‹ Une année de révolutionChapitre 12 sur 71 · FAIT PRODUIT CONTRE M. GUIZOT · texte numérisé non relu

FAIT PRODUIT CONTRE M. GUIZOT

la promesse d'une vacance prochaine; mais M. Z. .., ainsi que son patron M. X..., furent indignés de ce procédé, et les GO, 000 francs, prix de la place achetée, que M. Guizot remboursa à M. X... pour M. Z. .., furent fournis à cet effet, par M. Duchàtel, sur l'argent des fonds secrets'. Plus tard, une autre négociation, conduite avec plus de succès, mais également coupable, fut engagée dans le cabinet même, à côté de M. Guizot, et par l'entremise de son secrétaire privé et conlidenliel.

Ce n'est pas tant la participation évidente de M. Guizot à l'affaire qui lui a fait tort, que l'indifférence marquée avec laquelle il l'a traitée d'abord. Quoique personne n'ait cru qu'il eût, comme quelques-uns de ses anciens collègues du Luxembourg, « des démangeaisons aux mains , » cependant ces faits ont prouvé clairement que, s'il ne s'est jamais cramponné au pouvoir dans des vues de prévarication personnelle, il a employé la corruption comme' moyen de pouvoir. Telles étaient les dispositions de la Chambre, lorsque, après les explications quelque peu incohérentes de M. Guizot, M. Odilon Barrot s'exprima d'un ton qui rappelait mieux la dignité calme d'un juge, faisant un résumé contre un homme traduit à la barre de l'opinion publique, que les allures d'un adversaire politique répliquant à un ministre puissant dans une Chambre qui lui est dévouée. Ce

* C'est ce que j'ai entendu dire à celle époque; j'ai appris depuis que le {gouvernement provisoire avait trouvé des preuves de ce fait dans les archives du ministère de l'intérieur, qu'on lui avait abandonnées si précipitamment.

50 UXE AXXÉE DE RÉVOLUTIOX.

dernier discours de M. Odilon Barrot me semble réunir tant de rares qualités de la plus haute éloquence, que je l'emprunte presque en entier au Moniteur de ce matin.

u Après le discours que vous avez entendu , messieurs, le débat ne peut guère se prolonger. Il y a longtemps que je savais que nous ne nous comprenions plus en politique, mais je croyais que sur les choses d'honnêteté et de morale nous nous comprenions encore.

y> J'avais précisé les faits de telle manière qu'il me paraissait impossible d'échapper à cette alternative, ou de les déclarer faux ou d'en subir la jesponsabilité. Vous appelez petits faits, vous, ministre politique d'un cabinet, élevé en cette qualité à la présidence de ce cabinet, représentant au plus haut degré le pouvoir d'un grand, d'un noble pays, vous appelez petits faits l'imputation d'avoir été chercher un homme, de lui avoir dit : Xous avons besoin de telle démission , et de lui avoir remboursé, avec une place, la somme qu'il avait déboursée! Vous appelez petits faits un marché, une négociation qui s'est passée dans votre cabinet, à votre porte, et a eu pour entremetteur un de vos agents, celui-là qui est notoirement auprès de vous!

» Vous appelez cela un petit fait, lorsque toute cette chambre s'est émue, non pas pour un concours direct et personnel, non pas pour la complicité d'un ministre dams ces abus, mais pour la simple tolérance , pour le simple défaut de surveillance nécessaire ! et lorsque ces faits se passent avec votre concours , sur votre pro-

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