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DISCUSSION DE I/ADRESSE

3 février.

Je n'ai pas ou le temps, hier au soir, à mon retour de la Clianibrc, de rien dire de l'effet produit par un magnifique discours de M. Thiers. La clarté extraordinaire avec laquelle il a classé les faits a été peut-être la qualité la plus frappante de ce discours, mais l'impression en a été très-grande. Guizot, qui est encore loin de se bien porter, a demandé jusqu'à aujourd'hui pour y répondre; Thiers répliquera ensuite, selon la coutume ici, et on suppose qu'il a réservé quelquesuns de ses arguments les plus accablants.

^-rt.- 6 février.

Les débats, à la Chambre des députés, dureront encore évidemment fort longtemps, et quoique j'y aie assisté tous les jours, je n'avais pas trouvé jusqu'ici qu'il fût nécessaire de tenir un journal régulier de la substance des discours qui ne m'ont pas paru contenir des points de vue bien nouveaux; cette absence d'originalité ne peut certainement pas, il est vrai, être imputée à une réplique de M. Guizot , que j'ai entendue vendredi dans l'après-midi, sans pouvoir en croire mes oreilles, jusqu'à ce que je l'aie vue reproduite hier dans le Moniteur. M. Guizot, en défendant ce qu'on appelle ici le gouvernement personnel du Roi, a accusé l'opposition d'ignorance, pour ne pas sa-

voir qu'en Angleterre aucune mesure importanle n'est jamais arrêtée sans avoir été d'abord discutée en plein conseil devant le souverain. Quelque étrange que cela puisse paraître, il n'y avait personne à la Chambre qui fût prêt, sur le moment, à contester une proposition si nouvelle et si imprévue dans la bouche d'une personne qui, comme AI. Guizot, a écrit sur l'esprit de notre constitution, et a eu l'occasion d'en étudier la pratique, par une résidence sur les lieux, en qualité d'ambassadeur '.

7 février.

C'est ici une opinion générale, — je pourrais presque dire unanime, — que l'état de choses actuel ne peut durer longtemps; mais l'importance et l'époque

^ Voici, d'après le Monileur, les termes précis dont s'est servi M. Guizot : » L'iionorable préopinant me confond par son oubli des faits. S'il était plus au courant des faits , il saurait que jamais une décision importante, snr une grande question, après avoir été préparée dans le conseil des ministres, n'est définitivement décidée, en Angleterre, qu'après avoir été portée devant la Reine, et sanctionnée par elle en présence de son conseil. » M. Guizot peut-il avoir véritablement ignoré ce fait, que des cou'^eils convoqués comme il le suppose pour la discussion et la décision des i grandes questions s ne se tiennent jamais en .'bigleterrc en présence du souverain? Los conseils dont il veut parler, si j'en excepte uniquement les questions qui ont rappwt ii louverlnre ou à la prorogation du l'arlement, ont lieu, selon la coutume, pour la décision des affaires courantes et sont de simple forme. Naturellement, avant qu'aucune mesure importante soit proposée publiquement par le cabinet, le consentement du souverain est donné en particulier au minisire responsable.

KTAT DK L'OPIMO.V PLCLIQUF. 5^

du cliangcmcnt ù venir sont Irès-différcmment appréciées. Quelques-uns pensent que la gravité de ce changement peut être heureusement atténuée par des concessions opportunes; d'autres insistent pour qu'on s'obstine à tout risquer dans une dangereuse résistance, dans l'espérance que le mécontentement présent, au lieu d'augmenter, pourra s'user avant l'année prochaine. Le choix entre ces deux différentes manières de traiter les difficultés du moment est aujourd'hui entre les mains de quarante ou cinquante membres de la majoriié, dont la conduite est incertaine, parce que leurs opinions sont principalement influencées par la contradiction de leur intérêt présent et de leur intérêt à venir. Tantôt ils sont disposés à fléchir sous la volonté du Roi, tantôt à céder à l'entraînement de l'opinion publique. Leur position personnelle est embarrassée par cette double considération. S'ils votent pour la réforme, ils abrègent évidemment le bail qu'ils ont maintenant contracté avec le pouvoir législatif; s'ils votent contre elle, ils détruisent pour eux toute chance de renouveler ce bail. Pour concilier ces intérêts opposés, le gouvernement a trouvé un expédient qui, espère-t-il, peut réussir. Une deputation des membres dissidents de la majorité s'est rendue hier chez les ministres; elle leur a déclaré que si le cabinet ne se décidait pas à faire quelque promesse de réforme, la fraction de la Chambre qu'elle représente se proposait de voler pour l'amendement de M. Sallandrouze, qui en fait partie. Cet amendement engage la Chambre à se prononcer eu faveur d'une réforme. La réponse du

