MARCHE RAPIDE DES ÉVÉNEMEMTS
une preuve du mélange bizarre qu'on rencontre dans le caractère de ce peuple, il dit que son quartier est resté pendant vingt-quatre heures sans un seul soldat pour le protéger, tandis que la populace, en très-petit nombre, élevait des barricades et coupait les conduites de gaz. Lorsque les émeutiers sont arrivés devant sa maison, l'un d'entre eux, velu d'une blouse, a dit : « Respectez le droit des gens ; c'est une ambassade ! »
24 février.
Les événements se sont succédé, dans les dernières vingt-quatre heures, avec une rapidité sans exemple dans aucune révolution précédente , et les plus grands changements ont été produits par les incidents les plus inopinés. Hier au soir, au moment où j'ai achevé de noter mes dernières observations, oh se croyait fondé à supposer que la population de Paris avait reçu , pour le moment, toute la satisfaction qu'elle désirait, en obtenant la destitution des ministres par l'intermédiaire de la garde nationale qui l'avait demandée comme prix de son obéissance. II était impossible de ne pas voir à quel point cet événement avait déjà ébranlé l'édiGce d'un gouvernement régulier , et combien cette démarche décisive de la garde nationale avait changé le caractère de la démonstration.
La manifestation de mardi, quoiqu'un fort grand nombre de personnes y aient pris part, a été très-paci-
fique partout où il y avait de grandes masses rassemblées ; il n'a été commis de désordre que par de petites bandes dans les différents quartiers de la ville. La grande faute commise par le gouvernement, à ce moment de l'affaire, a été de révoquer l'ordre de rassembler la garde nationale, après avoir annoncé, mardi matin, l'intention où il était de la réunir. Ce n'est que le soir, et dans la crainte que ceux qui s'étaient jusque-là contentés d'être spectateurs ne se livrassent au pillage pendant la nuit, qu'on a battu le rappel. La garde nationale, offensée de la défiance qu'on lui avait témoignée, et de la nature du seul service que l'on consentît à lui confier, ne s'est présentée qu'en petit nombre, et le lendemain matin, quand on l'a rappelée de nouveau, le sentiment politique qui l'animait s'est bientôt révélé de manière à montrer avec évidence que le gouvernement ne pouvait nullement compter sur elle. Plusieurs légions se sont rendues aux Tuileries, où des deputations envoyée^ par les officiers des autres arrondissements les ont rencontrées, et, comme je l'ai dit hier, le Roi ayant acquis la conviction qu'il n'avait d'autre parti à prendre que de renvoyer les ministres, a appelé Mole. La nouvelle de la dissolution du cabinet Guizot a été reçue avec enthousiasme. Les fonds ont aussitôt monté d'un demi pour cent; beaucoup de barricades ont été détruites par ceux qui les avaient élevées ) une partie considérable de Paris a été spontanément illuminée. La foule s'est portée vers les maisons de M. Thiers, de M. Odilon Barrot et d'autres députés, et a poussé des acclamations sous leurs