EFFORTS DK TOUS LES PARTIS EN FAVEUR DE LA PAIX
jusqu'à l'événement qu'ils ont, on le sait, depuis longtemps en vue , je veux dire la mort du Roi.
C'est ainsi, je crois, que les efforts de tous ceux qui sont engagés dans ce qu'ils considèrent comme une démonstration constitutionnelle nécessaire, réussiront à prévenir toute atteinte portée à la paix publique. Je ne suis pas disposé à attribuer, même aux républicains, le dessein arrêté de s'engager dans un conflit matériel; mais, quand on cherclie à se former une opinion sur la conduite probable d'une population comme celle de Paris, il ne faut jamais oublier la puissante influence que peuvent à cbaque instant exercer sur l'événement les hasards imprévus d'une telle journée. L'nc lutte, provoquée accidentellement par quelques tètes cliaudes, peut faire oublier toutes les résolutions antérieures , et , je regrette d'èlre obligé de l'ajouter, dans certains lieux où il y a le plus à risquer, on tient un langage bien propre à faire croire qu'on désire un conflit général dans les rues de Paris comme le meilleur moyen de sortir des difficultés sans nombre de la situation.
Il est certain que, dans l'état actuel de l'opinion publique, une démonstration imposante et parfiiitement pacifique, où se rencontrent des pairs et des députés , presque tous les représentants et tous les maires de Paris, le c™seil municipal et des milliers de gardes nationaux en uniforme, serait le coup de mort du système de gouvernement actuel, et l'on doit chercher, par tous les moyens possibles, à conjurer une pareille conséquence ; mais l'expectative d'un conflit est terrible et I. c
le résultat n'en est nullement certain. La grande probabilité est, qu'avec l'immense garnison de Paris bien dirigée et toutes les savantes précautions prises dès le conimenc(iment , le triomphe du gouvernement serait complet; d'un autre côté, les informations reçues pendant ces jours derniers lui prouvent qu'il doit s'attendre à l'hostilité décidée de la grande majorité de la garde nationale. Les ministres savent de quelle importance il est que les troupes de ligne paraissent agir avec la garde nationale, et quelle influence ce concours a sur elles, et, pour atteindre ce but, ils ont essayé, très-imprudemment, parce que cette mesure est irrégulière, de faire un choix de quelques hommes dans chaque légion; il était certain que cette tentative serait découverte; elle a été annoncée dans les journaux et a excité une profonde indignation parmi ceux qu'ils auraient dû tâcher de se concilier. Jusqu'ici les officiers de l'armée ont été d'opinion différente sur la question de savoir si les troupes voudraient agir contre le peuple sans avoir, commode coutume, la garde nationale à leurs côtés. Si la collision était malheureusement provoquée de manière à jeter les gardes . nationaux dans le parti du peuple, il est encore plus douteux qu'elles osassent engager la lutte contre eux. Les journaux rapportent que des cris de « I ire la Réforme! « ont été poussés par la gard(^alionale de service aux Tuileries, au moment où elle défilait hier matin. J'apprends que le fait est vrai, et qu'il s'est effectivement passé comme il est raconté dans les journaux. Je résume donc ainsi l'état actuel de mon opinion.
BRUITS DR DEMISSIOV DU MIMSTKRE. 83
fondée sur une multitude de circonstances, de quelques-unes desquelles j'ai donné ci-dessus le détail, tandis que pour les autres je n'ai pas cru nécessaire de les noter. J'espère encore et j'ai la confiance que la journée de mardi prochain se passera sans produire aucune conséquence désastreuse , mais je ne puis nier qu'il y ait quelque fondement à l'inquiétude qui règne partout, et qui, entre autres résultats, a décidé un si grand nombre de résidents anglais à bâter leur départ.
20 férrier.
On dit que les sections (c'est-à-dire la partie révolutionnaire de la population), qui avaient d'abord résolu de faire un mouvement, ont pris depuis la détermination de rester tranquilles. Ainsi, il ne reste plus que le danger d'une collision fortuite dans une grande foule, et je suis confirmé dans ma pensée, que probablement tout se passera paisiblement. Les convives du banquet ont fait tous leurs efforts pour assurer l'ordre; il y va, en effet, de leur propre réputation et du succès de leur démonstration. Il s'est produit hier un singulier symptôme de l'état de l'opinion publique : — on disait que M. Guizot avait donné sa démission, et aussitôt les fonds ont monté. J'ai mentionné, Tautre jour, que le gouvernement faisait courir lu bruit qu'il était sûr d'une majorité à la Cour de cassation, sur la question de légalité. On dit aujourd'hui que c'est le contraire ,
comme je l'avais d'abord rapporté , et que la Cour a émis cet avis en réponse à une consultation officielle du ministère. S'il en est ainsi, il est difficile à ce dernier de persister dans son opposition à la réunion.
On annonce que le langage du Roi avait bien changé hier. Le duc de Nemours ainsi que la duchesse d'Orléans, assure-t-on, insistent auprès de lui sur la nécessité d'un changement de gouvernement.
21 février.
A la veille de k grande démonstration fixée pour demain, la ville, naturellement, est inondée de rapports contradictoires, qui se succèdent avec rapidité. L'espérance générale que tout se passera tranquillement semble augmenter à mesure que le moment approche. Toutes les précautions ont été prises par les chefs du mouvement, qui ont publié, ce matin, un manifeste dont j'ai un exemplaire devant moi, et des conseils prudents ont été dernièrement adoptés par le gouvernement; les troupes doivent être consignées dans leurs casernes, et employées seulement en cas de nécessité, et, en notifiant aux convives rassemblés l'intention du gouvernement de leur intenter plus tard un procès, le commissaire de police , dit-on maintenant , ne leur signifiera plus l'ordre de se disperser; il n'y aura donc sur les lieux aucune provocation au désordre. Il est digne de remarque que ce changement de plan , de la part