commission Executive étaient présents, et on dit qu'ils voulaient tâcher de profiter, dans leur propre intérêt, de l'effet défavorable produit sur la Chambre par la lettre de Louis-Bonaparte, lue à la fin de la séance d'hier. Leur première démarche, cependant, a donné à l'affaire une couleur toute dilférente. Le président a commencé par lire une seconde lettre de la même personne; le prince y disait, en substance, que, si fier qu'il ait été de se voir élu par quatre déparlements, honneur d'autant plus précieux qu'il n'avait pas été sollicité, comme il voyait, cependant, que son nom avait été la cause de tentatives coupables, et que lui-même avait été exposé à d'injustes soupçons de la part de la Commission Executive, il refusait, quant à présent, de profiter du privilège qui lui était conféré par le peuple , et déposait sa démission entre les mains du président. Alais voici ses^ propres paroles :

66 UXt: AXXÉE DE REVOLlïlOX.

«Londres, le 15 juin.

5> MOXSIEUR LE PRÉSIOEî^iT ,

5) J'étais fier d'avoir été élu représentant du peuple de Paris, et dans trois autres départements. C'était à mes yeux une ample réparation pour trente années d'exil et six ans de captivité. Mais les soupçons injurieux qu'a fait naître mon élection, mais les troubles dont elle a été le prétexte, mais l'hostilité du Pouvoir Exécutif, m'imposent le devoir de refuser un honneur qu'on croit avoir été obtenu par l'intrigue. Je désire l'ordre et le maintien d'une République sage , grande, et intelligente, et puisque, involontairement, je favorise le désordre, je dépose, non sans.de vifs regrets, ma démission entre vos mains. Bientôt, j'espère, le calme renaîtra et me permettra de rentrer en France comme le plus simple des citoyens, mais aussi comme un des plus dévoués au repos et à la prospérité de son pays. • .

>' Recevez, Monsieur le Président, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

^1 Louis-Napoi.éox Boxaparte. •'

Cette nouvelle a été reçue, si je ne me trompe, avec une satisfaction évidente par presque (ou te l'Assemblée, la Commission Executive exceptée. Les membres de cette Commission regrettaient, je n'en doute guère, l'occasion qu'ils avaient cru trouver, en portant contre

LOlIIS-NAPOI,i;OX KT LA BOURGKOISIE. 67

le prince une accusation do conspiration, de faire comprendre à TAssomblée qu'elle avait eu tort dans la discussion dont il avait été Tobjet, et de l'amener, en votant ou son arrestation ou son exclusion , à maintenir le pouvoir entre leurs mains aux conditions qu'ils voudraient dicter. Au point où en sont les choses, lein position est insoutenable; ils avaient déjà essayé, lundi dernier, d'impliquer le prince dans un complot imaginaire, et, malgré un succès momenÉné, ils n'avaient réussi à convaincre personne -, au moment même où ils s'eflbrçaient , hier, par une interprétation forcée de sa première lettre, de lui attribuer les prétentions d'un usurpateur, il en écrivait une seconde dans laquelle, en faisant profession de son désintéressement, il donnait un démenti opportun à des soupçons injurieux, et considérait ces soupçons eux-mêmes comme la seule barrière entre lui et le poste auquel il avait été appelé par le peuple.

Je suppose que cette démission nous donnera pour quelque temps le calme dans les rues, mais il n'est pas probable qu'elle amoindrisse la faveur dont le prince jouit dans l'opinion. Il y a des groupes nombreux qui lisent son adresse aux électeurs, partout où elle est affichée. Cette adresse, tout à fait irréprébensible pour le ton, a beaucoup plu aux petits boutiquiers parce qu'il y parle de relations pacifiques avec les pays étrangers, car ils redoutaient une guerre immédiate comme la première conséquence de l'arrivée de Louis-\apoIéon au pouvoir, sous quelque litre que ce fût.

r,8 UNE ANXEE DE REVOLUTION

Mais ce qui fait sa véritable force, ou ce qui fera celle de tout autre nouveau nom, qui peut surgir chaque jour, c'est l'aversion que l'on a pour les hommes actuels. J'ai observé, pendant ces derniers mois, la conduite de ceux qui sont maintenant à la tête des affaires; quelles que soient les qualités hors ligne et la distinction personnelle de certains d'entre eux, je crois que, comme hommes publics, composant un gouvernement, ils ne possèdent aucune qualité capable de racheter l'aptitude qui leur manqua, et, s'ils restent, je ne puis prévoir d'autre frein ou d'autre limite au mal qu'ils sont capables de faire , que leur incapacité comme gouvernants, ou leur faiblesse comme membres d'une assemblée délibérante.

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