ministre a été qu'ils ne feraient absolument rien cette année, mais qu'avant le terme naturel de la législature, ils examineraient loyalement toutes ces questions. On ne sait pas encore comment les députés qui appartiennent au parti de la Réforme , dans la majorité, prendront cette déclaration. Si elle pouvait être acceptée comme satisfaisante par leurs commettants, elle concilierait alors évidemment ces intérêts dont j'ai parlé, plus haut, en ajournant, pour le moment, une dissolution, et en les mettant à même de clore l'accomplissement de leur mandat législatif par un vote populaire; mais l'esprit public n'est pas, je crois, disposé à accueillir un délai si évidemment intéressé, et qu'il est tout à fait impossible de déf'endre en principe. Dès que le gouvernement reconnaît, sur un sujet d'une telle importance, qu'il y a quelque chose à faire, il s'enlève toute excuse pour en retarder l'examen. Le changement qu'il regarde maintenant comme inévitable, aura-t-il, oui ou non, pour effet de modifier l'esprit de la majorité? S'il ne doit avoir aucune conséquence politique, pourquoi ne pas prendre aussitôt des mesures pour rendre au Corps législatif cette considération que, de son propre aveu, il a perdue, grâce à la ligne de conduite jusqu'à présent suivie? Mais si, comme le cabinet doit le comprendre, il produisait ce résultat de donner à la majorité de l'assemblée un caractère beaucoup plus libéral, comment peut-il essayer, pendant trois années encore, de gouverner le pays contre ce qu'il sait être l'opinion réfléchie du peuple, lorsque, aux termes de la loi, cette oj)inion doit se

NKGKSSITK DIXE RKFORIIE. 61

manifcsler fJans un si court délai? Mais il est encore une raison qui se rallachc aux circonstances particulières

' du moment et pour laquelle le ministère ne devrait pas chercher à remettre cette question, même dans son propre intérêt. Eu égard à l'état de santé et à Tàge du Roi, la vacance du trône pourrait à chaque instant amener une dissolution; on aurait alors «ne nouvelle Chambre, élue par les commettants actuels, et renfermant le même nombre de fonctionnaires qu'aujourd'hui. Il est évident qu'une pareille Chambre ne pourrait exister six mois dans les premiers temps naturellement difficiles d'une régence ; la réforme alors devrait se faire à la hâte, sous la dictée de la clameur populaire, et une double dissolution ajouterait beaucoup aux embarras des premiers moments pour un gouvernement désorganisé. Telles sont toutes les considérations qui se présentèrent à mon esprit, lorsque j'ai d'abord eu connaissance du plan à l'aide duquel le gouvernement se propose de neutraliser l'opposition de quelques-uns de ses anciens partisans. Le débat, sur ces questions, a commencé aujourd'hui, et, par conséquent, on saura bientôt quel effet il produira sur la Chambre. En même

. temps, on peut observer certains foits qui ne sauraient être niés par personne, qui montrent l'état actuel de l'opinion publique en France, et qui permettent d'apprécier toute la haute raison et les habiles ménagements au prix seul desquels on pourrait détourner une crise dangereuse.

Le ministère a, de plus, invariablement succombé dans toutes les élections qtie des vacances produites

€2 UXE AYXÉE DE REVOLLTIOX.

par des causes accidentelles avaient rendues nécessaires. Il essaye quelquefois de délruire Teffet de cet échec en provoquant, par la promotion d'un député à une nouvelle fonction , une élection nouvelle dans quelques-uns des plus petits collèges, où il est sur du résultat. Des élections générales dans ce moment, même avec le très-petit nombre des électeurs, produiraient sans aucun doute une majorité hostile très-considérable.

J'entends dire aux personnes les mieux informées que le gouvernement n'ose à présent, dans aucun cas, rassembler la garde nationale ; les hommes les plus influents, ajoute-t-on, parmi ceux qui, bien qu'appartenant aux partis extrêmes, ne veulent cependant pas <ie désordre , sont obligés de faire les plus grands efforts pour prévenir les emportements du sentiment populaire , car une explosion présenterait aujourd'hui de grands dangers. On m'assure enfin que les rapports adressés par les préfets au ministre de l'intérieur sur l'étal des provinces, sont loin d'être rassurants.

