MAXOELVRES CORRUPTRICES DE M. GUIZOT
22 janvier.
Encore du scandale! «t la sensation produite par ce dernier éclat a été d'autant plus profonde que, au grand étonnement de tout le monde, il révèle la complicité évidente du premier ministre de la couronne. L'intégrité personnelle de M. Guizot avait été , après sa supériorité oratoire , le motif pour lequel ses partisans l'avaient toujours mis au-dessus de ses collègues. Grand a été, par conséquent, le coup porté à sa réputation comme ministre irréprochable, lorsqu'on l'a trouvé positivement engagé dans ce système qui consiste à acquérir des appuis avec de l'argent, appuis , il est vrai, qui ne s'appliquent pas aux affaires de son propre ministère , mais dont il s'entoure par une disposition générale à avoir recours à la corruption pour des fins politiques. Et l'effet n'en a pas été diminué par cette circonstance que les incidents rendus publics aujourd'hui, pour la première fois, ne sont pas d'une date très-récente ; ils n'en ont paru, au contraire, que plus étroitement liés au système général pour lequel quelques-uns de ses anciens collègues avaient été condamnés par la Chambre des pairs.
Il est inutile d'observer aucune réserve en rapportant les détails de cette affaire, puisqu'ils ont tous été proclamés, sans aucune contradiction de quelque importance, à la tribune, où ils ont été exposés par M. Odilon Barrot, dont la voix, le maintien et même le caractère conviennent si bien au rôle do censeur.
Quelques-uns des faits avaient déjà été cités à la Chambre des pairs. M. Dupin avait proposé à la Chambre des députés une loi destinée à punir criminellement à l'avenir de tels actes, lorsque , la veille des interpellations de M. Barrot, M. Hébert, parlant au nom du ministère, essaya d'atténuer l'effet de cette attaque en prenant la défense de la proposition K
Il paraît qu'un partisan influent du gouvernement , M. X..., pour des raisons qu'il est inutile de spécifier, désirait beaucoup procurer une place à M. Z. .. Comme M. X... demandait seulement que M. Z. .. fût content et occupé, et que M. Z. .., de son côté, s'inquiétait peu du prix qu'il lui en coûterait pour satisfaire son ambition , M, Guizot répondit à M. X. , . que si M. Z. . . voulait acheter à la Cour des comptes la résignation d'une place supérieure à celle qui lui serait destinée, il en obtiendrait une inférieure qui était alors vacante. Le marché fut conclu; mais, les exigences de la corruption parlementaire, à celte époque, pressant trop M. Guizot, il disposa, sans s'inquiéter de M. Z. .., de la place que ce dernier désirait, et de celle qu'il avait achetée, s'efforçant de lui faire prendre patience par
1 J'avais appris loute l'histoire dans un frès-grand détail, et je l'avais rapportée de môme ; mais comme elle est nécessairement mêlée à quelques anecdotes de la vie privée , j'ai omis avec soin tous les faits qui pourraient faire reconnaître les individus, et n'ai conservé que ce qu'il fallait pour donner une idée de la manière dont fonctionnait le système, même entre les mains comparativement pures de M. Guizot, dont le caractère privé est trop élevé pour que personne lui impute jamais des motifs corrompus. Cependant, quelle perversion de la foi publique se déploie ici !