DISCOURS DE 31. ODILO.V BARROT
» Voilà comment je comprenais voire situation ; vous l'avez comprise autrement; à la bonne heure, soit. Chacun entend à sa manière ses devoirs et sa dignité. Mais permettez-moi un dernier mot, et celui-là je l'adresse à la majorité qui vous appuie.
» Il faut en convenir, vous la mettez à de cruelles épreuves. Il y a dans votre confiance quelque chose de bien insolent et de bien injurieux pour elle. Sous le coup d'une pareille imputation, je vous le répète, si la loi que vous avez apportée vous-même, loi étrange, loi faite pour une espèce, loi qui, dans son préambule, est une justification, dans son dispositif une condamnation
» Si cette loi était portée, je dis que, armé de cotte loi et des dispositions qui doivent la compléter, il n'y a pas de tribunal au monde qui ne vous imprimât sur le front le titre de complice ou d'auteur principal. C'est en face de ce fait, c'est en face de cette condamnation politique et morale écrite dans votre propre loi, que, vous retournant devant votre majorité, vous lui dites : Je n'ai pas à me justifier ; j'ai assez de confiance en vous; continuez comme par le passé; votez pour moi, et tout sera dit. Eh bien, que la majorité vote pour vous, et que le pays ensuite prononce sur nous tous! »
Evidemment M. Guizot fléchit sous le châtiment que ces paroles lui infligèrent avec tant de force, et l'indifférence affectée avec laquelle il avait essayé d'abord de subir sa nouvelle position, lui fit entièrement défaut lorsque M. Lherbette exposa, d'une manière plus précise et plus distincte, l'intervention personnelle, di-
recte, du ministre dans le marché, en citant nne lettre dans laquelle M. X... faisait comprendre à son ami la nécessité d'attendre qu'il pût revoir M. Guizot, parce que c'était un sujet sur lequel le ministre aimait mieux à parler qu'à écrire \
C'était un pénible spectacle — car il n'en est pas de plus pénible que celui d'un grand homme s'efforçant en vain de se tirer d'embarras par de petits expédients — de voir l'effet produit par ce discours sur M. Guizot. Il essaya d'abord d'établir cette distinction que '< les faits particuliers auxquels on fait allusion ne se sont pas passés dans mon cabinet; « et quelqu'un lui rappelant que le marché avait été conclu dans le cabinet voisin, et par son agent de confiance, il finit par un démenti général. « J'ai été parfaitement étranger à tout le reste. 5> On a aussitôt entendu une voix s'écrier : « Comment se fait-il alors que M. X... a dit dans sa lettre qu'il avait reçu lui-même de M. Guizot le remboursement de l'argent? 5» Le ministre a été obligé de faire la sourde oreille à cette question, et, lorsqu'il est descendu de la tribune, un tel murmure l'a salué , réprimé seulement par le plus faible écho des bancs ordinairement si prêts à répondre par des applaudissements prolongés , qu'il a retenti à mes
1 Ce fut M. Lhcrbctte qui , daus le cours des discussions , au coinmenccment de celte année , lorsqu'il était question de révoquer le décret de bannissement prononcé contre la famille Bonaparte, parla en faveur de ce décret : « L'empereur, quoique mort, est toujours vivant; sa famille, quoique vivante , est déjà morte. > — Phrase plus épiyrammalique que clairvoyante.