Je saisirai avec intérêt chaque nouveau trait de lumière que la discussion actuelle pourra jeter sur l'avenir du pays.

10 février.

II n'est survenu, pendant ces trois derniers jours, aucun événement remarquable qui ait un effet direct sur l'état des affaires dans ce pays ; mais je regrette d'avoir à ajouter que chaque symptôme de la disposi-

RESOLLTIOX I)L GOLVER\EMK\T SLR LKS BWQIKTS. C3

lion des différcnis partis a clé de n.iture à diminuer resj)oir que j'avais de voir les difficullés aplanies par l'ascendant de conseils modérés. Les principes arbitraires proclamés par le gouvernement, et la violence de l'indignation avec laquelle celle nouvelle a été reçue par l'opposition, semblent menacer d'une collision. Lorsque je notais mes dernières observations , un nombre- considérable des membres de la majorité s'étaient formés en deux dépalations différentes, qui se distinguaient par quelques nuances dans la forme de l'appel adressé par elles au gouvernement; les deux divisions s'élevaient, disait-on, à cinquante -quatre membres, nombre suffisant, s'ils avaient persisté dans leur résolution, pour changer la décision de la Chambre. D'abord, comme je l'ai dit plus haut, les ministres étaient disposés à temporiser avec eux, et avaient promis d'examiner un projet de réforme avant l'expiration de la législature; mais, s'apercevant qu'une telle concession ne suffirait pas pour satisfaire la minorité des dissidents, et qu'il pourrait encore, pour le moment, empêcher la majorité d'en venir à une rupture ouverte eu faisant appel à l'esprit de parti de ses membres, le gouvernement s'est décidé à adopter une ligne de conduite différente; il a fait connaître son intention formelle de s'opposer à tout banquet de réforme et de refuser tout engagement pour l'avenir à l'égard de la réforme.» Le résultat de celte détermination s'est manifesté dans l'attitude de la Chambre j)endant ces trois derniers jours; mais hier, l'exaspération a été à son comble, lorsque AL Hébert, garde des

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sceaux, a professé dans son discours des doctrines que certainement aucun ministre ,^ pendant les cent cinquante dernières années, n'aurait jamais osé avouer en Anjgfleterre. Il a dit qu'on n'avait jamais eu l'intention d'accorder aux Français le droit de discussion politique ; que ce droit n'était pas spécifié dans la Charte de 1830, et qu'aucune liberté n'était garantie, à moins qu'elle n'y fût précisément énumérée. Il a répété ces paroles plusieurs fois, apparemment sous l'inspiration d'un chef que je me serais plutôt attendu à voir se lever comme un témoin prêt à le condamner. Son supérieur actuel, M. Guizot, étant ministre de l'intérieur, quelques mois après la révolution de juillet, s'exprima ainsi à la Chambre des députés, comme l'atteste le Moniteur du 28 septembre 1830 : « Les citoyens ont le droit de se réunir pour discuter entre eux les affaires publiques; il est bon qu'ils le fassent, et je ne contesterai jamais ce droit. » M. Guizot n'a pas encore parlé, et il nous reste à voir comment son éloquence lui permettra de concilier cette déclaration avec la doctrine de son ministre de la justice et sa propre conduite aujourd'hui.

Lorsque M. Hébert est descendu de la tribune, la fin de son discours est devenue le signal d'une scène de désordre extraordinaire; AL Odilon lîarrot s'écriait à haute voix que M. de Peyronnet n'aurait jamais osé proclamer de telles opinions. AL Odilon Barrot a justifié son allégation en faisant appel à ses propres souvenirs. Au printemps de l'année où éclata la révolution de juillet, il avait j)rcsidé lui-même une réunion poli-

DKSAFFEGTIOX' DK LA GARDE XATIOXALE. 65

lique semblable à celle que le gouvernement se propose aujourd'bui d'empêcher, et les ministres d'alors respectèrent ses droits. Je ne prétends pas décider s'il y a réellement beaucoup de ressemblance entre les incidents des deux époques, mais il est malheureux, pour l'avenir de la tranquillité publique, que telle paraisse être l'idée qui, chaque jour, devient plus générale dans tous les quartiers de Paris, et je suis, avec regret, obligé d'ajouter que le Roi a tenu , me dit-on , ces jours derniers , un langage très-imprudent à différents membres du corps diplomatique, qui se sont rendus chez Sa Majesté avec des lettres de condoléance à l'occasion de la mort de Madame Adélaïde. Les sentiments de la garde nationale sont de nature à donner beaucoup d'inquiétude au gouvernement. Hier même , un grand nombre des officiers de ce corps étaient déterminés à faire une démonstration signilicative , et n'ont été retenus que par les pressantes instances de quelques députés de l'opposition. Si Ton persiste à se réunir pour le banquet de la Réforme , — • comme cela paraît probable, puisque ceux qui en sont les promoteurs soutiennent qu'on ne peut s'y opposer sans commettre une violation arbitraire de leurs droits politiques, — il y aura sans doute des troubles sérieux, quoique, avec la force écrasante des troupes régulières que le gouverneraient a dans Paris à sa disposition, il semble n'y avoir aucun doute sur le résultat immédiat.

Xous approchons maintenant de la fin des débats sur l'Adresse. L'effet principal de la violence de l'opposition , quelque provoquée qu'elle ait été , sera proba-

blement de donner'au gouvernement une forte majorité dans les Chambres sur cette question.

L'intention de la gauche est, dit-on, si le paragraphe qui la stigmatise est adopté, de ne pas voler sur l'Adresse, mais de quitter la Chambre en masse. Les membres de ce côté de l'Assemblée donneront alors leur démission, afin d'avoir quatre-vingts ou cent réélections à la fois dans toute la France.

14 février.

Le débat sur l'Adresse, à la Chambre des députés, après avoir duré plus de trois semaines , a été clos samedi. Quant au.\ chiffres, les forces du gouvernement avaient diminué progressivement, dans presque toutes les occasions, depuis le commencement de la session. L'élection du Président avait été emportée par 110 voles, nombre à peu près égal à celui auquel avait été évaluée la majorité à l'époque des dernières élections générales. Au second scrutin de division, celui qui portait sur la conduite du chef du gouvernement, et qui prononçait sur cette conduite une censure non déguisée, la majorité a été réduite à 80. Sur la question suivante , qui condamnait la politique étrangère du gouvernement dans les affaires suisses , la majorité est restée précisément la même. Après, un intervalle de quelques jours et une discussion d'une violence sans exemple, la proposition d'omettre les mois par lesquels on avait conseillé au souverain de caractériser connue

rosiTiox df:s aii.\istrf:s. gt

hostile la disposition d'une partie de la Clianibrc, n'a été repoussée que par 43 votes dans une des assemblées les plus nombreuses qu'on eût vues depuis quelque temps; enfin, le dernier scrutin de division, par lequel la Chambre se serait immédiatement engagée à la réforme, malgré la déclaration réitérée du ministère, que voter ce paragraphe équivalait à demander un changement de gouvernement, ne leur a laissé qu'une majorité de 33 voix, c'est-à-dire 222 contre 189. Mais la diminution graduelle du chiffre de la majorité donnerait une idée très-imparfaite de l'effet qu'a produit ce débat sur la position des ministres. Pour la discussion de ce dernier paragraphe, par exemple, la majorité, toute petite qu'elle était, n'avait été obtenue qu'à l'aide de concessions devenues plus dégradantes encore par les efforts qu'on faisait pour les cacher, il n'est pas nécessaire de se reporter aux expressions employées par M. Duchàtel , à la Chambre des pairs, et par lesquelles il déclarait que le gouvernement ne dirait pas un mot qui fut capable de donner l'espérance d'un changement dans sa politique sur la question de la réforme; on n'a pas besoin de remonter plus haut que le discours prononcé par M. Guizot, samedi dernier, pour le trouver, dans l'espace de deux minutes, en contradiction frappante avec lui-même. Il a commencé par dire « que le gouvernement croirait trahir son devoir s'il prenait aucun engagement pour l'avenir à celte ribune, — que promettre était quelquefois pire que d'agir, puisque promettre détruisait ce qui existait sans essayer de le remplacer. » Ces paroles, qui semblaient devoir indiquer

68 UXE ANx\EE DE REl OLUTIOX.

quelque dessein arrêté, ont été prononcées d'un ton solennel et fort admirées, mais les murmures d'approbation avaient à peine cessé que le ministre étonna singulièrement tout le monde. Le gouvernement sentait parfaitement, ajouta-t-il en effet, que cette question devait être décidée dans le courant de la présente législature. Une si étrange tentative, pour faire à la fois applaudir à sa fermeté et pour se sauver par sa soumission, dépassait ce que la patience de l'Assemblée pouvait supporter, et le ministre a quitté la tribune sans avoir évidemment satisfait personne. On conçoit aisément qu'en indiquant ainsi la nécessité d'un cbangeraent, il a atteint ce résultat de jeter du discrédit sur l'état présent de la législation, danger, avait-il assuré lui-même, qui lui faisait considérer une modification de la loi comme préférable à une promesse. Si le scrutin avait eu lieu immédiatement après son discours, je suis porté àcroire,àen juger par l'impression dont j'ai été témoin, que le gouvernement aurait été renversé; mais les discours de M. Thiers et de M. de Rémusat, dans lesquels ils ont prédit, probablement avec beaucoup de vérité, la désorganisation complète du parti conservateur sous de pareils chefs, ont paru ranimer l'esprit de parti de quelques-uns de ses membres, et, je le sais, ont influencé quelques votes. Si M. de Rémusat, dont le crédit personnel, dans tous les partis, est grand, et qui avait fait entendre la veille un discours fort judicieusement conçu, à mon avis, pour atteindre son but, s'était borné à faire observer que le gouvernement n'avait évidemment, quant à présent, aucune opinion

LKS I<"0.\CTIO\'\AIRES A LA CHAMBRE. 69

arrêtée au sujet de la réforme, que la majorité était divisée sur ce point, et que c'était par conséquent à ceux qui étaient sincères dans leur opinion de saisir cette occasion d'engager pour l'avenir la marche du gouvernement dans une voie conforme à leurs vœux , et où, fans aucun doute, il refuserait d'entrer s'il se sentait appuyé dans cette question par une forte majorité, je crois que de telles paroles dans sa bouche, sans parler de leur effet sur la situation des partis , auraient fait passer l'amendement proposé contre le gouvernement. Mais la nature particulière de cette question m'apparaît sous un autre jour : — Ce qu'on appelle ici réforme parlementaire , par opposition à réforme électorale, signifie la réduction du nombre des fonctionnaires à la Chambre. Je n'ai pas encore vu la liste du dernier scrutin de division , qui avait spécialement rapport à cet objet, cependant je ne doute pas que, dans la majorité de 222, il n'y ait au moins 150 fonctionnaires. Plusieurs de ces derniers sont appelés ici, où leur présence les oblige à négliger Taccomplissement de leurs fonctions dans les différentes provinces du pays , pour appuyer le gouvernement. Une partie de ces fonctionnaires sont révocables à volonté, — tout dépend du gouvernement, aussi bien leur promotion que le plus ou le moins de facilité et d'indulgence qu'ils rencontrent dans l'exercice de leurs fonctions. Ils sont appelés à voter sur une question qui affecte directement leur position à la Chambre, et contre un gouvernement qui exerce sans scrupule un empire absolu sur leurs actions, et, conformément à la manière de voler ac-

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tuclle, chacune de ces creatures, dépourvue de toute indépendance, est obligée de monter à la tribune par un escalier, et, n'étant qu'à quelques pas du ministre de l'inlérieur, les yeux fixés sur lui, de mettre une boule dans une urne blanche ou dans une urne noire; puis elle descend par l'escalier opposé, et pafse près des ministres en retournant à sa place. Qui peut encore être cloîiné, après cela, que l'amendement de M. Sallandrouze ait été rejeté?

Comme j'ai assisté en personne à chacune de ces séances, qui ont duré trois semaines, j'ai pu observer que l'affaiblissement numérique de la majorité" permettait de constater, moins encore que le changement de ses allures , la transformation qui s'était opérée dans ses sentiments. Plusieurs membres étaient toujours disposés à prolonger pour quelque temps l'existence du ministère, afin d'empêcher la dissolution probable de la Chambre ; mais, pendant toute cette discussion, d'une longueur sans exemple, à peine s'est -il trouvé un membre indépendant, ou qui n'occupât aucune fonction, qui ait dit un seul mot en faveur de la politique soit étrangère, soit intérieure, du gouvernement. C'est aussi un fait très-remarquable que M. Guizot, qui, souvent, dans d'autres occasions, s'était tiré de difficultés pressantes par l'influence que lui donne son admirable talent de tribune, n'est pas une seule fois parvenu, pendant les débats de l'Adresse, à rallier réellement autour de lui ses partisans habituels.

Il a entendu, sans essayer de répliquer, stigmatiser les mariages espagnols comme le produil d'une j)oli-

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